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L’histoire mystérieuse de Tselinograd-25, devenue Stepnogorsk, cachée sous l’URSS

26 Août

 https://www.novastan.org/fr/kazakhstan/lhistoire-mysterieuse-de-tselinograd-25-devenue-stepnogorsk-cachee-sous-lurss/

Ce site est toujours très bien informé sur l’Asie centrale, ses animateurs ont peu de sympathie pour l’Union soviétique, mais comme en général ce sont des gens qui vont sur le terrain, il y a beaucoup à retenir de leurs observations, ici sur la permanence de l’Union soviétique en Asie centrale. Il y aurait là des recherches essentielles à mener et je dois dire que je n’ai jamais autant regretté mon âge que devant la nécessité de mieux connaître ce monde aujourd’hui à la jonction de la Russie et du développement chinois, mais aussi sur ses propres bases qui ne sont pas négligeables (note de Danielle Bleitrach).

A 200 kilomètres d’Astana, une ancienne ville secrète sous l’URSS tente de refaire surface. 

Comment vit-on aujourd’hui à Stepnogorsk ? Novastan vous propose une traduction du photo-reportage publié sur Tengrinews.kz et réalisé par Renat Tashkinbaev et Tourar Kazangapov.

A l’époque soviétique, la ville de Stepnogorsk était secrète et n’était pas indiquée sur les cartes du Kazakhstan. Dans les documents, elle était nommée Tselinograd-25 ou Makinsk-2. Cela à cause de la présence dans ces lieux d’un complexe militaire soviétique, le centre nucléaire et biochimique de Tselinny, engagé dans le traitement du minerai d’uranium.

Depuis, de nombreuses années se sont écoulées, le Kazakhstan a fêté ses 25 ans d’indépendance, la ville de Stepnogorsk est « ouverte » depuis déjà longtemps, mais une certaine atmosphère secrète demeure ici. Par exemple, dans le musée régional, il est impossible de trouver des informations sur le développement d’armes bactériologiques, qui a pourtant été mené à un moment donné. De même, cette ville n’est accessible qu’en voiture ou bus, les trains n’y vont pas.

Inaccessible en train

Stepnogorsk se trouve à 199 km d’Astana. Les trains n’arrivent pas ici. Presque toutes les heures, des bus partent de la capitale Astana et relient Stepnogorsk en trois heures (un billet coûte 2000 tengués, soit 5 euros).

Comme dans d’autres villes du Kazakhstan, il est encore possible de voir des souvenirs de l’époque soviétique. Stepnogorsk a simplement une gare routière.  Le bâtiment est bien entretenu, petit et compact.

Il est possible d’utiliser le wi-fi dans la salle d’attente. Dans un petit bâtiment attenant se trouve un autre service gratuit, les taxis. Pour les prix ici, tout est simple, toutes les destinations ont le même : 300 tengués (0,80 euros).

Les services municipaux mobilisés

Ce transport des forces de l’ordre, les journalistes l’ont remarqué près de la mairie de la ville. Ici sont rassemblés la police et les autres services de la ville.

Ce jour-là, le chef de la région (l’oblast) d’Aqmola a assisté à une visite de travail à Stepnogorsk. Un peu plus tard, il est venu inspecter les équipements et parler avec les membres des services de l’ordre, des secours et d’autres services de la ville.

8 districts

Avant de revenir à la mairie, les journalistes de Tengrinews se sont promenés dans les principales rues de la ville. L’un des traits distinctifs de Stepnogorsk est que les adresses sont composées du numéro de la maison et du numéro de district. Les districts se trouvent côte à côte et sont séparés par une route.

Il y a en tout 8 districts. Mais il faut noter que le district numéro 8 n’existe pas, il y a un numéro 7 et un numéro 9. Les autorités locales veulent y remédier. Elles ont déjà réalisé le plan détaillé du huitième district, où seront construites sept maisons. Depuis l’époque soviétique et jusqu’à aujourd’hui aucune nouvelle maison n’a été construite.

Les premiers immeubles construits depuis la fin de l’URSS

Pendant cette période, le nombre de personnes en attente d’un logement a atteint 1500 personnes. Néanmoins, des maisons sont restaurées. Dans les années 1990, après l’explosion d’une conduite de gaz, le bâtiment ci-dessus était pratiquement en ruines. Des années se sont écoulées, et voilà qu’il y a peu, la maison a été complètement refaite et mise à disposition de personnes sur liste d’attente.

Les clés ont été remises aux nouveaux habitants, comme d’habitude dans une ambiance festive. L’année prochaine, on prévoit de refaire encore une maison abandonnée, et dans le futur, de construire des appartements ex nihilo.

Un quotidien encore très industriel

Mais revenons aux rues de Stepnogorsk. Comme dans d’autres villes d’Asie centrale et plus globalement d’ex-Union soviétique, on remarque des personnes vendant des cornichons et d’autres préparations faites maison.

Cependant, le commerce de rue n’est pas très répandu. Ainsi, une grande partie des habitants travaille dans des usines en périphérie de la ville. Ici se trouvent le complexe chimique et minier de Stepnogorsk, l’entreprise « Kazakhaltyn », l’usine de roulements à billes de Stepnogorsk, et d’autres. Ces usines sont accessibles par elektrichka, un train électrique, appelé « Motanja » par les habitants.

Lire aussi sur Novastan : La « Motanja », l’attraction principale de Stepnogorsk

La mystérieuse usine du « Progrès »

Dans la liste des trains locaux (les lignes nationales ne relient pas la ville) se trouve la station « Progrès », une usine soviétique qui abritait le centre industriel et de recherche scientifique de Stepnogorsk, où étaient développées et produites des armes bactériologiques.

Aucun train ne s’arrête à cette station. Mais les habitants n’y voient rien de mystérieux. Ils disent que les employés des usines qui se trouvent à la place de l’ancienne usine « Progrès », qui produisent des engrais et de l’alcool, y vont en bus. Il est possible de trouver des informations sur l’usine « Progrès » dans le musée de la ville.

« Notre célèbre usine « Progrès » produisait de l’alimentation animale, mais également des shampoings, du vinaigre, des lotions. Tout cela, nous le produisions dans l’usine », raconte la conservatrice du fonds du musée, Nadejda Lystsova.

« En général, nous ne parlons pas de ça »

A la question d’où chercher sur les armes bactériologiques, Nadejda Lystsova hausse les épaules: « En général, nous ne parlons pas de cela, de cette production, et nous n’avons rien sur cela. Nous savons que c’était sous terre, que pour aller là-bas, il y avait des prérequis. C’est tout ce que nous savons ».

A partir de sources ouvertes, il a été établi que dans les laboratoires secrets du centre industriel et de recherche scientifique de Stepnogorsk a été mise en place la production de la bacille du charbon (bacillus anthracis), une arme bactériologique, et d’autres échantillons, par exemple une variante militaire du virus Marburg.

Lire aussi sur Novastan : Stepnogorsk – Zaoziorny, villes « mono-industrielles » de l’URSS au Kazakhstan

De ces mêmes sources, il est également connu que la « neutralisation » de cette usine a été effectuée avec le soutien des Etats-Unis. « Les scientifiques sont arrivés, ils ont tout coupé là-bas, dans des caves à 90 mètres sous le sol, c’était une ville entière souterraine. Ensuite, tout a été sorti, puis inondé », raconte Victor, un habitant de la ville.

« C’est une ville minière, une ville sèche », affirme le maire

Revenons à la mairie et au maire de Stepnogorsk, Anouar Koumpekeev. Ce jeune et mobile fonctionnaire a facilement accepté de répondre à quelques-unes des questions de Tengrinews, y compris celles sur l’histoire de la fabrication d’armes bactériologiques dans cette ville.

« Grâce au programme international entre les Etats-Unis et le Kazakhstan, tout a été démantelé et transformé pour le régime civil. Maintenant y fonctionnent des entreprises privées et quasi-publiques. Il y a RGP « Le centre national bactériologique de la République kazakhe », qui s’occupe de recherches agricoles, en médecine vétérinaire et en biotechnologies », affirme le maire.

Anouar Koumpekeev a 32 ans. Il a étudié à Moscou et a également reçu un diplôme de master de l’Université de Bredford en Grande-Bretagne. Après avoir occupé plusieurs fonctions à Astana, il est arrivé à Stepnogorsk en 2012 au poste d’adjoint du maire. Il est devenu maire en 2015.

« Cette ville, c’est une ville minière, sèche. Il y a un bon proverbe pour la qualifier : « Le tout-puissant nous a donné deux oreilles et une bouche, pour que nous écoutions plus que nous ne parlions ». Voici cette ville, elle se comprend plus par l’action que par les mots », affirme Anouar Koumpekeev.

Le problème du logement en passe d’être résolu

« Le réseau routier a été refait entre 90 et 100%. Environ 3 milliards de tengués (presque 8 millions d’euros, ndlr) ont été consacrés à la rénovation des routes » affirme le maire. D’après lui, la ville faisait face à deux problèmes principaux : le manque de jardin d’enfants et le manque d’hébergement. La première question a été résolue, dit-il. Reste la fourniture de logements aux habitants.

Lire aussi sur Novastan : D’Astana à Almaty : l’autoroute des ruines soviétiques

« Le problème de la priorité au logement, nous sommes en train de le résoudre. Même si nous n’avancions pas à pas de géant, nous avons déjà progressé », estime-t-il. D’après lui, la population a arrêté de baisser. Plus personne ne quitte la ville et on observe une croissance naturelle de la population.

A la recherche d’un avenir

A côté des commerces et épiceries habituels, on remarque à Stepnogorsk des objets insolites. On peut remarquer dans la rue des bibliothèques. Elles sont ouvertes et profitent à tout le monde. Elles rencontrent une grande popularité auprès de la population locale. Les habitants de Stepnogorsk amènent ici des livres, qui sont empruntés par d’autres.

Malgré son passé encombrant, Stepnogorsk veut croire à un avenir plus ouvert. Avec la construction de nouveaux logements et sa proximité d’Astana, l’ancienne ville mono-industrielle veut se donner les moyens d’avancer.

Traduit du russe par Léa André

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3 réponses à “L’histoire mystérieuse de Tselinograd-25, devenue Stepnogorsk, cachée sous l’URSS

  1. raimanet

    août 26, 2017 at 2:56

    A reblogué ceci sur Boycott.

     
  2. etoile rouge

    septembre 6, 2017 at 11:28

    Et alors? Vive ces villes inconnues des assassins de l’Union soviétique. Ils fabriquaient des armes chimiques? Mais ceux qui les ont utilisées à ,la même période s’appelaient les Etats Unis d’Amérique au Vietnam. Vous vous souvenez, 3 millions de morts et l’agent orange des années durant répandu? Nous sommes tous américains?

     
  3. ufal

    octobre 5, 2017 at 10:20

    Un immense merci à Danièle de publier avec une grande qualité ces informations, ces reportages. Ne pas oublier la grandiose épopée des peuples soviétiques et les réalisions de cette histoire somme toute très brève, est pour notre avenir décisif.

     

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