RSS

A propos du cinéma et du PCF

26 Août

 L’image contient peut-être : une personne ou plus et intérieur

A l’université d’été du PCF, standing ovation pour Raoul Peck, le metteur en scène du jeune Marx  et rappel de la tradition du PCF et de tous les partis communistes de l’importance de la culture. Pour le parti communiste français c’est aussi le rôle joué dans le cinéma. Si non seulement le cinéma français a continué à vivre mais aussi à soutenir des expériences cinématographiques dans le monde, c’est à la suite de la lutte menée à la Libération par la CGT et les metteurs en scène communistes comme Daquin .

L’accord Blum-Byrnes est un accord franco-américain, signé le 28 mai 1946 par le secrétaire d’État des États-Unis James F. Byrnes et les représentants du gouvernement français, Léon Blum et Jean Monnet, après de longues négociations. Il liquide une partie de la dette française envers les États-Unis après la Seconde Guerre mondiale (deux milliards de dollars). L’administration Truman offre même un nouveau prêt à la France, ils accordent ainsi une aide de 300 millions de dollars américains (3,5 milliards de dollars valeur 2012) remboursables en 35 ans ainsi qu’un prêt bancaire de 650 millions de dollars (7,6 milliards de dollars valeur 2012).

Une des contreparties de l’accord est la fin du régime d’interdiction des films américains, imposé en 1939 et resté en place après la Libération. Byrnes voudrait un retour aux accords de 1933, qui prévoyaient un quota fixe de films américains par an projetés dans les salles françaises. De son côté, le secteur du cinéma français demande que sept semaines sur treize soient réservées uniquement à la diffusion de films français. Le compromis final est d’une part un abandon du quota de films américains et d’autre part une exclusivité accordée aux films français quatre semaines sur treize, ce qui correspond à une diminution de moitié de la diffusion de films français par rapport aux années 1941-1942. En outre, il est obtenu une taxe sur toutes les entrées y compris des films américains, argent qui va être utilisé et l’est encore pour soutenir la création française et même le cinéma de pays du tiers monde, africain en particulier.

Pour le Parti communiste et les syndicats du secteur cinématographique français, il s’agit d’un moyen pour les États-unis de diffuser l’American way of life (le mode de vie américain) à une population pouvant être tentée par le socialisme et de favoriser l’industrie cinématographique hollywoodienne. En réaction, les autorités françaises créent le 25 octobre 1946 le CNC (Centre national de la cinématographie) avec pour mission de protéger la création cinématographique française.

Cette bataille a rassemblé l’ensemble du monde cinématographique et elle s’est assortie d’un travail de la presse communiste pour défendre la création française et pour faire connaître un autre cinéma que le cinéma hollywoodien (voir le rôle joué par l’écran français).

 

Voici en prime un texte d’Antonio Gramsci sur Socialisme et culture.

29 janvier 1916


Il y a quelque temps, nous est tombé sous les yeux un article dans lequel Enrico Leone1 répétait, dans ce style contourné et nébuleux qui est trop souvent le sien, quelques lieux communs sur les rapports de la culture et de l’intellectualisme avec le prolétariat, et leur opposait la pratique, le fait historique, grâce auxquels cette classe est en train de bâtir son avenir de ses propres mains. Nous ne croyons pas inutile de revenir sur ce sujet, pourtant déjà traité dans Il Grido, et tout spécialement développé, sous une forme plus doctrinale dans l’Avanguardia des jeunes, à l’occasion de la polémique qui a opposé Bordiga, de Naples, à notre camarade Tasca2.

Commençons par citer deux textes : le premier est d’un romantique allemand, Novalis, qui vécut de 1772 à 1801 ; voici ce qu’il dit : « Le problème suprême de la culture est d’arriver à dominer son moi transcendantal, d’être aussi le moi de son propre moi, c’est pourquoi il est peu surprenant que l’on manque de l’intuition et de la compréhension complète d’autrui. Sans une parfaite compréhension de nous-même, nous ne pouvons vraiment connaître autrui. »

L’autre texte, dont voici le résumé, est de G. B. Vico3. Vico, dans le « Premier corollaire à propos de l’expression par caractères poétiques des premières nations», donne, dans La Scienza Nuova, une interprétation politique de ce fameux dicton de Solon : Connais-loi loi-même que Socrate avait fait sien en l’adaptant à la philosophie. Vico soutient que, par cette maxime, Solon entendait exhorter les plébéiens, qui se croyaient d’origine bestiale alors qu’ils croyaient les nobles de divine origine, à réfléchir sur eux-mêmes, à se reconnaître de commune nature humaine avec les nobles, et à prétendre, en conséquence, être faits leurs égaux en droit civil. Vico reconnaît ensuite dans cette conscience de l’égalité humaine entre plébéiens et nobles, la base et la raison historique de la naissance des républiques démocratiques de l’Antiquité.

Ce n’est pas au hasard que nous avons ainsi rapproché ces deux passages. Il nous semble qu’ils suggèrent, bien que sans entrer dans des détails précis et explicites, les limites et les principes qui doivent servir de base à une juste compréhension du concept de culture, même dans une perspective socialiste.

Il faut perdre l’habitude et cesser de concevoir la culture comme un savoir encyclopédique vis-à-vis duquel l’homme fait seulement figure de récipient à remplir et bourrer de données empiriques, de faits bruts et isolés, qu’il devra ensuite classer soigneusement dans son cerveau comme dans les colonnes d’un dictionnaire, afin d’être en mesure, en toutes occasions, de répondre aux diverses sollicitations du monde extérieur. Une telle forme de culture est véritablement néfaste; en particulier pour le prolétariat. Elle ne sert qu’à créer des déclassés, des gens qui se croient supérieurs au reste de l’humanité, parce qu’ils ont accumulé dans leur mémoire une certaine quantité de faits et de dates, qu’ils dévident à la moindre occasion, comme pour en faire une barrière entre eux et les autres. Elle sert à créer cette espèce d’intellectualisme poussif et incolore que Romain Rolland a si bien fustigé jusqu’au sang, et qui a engendré une pléthore de présomptueux et d’illuminés, plus nocifs à la vie sociale que ne le sont à la beauté du corps et à la santé physique les microbes de la tuberculose ou de la syphilis. Le malheureux étudiant qui sait un peu de latin et d’histoire, l’avocaillon qui est parvenu à arracher un lambeau de diplôme à la nonchalance et au laxisme des professeurs, se croiront différents, et s’estimeront supérieurs au meilleur ouvrier spécialisé qui pourtant affronte dans la vie une tâche bien précise et indispensable, et qui vaut, dans son domaine d’activité, cent fois plus que ces deux autres ne valent dans le leur. Mais ceci n’est pas de la culture, c’est de la pédanterie, ce n’est pas de l’intelligence, c’est de l’intellectualisme, et on a bien raison de réagir en s’y opposant.

La culture est une chose bien différente. Elle est organisation, discipline du véritable moi intérieur; elle est prise de possession de sa propre personnalité, elle est conquête d’une conscience supérieure grâce à laquelle chacun réussit à comprendre sa propre valeur historique, sa propre fonction dans la vie, ses propres droits et ses propres devoirs… Mais tout ceci ne peut advenir par évolution spontanée, par actions et réactions indépendantes de notre volonté, comme il advient dans le règne animal ou dans le règne végétal où chaque individu se sélectionne et spécifie ses propres organes inconsciemment, conformément à l’ordre fatal des choses. L’homme est surtout esprit, c’est-à-dire création historique, et non nature. Autrement, on n’expliquerait pas pourquoi, puisqu’il a toujours existé des exploités et des exploiteurs, des créateurs de richesse et des consommateurs égoïstes de cette richesse, on n’a pas encore réalisé le socialisme.

Le fait est que ce n’est que par degrés, par strates, que l’humanité a acquis la conscience de sa propre valeur et a conquis son droit à vivre indépendamment des hiérarchies et privilèges des minorités qui s’étaient affirmées historiquement au cours des périodes précédentes. Et une telle conscience s’est formée, non sous l’aiguillon brutal des nécessités physiologiques, mais grâce à la réflexion intelligente, réflexion de quelques-uns d’abord, puis de toute une classe, sur les causes de certains faits, et, sur les meilleurs moyens à adopter pour les transformer, d’occasions d’asservissement, en étendards de rébellion et de rénovation sociale. Cela veut dire que toute révolution a été précédée d’une intense activité de critique, de pénétration culturelle, d’imprégnation d’idées, s’exerçant sur des agrégats d’hommes, au départ réfractaires, et uniquement préoccupés de résoudre, jour après jour, heure par heure, pour leur propre compte, leur problème économique et politique, sans lien de solidarité avec tous ceux qui partageaient leur condition. Le dernier exemple, le plus proche de nous, et par conséquent le moins différent de notre cas, est celui de la Révolution française. La période culturelle antérieure, dite période de la « philosophie des lumières », si décriée par les critiques superficiels de la raison théorique, ne fut pas du tout, ou du moins ne se limita pas à être, ce papillonnement de beaux esprits encyclopédiques qui discouraient de tout et de tous avec une égale imperturbabilité, et croyaient n’être hommes de leur temps qu’après avoir lu la grande Encyclopédie de d’Alembert et de Diderot. En somme, ce ne fut pas seulement un phénomène d’intellectualisme pédant et aride, pareil à celui que nous avons sous les yeux, et qui trouve son déploiement maximum dans les Universités populaires de dernier ordre. En soi, ce fut une magnifique révolution par laquelle, comme le remarque pertinemment De Sanctis dans son Histoire de la littérature italienne4, se forma dans toute l’Europe une sorte de conscience unitaire, une internationale spirituelle bourgeoise, sensible en chacun de ses éléments aux douleurs et aux malheurs communs, et qui constituait la meilleure des préparations à la révolte sanglante qui se réalisa ensuite en France.

En Italie, en France, en Allemagne, on discutait des mêmes choses, des mêmes institutions, des mêmes principes. Chaque nouvelle comédie de Voltaire, chaque nouveau pamphlet*était une sorte d’étincelle qui courait sur les fils déjà tendus d’État à État, de région à région, et trouvait partout, et au même moment, les mêmes partisans et les mêmes opposants. Les baïonnettes des armées de Napoléon trouvaient la voie déjà aplanie par une armée invisible de livres, d’opuscules, qui avaient essaimé depuis Paris dès la première moitié du XVIIIe siècle et avaient préparé les hommes et les institutions à la rénovation nécessaire. Plus tard, quand les événements de France eurent trempé les consciences, il suffisait d’un mouvement populaire à Paris pour en susciter de semblables à Milan, à Vienne et dans les villes les plus petites. Tout ceci semble naturel, spontané, à ceux qui jugent superficiellement, et serait cependant incompréhensible, si l’on ignorait les facteurs culturels qui contribuèrent à créer ces états d’âme prêts à s’enflammer pour ce qui passait pour la cause commune.

Aujourd’hui, le même phénomène se répète à propos du socialisme. C’est à travers la critique de la civilisation capitaliste que s’est formée ou qu’est en train de se former la conscience unitaire du prolétariat ; et critique signifie bien culture et non évolution spontanée et naturelle. Critique signifie justement cette conscience du moi que Novalis assignait comme fin à la culture. Un moi qui s’oppose aux autres, qui se différencie, et qui, s’étant fixé un but, juge des faits et des événements, non seulement par rapport à lui même et pour son propre compte, mais aussi en tant que valeur de progrès ou de réaction. Se connaître soi-même signifie être maître de soi, se différencier, se dégager du chaos, être un élément d’ordre, mais un élément de son ordre propre et de sa propre discipline à l’égard d’un idéal. Et tout ceci ne peut s’obtenir sans connaître aussi les autres, leur histoire, la succession des efforts qu’ils ont faits pour être ce qu’ils sont, pour créer la civilisation qu’ils ont créée, et à laquelle nous voulons substituer la nôtre. Cela veut dire qu’il faut avoir des notions de ce que sont la nature et ses lois pour connaître les lois qui gouvernent l’esprit. Et qu’il faut tout apprendre, sans perdre de vue que le but ultime est de se mieux connaître soi-même à travers les autres, et de mieux connaître les autres à travers soi-même.

S’il est vrai que l’histoire universelle est la chaîne des efforts que l’homme a faits pour se libérer tant des privilèges que des préjugés et des idolâtries, on ne comprend pas pourquoi le prolétariat, qui veut ajouter un nouveau maillon à cette chaîne, ne devrait pas apprendre comment, pourquoi, et par qui il a été précédé, et savoir tout le profit qu’il peut tirer de cette connaissance.

Notes

1 Professeur d’économie politique, le « méridionaliste » Enrico Leone est surtout l’un des principaux théoriciens du syndicalisme révolutionnaire, dont il défend les positions dans Il Divenire sociale, revue qu’il fonde à Rome en 1905. Plus « économiste» qu’Arturo Labriola, Leone définit le syndicalisme révolutionnaire comme le « retour du socialisme à son concept économique fondamental». Fréquemment cité par Mussolini, il finira par apparaître comme un « précurseur» du fascisme.

2 Le IVe Congrès de la « Federazione Giovanile Socialiste», qui eut lieu à Bologne les 20-23 septembre 1912, avait vu Amadeo Bordiga et Angelo Tasca s’affronter sur le thème « Socialisme et culture ». Tandis que pour Tasca les problèmes du socialisme étaient inséparables de l’éducation – « Les jeunes socialistes doivent avant tout étudier, étudier, étudier », déclarait-il entre autres – Bordiga insistait au contraire sur l’importance des déterminations de classe – « On ne devient pas socialiste par l’instruction, mais par les nécessités réelles de la classe à laquelle on appartient. » Sans jamais adhérer à cette position, Gramsci, qui reviendra fréquemment sur cette polémique, finira par se heurter – jusqu’à la rupture – au « culturisme » de Tasca : cf. en particulier « Le programme de L’Ordine Nuovo ».

3 Philosophe, historien et juriste, et professeur de rhétorique à I’Université de Naples, Giambattista Vico (1668-1744) tente dans la Scienza Nuova (1725 et surtout 1744) de mettre en œuvre une nouvelle « science » du décryptage de la réalité et du discours historiques. Il y propose entre autres deux grandes lois susceptibles de rendre compte de l’histoire : la loi des « trois états », selon laquelle toute société passe inéluctablement par trois étapes – l’âge des dieux, l’âge des héros et l’âge des hommes – auxquelles correspondent autant de moments de l’organisation politique, de la raison et du langage; et la loi des ricorsi ou retours, selon laquelle toute histoire se résout et s’achève par le retour à ses origines, corsi et ricorsi constituant en dernier terme la manifestation de la Providence. L’instance « dialectique » dont témoigne – à travers la loi des « trois âges » – la convertibilité réciproque des formes de l’esprit et des époques historiques, trouve sa confirmation dans une thèse que l’historicisme italien reprendra volontiers à son compte : celle de la conversion réciproque du fait et du vrai, qui veut que l’homme ne puisse connaître que ce qu’il a fait lui-même, à savoir : son histoire (« Ce sont les hommes qui ont fait eux-mêmes ce monde des nations », écrit Vico).

4Comme on le verra ultérieurement, l’œuvre critique de Francesco De Sanctis (1817-1883) constitue sans doute l’une des principales clés des Cahiers de prison. Dans ses Saggi critici (1866) et, surtout, dans sa Storia della telleratura italiana (1870-1872), l’ancien ministre de Cavour s’efforce de définir une esthétique bâtie sur le double refus du formalisme vide et de l’esthétique hégélienne du contenu.

*En français dans le texte.

 


Archives A.Gramsci
Sommaire
Publicités
 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :