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A propos de l’affaire Weinstein, retour sur le jeune Marx

12 Oct

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Je n’en finis pas d’être stupéfaite par les dérives de la société des Etats-Unis, stupéfaite non par leur étrangeté mais par ce qu’elles sont si proches des nôtres, de nos dérives actuelles. Ce producteur dont on disait qu’il exerçait une influence plus grande sur Hollywood que la scientologie (sic), totalise une soixantaine de statuettes, quatre oscars pour le meilleur film, dont « The Artist ». « C’est un distributeur », dit Michel Hazanavicius, le réalisateur de « The Artist » et de cette pauvre chose sur Godard intitulé « le redoutable », c’est dire si le cinéma français a joué le jeu et s’est plié aux caprices de celui qui faisait la fortune ou non d’un réalisateur, si tout le monde s’est empressé à lui offrir du bétail comme s’ils étaient un quelconque dodo la saumure, ce métier-là chacun l’a fait sans parler d’Hilary Clinton et les Obama et tous les élus démocrates qui ont accepté ses financements quitte après à donner des leçons de vertu sans rien changer sur le fond. Cet hollywood qui vit de ce type d’individu et écarte un Eric Von Stroheim pour immoralité.

Disons le tout de suite ce type, une sorte de DSK, est un malade, un obsédé sexuel qui mérite un traitement comme bien d’autres que l’on met en prison sans autre forme de procès… Mais ce n’est pas de cela dont il est question mais bien de ce que le mal paraît en parfaite concordance avec le type d’individu qui sont les vainqueurs de ce monde. Hollywood étant la représentation et aussi la caricature de cette violence sociale que certains dans leur soif de possession jamais assouvie ont le droit d’exercer sur d’autres.

Il y a quelque chose d’extraordinaire dans ce petit monde démocrate qui prend ses distances avec le « prédateur » par pure hypocrisie puritaine sans jamais s’interroger sur ce qui est à la base de ce viol systématique de la « partenaire ».

Alors voilà, j’ai retrouvé un texte que j’avais écrit sur ce blog à propos du jeune Marx (celui des manuscrits de 1844) et du rapport entre les hommes et les femmes. N’oubliez pas qu’à cette époque-là Proudhon écrit des choses invraisemblables sur les femmes, sur leur infériorité naturelle comme il est violemment antisémite.

Les manuscrits de 1844 sont une œuvre de jeunesse, Marx y aborde l’économie politique, le communisme en humaniste, il pose à chaque détour de phrase la question : qu’est-ce que le capitalisme et sa science de l’enrichissement fait-elle de l’être humain? Sa pensée est d’une grande actualité puisqu’elle s’interroge sur la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793, qui portent une vision de l’être humain comme une « monade isolée repliée sur elle-même » et son fondement est donc le bellum omnium contra omnes, la guerre de tous contre tous, la concurrence. L’économie politique nie l’aliénation dans le travail, elle achète pour un temps déterminé, par contrat des hommes « libres », la vie humaine est un capital qui se vend, l’être humain est une machine à consommer… Cette aliénation teinte de son éther tous les rapports sociaux et parmi eux les plus génériques, celui de l’homme et de la femme…

Danielle Bleitrach

« C’est dans le rapport à l’égard de la femme, proie et servante de la volupté collective, que s’exprime l’infinie dégradation dans laquelle se trouve l’homme vis-à-vis de lui-même. En effet, le secret de ce rapport entre l’homme et lui-même trouve son expression non équivoque, nette, manifeste, dévoilée dans le rapport de l’homme à la femme et dans la manière dont est compris le rapport générique naturel et immédiat (1). Le rapport immédiat, naturel, nécessaire, de l’homme à l’homme se confond avec le rapport de l’homme à la femme. Dans ce rapport générique naturel, le rapport de l’homme à la nature est immédiatement son propre rapport à l’homme, de même que le rapport à l’homme est directement son propre rapport à la nature, sa propre détermination naturelle. Dans ce rapport apparaît donc de façon sensible, comme un fait concret, à quel point l’essence humaine est devenue naturelle pour l’homme, à quel point la nature est devenue essence humaine de l’homme (2). En partant de ce rapport, on peut donc juger le niveau culturel de l’homme. Du caractère de ce rapport résulte la mesure dans laquelle l’homme est devenu pour lui-même être générique, homme, et c’est compris comme tel ; le rapport de l’homme à la femme est le rapport le plus naturel de l’homme à l’homme. On y voit donc jusqu’à quel point le comportement naturel de l’homme est devenu humain, jusqu’à quel point l’essence humaine est devenue pour lui essence naturelle, jusqu’à quel point sa nature humaine est devenue pour lui essence naturelle, jusqu’à quel point sa nature humaine est devenue pour lui-même nature. Dans ce rapport apparaît aussi dans quelle mesure le besoin de l’homme est devenu un besoin humain, donc dans quelle mesure l’autre homme en tant que tel est devenu un besoin pour l’homme, dans quelle mesure l’homme dans son existence la plus individuelle est en même temps un être social. »(3)

Quand il est question des femmes et de la politique il faut toujours en revenir aux catégories fondatrices d’Aristote (dans la Politique), il y distingue deux types de relations : la relation entre les propriétaires de la circonscription administrative appelé Demos (d’où la démocratie) qui sont des relations politiques entre égaux et la relation despotique celle qui unit le propriétaire-citoyen aux femmes, aux enfants et aux esclaves. Sur ces êtres inférieurs à des degrés divers, il a tous les droits, ils font partie de sa propriété. Ils ont une valeur d’usage, celle de la nécessité de la production et de la reproduction. C’est le monde du silence et celui des sans droits, celui dont la parole est inutile, babillage, récriminations, et vaines plaintes. Alors que le monde politique est celui de la loi, du contrat d’égalité, une relation abstraite et largement fictive puisqu’il y a des riches et des pauvres, mais même ce que l’on appellera un jour les « petits blancs » sont plus que les femmes et les esclaves.

On dit que le Marx des manuscrits de 1844 est le jeune Marx encore plein de Hegel, en fait le Marx du Capital est en gestation et singulièrement toute la section I du livre I du Capital qui porte justement sur la valeur, sur le contrat qui unit le propriétaire des moyens de production au salarié. C’est l’élaboration d’une nouvelle ère politique, celle de la révolution française, mais aussi celle du Capital une véritable schizophrénie où l’être humain est déchiré entre les aspirations idéalistes des droits de l’homme et la trivialité despotique de l’exploitation. Nous en sommes encore là. Et la dualité du traitement réservé aux femmes, la maman et la putain, le galant caballero hispanique violant avec une rare brutalité ou comme au Mexique, à Juarez multipliant les morts impunies, toutes ces figures de l’insupportable dualité de l’être humain de la « modernité »… C’est pour cela que le mythe de la virginité n’est pas simple voile : tiens le voile, la membrane, le refus de voir, la méduse, le sexe de la femme peint par Courbet, il s’agit toujours du refus de voir sa propre aliénation dont Marx montre le lien avec la religion. Les chiffres officiels montrent que 74% des femmes boliviennes subissent des relations de violence. Une des gloires des communistes qu’il s’agisse des Cubains, des FARC, des Népalais a toujours été de faire avancer l’émancipation de la femme, de les intégrer en tant qu’êtres politiques et combattants, ayant droit à la parole, même si les communistes en tant qu’individus ne sont pas abstraits de l’aliénation du monde qu’ils combattent. Il faut des lois très sévères, ainsi Cuba a hérité du temps de la guérilla une loi qui punit de mort le viol.

(1) Marx considère avec Fourier que le degré d’émancipation est indiqué dans le degré d’émancipation de la femme (cf. La sainte famille).
(2) « l’essence humaine n’est pas une abstraction inhérente à l’individu pris à part. Dans sa réalité c’est l’ensemble des rapports sociaux. Sixième thèse à Feurbach.

Troisième manuscrit, p.145

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7 réponses à “A propos de l’affaire Weinstein, retour sur le jeune Marx

  1. Jean Laurent

    octobre 12, 2017 at 3:53

    Ce que la norme invite ne cache qu’un réel clivé dans l’hypocrisie d’un diagnostic où la bête tapie en chacun de nous pose comme ultime précision que la pulsion échappe même à ceux qui prétendent en rendre compte dans ce magma des sciences psychologiques. Une relecture de Portnoy et son complexe vous fera comprendre que depuis la nuit des temps l’homme se protège de ses turpitudes en planquant la poussière pulsionnelle sous les tapis de son inconscience. « L’acting out » de quelques-uns n’est que la manifestation emblématique d’un mensonge universel et non une pathologie dont les fondements ne sont pas sans rappeler le bon vieux temps où il fallait mettre les simplets dans des asiles hors des villes. Le droit à l’érotisme dans un monde sexualisé à outrance a justement pour mot de passe cette blédine « Hollywoodienne » où comme le chantait Brassens, <>. Vous qui êtes engagée dans des combats politiques légitimes, ne mélangez pas tout de grâce morbleu ! dans certaines monarchies islamiques le violeur est puni par la décapitation. Seul espoir est que la famille soit suffisamment riche pour payer une coquette somme afin que le bourreau n’est pas à s’y reprendre en deux fois. Sans espoir d’échapper à la morbide sentence, chaque jour relève son cortège de viols. Faut-il dès lors injecter une camisole chimique pour tous à la moindre érection inconvenante ? ou tout bonnement que l’homme finisse enfin dans cette omerta généralisée par se mettre à table sur sa vrai personnalité ? une femme m’avouait qu’en faisant du rappel dans les gorges du Verdon elle avait été sujette à une pulsion hors du commun où elle aurait pu se jeter sur le moindre ancêtre de passage, elle me confia alors ses quelques mots <>. Rien est simple, vous me faîtes penser à deux de mes meilleurs potes dont la sexualité avec partenaire , faute de pouvoir en rencontrer bien malgré eux d’ailleurs doit être en berne depuis des années et qui me disent comme vous <> ! à ce stade comme le disait Michel Colucci regretté philosophe de l’essentiel, <> en laissant la politique au placard pour éviter un mélange du genre qui fait la plus belle part du discours féministe mais qui sur le fond ne règle rien et font toujours autant de victimes…….

     
    • Jean Laurent

      octobre 13, 2017 at 3:18

      Autant je suis d’accord que de vouloir isoler le fait politique du contexte économique est une entourloupe des libéraux pour éluder qu’il n’y a pas d’économie qui ne soit pas politique par contre je suis beaucoup plus réservé sur l’approche dominant-dominé dans la pulsion sexuelle. Vous citez Freud qui parle de « Trieb » pour donner un sens dans la lange de Goethe pour la pulsion à savoir le fait d’enclencher la vitesse où le conducteur se soumet au bon vouloir mécanique pour permettre à son véhicule d’avancer et en perd quelques fractions de temps le contrôle. Ce qui me fait dire que le pervers dit dominant est au garde à vous face à sa pulsion. Mais pour revenir à un contexte plus terre à terre, le sujet qui est totalement exploité dans son usine qui voit passer son assistante de direction dans sa minijupe 45 cm au dessus du genou sur ses hauts talons de 18 cm, au risque de perdre le contrôle de soi, je ne le vois pas pour autant enclencher une position de dominé pour passer dominant si il commettait comme le veut l’expression consacrée l’irréparable. Je dirai même que la pulsion le mettrait à nouveau en situation d’ultra dominé sachant que dans nos sociétés occidentales la facture est plutôt salée dans ce genre d’affaires. Il passerait ainsi de son statut d’ouvrier à celui de larbin pour ses codétenus où si par malheur il serait loin d’être moche ce qui n’est pas incompatible, il serait en tant que statut de « pointeur » dans le milieu carcéral exploité sexuellement et soumis à de multiples violences, ce qui pour le moins traduit que nos sociétés ne sont pas à une contradiction près. Mais loin de posséder votre savoir, pourriez vous m’éclairer si Marx avait traité le lien entre pulsion sexuelle et la lutte des classes ?

       
  2. histoireetsociete

    octobre 12, 2017 at 3:57

    bref le viol est dans la nature humaine, comme le capitalisme… Même freud, ce pessimiste positiviste de « malaise dans la culture » n’ose énoncer pareil truisme… Moi je me contente en bonne marxiste à refuser l’idée de nature humaine éternelle et de noter l’hypocrisie de ceux qui isolent les relations entre les hommes et les femmes des rapports sociaux dominants dans une société…

     
  3. Françoise

    octobre 12, 2017 at 5:37

    s’il avait aimé les hommes, auraient il agit ainsi aussi ? N’est ce pas plus que question de dominants dominés que de rapport homme femme ?

     
  4. histoireetsociete

    octobre 12, 2017 at 2:15

    exactement pareil, c’est de la relation on n’ose dire amoureuse, disons sexuelle qu’il s’agit …. Comme relation dit Marx de l’être humain à lui même, à son propre degré de développement… d’ailleurs, nous assistons dans les milieux du cinéma à un espèce de délire de révélation et des acteurs comme James Van Der Beek racontent avoir subi les mêmes assauts « d’hommes vieux et puissants ». La question est pourquoi ce déballage? et pourquoi tout à coup le scandale?

     
  5. etoilerouge

    octobre 13, 2017 at 2:39

    Venant après un demi vieillard assassinant 59 personnes en blessant près de 600, beau pays que celui du capitalisme à l’américaine. Le rappel de MARX me semble plus que nécessaire. Et o combien éclairant.

     
  6. Le pédagogue

    octobre 16, 2017 at 10:33

    Le pédagogue :

    De temps à autre, certains et certaines, font semblant de découvrir que dans le milieu du cinéma par exemple, et dans d’autres, c’est le règne du sexe et de la débauche sans frontière. Ils jouent à s’en « offusquer ».
    Parmi eux, des imposteurs s’agitent, et veulent faire croire qu’ils « condamnent » les effets de ce dont ils sont la cause.
    Des médias sont chargés de disserter sur ce que beaucoup n’ignorent pas.
    Dans les aires de turpitude de ces imposteurs en effet, c’est la baise, encore la baise, toujours la baise.
    Des hommes et des femmes font de cette baise l’un des principes fondamentaux de leur parcours.
    Des « scandales », généralement programmés et orchestrés, con-tribuent à alimenter et à entretenir l’illusion de « l’égalité devant la loi qui défend l’intérêt général » !
    Parfois, des accusations d’agressions sexuelles, de viols, et autres crimes sexuels, tentent de faire admettre que des imposteurs se préoccupent de « la morale » !
    Ces imposteurs, amateurs des orgies, des enculeries, et autres explorations anatomiques auxquelles ils font participer des animaux, adeptes de la « promotion » canapé, de l’adultère, et autres.
    Cependant dit l’amoral de gauche, du centre, de droite, et d’ailleurs, ce sont les « zabus » qui sont condamnables !
    Ainsi, « le tintamarre » au sujet des agissements de débauchés connus, fait partie, dans beaucoup de cas, du « folklore » de la débauche, et ne vise surtout pas à s’attaquer à ce fléau.

     

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