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Zakhar Prilepine et la Révolution d’Octobre: des mythes à nos jours

13 Nov

Je n’ai pas pour habitude de traduire des textes sur ce site. Mais, pour clore cette question d’actualité encore (trop) brûlante qu’est la Révolution d’Octobre, je voudrais porter à la connaissance du public non russophone le texte d’un auteur russe contemporain, Zakhar Prilepine, l’un des rares écrivains, peut être même aujourd’hui le seul, à ressentir et à retranscrire avec talent les pulsions qui traversent le pays. La Révolution et la guerre civile en 12 points. 12 points à réfléchir. Car l’histoire se répète toujours et encore, toujours la même, chaque fois différente.

Pour comprendre le texte qui va suivre, il faut d’abord comprendre l’auteur, qui met plus que mal à l’aise cette bonne société française, pourtant néotrotskyste, qui n’arrive manifestement pas à le saisir. Zakhar Prilepine a un profil complexe, peut être trop pour une société qui a besoin d’une pitance – et d’hommes? – prédigérée. Le Bien est le bien et défendu par les Bons, c’est-à-dire ceux qui nous ressemblent. Le Mal, c’est l’autre, les autres, ceux qui ne sont pas comme nous et ne pensent pas comme nous. Le Bien doit gagner, car nous sommes de son côté. Évidemment, la présentation de son roman Obitel (L’Archipel des Solovki) en France, roman censé dessiner les contours, selon la presse française, du système des Goulags des années 20 a mis de côté l’essentiel, la dimension humaine de ses personnages, leurs tragédies, leur complexité, le rythme et les sensations. L’absence du bien et du mal. L’absence d’un jugement à l’emporte-pièce. Alors que la bonne société française avait besoin d’une condamnation de plus de la Russie des soviets et des Goulags, cet auteur débarque en contre lumière avec ses interrogations existentielles et ses personnages qui se foutent d’être du côté du bien ou du mal. Son accueil médiatique fut donc… particulier. Souriant. Comme deux mondes qui se frôlent sans se rencontrer.

Commandant dans le services des forces spéciales dans les années 90, Z. Prilepine prend part aux guerres de Tchétchénie, quand le temps est au libéralisme dévastateur, termine ensuite la faculté de philologie, il est dans les nationaux-bolchéviques dans les années 2000, s’occupe de la presse, se trouve dans l’opposition politique, jusqu’au tournant de 2014 du rattachement de la Crimée. Le réveil de la Russie, la guerre menée en Ukraine contre les habitants du Donbass par une nouvelle forme « d’Intervention internationale », contre ces hommes et femmes de l’Est qui voulaient simplement garder leur culture russe, rester dans le monde russe. Il prend leur parti, le prend activement et par les armes, renouant avec la tradition russe ancienne des écrivains-officiers. Il est simplement russe, dans toute la complexité de l’histoire du pays qu’il ne cherche pas à réduire à une bande dessinée pour l’amitié des peuples.
C’est le texte complexe de Zakhar Prilepine paru dans le journal Svobodnaya Pressa (Presse libre), que je voulais vous proposer. Proposer à réfléchir. Notre société se trouvant un peu dans la situation d’un Février revanchard.
Pour les russophones, voici l’émission sur le sujet qui reprend dans les grandes lignes l’argumentation du texte et la développe. Bonne lecture!
Discutant sur la révolution, ses opposants tournent en rond et proposent toujours et encore les mêmes conclusions, à notre avis fausses.
1. Même si vous aimez beaucoup la monarchie, il vous faut bien reconnaître ce simple fait, que les bolchéviques n’ont pas renversé le Tsar. Les bolchéviques ont renversé le très libéral et pro-occidental Gouvernement temporaire.
2. Ce ne sont pas les gens qui se battaient « pour la Foi, le Tsar et la Patrie » qui ont lancé le combat contre les bolchéviques, mais Lavr Kornilov, général, qui a ordonné l’arrestation du Tsar et de toute sa famille.
Dans son proche entourage se trouvaient Boris Savnikov, social-révolutionnaire (SR), révolutionnaire, terroriste, œuvrant sans relâche au renversement de la monarchie. Savnikov a tout fait pour sauver le Gouvernement temporaire dans le Palais d’Hiver. Il servait en tant que Commissaire du Gouvernement temporaire dans le régiment du général Piotr Krasnov. Il était en charge de la constitution d’une Armée volontaire.
Savnikov à gauche
Une autre figure centrale du mouvement des Blancs est le général Mikhail Alekseev, qui est lui aussi impliqué dans l’évincement de Nicolas II du pouvoir; par ailleurs comme beaucoup de membres du Gouvernement temporaire, il était également membre d’une loge maçonnique.
La question finalement se résume en cela: ceux qui se prononcent contre les bolchéviques et Lénine pensent sincèrement que la Russie se serait portée mieux si tout au long du XXe siècle l’avaient gouvernée des libéraux, révolutionnaires, recourant aux méthodes terroristes, et des généraux ayant trahi leur serment?
3. Tous les partisans de l’idée selon laquelle la Révolution a été réalisée sur les fonds allemands et britanniques devraient commencer par chercher à s’expliquer si les premiers et les seconds ont obtenu le gain recherché, dans quel but et les premiers et les seconds ont participé à l’Intervention contre la Russie Soviétique si les bolchéviques étaient leurs agents et quels sont ces agents qui non seulement abandonnent leurs curateurs, mais ensuite se retournent contre eux pour se battre à mort?
4. En rappelant qu’une part de l’aristocratie, chassée de Russie, a été remplacée, comme on aime à le dire chez nous aussi, par « des cuisinières et des bandits« , il faut être juste et rappeler aussi que Lénine était aristocrate, comme une grande partie des principaux bolchéviques et des dirigeants du parti. N. N. Krestinsky venait de l’aristocratie, V. V. Kouïbychev était aristocrate depuis des générations, G. K. Ordjonikidze – aristocrate, F. E. Dzerjinsky – fils de la petite aristocratie provinciale et l’une des figures-clés du NKVD, G. I. Bokiï faisait partie de la vieille aristocratie et était le fils d’un conseiller de l’Empereur, etc. Il faut aussi rappeler que le sang aristocrate coulait dans les veines non seulement des écrivains qui ont quitté la Russie, comme MerejkovskiBerdïaevBoris Zaïtsev. Ceux qui ont suivi la Révolution russe comme Blok ou Brioussov, étaient aussi aristocrates. Des poètes révolutionnaires historiques comme Maïakovski et Anatoli Mariengof, vous ne le croyez pas, étaient aussi aristocrates. Alekseï Nikolaevitch Tolstoï était aristocrate et Valentin Petrovitch Kataïev – aussi aristocrate.
A ce niveau, il convient de rappeler que dans le premier gouvernement soviétique, il n’y avait qu’un seul juif – Trotski.

5. Dans l’Armée rouge servaient 75 000 anciens officiers (dont 62 000 étaient d’origine noble), alors que dans le même temps, le corps de l’Armée Blanche comptait environ 35 000 des 150 OOO officiers composant le Corps des officiers de  l’Armée Impériale. L’habitude du cinéma russe moderne (habitude par ailleurs prise chez les réalisateurs soviétiques) de représenter les Rouges comme venant du peuple et les Blancs avec « du sang bleu » est vulgaire et même contraire à la vérité historique. Pour en revenir à Trotski et à un certain nombre d’acteurs de la Révolution venant des familles juives. Tous ceux qui affirment que la Révolution est le fruit d’un groupe ethnique précis, manipulant par le biais du peuple russe, jouent finalement le rôle des russophobes. Notamment pour la simple raison qu’ils estiment que plusieurs dizaines de milliers de nobles – officiers de surcroît – furent l’objet de manipulation de la part de quelques centaines de descendants d’artisans et de commerçants.

Rappelons que la fonction de Commandant en chef des armées de la République soviétique était occupée par Sergueï Serguéevitch Kamenev, officier de carrière ayant terminé l’Académie militaire en 1907. Il a occupé ce poste de 1919 jusqu’à la fin de la guerre civile, poste qui sera occupé lors de la Grande Guerre Patriotique (Seconde guerre mondiale) par Staline. Le chef du Quartier général opérationnel de l’Armée Rouge, Pavel Pavlovitch Lebedev, également descendant d’aristocrate, aura servi l’Armée impériale jusqu’au grade de général de division. Il a remplacé Bonch-Brouevitch (venant d’ailleurs de la noblesse polonaise) au poste de chef du Quartier général opérationnel, poste qu’il occupera de 1919 à 1921 avant d’être nommé à la tête de l’état major de l’Armée Rouge.

Pavel Pavlovitch Lebedev

En fin de compte, bon nombre d’officiers impériaux et de participants à la Guerre civile furent nommés maréchaux de l’Union soviétique, comme le colonel B.M. Chapochnikov, les capitaines d’état major A. M. Bassilevsky et F. I. Tolbourine, le second lieutenant L. A. Govorov.

Vous avez toujours envie de discuter de la manière dont des cuisinières et des bandits primaires, par le mensonge et par impudence ont vaincu ces merveilleux et blêmes aristocrates russes, qui n’ont pas trahi leur serment et fidèlement servi l’Empereur?

6. Les bolchéviques ne sont pas à l’origine de la Guerre civile et n’en avaient pas besoin. Elle n’a pas commencé immédiatement après la Révolution, comme parfois il est convenu de l’affirmer, mais en 1918 uniquement et les bolchéviques n’avaient aucun lien avec son déclenchement. Les initiateurs de cette Guerre étaient les personnalités militaires qui ont renversé l’Empereur. En fin de compte, des millions de personnes ont participé à la Guerre civile, représentant des ethnies, des groupes politiques, des forces très diverses; il faut par ailleurs rappeler l’intervention de 14 pays. Dans ce contexte, mettre sur le dos des seuls bolchéviques toutes les victimes de la Guerre Civile est une imbécilité profonde et une manipulation évidente.

De facto, la Guerre civile est le fait des Blancs.

7. Les premières lois qui furent adoptées par le nouveau pouvoir bolchévique n’avaient aucun caractère répressif. Le 2 novembre 1917 a été adoptée la Déclaration des droits des peuples de Russie, abolissant tous les privilèges ethniques et religieux. Le 11 novembre a été adopté le décret annulant les ordres, les rangs et établissant une seule citoyenneté. Le 18 décembre a été adopté le décret sur l’égalité en droit des hommes et des femmes dans le mariage civil. Les bolchéviques sont arrivés au pouvoir en qualité d’inouïs idéalistes, libérant le peuple, et de démocrates, dans le meilleur sens du terme.

8. Confrontés au risque de l’effondrement de l’Empire et des mouvements séparatistes dans les régions ethniques, les bolchéviques ont rapidement changé de tactique et ont impétueusement rassemblé l’Empire, ne perdant en définitive que la Finlande et la Pologne, dont la présence dans la composition de la Russie semblaient, et semble toujours, incongrue et exagérée. Avec toute la volonté du monde, il n’est pas possible de dénommer les bolchéviques de « tombeurs d’Empire », ils appelaient simplement leurs actions « internationale », dont le résultat pourtant a été celui très traditionnel en Russie d’un « enracinement à la terre ».

Il faut reconsidérer dans le contexte de l’époque (Première guerre mondiale, Guerre Civile, qui n’a pas été déclenchée je me répète par les bolchéviques, parade des souveraineté, intervention internationale…) nombre des préférences obtenues des bolchéviques par les entités ethniques. Il n’est pas constructif d’analyser ces éléments en dehors de leur contexte historique.

Rien d’autre que du dégoût ne peut ressortir du comportement du clan libéral actuel, qui en fin de compte a défait l’Empire russe dans la machine soviétique et accusant de cet effondrement les bolchéviques. Ces bolchéviques qui se sont héroïquement battus dans ces mêmes régions ethniques, perdues dans les années 90 en résultat de la révolution libéralo-bourgeoise, sans même un coup de feu.

9. L’une des suppositions les plus répandues et par les libéraux et par les nationalistes est que les bolchéviques ont « miné les fondements de l’Empire », en découpant la Russie en républiques, place le discours historique dans une sorte de dimension flottante: l’on obtient un tableau totalement dénué de sens dans lequel se trouve l’Empire, arrivent les bolchéviques qui déposent une bombe, pour ensuite faire exploser leur propre Etat.

En attendant, la Russie impériale n’existait déjà plus, l’Empereur avait déposé sa couronne et au pouvoir était arrivé le Gouvernement temporaire. La question est celle-là: la situation aurait-elle été meilleure si les généraux de Février avaient gagné la Guerre Civile?

Non, tous étaient au courant de l’Accord franco-britannique du 23 décembre 2017 sur la division de la Russie en zones d’influence: la Grande Bretagne récupérait le Caucase du Nord; la France l’Ukraine, la Crimée et la Bessarabie; les Etats Unis et le Japon se partageaient la Sibérie et l’Extrême Orient.

Allons-y, redistribuons encore une fois les cartes. Un: il n’y a plus d’Empereur. Deux: il y a des généraux blancs qui étaient prêts à la division du pays ici présentée et au pillage du pays. Et il y a les bolchéviques qui ont empêché cette division et ce pillage.

« Ils ont miné les fondements »?

Les processus de démembrement ont commencé sous l’Empire avec le Gouvernement provisoire – en Pologne, en Finlande, en Ukraine, dans les territoires baltes. La Russie impériale était donc divisée en républiques soviétiques?

Ces Empires qui sont tombés avant et encore après l’Empire russe étaient eux aussi divisés en républiques soviétiques? Pourquoi alors sont-ils tombés? Qui à miné leur fondement?

Les démocrates des années 90 adoraient en parler, discussions dont le message était évident: ils ne voulaient pas être jugés responsables de l’effondrement, ils voulaient reporter cette responsabilité sur d’autres.

Le Grand Duc Alexandre Mikhaïlovitch Romanov déclarait: « La situation des chefs du Mouvement des Blancs était devenue impossible. D’un côté, faisant mine de ne pas remarquer les intrigues des alliés ils en appelaient… à la guerre sacrée contre les soviets, d’un autre côté, rien de moins que l’internationaliste Lénine a pris la défense de l’intérêt national russe, lui qui n’a pas épargné ses forces dans ses nombreuses interventions pour condamner la division de l’ancien Empire russe. »

En qui avez-vous le plus confiance? En le Grand Duc Romanov ou bien en les démocrates des années 90?
10. Le Patriarche Tikhon, nous dit-on, a condamné les bolchéviques à l’anathème. Raison pour laquelle il ne faut pas soutenir les bolchéviques.
Mais le Patriarche Tikhon n’a jamais béni le Mouvement des Blancs, ne les a jamais reconnus.
Et qui soutenir? Il n’y a plus d’Empereur, il a renoncé. Les Blancs partagent la Russie avec les Japonais et les Français.
L’on va partir de ce point et s’appuyer sur la réalité et non sur de sentimentales représentations de ce qui aurait pu être si les bolchéviques n’avaient pas été.
11. Le principal conflit de la Guerre civile n’est pas celui des « cuisinières et des bandits » avec l’âme aristocratique. Les bolchéviques ont nationalisé les moyens de production, portant par là même atteinte aux intérêts du grand capital, donnant la préférence aux intérêts des travailleurs. Plus que tous étaient intéressés par la Guerre Civile, disons d’une certaine manière, la « liste de Forbes » et ces acteurs financiers étrangers qui avaient des intérêts en Russie. Autrement dit, ce fut le conflit entre le socialisme et le capitalisme.
A présent, l’on tente constamment de remplacer cette vulgaire vérité par des romances au Lieutenant Golitsyne et des marches avec le portrait du dernier Empereur.
12. Dans la Guerre Civile, c’est le peuple russe qui est le principal vainqueur. La Révolution russe qui s’est produite le 7 novembre 1917 est tout autant et le mérite, et la victoire et la tragédie du peuple russe. Il en porte tout la responsabilité et est en droit d’être fier de ces grandes réalisations qui ont changé le destin de l’humanité.
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5 Commentaires

Publié par le novembre 13, 2017 dans Uncategorized

 

5 réponses à “Zakhar Prilepine et la Révolution d’Octobre: des mythes à nos jours

  1. leca

    novembre 14, 2017 at 9:33

    une ordure nazie qui fait parler ainsi les juifs:

    Nous nous sommes installés dans ton socialisme.
    Nous nous sommes partagé le pays que tu avais construit.
    Nous avons gagné des millions sur les usines bâties par tes esclaves et tes scientifiques. Nous avons mis en faillite les entreprises que tu avais créées et emporté l’argent de l’autre côté du cordon, où nous nous sommes fait élever des palais. Des milliers de véritables palais. Jamais tu n’as eu une datcha pareille, monstre vérolé.
    Nous avons vendu les brise-glace et navires atomiques que tu avais lancés et nous nous sommes payé des yachts. Ce n’est pas une métaphore, c’est un fait de notre biographie.
    Pour ça, ton nom nous démange et nous gratte de l’intérieur, nous voudrions que tu n’aies jamais existé.
    Tu as protégé la vie de notre race. Sans toi, on aurait étouffé nos grands-pères et nos arrière-grands-pères dans des chambres à gaz soigneusement disposées de Brest à Vladivostok, et notre question aurait été définitivement réglée. Tu as mis sept couches de Russes sous terre pour sauver notre semence.
    Quand nous disons que nous avons aussi combattu, nous nous rendons compte que nous n’avons combattu qu’en Russie, avec la Russie, sur la colonne vertébrale des Russes. En France, en Pologne, en Hongrie, en Tchécoslovaquie, en Roumanie et partout plus loin, il ne nous a pas été possible de combattre si bien ; là-bas, ils nous rassemblaient et nous mettaient le feu. Ça n’a été possible qu’en Russie, où nous avons trouvé le salut sous ton aile vile.
    Nous ne souhaitons pas t’être reconnaissants pour notre vie et la vie de notre race, chien à moustaches.

    Mais secrètement, nous le savons : sans toi, nous ne serions plus.

    Lettre au camarde Staline

     
  2. histoireetsociete

    novembre 14, 2017 at 10:02

    je sais qui est l’auteur: la présentation dit de lui : « il est dans les nationaux-bolchéviques dans les années 2000 » quand il écrit l’ode à staline, c’est-à-dire Limonov… et même ce texte est un playdoyer à l’intérieur de ce courant. Il dit d’ailleurs une contrevérité en plaidant contre les monarchistes , contre Soljenitsyne qui lui est un véritable antisémite (qui appuie le pacte de Sion ce faux tsariste) que non ce ne sont pas les juifs qui ont fait la Révolution et il ajoute qu’il n’y a qu’un juif c’est Trotski. Ce qui est totalement faux, je pense en particulier à Kaganovitch. Mais ce texte doit donc être pris à l’intérieur d’un débat typiquement russe sur l’estimation du rôle des bolchviques par rapport à l’unité de l’immense Russie et de son empire.
    nul n’est plus que moi sensible à l’antisémitisme que je considère non seulement comme particulièrement désagréable vu mes origines, mais comme un affaiblissement mortifère de toute position révolutionnaire et je suis convaincue que l’antisémitisme polonais a joué le rôle le plus délétère dans la chute des ex-pays socialistes. Mais il faut aussi considérer la référence aux juifs dans un contexte qui peut dépasser la question juive ou du moins elle n’est pas le centre des débats, elle en est la preuve du dévoiement. Notons que les nationaux bolcheviques ont évolué depuis… A mes yeux ils demeurent suspects mais autant que les mauvaises oeuvres de la fondation Rosa Luxembourg…

     
    • leca

      novembre 14, 2017 at 4:54

      Danielle ta réponse n est pas convaincante, avec tout le respect que je te dois Je suis un imbécile qui ne change pas d avis; nous avions déjà eu l occasion de ferrailler sur le même sujet; Car la question est et reste celle-ci: Comment H et S, oui comment Danielle et Marianne qui dénoncent quotidiennement le racisme anti arabe et l’antisémitisme peuvent elles faire preuve d une telle indulgence pour ce type qui a commandé des OMON en Tchétchènie où il a du ne faire que des câlins à la Aussaresse aux populations musulmanes , Qui est ENCORE à ce jour membre des nazbol un parti qui repeint en noir la faucille et le marteau , les tord en croix gammée, les inscrit dans un cercle blanc sur fond rouge, qui salue le bras tendu comment peut il trouver grâce à vos yeux ? Son talent littéraire ? Les extraits qu’ on peut en lire ne sont pas convaincants, ce n est pas du Soljenitsyne et de loin, Et puis le talent littéraire la belle affaire ! ici on a eu Chardonne, Céline, Rebatet , Jouhandeau, Brasillach Drieu et tant d’autres. Même Renaud Camus n écrit pas si mal.
      Ce type ferait passer Soral et Dieudonné pour de gentils rêveurs ;
      Au passage j ai trouvé le texte de sa lettre à Staline dans une revue du PCF tout aussi complaisante à son égard avec une intro signée de toi et assez emberlificotée ce qui n est pas ton genre
      https://www.pcfbassin.fr/37-politique-internationalea/russie/29452-lettre-au-camarade-staline-traduction-de-la-lettre-a-staline-par-zakhar-prilepine
      il y a en bas de page un interview du bonhomme qui ne renie rien, s en fait gloire, et conclut sur ces fortes paroles:
      ‘Mais Staline, c’est un dieu de vengeance, c’est un démon qui a forcé l’effroi à se dessiner sur le visage lascif du boutiquier.’
      ben voyons

      On ne peut pas taper avec raison sur les trotskystes et se satisfaire d’affirmer ‘notons que les nationaux bolcheviques ont évolué depuis’; mais le FN aussi a évolué et Soral encense le Che; Des fachos qui admirent Joseph parce qu’ il a battu leur Adolf l y en a plein les magasins.

       
  3. histoireetsociete

    novembre 14, 2017 at 5:30

    leca, je dois reconnaître que tu mets le doigt sur une contradiction chez moi qu’il faudrait que j’interroge, même Soljenitsyne bénéficie chez moi d’une sorte d’indulgence.. Je suis sensible à quelque chose chez les Russes qui est de l’ordre du messianique et que je ne retrouve pas dans d’autre cas…
    Comme je n’arrive pas à condamner l’Allemagne dont je partage des soubassements culturels, par contre j’ai une allergie à la Pologne… je crois que c’est le catholicisme ou alors le fait que ma propre famille m’a élevé dans cette relation …
    souvent il y a dans ma relation aux peuples quelque chose de l’ordre de l’instinctif ou au contraire d’une meilleure connaissance, de l’ordre du désir. Je ne pense pas que ce type soit un salaud. En ce qui concerne les arabes, tu es injuste, je suis convaincue au contraire que leur antisémitisme n’est pas du tout de même nature que ce que le christianisme a produit, il n’y a pas de peuple déicide… Arabes et juifs sont des cousins et à la limite cela porterait plutôt bonheur d’avoir un juif avec soi… Ce que je mets en cause n’est pas l’antisémitisme des musulmans ou des arabes chrétiens mais la manière dont il est utilisé par des bons français qui sont des pétainistes… Moi je vis avec des musulmans et franchement je n’ai aucun problème sur cette question, je dis ce que j’ai à dire…
    Alors que je n’ose pas dire que je suis juive en Pologne parce que je sais que la relation en sera perturbée… Ce n’est pas le cas en Russie, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’antisémites.
    Je pense que ce qui m’énerve chez les Polonais n’est pas seulement le catholicisme mais cette identité négative. Ils ont été abusés par des féodaux dont l’Eglise catholique grand propriétaire terrien et ils continuent… Pour tout dire avec leur walesa et y compris sous Gomulka, ils ont crée des conditions originales … C’est ça qui m’énerve, les Russes ont des folies mystiques, ils vont jusqu’au bout… Je ne me sens pas humiliée…
    Cela dit j’insiste ce qui m’intéresse dans ce texte c’est cette interrogation sur le rôle joué par les bolcheviques en matière d’identité nationale, je pense que ça c’est ce que les Français ne comprennent pas, une donné qui leur manque… et c’est ce qui fait que je peux publier par deux fois un texte qui pose ce problème. Regarde aujourd’hui la manière dont wikipedia en français et en Russe et en anglais traitent de la relation entre les nazis et le dernier des Romanov, c’est éclairant

     
  4. histoireetsociete

    novembre 15, 2017 at 12:51

    Leca, je n’arrive pas à dormir, parce qu’à cause de ta remarque je me demande ce que je ressens qui fait que je supporte ce discours, cette interpellation alors que je ressens de l’antisémitisme insupportable dans d’autres cas.
    Peut être est-ce tout simplement parce qu’il y a une part sinon de vérité, l’injustice est de penser que tous les juifs se sont conduit comme certains oligarques, comme les trotskistes ou comme les BHL, Glucksman qui effectivement à mes yeux ont trahi ce pacte de sang qui devrait nous unir aux communistes, russes en particulier. J’ai une très forte conscience du fait que les soviétiques et nous les juifs avons payé plus que tous les autres l’horreur du nazisme, partout y compris dans l’avancée des armées nazies à l’est c’étaient les juifs et les communistes qui étaient massacrés, si le terme holocauste a un sens il nous est commun. J’ai personnellement une éternelle reconnaissance, le mot Stalingrad est pour moi une aube. Ma vision de Staline est tout entière commandée par cette reconnaissance, c’est une enfant sauvée… C’est le choix de communistes partant en camp de concentration non comme des moutons mais par choix de combat, ce sont pour toujours mes héros. Alors quand ce type s’adresse aux juifs et leur reproche d’avoir trahi, il a tort parce que ce n’est pas vrai de tous les juifs, mais il y a effectivement des juifs qui se sont mal conduits et j’ai moi aussi la colère contre eux. Il y a un dialogue possible.
    Pendant toute une partie de ma vie, j’ai haï les Allemands, je ne pouvais pas voir un allemand sans ressentir de la colère, puis j’ai découvert Brecht et les antinazis et je me suis sentie très proche d’eux à cause de ce que j’éprouvais devant l’injustice de certains juifs, leur racisme, l’attitude à l’égard des palestiniens. Les antinazis allemands m’ont aidé à comprendre plein de choses.
    Mais il y a un antisémitisme stupide, gratuit, ancestral, ce que j’appelle une identité négative ou une sale habitude qui manifeste de la répulsion à l’égard des juifs sans aucune raison, c’est le cas de Soljenitsyne, c’est médiocre et risible. C’est le cas des Polonais. Il n’y a plus de juifs en Pologne et ils continuent à être antisémites, comme ils sont anti-russes et anti-communistes pour continuer à subir l’exploitation de leurs féodaux. Le film Ida est pour moi faux cul et insupportable comme l’est l’antisémitisme d’un Soral. Pire il y a des gens qui feignent d’être pour les palestiniens mais c’est par haine des juifs, je ressens cela quand un pascal Boniface attribue les ignominies du gang des barbares au CRIF et quand Lefort organise une pétition pour le soutenir. C’est le bon vieil antisémitisme de Céline et celui de maurras un peu différent. Ou encore quand un Raymond Barre parle des « innocents » c’est-à-dire les dommages collatéraux d’un massacre « normal » de juifs, ou encore personne ne s’émeut du massacre d’enfants juifs.
    Alors que chez ces fous de national bolcheviques, du moins chez ce type là il y a un dialogue à partir de ce qui a été vécu en commun, nous restons des êtres humains. Il y a des gens avec qui je sympathise et puis je découvre que si je dis que je suis juive la sympathie ne pourra pas demeurer ou alors à titre d’exception (j’ai un ami juif) ou pour m’utiliser comme Lefort cherche des signatures juives contre les Israéliens… La manière dont ils utilisent les gens de l’UJFP. Et là quelque chose se glace en moi et je ne peux plus les croire. Quand je suis en Pologne je sais que le fait d’être juive change tout dans ma relation avec la majorité des Polonais ou alors ils jouerons à avoir dépassé cela comme l’auteur du film Ida pour mieux me dénoncer en tant que communiste.
    Rien de tout cela avec ces russes ou avec la grande masse des musulmans, mais ces dernier sont aujourd’hui manipulés, incités à la haine du juif. On est en train de construire chez eux une identité négative comme celle des Polonais et pour certains Français. comme chez certains juifs israéliens ou non qui ne sont plus juifs qu’à cause d’Hitler.
    La pire des choses dit-on pour un Juif est de le pousser à avoir honte d’être juif, il y a des gens qui veulent nous ramener à ces peurs et ces hontes, c’est ce que je ressens en Pologne et face à certains individus y compris d’extrême-gauche mais qui de fait sont proches de Soral comme certains insoumis ou même dans le PCF (mais pour le moment ils sont moins atteints). Alors qu’avec les Russes ce n’est pas toujours le cas au contraire, ils m’interpellent au nom de ce que nous avons vécu ensemble, nous avons payé le prix fort et ils me disent de m’en souvenir et je suis d’accord.

     

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