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Pier Paolo Pasolini : « Le vide du pouvoir » ou « L’article des lucioles »

02 Sep

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« Il vuoto del potere » ovvero « l’articolo delle lucciole »
Corriere della Sera, 1 febbraio 1975.

La distinction entre fascisme adjectif et fascisme substantif remonte en fait au journal Il Politecnico, c’est-à-dire à l’immédiat après-guerre… » Ainsi commence une intervention de Franco Fortini sur le fascisme (L’Europeo, 26 décembre 1974) : intervention à laquelle, comme on dit, je souscris complètement et pleinement. Je ne peux pourtant pas souscrire à son préambule tendancieux. En effet, la distinction entre les « fascismes » établie dans le Politecnico n’est ni pertinente, ni actuelle. Elle pouvait être valable il y a encore une dizaine d’années : quand le régime démocrate-chrétien était encore la pure et simple continuité du régime fasciste. Mais, il y a une dizaine d’années, « quelque chose » est arrivé. « Quelque chose » qui n’était pas auparavant, qui n’était pas prévisible, non seulement à l’époque du Politecnico, mais un an même avant que cela n’arrive (ou carrément, comme on le verra, pendant que cela arrivait).

La confrontation réelle entre les « fascismes » ne peut donc être « chronologiquement », entre le fascisme fasciste et le fascisme démocrate-chrétien, mais entre le fascisme fasciste et celui, radicalement, totalement et imprévisiblement nouveau, né de ce « quelque chose » survenu il y a une dizaine d’années.

Comme je suis écrivain, que dans mes écrits je polémique ou, tout au moins, je discute avec d’autres écrivains, que l’on me permette de définir d’une manière poético-littéraire ce phénomène survenu en Italie, il y a environ dix ans. Cela servira à simplifier et à abréger notre propos (à mieux le comprendre aussi, probablement).

Au début des années 60, à cause de la pollution atmosphérique et, surtout, à la campagne, à cause de la pollution des eaux (fleuves d’azur et canaux transparents), les lucioles ont commencé à disparaître. Le phénomène a été fulminant, foudroyant. Au bout de quelques années, c’en était fini des lucioles. (Elles sont aujourd’hui un souvenir quelque peu poignant du passé : qu’un vieil homme s’en souvienne, il ne peut se retrouver tel qu’en sa jeunesse dans les jeunes d’aujourd’hui, et ne peut donc plus avoir les beaux regrets d’autrefois).

Ce « quelque chose » survenu il y a une dizaine d’années, je l’appellerai donc « disparition des lucioles ».

Le régime démocrate-chrétien a eu deux phases tout à fait distinctes, qui, non seulement, ne peuvent être confrontées, ce qui impliquerait une certaine continuité entre elles, mais qui sont devenues franchement incommensurables sur le plan historique. La première phase de ce régime (comme, à juste titre, les radicaux ont toujours tenu à l’appeler) est celle qui va de la fin de la guerre à la disparition des lucioles, la seconde, de la disparition des lucioles à aujourd’hui. Observons-les l’une après l’autre.

Avant la disparition des lucioles.

La continuité entre le fascisme fasciste et le fascisme démocrate-chrétien est totale et absolue. Je ne parlerai pas de ce qui pouvait se dire, alors, à ce sujet, peut-être même justement dans le Politecnico : l’épuration manquée, la continuité des codes, la violence policière, le mépris pour la Constitution. Et je m’arrête sur ce qui, en définitive, a compté pour une conscience historique rétrospective. La démocratie que les antifascistes démocrates-chrétiens opposaient à la dictature fasciste était, en toute impudeur, formelle.

Elle se fondait sur une majorité absolue obtenue par les votes d’énormes couches des classes moyennes et d’énormes masses paysannes, gérées par le Vatican. Cette gestion du Vatican n’était possible que si elle se fondait sur un régime totalement répressif. Dans cet univers, les « valeurs » qui comptaient étaient les mêmes que pour le fascisme : l’Église, la patrie, la famille, l’obéissance, la discipline, l’ordre, l’épargne, la moralité. Ces « valeurs » (comme d’ailleurs durant le fascisme) étaient « aussi réelles » : elles appartenaient aux cultures particulières et concrètes qui constituaient l’Italie archaïquement agricole et paléoindustrielle. Mais du moment qu’elles étaient promues en tant que « valeurs » nationales, elles ne pouvaient que perdre toute réalité, et devenir un atroce, stupide et répressif conformisme d’État : le conformisme du pouvoir fasciste et démocrate-chrétien. Provincialisme, grossièreté et ignorance, que ce soit des élites comme, à un niveau différent, des masses, étaient les mêmes pendant le fascisme comme pendant la première phase du régime démocrate-chrétien. Les paradigmes de cette ignorance étaient le pragmatisme et le formalisme vaticans.

Tout cela semble clair et sans équivoque aujourd’hui, alors qu’à l’époque, on nourrissait, du côté des intellectuels et des opposants des espérances insensées. On espérait que tout cela ne fût pas complètement vrai et que la démocratie formelle comptât au fond pour quelque chose. Maintenant, avant de passer à la seconde phase, je dois consacrer quelques lignes au moment de transition.

Pendant la disparition des lucioles.

Au cours de cette période, la distinction entre fascisme et fascisme élaborée dans Il Politecnico pouvait même fonctionner. En effet, aussi bien ce grand pays qui était en train de se former à l’intérieur du pays (c’est-à-dire la masse ouvrière et paysanne organisée par le P.C.I.), aussi bien les intellectuels, même les plus avancés et les plus critiques, ne s’étaient aperçus que « les lucioles étaient en train de disparaître ». Ils étaient assez bien informés par la sociologie (qui, dans ces années-là, avait mis en crise la méthode d’analyse marxiste) : mais il s’agissait d’informations non encore vécues, formalistes, en somme. Personne ne pouvait mettre en doute la réalité historique qu’aurait été le futur Immédiat ; ni identifier ce que l’on appelait alors le « bien-être » avec le « développement » qui aurait dû réaliser en Italie pour la première fois totalement le « génocide » dont parlait Marx dans Le Manifeste.

Après la disparition des lucioles.

Les « valeurs » nationalisées, et donc falsifiées, du vieil univers agricole et paléocapitaliste, d’un seul coup, ne comptent plus. Église, patrie, famille, obéissance, ordre, épargne, moralité, ne comptent plus. Elles ne servent même plus en tant que fausses valeurs. Elles survivent dans le clérico-fascisme marginalisé (même le M.S.I., en somme, les répudie). Les remplacent, les « valeurs » d’un nouveau type de civilisation, totalement « autre » par rapport à la civilisation paysanne et paléoindustrielle. Cette expérience a déjà été faite par d’autres États. Mais, en Italie, elle est tout à fait particulière car il s’agit de la première « unification » réelle subie par notre pays, alors que dans les autres pays elle se superpose, avec une certaine logique, à l’unification monarchique et aux unifications ultérieures de la révolution bourgeoise et industrielle. Le traumatisme italien du contact entre l’« archaïcité » pluraliste et le nivellement industriel n’a peut-être qu’un seul précédent : l’Allemagne d’avant Hitler. Là aussi, les valeurs des différentes cultures particularistes ont été détruites par la violente homologation de l’industrialisation : d’où la formation en conséquence de ces énormes masses qui ne sont déjà plus anciennes (paysannes, artisanes) mais pas encore modernes (bourgeoises), et qui ont constitué le sauvage, l’aberrant, l’imprévisible corps des troupes nazies.

En Italie, il est en train de se passer quelque chose de semblable : avec une violence d’autant plus grande que l’industrialisation des années 60/70 constitue une « mutation » décisive même par rapport à celle de l’Allemagne d’il y a cinquante ans. Nous ne faisons plus face, comme tout le monde le sait maintenant, à des « temps nouveaux », mais à une nouvelle époque de l’histoire humaine, de cette histoire humaine dont les échéances sont millénaristes. Il était impossible que les Italiens réagissent de pire manière à ce traumatisme historique. Ils sont devenus (surtout dans le Centre-Sud), en quelques années, un peuple dégénéré, ridicule, monstrueux, criminel — il suffit de descendre dans la rue pour le comprendre. Mais, naturellement, pour comprendre les changements des hommes, il faut les aimer. Moi, malheureusement, ce peuple italien, je l’avais aimé, aussi bien en dehors des modèles du pouvoir (au contraire d’ailleurs, en opposition désespérée avec eux), que des modèles populistes et humanitaires. Il s’agissait d’un amour réel, enraciné dans ma façon d’être. J’ai donc vu avec « mes sens » le comportement forcé du pouvoir de la société de consommation remodeler et déformer la conscience du peuple italien, jusqu’à une irréversible dégradation. Quelque chose qui n’était pas arrivé durant le fascisme fasciste, période au cours de laquelle le comportement était totalement dissocié de la conscience. En vain, le pouvoir « totalitaire » réitérait, réitérait sans cesse ses impositions comportementales : la conscience n’y était pas impliquée. Les « modèles » fascistes n’étaient que des masques à mettre et à retirer. Quand le fascisme fasciste est tombé, tout est redevenu comme avant. On l’a vu aussi au Portugal : après quarante années de fascisme, le peuple portugais a célébré le 1er mai comme si le dernier l’avait été l’année d’avant.

Il est donc ridicule que Fortini antidate la distinction entre fascisme et fascisme à l’immédiat après-guerre : la distinction entre le fascisme fasciste et le fascisme de la deuxième phase du pouvoir démocrate-chrétien ne connaît rien de comparable non seulement dans notre histoire, mais probablement aussi dans l’histoire toute entière.

Mais je n’écris pas le présent article dans le seul but de polémiquer sur ce sujet, même s’il me tient très à cœur. J’écris cet article, en réalité, pour une raison bien différente. La voici :

Tous mes lecteurs se seront certainement aperçus du changement des notables démocrates-chrétiens : en quelques mois, ils sont devenus des masques mortuaires. C’est vrai : ils continuent à étaler des sourires radieux, d’une incroyable sincérité. Dans leurs pupilles grumelle la véritable et bienheureuse lumière de la bonne humeur. Quand il ne s’agit pas de la lumière sous-entendue du bon mot ou de la fourberie. Une chose qui plaît, paraît-il, aux électeurs, tout autant que le plein bonheur. Par ailleurs, nos notables poursuivent, imperturbables, leurs palabres incompréhensibles où flottent les flatus vocis de leurs habituelles promesses stéréotypées. Mais ce sont bel et bien, en réalité, des masques. Je suis certain que si on ôtait ces masques, on ne trouverait même pas un tas d’os ou de cendres : il y aurait le néant, le vide. L’explication est simple : Il y a, en réalité, aujourd’hui en Italie un dramatique vide du pouvoir. Mais nous y voilà : pas un vide de pouvoir législatif ou exécutif, pas un vide de pouvoir dirigeant, ni, pour finir, un vide de pouvoir politique, qu’il soit pris dans n’importe quel sens traditionnel. Mais un vide de pouvoir en soi.

Comment en sommes-nous arrivés à ce vide ? Ou, mieux, « comment les hommes du pouvoir en sont-ils arrivés là » ?

L’explication, encore une fois, est simple : les hommes de pouvoir, démocrate-chrétiens, sont passés de la « phase des lucioles » à celle de la « disparition des lucioles » sans s’en apercevoir. Si proche de la criminalité que cela puisse paraître, leur inconscience sur ce point a été absolue : ils n’ont pas soupçonné le moins du monde que le pouvoir, qu’ils détenaient et qu’ils géraient, ne subissait pas simplement une évolution « normale », mais qu’il était en train de changer radicalement de nature.

Ils se sont illusionnés que sous leur régime tout serait resté, en substance, pareil : que, par exemple, ils auraient pu compter éternellement sur le Vatican : sans se rendre compte que le pouvoir, qu’eux-mêmes continuaient à détenir et à gérer, ne savait plus que faire du Vatican en tant que centre de vie paysanne, rétrograde, et pauvre. Ils s’étaient illusionnés pouvoir compter éternellement sur une armée nationaliste (tout comme leurs prédécesseurs fascistes) : et ils ne voyaient pas que le pouvoir, qu’eux-mêmes continuaient à détenir et à gérer, manœuvrait déjà pour jeter les bases d’armées, nouvelles d’être transnationales, c’est-à-dire presque des polices technocratiques. Et l’on peut dire la même chose pour la famille, contrainte, sans solution de continuité depuis l’époque du fascisme, à l’épargne et à la moralité : à présent, le pouvoir de la société de consommation lui imposait des changements radicaux, jusqu’à l’acceptation du divorce et dorénavant, potentiellement, de tout le reste, sans plus de limites (ou tout au moins dans les limites autorisées par la permissivité du nouveau pouvoir, bien pire que totalitaire, car violemment totalisant).

Les hommes du pouvoir, démocrate-chrétiens, ont subi tout cela, croyant administrer et surtout manipuler. Ils ne se sont pas aperçus que ce nouveau pouvoir était « autre » : sans commune mesure non seulement avec eux mais encore avec toute une forme de civilisation. Comme toujours (cf. Gramsci), il n’y eut de symptômes que dans la langue. Dans la phase de transition — soit « durant la disparition des lucioles » — les hommes de pouvoir, démocrate-chrétiens, ont changé presque brusquement leur façon de s’exprimer, adoptant un langage complètement nouveau (aussi incompréhensible que le latin, du reste) : tout spécialement Aldo Moro : c’est-à-dire (en une corrélation énigmatique) celui qui apparaît comme le moins impliqué de tous dans les horreurs organisées de 1969 à aujourd’hui, dans la tentative, jusqu’à présent formellement réussie, de conserver, de toute façon, le pouvoir.

Je dis « formellement » parce que, je le répète, dans la réalité, les notables démocrates-chrétiens recouvrent, par leurs manœuvres d’automates et leurs sourires, le vide. Le pouvoir réel avance sans eux : il ne leur reste entre les mains que ces appareils inutiles ne livrant plus d’eux que la réalité de leurs funestes complets vestons.

Toutefois, dans l’histoire, le « vide » ne peut perdurer : on ne peut l’invoquer que dans l’abstrait ou par l’absurde. Il est probable qu’effectivement le « vide » dont je parle soit déjà en train de se remplir, par le biais d’une crise et d’une reprise qui ne peuvent pas ne pas bouleverser la nation tout entière. On peut y voir un indice, par exemple, dans l’attente « morbide » de coup d’État. Comme s’il s’agissait seulement de « remplacer » le groupe d’hommes qui nous a si épouvantablement gouvernés pendant trente ans en menant l’Italie au désastre économique, écologique, urbaniste, anthropologique !

En réalité, le faux remplacement de ces « marionnettes » par d’autres « marionnettes » [teste di legno] (pas moins, mais plus encore funèbrement carnavalesques), réalisé par le renforcement artificiel des vieux appareils du pouvoir fasciste, ne servirait à rien (et qu’il soit bien clair que, dans pareil cas, la « troupe » serait, de par sa composition même, nazie). Le pouvoir réel, que depuis une dizaine d’années les « marionnettes » ont servi sans se rendre compte de sa réalité : voilà quelque chose qui pourrait avoir déjà rempli le « vide » (rendant également vaine une possible participation au gouvernement du grand pays communiste né dans la débâcle de l’Italie : car il ne s’agit pas de « gouverner »). De ce « pouvoir réel », nous nous faisons des images abstraites et, au fond, apocalyptiques : nous ne savons pas nous figurer « quelles formes » il emprunterait en se substituant directement aux domestiques qui l’ont pris pour une simple « modernisation » de techniques. Quoi qu’il en soit, en ce qui me concerne (si cela représente quelque intérêt pour le lecteur), soyons clair : moi, et même si c’est une multinationale, je donnerai toute la Montedison pour une luciole.

Pier Paolo Pasolini

Corriere della sera, sous le titre « Le vide du pouvoir en Italie », 1er février 1975.

« Scritti corsari », Garzanti Libri. 1976 – ISBN 978881169705-3
« Écrits corsaires » Pier Paolo Pasolini, Flammarion – EAN
9782080815057
« Survivance des lucioles » de Georges Didi-Huberman, Les Éditions de Minuit – ISBN : 9782707320988 pour mieux comprendre le sens des mots et les concepts évoqués à l’époque.

***

Corriere della Sera, 1 febbraio 1975. « Il vuoto del potere » ovvero « l’articolo delle lucciole »di Pier Paolo Pasolini

La distinzione tra fascismo aggettivo e fascismo sostantivo risale niente meno che al giornale « Il Politecnico », cioè all’immediato dopoguerra… » Così comincia un intervento di Franco Fortini sul fascismo (« L’Europeo, 26-12-1974) : intervento che, come si dice, io sottoscrivo tutto, e pienamente. Non posso però sottoscrivere il tendenzioso esordio. Infatti la distinzione tra « fascismi » fatta sul « Politecnico » non è né pertinente né attuale. Essa poteva valere ancora fino a circa una decina di anni fa : quando il regime democristiano era ancora la pura e semplice continuazione del regime fascista. Ma una decina di anni fa, è successo « qualcosa ». « Qualcosa » che non c’era e non era prevedibile non solo ai tempi del « Politecnico », ma nemmeno un anno prima che accadesse (o addirittura, come vedremo, mentre accadeva).

Il confronto reale tra« fascismi » non può essere dunque « cronologicamente », tra il fascismo fascista e il fascismo democristiano : ma tra il fascismo fascista e il fascismo radicalmente, totalmente, imprevedibilmente nuovo che è nato da quel « qualcosa » che è successo una decina di anni fa.

Poiché sono uno scrittore, e scrivo in polemica, o almeno discuto, con altri scrittori, mi si lasci dare una definizione di carattere poetico-letterario di quel fenomeno che è successo in Italia una decina di anni fa. Ciò servirà a semplificare e ad abbreviare il nostro discorso (e probabilmente a capirlo anche meglio).

Nei primi anni sessanta, a causa dell’inquinamento dell’aria, e, soprattutto, in campagna, a causa dell’inquinamento dell’acqua (gli azzurri fiumi e le rogge trasparenti) sono cominciate a scomparire le lucciole. Il fenomeno è stato fulmineo e folgorante. Dopo pochi anni le lucciole non c’erano più. (Sono ora un ricordo, abbastanza straziante, del passato : e un uomo anziano che abbia un tale ricordo, non può riconoscere nei nuovi giovani se stesso giovane, e dunque non può più avere i bei rimpianti di una volta).

Quel « qualcosa » che è accaduto una decina di anni fa lo chiamerò dunque « scomparsa delle lucciole ».

Il regime democristiano ha avuto due fasi assolutamente distinte, che non solo non si possono confrontare tra loro, implicandone una certa continuità, ma sono diventate addirittura storicamente incommensurabili. La prima fase di tale regime (come giustamente hanno sempre insistito a chiamarlo i radicali) è quella che va dalla fine della guerra alla scomparsa delle lucciole, la seconda fase è quella che va dalla scomparsa delle lucciole a oggi. Osserviamole una alla volta.

Prima della scomparsa delle lucciole

La continuità tra fascismo fascista e fascismo democristiano è completa e assoluta. Taccio su ciò, che a questo proposito, si diceva anche allora, magari appunto nel « Politecnico » : la mancata epurazione, la continuità dei codici, la violenza poliziesca, il disprezzo per la Costituzione. E mi soffermo su ciò che ha poi contato in una coscienza storica retrospettiva. La democrazia che gli antifascisti democristiani opponevano alla dittatura fascista, era spudoratamente formale.

Si fondava su una maggioranza assoluta ottenuta attraverso i voti di enormi strati di ceti medi e di enormi masse contadine, gestiti dal Vaticano. Tale gestione del Vaticano era possibile solo se fondata su un regime totalmente repressivo. In tale universo i « valori » che contavano erano gli stessi che per il fascismo : la Chiesa, la Patria, la famiglia, l’obbedienza, la disciplina, l’ordine, il risparmio, la moralità. Tali « valori » (come del resto durante il fascismo) erano « anche reali » : appartenevano cioè alle culture particolari e concrete che costituivano l’Italia arcaicamente agricola e paleoindustriale. Ma nel momento in cui venivano assunti a « valori » nazionali non potevano che perdere ogni realtà, e divenire atroce, stupido, repressivo conformismo di Stato : il conformismo del potere fascista e democristiano. Provincialità, rozzezza e ignoranza sia delle « élites » che, a livello diverso, delle masse, erano uguali sia durante il fascismo sia durante la prima fase del regime democristiano. Paradigmi di questa ignoranza erano il pragmatismo e il formalismo vaticani.

Tutto ciò che risulta chiaro e inequivocabilmente oggi, perché allora si nutrivano, da parte degli intellettuali e degli oppositori, insensate speranze. Si sperava che tutto ciò non fosse completamente vero, e che la democrazia formale contasse in fondo qualcosa. Ora, prima di passare alla seconda fase, dovrò dedicare qualche riga al momento di transizione.

Durante la scomparsa delle lucciole

In questo periodo la distinzione tra fascismo e fascismo operata sul « Politecnico » poteva anche funzionare. Infatti sia il grande paese che si stava formando dentro il paese – cioè la massa operaia e contadina organizzata dal PCI – sia gli intellettuali anche più avanzati e critici, non si erano accorti che « le lucciole stavano scomparendo ». Essi erano informati abbastanza bene dalla sociologia (che in quegli anni aveva messo in crisi il metodo dell’analisi marxista) : ma erano informazioni ancora non vissute, in sostanza formalistiche. Nessuno poteva sospettare la realtà storica che sarebbe stato l’immediato futuro ; né identificare quello che allora si chiamava « benessere » con lo « sviluppo » che avrebbe dovuto realizzare in Italia per la prima volta pienamente il « genocidio » di cui nel « Manifesto » parlava Marx.

Dopo la scomparsa delle lucciole

I « valori » nazionalizzati e quindi falsificati del vecchio universo agricolo e paleocapitalistico, di colpo non contano più. Chiesa, patria, famiglia, obbedienza, ordine, risparmio, moralità non contano più. E non servono neanche più in quanto falsi. Essi sopravvivono nel clerico-fascismo emarginato (anche il MSI in sostanza li ripudia). A sostituirli sono i « valori » di un nuovo tipo di civiltà, totalmente « altra » rispetto alla civiltà contadina e paleoindustriale. Questa esperienza è stata fatta già da altri Stati. Ma in Italia essa è del tutto particolare, perché si tratta della prima « unificazione » reale subita dal nostro paese ; mentre negli altri paesi essa si sovrappone con una certa logica alla unificazione monarchica e alla ulteriore unificazione della rivoluzione borghese e industriale. Il trauma italiano del contatto tra l’« arcaicità » pluralistica e il livellamento industriale ha forse un solo precedente : la Germania prima di Hitler. Anche qui i valori delle diverse culture particolaristiche sono stati distrutti dalla violenta omologazione dell’industrializzazione : con la conseguente formazione di quelle enormi masse, non più antiche (contadine, artigiane) e non ancor moderne (borghesi), che hanno costituito il selvaggio, aberrante, imponderabile corpo delle truppe naziste.

In Italia sta succedendo qualcosa di simile : e con ancora maggiore violenza, poiché l’industrializzazione degli anni Settanta costituisce una « mutazione » decisiva anche rispetto a quella tedesca di cinquant’anni fa. Non siamo più di fronte, come tutti ormai sanno, a « tempi nuovi », ma a una nuova epoca della storia umana, di quella storia umana le cui scadenze sono millenaristiche. Era impossibile che gli italiani reagissero peggio di così a tale trauma storico. Essi sono diventati in pochi anni (specie nel centro-sud) un popolo degenerato, ridicolo, mostruoso, criminale. Basta soltanto uscire per strada per capirlo. Ma, naturalmente, per capire i cambiamenti della gente, bisogna amarla. Io, purtroppo, questa gente italiana, l’avevo amata : sia al di fuori degli schemi del potere (anzi, in opposizione disperata a essi), sia al di fuori degli schemi populisti e umanitari. Si trattava di un amore reale, radicato nel mio modo di essere. Ho visto dunque « coi miei sensi » il comportamento coatto del potere dei consumi ricreare e deformare la coscienza del popolo italiani, fino a una irreversibile degradazione. Cosa che non era accaduta durante il fascismo fascista, periodo in cui il comportamento era completamente dissociato dalla coscienza. Vanamente il potere « totalitario » iterava e reiterava le sue imposizioni comportamentistiche : la coscienza non ne era implicata. I « modelli » fascisti non erano che maschere, da mettere e levare. Quando il fascismo fascista è caduto, tutto è tornato come prima. Lo si è visto anche in Portogallo : dopo quarant’anni di fascismo, il popolo portoghese ha celebrato il primo maggio come se l’ultimo lo avesse celebrato l’anno prima.

È ridicolo dunque che Fortini retrodati la distinzione tra fascismo e fascismo al primo dopoguerra : la distinzione tra il fascismo fascista e il fascismo di questa seconda fase del potere democristiano non solo non ha confronti nella nostra storia, ma probabilmente nell’intera storia.

Io tuttavia non scrivo il presente articolo solo per polemizzare su questo punto, benché esso mi stia molto a cuore. Scrivo il presente articolo in realtà per una ragione molto diversa. Eccola.

Tutti i miei lettori si saranno certamente accorti del cambiamento dei potenti democristiani : in pochi mesi, essi sono diventati delle maschere funebri. È vero : essi continuano a sfoderare radiosi sorrisi, di una sincerità incredibile. Nelle loro pupille si raggruma della vera, beata luce di buon umore. Quando non si tratti dell’ammiccante luce dell’arguzia e della furberia. Cosa che agli elettori piace, pare, quanto la piena felicità. Inoltre, i nostri potenti continuano imperterriti i loro sproloqui incomprensibili ; in cui galleggiano i « flatus vocis » delle solite promesse stereotipe. In realtà essi sono appunto delle maschere. Son certo che, a sollevare quelle maschere, non si troverebbe nemmeno un mucchio d’ossa o di cenere : ci sarebbe il nulla, il vuoto. La spiegazione è semplice : oggi in realtà in Italia c’è un drammatico vuoto di potere. Ma questo è il punto : non un vuoto di potere legislativo o esecutivo, non un vuoto di potere dirigenziale, né, infine, un vuoto di potere politico in un qualsiasi senso tradizionale. Ma un vuoto di potere in sé.

Come siamo giunti, a questo vuoto ? O, meglio, « come ci sono giunti gli uomini di potere ? ».

La spiegazione, ancora, è semplice : gli uomini di potere democristiani sono passati dalla « fase delle lucciole » alla « fase della scomparsa delle lucciole » senza accorgersene. Per quanto ciò possa sembrare prossimo alla criminalità la loro inconsapevolezza su questo punto è stata assoluta ; non hanno sospettato minimamente che il potere, che essi detenevano e gestivano, non stava semplicemente subendo una « normale » evoluzione, ma sta cambiando radicalmente natura.

Essi si sono illusi che nel loro regime tutto sostanzialmente sarebbe stato uguale : che, per esempio, avrebbero potuto contare in eterno sul Vaticano : senza accorgersi che il potere, che essi stessi continuavano a detenere e a gestire, non sapeva più che farsene del Vaticano quale centro di vita contadina, retrograda, povera. Essi si erano illusi di poter contare in eterno su un esercito nazionalista (come appunto i loro predecessori fascisti) : e non vedevano che il potere, che essi stessi continuavano a detenere e a gestire, già manovrava per gettare la base di eserciti nuovi in quanto transnazionali, quasi polizie tecnocratiche. E lo stesso si dica per la famiglia, costretta, senza soluzione di continuità dai tempi del fascismo, al risparmio, alla moralità : ora il potere dei consumi imponeva a essa cambiamenti radicali nel senso della modernità, fino ad accettare il divorzio, e ormai, potenzialmente, tutto il resto, senza più limiti (o almeno fino ai limiti consentiti dalla permissività del nuovo potere, peggio che totalitario in quanto violentemente totalizzante).

Gli uomini del potere democristiani hanno subito tutto questo, credendo di amministrarselo e soprattutto di manipolarselo. Non si sono accorti che esso era « altro » : incommensurabile non solo a loro ma a tutta una forma di civiltà. Come sempre (cfr. Gramsci) solo nella lingua si sono avuti dei sintomi. Nella fase di transizione – ossia « durante » la scomparsa delle lucciole – gli uomini di potere democristiani hanno quasi bruscamente cambiato il loro modo di esprimersi, adottando un linguaggio completamente nuovo (del resto incomprensibile come il latino) : specialmente Aldo Moro : cioè (per una enigmatica correlazione) colui che appare come il meno implicato di tutti nelle cose orribili che sono state, organizzate dal ’69 ad oggi, nel tentativo, finora formalmente riuscito, di conservare comunque il potere.

Dico formalmente perché, ripeto, nella realtà, i potenti democristiani coprono con la loro manovra da automi e i loro sorrisi, il vuoto. Il potere reale procede senza di loro : ed essi non hanno più nelle mani che quegli inutili apparati che, di essi, rendono reale nient’altro che il luttuoso doppiopetto.

Tuttavia nella storia il « vuoto » non può sussistere : esso può essere predicato solo in astratto e per assurdo. È probabile che in effetti il « vuoto » di cui parlo stia già riempiendosi, attraverso una crisi e un riassestamento che non può non sconvolgere l’intera nazione. Ne è un indice ad esempio l’attesa « morbosa » del colpo di Stato. Quasi che si trattasse soltanto di « sostituire » il gruppo di uomini che ci ha tanto spaventosamente governati per trenta anni, portando l’Italia al disastro economico, ecologico, urbanistico, antropologico.

In realtà la falsa sostituzione di queste « teste di legno » (non meno, anzi più funereamente carnevalesche), attuata attraverso l’artificiale rinforzamento dei vecchi apparati del potere fascista, non servirebbe a niente (e sia chiaro che, in tal caso, la « truppa » sarebbe, già per sua costituzione, nazista). Il potere reale che da una decina di anni le « teste di legno » hanno servito senza accorgersi della sua realtà : ecco qualcosa che potrebbe aver già riempito il « vuoto » (vanificando anche la possibile partecipazione al governo del grande paese comunista che è nato nello sfacelo dell’Italia : perché non si tratta di « governare »). Di tale « potere reale » noi abbiamo immagini astratte e in fondo apocalittiche : non sappiamo raffigurarci quali « forme » esso assumerebbe sostituendosi direttamente ai servi che l’hanno preso per una semplice « modernizzazione » di tecniche. Ad ogni modo, quanto a me (se ciò ha qualche interesse per il lettore) sia chiaro : io, ancorché multinazionale, darei l’intera Montedison per una lucciola.

Pier Paolo Pasolini

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2 réponses à “Pier Paolo Pasolini : « Le vide du pouvoir » ou « L’article des lucioles »

  1. Idreks

    septembre 2, 2017 at 7:52

    Une analyse pertinente et plus que jamais d’actualité sur la nature totalitaire du libéralisme, les dangers qui nous guettent pour avoir mis notre destin entre les mains d’êtres voraces et cupide. L’homme de consommation s’est substitué à l’homme historique, l’irrationalité animale à la construction du sens.
    La disparition d’homme de qualité et d’amour pour l’humanité comme Pasolini, laisse un vide que seul le partage de ce qui constituait le sens de son combat peut le combler si peu que ce soit.

     
  2. leca

    septembre 4, 2017 at 8:24

    Avec les lettres de luciole on peut écrire couille. Pasolini n en manquait pas. Dommage, ça ne marche pas bien en Italien.
    Pasolini a fait deux films grand public (le decameron et les contes de canterbury où l’ on parlait pas mal de lucioles)

     

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