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l’impôt sur les feignants…

19 Oct

 

Difficile à classer celui-là : les socialistes le réclament comme étant un des leurs mais aussi les anarchistes, les juifs (et oui Leca, encore un) , les communistes, les antimilitaristes, les syndicalistes, les pro-choix, les anticléricaux, les radicaux, les gauchistes et tout le prolétariat. Il lui est ainsi arrivé de se faire crever les pneus de sa voiture par les ouvriers du quartier où il chantait, son public étant, ce soir-là, composé de bourgeois.

Ses chansons d’une lointaine actualité, de 1897 à circa 1928 sont presque toutes oubliées. La petite histoire a retenu « Gloire au 17e »« La grève des mères » et « La butte rouge ». – Il en écrit pourtant plusieurs autres : une bonne centaine sinon plus, en majeure partie mises en musique par son camarade Raoul Chantegrelet.

On sait qu’il est né à Paris, 10e, en 1872, le neuf juillet ; qu’il s’appelait Gaston Mordachée Brunschwig, qu’il était l’aîné d’une famille de 22 enfants, qu’il a débuté dans la chanson à 12 ans (sous le nom de Montéhus, déjà) ; qu’il fut tambour au 153e régiment de ligne à Toul, de 1892 à 1896,qu’il publia sa première chanson, « Au camarade du 153e », en 1897, à Châlons-sur-Marne ; qu’il se présenta aux élections législatives du 8 mars 1898, encore à Châlons-sur-Marne, sous l’étiquette « Républicain indépendant », qu’il fut engagé à la fin de l’année 1901 aux Ambassadeurs, (établissement du côté des Champs-Élysées) où son répertoire provoqua un scandale, que les hommes de Drumont distribuèrent des tracts contre « le juif Brunswick » qui « éructe des infamies à l’adresse des chefs de l’armée française », et provoquèrent des bagarres, que Montéhus dut retourner dans les faubourgs mais qu’il était lancé, qu’il fut admis à la S.A.C.E.M. en 1904 en soumettant « Du pain ou du plomb » (thème imposé : « L’heure de l’Angelus aux champs ») (sic) et qu’il devint presque mondialement connu en 1907 avec son « Gloire au 17e »suite à ce qui est aujourd’hui un fait divers, les soldats de ce régiment ayant refusé de tirer, en 1907, sur des vignerons en colère :

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Et c’est encore en 1907, qu’il ouvre Le Pilori, son théâtre sur le Boulevard de Strasbourg, 10e. Il y déclame son répertoire (chansons, monologues et pièces), devant un public nombreux.

Ce que l’on sait moins, c’est qu’il fut l’ami de Lénine – que l’on remarque au Pilori – lors de l’exil de ce dernier en France ; qu’il chantait en première partie de ses conférences, en 1911 et qu’il était franc-maçon.Lénine,ne tarissant pas d’éloges, lui demande de chanter pour les révolutionnaires russes. Montéhus décline.

Ce qu’on ne veut pas trop se rappeler, c’est qu’en 1914, lui, l’antimilitariste par excellence, composa des chansons pour l’emprunt de guerre, la victoire finale, l’union sacrée dont une célèbre « Lettre d’un socialo » sur – comble des combles –  l’air du  » Clairon«  de Déroulède :

Ce

Pour ces chants patriotiques, il reçut, en 1918, la croix de guerre.

En 1919, il revient à ses premières convictions pour composer son chef-d’œuvre, « La butte rouge« , la seule chanson de lui qui nous soit vraiment restée – musique de Georges Krier – interprétée plus ou moins récemment par Yves Montand, Marc Ogeret, Renaud…

Chantre de toutes les revendications, de toutes les luttes sociales, « véritable polygraphe de la petite histoire » (Serge Dillaz – La chanson sous la IIIe république), sa popularité commença à décliner au début des années vingt : son costume, ses allusions à la Commune et aux conflits ouvriers d’avant-guerre  commencent à faire vieux jeu.

Dans les années trente, il passe du côté de la politique, devient membre du SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière) puis du Front populaire – on se souvient de son « Vas-y Léon » – avant, en 1942, âgé de 70 ans, d’être contraint de porter l’étoile jaune. Durant la Seconde Guerre mondiale, il connut une vie particulièrement difficile, la SACEM, du fait de ses origines, ne lui payant plus ses droits d’auteur.

À la Libération, il créa « Le chant des gaullistes » et plusieurs drames dont « L’évadé de Büchenwald ». En 1947, le ministre de la guerre, Paul Ramadier, lui remet la Légion d’honneur. – Pauvre, malade, oublié de tous, il s’éteint à Paris, 15e, en 1952.

Ses cendres reposent au Père Lachaise.

 

4 réponses à “l’impôt sur les feignants…

  1. Jeanne Labaigt

    octobre 19, 2017 at 7:39

    « Salut braves piou-pious! vous auriez en tirant sur nous assassiné la République »
    Une chanson que mon père m’avait apprise toute petite et qu’on chantait dans la forêt landaise en ramassant des « galips » pour allumer le feu l’hiver . Il faut dire qu’il avait fait son service militaire au 17ème du côté de Béziers je crois, c’est un souvenir de mes trois ou quatre ans!!
    En première ma prof d’histoire, excellent prof, mais plus qu’à droite et colonialiste, avait raconté la fin de la grève des viticulteurs en colère (tout le bassin viticole était en insurrection en 1907) en brocardant Marcellin Albert en montrant comment ce type avait été séduit par la pompe des palais de la république dans lesquels Clémenceau lui avait fait faire antichambre et elle racontait l’histoire du billet de banque. J’ai bondi et chanté le refrain de la chanson à voix haute dans la classe, j’ai été convoquée chez la surgé. j’ai faillie être renvoyée . Tu parles si j’adore que tu rappelles cette chanson dans ton blog…

     
  2. histoireetsociete

    octobre 19, 2017 at 7:54

    C’était la chanson préférée de Lénine, chaque fois que je suis allée en URSS en délégation, il y a eu un choeur qui est venu me la chanter en m’expliquant à quel point Lénine appréciait mla chanson et la fraternisation de l’armée avec les viticulteurs.
    d’ailleurs voici la preuve, dans un film russe sur lénine à paris qui est-ce qui chante ?

     
  3. Jeanne Labaigt

    octobre 19, 2017 at 8:35

    Merci Danielle pour le petit cadeau…

     
  4. leca

    octobre 20, 2017 at 2:07

    On entend ‘la butte rouge’ dans le van gogh de pialat

     

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