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Dialogue avec Jeanne autour du « cas Céline »

09 Jan

 

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Jeanne m’envoie ce texte autour du cas Céline. Il m’inspire plusieurs réflexions, la première est que je suis bien d’accord avec elle: tous ceux qui vantent d’un point de vue esthétique Céline disent simplement que ce petit bourgeois narcissique plein de haine et de bassesse criminelle est d’une redoutable efficacité stylistique pour dire ce qu’il est et ce que sont ses admirateurs bobos qui comme par hasard ne pardonnent pas à Aragon d’avoir été communiste, mais le jugent lui comme le grand écrivain du siècle. Il est vrai que l’antisémitisme remonte au Moyen Age et plus haut encore puisque c’est Constantin le Grand qui chargea Saint jean Chrysostome de trouver les arguments de l’antisémitisme dans le cadre de sa fixation du christianisme comme religion d’Etat. Mais il y a une espèce de plasticité de l’antisémitisme et de la judéophobie, il est passé au XIX siècle à une expression sociale, celle qui étrangement mêle le capitaliste devenu « ploutocrate » et le révolutionnaire, ce qui va devenir le judeobolchevique ultérieurement. Ce qui va permettre au nazisme qui tente de « racialiser » la lutte des classes en désignant la seule « race juive » au lieu du capital. Ce que Bebel disait être le socialisme des imbéciles a débouché sur l’extermination à laquelle Céline adhère totalement, alors que jusqu’ici on cherchait seulement à se débarrasser du bouc émissaire par conversion ou expulsion. Aujourd’hui, il y a bien sûr l’anti-impérialisme des imbéciles, le sionisme devenu le grand équivalent qui permet de masquer la nature de classe dudit impérialisme et d’adapter la lutte des classes à une islamisation des banlieues. Mais cet antisémitisme est en train d’être le moule de toute une xénophobie qui dépasse complètement le cas juif pour atteindre toute population considérée comme éternellement étrangère à une identité qui se cherche jusqu’au meurtre comme celle de Céline. Ce que dit Jeanne sur son écoeurement à la lecture de Mort à crédit me paraît très précieux parce qu’il touche à ces racines populaires révolutionnaires qui ont su créer solidarité et amitié. Hier deux journalistes du Monde commentaient sur Arte, le livre qu’elles avaient écrit sur Trappes et elles racontaient qu’il y eut jadis la ville du bonheur, celle qui était communiste, où les enfants allaient ensemble en colo, celle de la mixité et par contraste un aujourd’hui communautariste mais elle notait également qu’il y avait une sorte de mémoire de ce temps. Mais laissons la parole à Jeanne (note de Danielle Bleitrach)

L.F.Céline est un auteur dont j’ai lu « Mort à crédit » étant adolescente  en seconde, et si j’ai été sensible au rythme (encore plus qu’au fait de  transcription de la langue parlée) de la langue dans le livre, je me  souviens d’avoir été soulevée de dégoût à cette lecture, j’avais  l’impression d’être « empoissée » par l’atmosphère boutiquière d’un  « peuple » qui n’était pas le peuple populaire parisien que je  connaissais, y compris des gens de la génération de Céline. Mort à  crédit si je me souviens bien se passe dans le quartier où habitait ma  grand-mère elle aussi petite commerçante : bougnats de Paris ,  auvergnats ayant acheté à crédit avec les « billets » de crédit avec la  solidarité provinciale des Auvergnats de Paris, mais si comme ma mère née dans ce quartier entre Opéra , Bourse et Halles, qui avait comme  elle disait  » suçé le sirop de la rue » dans son enfance »je comprenais  parfaitement, parlais tout aussi naturellement l’argot et connaissais  des tas d’expressions d’une grossièreté scatologique (que je ne  racontais pas dans ma classe de A’ du lycée Fénelon au quartier latin)  je savais que derrière ces paroles il y avait une élévation de quelque  chose que j’appellerai en osant « l’âme de Paris », du peuple ouvrier ceux  qui seront sur la barricade du Palis Royal (avec maman) en 1944. J’ai  été choquée à l’époque profondément par ce que j’ai senti de « vulgarité »  de Céline, de violence proprement fascisante dans son usage de la  langue, et pour ma part je n’ai pas pu lire (plutôt difficilement) ce  qu’il écrivait. Je ne comprends pas pourquoi on le dit « grand-écrivain »  et qu’on se pose la question de l’édition de ce qui est le « plus »  antisémite, et qu’on dise « malgré » ses opinions c’est le grand écrivain:  non définitivement non, pour moi c’est terrible je ne le lis pas comme  un écrivain.

Sur ton site quand tu dis  » En revanche, il y a le courant dont le  chantre est Céline qui choisit la solution nazie de l’extermination, les  Juifs ne forment pas un peuple mais une race impure qu’il faut éliminer  parce qu’elle a déclaré la guerre au genre humain et en particulier aux  purs parmi les purs les aryens. Céline s’invente une filiation celte et  flamande et il est littéralement obsédé par la nécessité de nettoyer la  face de la terre de cette race puante, issue d’un mélange asiate et  négroïde, son délire n’est pas celui d’un écrivain isolé, il est  totalement intégré à la collaboration nazie qui ne peut rien lui refuser.  »

Je me suis immédiatement référée au livre d’Elsa Marmusztejn que je  termine, c’est le livre d’une historienne médiéviste (ma fille la cite  souvent dans sa thèse, c’est pour cela que j’avais repéré son nom), le  sous-titre du bouquin est question scolastique, enjeu politique, échos  contemporains.

Et effectivement la question que se sont posée les médiévaux  juridiquement, théologiquement : »faut-il baptiser les enfants juifs,  malgré la volonté de leurs parents » pour les sauver et faire disparaître  ipso facto le problème de l’existence même du peuple juif: il serait  réglé à la génération suivante, cette question donc a donné lieu à de  très nombreuses controverses et amis au centre de la « question juive » la  question de l’enfance juive, la conserver au nom du droit naturel,  l’éliminer comme telle (comme juive) en la rendant chrétienne? en la  massacrant comme Hérode avait massacré les saints-innocents qui étaient  juifs d’ailleurs !!! Cette question n’a pas reçu une réponse univoque,  Thomas d’Aquin refusait le baptême forcé que les franciscains comme Dun  Scott admettaient.

Bref, le livre parle aussi de tous ces fantasmes mortifères,  exterminateurs des « meurtres rituels », des massacres effectifs comme  ceux des pastoureaux dans la première croisade, comme ceux des enfants  de Verdun-sur Garonne, et cela parle aussi des questions comme celles  qui s’est posée aussi en ce termes des enfants que l’Eglise (en Espagne  surtout) ne voulait plus rendre après la Shoa à leur famille.

Les constructions à vomir, antisémites de Céline s’enracinent aussi dans  le plus loin passé médiéval et même de la fin de l’Empire Romain, les  argumentations sont charpentées et forment un édifice structuré (comme  les fantasme) depuis le début du Moyen Age qui a duré mille ans et sans  interruptions après jusqu’à nos jours, c’est vraiment passionant pour  moi que le hasard de tes lectures et des miennes produisent de l’étincelle !

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3 Commentaires

Publié par le janvier 9, 2018 dans Uncategorized

 

3 réponses à “Dialogue avec Jeanne autour du « cas Céline »

  1. leca

    janvier 9, 2018 at 7:33

    Dissimulant totalement son antisémitisme Céline a eu les honneurs de la critique et du public (y compris communiste). Son ‘Voyage’ s’en prenait en effet à la guerre, au colonialisme, au capitalisme US, et montrait le désespoir de la banlieue..Des thèmes de gauche. Il serait mort immédiatement après sa parution qu’ il serait peut être encore dans nos panthéons personnels . C’est la révélation ultérieure de sa folie furieuse qui remit en question cette première lecture; Depuis, en censurant après-guerre les pamphlets, certains se sont dit : ‘enlevons le gros des textes antisémites et nous retrouverons le Céline d’avant, celui du Voyage et nous en ferons un produit acceptable et accepté. Ce n’ est tout simplement pas possible. Ce qui a eu lieu a eu lieu .
    Malgré tout son talent Lucchini ( fils de petit commerçant lui aussi ) se trompe: on ne peut pas lire Céline innocemment.

     
  2. etoilerouge

    janvier 9, 2018 at 3:01

    Il s’agit d’une grande opération de réhabilitation de CELINE par la voix du MONDE et d’ARTE télé allemande qui ne cesse de promouvoir de soi-disant documentaires sur le nazisme dont le communisme, réel adversaire et réel vainqueur est absent. Il faut empêcher cette réhabilitation européenne de cet écrivain ouvertement nazi. Par ailleurs son style est empreint de ses haines.

     
  3. etoilerouge

    janvier 9, 2018 at 3:03

    Le style c’est l’homme dit-on d’un écrivain . Comment prétendre que le style CELINE n’est pas l’homme CELINE nazi notoire?

     

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