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“Le Viol” sur France 3 : “Aujourd’hui, le droit des femmes recule”

20 Sep

hier soir j’ai vu ce télefilm qui m’a beaucoup émue, parce que j’ai vécu à nouveau cette période, nos combats, notre solidarité. Une remarque cependant par rapport à ce qu’en dit l’héroïne dans l’interview: oui elle a raison, le droit des femmes recule, elle a raison. La réaction emplit de nouveaux les mentalités, oui mais pourquoi? Parce que le combat des femmes ne saurait être détaché de celui de la justice sociale, de la revendication à la fin de l’exploitation. Oui nous avons eu raison de nous battre pour que nos corps soient à nous, mais la dépossession est générale et avec l’extension du chômage, de la misère, les femmes sont parmi les premières touchées. La bataille pour les droits, pour le code du travail, contre la précarité généralisée fait partie de notre condition, tout doit être conquis ensemble. Quand au combat pour la paix, contre la violence on sait à quel point il a toujours été en priorité celui des femmes, en leur nom et celui de leurs enfants.  (note de Danielle Bleitrach)

Le viol, de Alain Tasma.

Féministe ardente, Anne Tonglet est l’une des victimes du viol de 1974 qui a inspiré le film d’Alain Tasma, “Le Viol”, diffusé ce mardi soir sur France 3. Selon elle, le droit des femmes recule, et la lutte doit continuer.

Elle était l’une des deux victimes du viol qui a inspiré le téléfilm d’Alain Tasma. Aujourd’hui âgée de 68 ans, Anne Tonglet reste une militante féministe convaincue et n’a rien oublié. Elle livre son point de vue sur le film et l’évolution de la société à l’égard du viol.

Qu’avez-vous pensé du téléfilm réalisé par Alain Tasma, inspiré de votre histoire, quarante-trois ans après les faits ?

L’histoire est dans l’ensemble rendue fidèlement, si ce n’est que certains détails ont été modifiés, comme nos noms. Le film reste très proche de ce qu’Araceli et moi avons vécu à différents niveaux : personnel, politique et juridique. Le procès, par exemple, n’était effectivement qu’une parodie de justice où, suspectées, nous devions constamment nous justifier et prouver qu’il n’y avait jamais eu consentement de notre part. C’était une période atroce, peuplée de cauchemars et d’envies de suicide. Je dois avouer que je ne me suis reconnue que partiellement dans mon personnage car j’ai évolué depuis. Le temps y est pour beaucoup. J’avais 24 ans au moment des faits. Depuis, je suis devenue une lesbienne radicale, politiquement incorrecte, engagée dans la lutte pour le droit des femmes. Je ne lâche pas l’os tant que je ne l’ai pas rongé jusqu’à la moelle. Le film est très important par la puissance de son sujet, et j’espère de tout cœur qu’il fera l’effet d’une bombe.
Le téléfilm a-t-il omis de relater des faits essentiels de votre histoire ?

Le film ne dit pas tout, mais il est impossible de tout relater en une heure et demie. On ne saurait transcrire quatre ans de procès dans leur totalité. Et d’ailleurs, cela serait inutile. Le seul élément sur lequel j’aurais voulu qu’il insiste est la formidable solidarité des femmes dans les années 1970, le combat exemplaire qu’elles ont mené. Cette entraide était magnifique : le président de la cour d’assises ne s’en sortait plus tellement il croulait sous le poids des télégrammes nous soutenant dans notre lutte. L’association Choisir a été d’une grande aide, sans oublier le rôle déterminant de Gisèle Halimi, la plus grande avocate féministe du XXe siècle. Je n’ai jamais rencontré une personnalité aussi lumineuse et passionnée.

Pensez-vous que le procès a eu un véritable impact sur la société ?

L’effervescence autour de la question des femmes a duré quelques années après un procès très médiatisé. S’en est suivi un black-out complet, aussi bien en France qu’en Belgique. J’en reste toujours très étonnée et je ne comprends pas pourquoi. C’était un procès hors norme, qui a osé radicalement remettre en question une vision patriarcale de la société. Il a fallu une énergie inouïe pour affronter ce long chemin de croix. C’était une souffrance de tous les instants. Aujourd’hui, le combat est relancé car le droit des femmes recule. Il y a péril en la demeure. Peu de choses ont véritablement changé. Nous vivons dans une société phallocrate qui met l’homme au pinacle. C’est pourquoi la lutte doit continuer. Ce film en est un des moyens.

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Publié par le septembre 20, 2017 dans CINEMA, femmes, HISTOIRE

 

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