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« Pourquoi le PC a perdu les pauvres ? » (par Franck Marsal)

12 Août
« Pourquoi le PC a perdu les pauvres ? » (par Franck Marsal)

J’aime bien les questions simples et directes. Celle-ci m’a été posée hier soir sur facebook par un ami Facebook (Ch. Valas) et, il m’a semblé qu’elle méritait une réponse. Voici donc la question (en version complète) :

« On peut se demander pourquoi les pauvres votent et donnent le pouvoir aux riches. Alors qu’ils sont les plus nombreux et qu’ils peuvent aisément remporter toutes les élections et étant au pouvoir organiser la répartition des richesses. Pourquoi le PC a perdu les pauvres? »

Et ma réponse :

Pauvres ? Ou « prolétaires » ?

Définir les gens comme « Pauvres », c’est les définir par ce à quoi ils ont accès, non par ce qu’ils font ni ce qu’ils sont. Dans notre société, les « pauvres » ne sont pas une minorité de marginaux. C’est de plus en plus la masse de ceux qui, comme disait Marx, n’ont pour vivre que la force de leur travail, les prolétaires. Ce sont plusieurs milliards de personnes à l’échelle mondiale de notre système de production. Ils sont les producteurs essentiels de toutes les richesses qui permettent aux « riches » d’être riches et à la société dans son ensemble de vivre et de se perpétuer.

Donc, ceux qui subissent la pauvreté ne sont pas réellement des « pauvres ». Ils sont au contraire très riches, riches de ce qu’ils savent faire, de ce qu’il produisent chaque jour, de ce qu’ils donnent à la société, qui sans eux, ne tient pas. Simplement, ils n’ont pas accès aux richesses qu’ils produisent. Non seulement ils n’y ont pas accès, mais, le plus souvent, ils n’ont pas conscience de la valeur indispensable de ce qu’ils produisent, entre autres parce qu’ils n’ont pas de vision d’ensemble du système de production, ni d’accès aux comptes de leur propre entreprise.

Qu’est-ce que la conscience politique « communiste » ?

Les travailleurs ne sont donc effectivement pas « spontanément » communistes. En fait, personne n’est « spontanément » communiste, et la classe ouvrière, même celle qui correspond à l’image d’Epinal, n’a jamais été communiste par « réflexe spontané ».

Car, pour être communistes, il ne suffit pas d’être « pauvre » ou plutôt prolétaire. Il faut aussi être conscient de sa place dans la société, et du fait que cette pauvreté est le résultat d’une exploitation, d’une spoliation. Et même si on a confusément cette conscience, il faut en acquérir une conscience politique, c’est a dire comprendre d’où cela vient et comment cela.peut être changé. Qui plus est, il faut acquérir la conviction que le renversement complet de l’ordre existant est préférable, ou est la seule voie réaliste pour améliorer son sort de travailleur.

Or, ceci n’a aucun sens sur un plan individuel. Si vous êtes seul à être communiste, à faire grève ou à tenter de renverser le capitalisme, cela n’a aucune chance de marcher. Au contraire, vous avez toutes les chances d’avoir les pires ennuis. C’est pourquoi la conscience politique résulte (bien sûr) d’une analyse politique, économique et historique du capitalisme (dont Marx et Engels ont posé les bases claires, mais qui doit être reformulée à chaque nouvelle étape historique) et néanmoins ne peut être qu’un phénomène social, collectif, organisé, se développant essentiellement sur un temps historique et à travers des expériences collectives.

C’est pourquoi le développement d’une conscience politique communiste, y compris chez les ouvriers, n’a rien d’automatique ni de spontané.

L’expérience historique montre qu’il existe toujours spontanément une fraction des travailleurs qui adhèrent à l’idéologie dominante, aujourd’hui le libéralisme, et une autre qui cherche à négocier, souvent par l’entremise de l’état réputé démocratique, une simple amélioration de ses conditions de vie. Lorsque le capitalisme semble stable et prospère, ces deux tendances sont politiquement dominantes.

L’exemple historique du Parti Communiste Français :

Considérons rapidement l’histoire du PCF : Celui-ci est créé en 1920, lors du congrès de la SFIO, sous l’impulsion politique d’une part de la 1ère guerre mondiale, une expérience politique terrible vécue par les masses et d’autre part de la révolution russe, qui remet au devant de la scène les idées communistes, reformulées par Lénine (et d’autres) pour la période en cours.

Ce congrès est en réalité celui du Parti Socialiste, qui s’est divisé suite à ces deux événements. C’est parce que les délégués acquis aux idées communistes y sont majoritaires, que ce congrès décide de changer le nom et l’idéologie du parti, de créer le Parti Communiste. C’est ainsi que « L’Humanité », journal fondé par Jean Jaurès est devenu l’organe central (c’est un peu plus compliqué aujourd’hui) du PCF.

Pourtant, même si la tendance communiste est majoritaire au congrès de Tours en 1920, face à la tendance social démocrate, pendant environ 15 ans, le PC va rester très minoritaire, non seulement sur un plan électoral, mais également dans le mouvement syndical. Ce n’est qu’au plus fort de la crise mondiale, lors des grèves de 36 puis dans la résistance, que le PCF devient progressivement la force prédominante à gauche, sans pour autant être hégémonique d’ailleurs.

On peut constater la traduction de cet historique dans les scores électoraux du PCF lors des différentes élections législatives par exemple. En 1932, le PCF recueille moins de 800 000 voix, 8,3 % et seulement 10 sièges de députés. On pourrait alors conclure que l’expérience du PCF va rapidement s’achever sur un échec et que les « communistes » ont perdu les ouvriers, qui restent très largement acquis aux idées social-démocrates.

Il n’en sera rien. Au contraire. 13 années plus tard, le PCF recueille plus de 5 millions de voix, jusqu’à 28 % et obtiendra en novembre 1946 182 sièges de députés.

Résultats du PCF aux élections législatives (référence Wikipédia)

Le reflux et ses racines économiques et sociales

Après la seconde guerre mondiale, sur la base de la reconstruction, de la fin des empires coloniaux et d’une relative unification économique et technique du monde capitaliste sous la direction américaine, celui-ci connait une longue période d’expansion, de développement et de modernisation.

Lorsque celle-ci commence à porter ses fruits, logiquement, les idées communistes régressent, les idées conservatrices et social-démocrates reprennent le dessus, soutenues puissamment par les institutions capitalistes, les états, les medias et une parties des « intellectuels »… Cela n’est pas une spécificité française, mais une tendance mondiale.

Le PCF s’affaiblit alors ET en même temps subissant la pression idéologique ambiante évolue vers la droite de manière plus ou moins consciente, avec une apogée avec l’arrivée de Robert Hue comme secrétaire national. Cela se traduit sur les plans idéologiques (abandon de la « dictature de prolétariat », du « centralisme démocratique »), organisationnels (rupture du lien « organique » entre le journal ‘L’Humanité’ et le PCF, abandon des « écoles de formation »), syndicaux (rupture du lien entre PCF et CGT) et programmatiques (notamment l’abandon de la notion générale de « nationalisation » au profit de « pôles publics ») …

La gauche « radicale »

La dynamique change à partir de 2008, première crise générale mondiale du capitalisme comparable à celle de 1929. Il est important de comprendre que, même si la France entre dans un ralentissement économique à partir de 1973, l’économie mondiale continue de progresser à un rythme soutenu jusqu’en 2008, s’appuyant notamment sur les pays émergents.

Et c’est tout aussi logiquement – à mon avis – que lorsque la crise mondiale frappe à nouveau le capitalisme (en 2008 au niveau mondial, pas avant), les premières réactions politiques soient d’abord l’émergence de forces social-démocrates « radicales », comme Syriza en Grèce, la FI en France, Corbyn en Angleterre ou Sanders aux USA.

En dépit de leur discours « radical », ces forces au-delà de leur diversité idéologique, appellent à un capitalisme « amélioré », plus démocratique, plus redistributif, plus écologique et plus keynesien.

En effet, le développement d’une conscience communiste nécessite à la fois une reformulation des idées dans le cadre de la période actuelle, et une série d’expériences politiques qui permettent de clarifier les enjeux des différentes options.

Une phase de dissonance cognitive

Il faudra tout un cycle d’expérience politique avant que les idées communistes, correctement reformulées, ne reprennent le dessus. On mesure, avec l’exemple de la Grèce, à quel point, même avec des politiques de régression sociales très violentes, même avec l’échec avéré de l’expérience de la gauche radicale « Syriza », ces évolutions dans les mentalités sont longues et difficiles.

Nous sortons d’une période où l’anti-communisme dans toutes ses formes a été inculqué très en profondeur. Je pourrais en citer des dizaines d’exemples, depuis le travail théorique de Marx et Engels sur le capitalisme, très occulté ou déformé, notamment dans les parcours scolaires et universitaires jusque, bien sûr les expériences socialistes du 20 ème siècle.

Il est frappant de constater que, malgré l’échec patent du « nouvel ordre mondial » impulsé par les USA après l’effondrement de l’Union Soviétique, il reste difficile de parler sereinement et objectivement de ce que fut l’expérience soviétique. Pourtant, quel est le bilan de ces 25 ans sans URSS ?

Nous devions avoir la paix universelle. Tous les problèmes géopolitique de la guerre froide allaient être résolus. Non seulement, l’OTAN n’a pas été dissous, mais, depuis la chute de l’URSS, les USA et leur alliance militaire principale n’ont cessé d’augmenter leur budgets militaires et de semer la guerre et le chaos. Il y eu la 1ère guerre d’Irak, l’éclatement forcé de la Yougoslavie et trois guerres (Croatie, Bosnie, Kosovo) s’en suivirent. Puis l’invasion de l’Afghanistan et la seconde guerre d’Irak. Aujourd’hui, la guerre fait rage de Tombouctou a Kaboul (voire au-delà) et de Bangui à l’Ukraine.

Nous devions avoir la prospérité générale. Il faut se souvenir qu’un des principaux arguments utilisé pour discréditer les pays socialistes était la vétusté de leurs automobiles. Si vous choisissiez le socialisme, on vous promettait des « Trabants », vieilles voitures est-allemandes peu confortables, si vous choisissiez le capitalisme, vous pouviez avoir des Mercédès, des BMW ou des Audi. Pourtant, le monde capitaliste a connu, environ quine ans après la chute de l’URSS sa pire crise économique depuis celle de 1929. Presque partout sauf en Chine, la pauvreté et misère sont en progression constante. Quant à la Chine, rappelons qu’ à l’époque, il était dit qu’avec Deng Xiaoping, elle avait déjà fait le choix du capitalisme et que l’effondrement du Parti Communiste n’était qu’une question de temps – on voit là aussi que cette prédiction était fausse.

Les marchés libérés et les privatisations allaient nous libérer des Etats. Nous n’aurions quasiment plus d’impôts à payer puisque l’ensemble des services publics privatisés seraient devenus prospères et tellement plus efficaces.

Enfin, on nous promettait une démocratie universelle. En guise de quoi, l’ensemble des systèmes politiques sont revenus au stade des années 30, gangréné par les « affaires », la corruption, la montée des nationalismes, le contrôle de plus en plus visible des grands intérets financiers sur les médias et la diffusion des idées.

En filigrane de tout cela, on dressait le portrait du communisme. L’Union Soviétique menaçait la paix et voulait « nous envahir » pour imposer son modèle. Les services publics nationalisés étaient inefficaces. Les fonds de pension seraient le système de retraite moderne qui allait remplacer notre vieille sécurité sociale. Les partis communistes, qui comptaient pourtant des millions de militants, entrainant autour d’eux un vaste mouvement social n’étaient que des simulacres…

Ce discours est en train de craquer. Nous sommes sur le point de réviser tout ce qui nous a été dit depuis 50 ans sur le communisme et le capitalisme. C’est ce pourquoi précisément cette question m’a été posée. Si la restauration globale du capitalisme depuis la fin de l’URSS avait été le succès annoncé, personne ne prendrait même la peine de poser la question, de discuter du communisme, … On ne se poserait d’ailleurs pas la question de savoir si les « pauvres votent PC », puisqu’il n’y aurait plus de pauvreté.

Il faut avoir milité dans ces années-là pour mesurer combien inconsciemment le rapport que nous avons collectivement avec le communisme a changé. Chaque jour ou presque apporte une nouvelle de l’échec du capitalisme. L’espoir dans un monde de paix et de prospérité s’est transformé en une sourde inquiétude.

Nous sommes dans la phase de la dissonance cognitive. Les informations que nous recevons ne sont plus compatibles avec les croyances que nous avons. Cela suscite une grande perplexité, des interrogations, mais à l’échelle historique, les grands événements n’ont pas encore eu lieu. Nous n’avons pas encore assez d’éléments pour, à une large échelle, reconsidérer ces croyances. Pas encore. Simplement pas encore.

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15 Commentaires

Publié par le août 12, 2017 dans POLITIQUE

 

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15 réponses à “« Pourquoi le PC a perdu les pauvres ? » (par Franck Marsal)

  1. anisioluiz2008

    août 12, 2017 at 11:31

    A reblogué ceci sur O LADO ESCURO DA LUA.

     
  2. Jeanne Labaigt

    août 13, 2017 at 6:54

    Quelle réponse ! C’est tout à fait cela, c’est un très grand texte qui ,à mon avis, fait le point de façon magistrale.
    Le premier paragraphe m’a fait penser à (je ne sais plus exactement le libellé du papier) un texte publié vers 1974 ou 1975 par le Parti Communiste Français « contre la misère », et les discussions que cela avait suscité, les doutes aussi: beaucoup d’entre nous disaient, nous luttons d’abord contre le capitalisme, la « misère » n’en est qu’une conséquence. Il y avait encore des cellules et je dois dire que les discussions étaient enflammées, même en vacances avec d’autres camarades on en avait discuté fortement.
    Ensuite en même temps, l’analyse de la phase nouvelle du capitalisme, son intégration de la révolution technique et la difficile compréhension de la place dévolue à ce nouveau « prolétariat » intellectuel et technicien, prolétaire car n’ayant pas accès à la propriété des moyens de production, mais impliqué dans la répartition de la plus-value car détenteur du « capital scientifique, technique et culturel » n’a pas été faite et poussée assez loin par le collectif intellectuel et prolétarien qu’aurait du être un parti communiste. Nous avons eu beau coup de mal à penser cela.Nous sommes passés en un certain sens à une dénonciation de « l’exclusion », à une déploration charitable pleine de « care » ou de pitié, et nous ne nous risquons plus à une analyse « objective »
    En même temps la « fin » de la structure coloniale, par des guerres terribles, non reconnues comme telles, et l’immédiate aventure « néo-coloniale » qui a suivi, l’asservissement de populations entières à des capitalismes encore nationaux a produit des rapports mondiaux proprement destructeurs des peuples: population sur les routeset les mers (sous les bombes), baisse de la valeur du travail, appropriation de tous les profits à une échelle inouïe sur toute la planète, continents entiers soumis aux massacres, aux génocides, aux fascismes militaires.
    « Mais gare à la revanche, quand tous les pauvres s’y mettront! » disait la chanson de la Commune de Paris, mais les pauvres ne pourront « s’y mettre » que quand ils se penseront d’abord comme « prolétaires » qu’ils se donneront des structures « prolétariennes » de lutte.
    Comme tu as raison de parler de dissonance cognitive, car nous ne « vivons » pas le statut de prolétaire dans notre conscience, nous « vivons » les fins de mois difficiles, le manque de logements, l’absence de transports publics, le désastre de l’école, l’université-garderie etc…
    Renouer avec la compréhension matérialiste et dialectique, relier cette compréhension à ce que nous vivons, organiser et participer à la lutte contre cette situation, ici et internationalement, lutter pour la paix, toutes ces tâches nous le faisions dans nos organisations »de classe et de masse » comme nous disions en faisant la distinction .

     
    • etoile rouge

      août 14, 2017 at 5:15

      Pour avoir une chance de bonne analyse il faut une bonne théorie . C’est en gros ce qu’exprimait LENINE: pas de parti révolutionnaire sans théorie révolutionnaire. Le marxisme et l’expérience socialiste en font partie.

       
  3. histoireetsociete

    août 13, 2017 at 8:05

    excellent.un texte fondamental auquel j’ajouterai la réflexion suivante: en Provence, il y a une expression: assommer un âne à coup de figues. dans notre pays, il y a à « gauche » de belles âmes qui prétendent abattre le capital à coups de figues. les figues en l’occurrence peuvent être les grands sentiments, mais surtout les mots creux dénués d’effets.j’allais oublier, au titre de ce qui manque aujourd’hui pour l’amélioration de la condition prolétarienne, c’est la force de l’Union soviétique et ce n’est pas en faisant chorus sur la diffamation permanente qui entoure cette expérience socialiste qu’on renforcera la capacité de lutte et de conscience.
    danielle cleitrach

     
  4. Jean-Luc Taurines

    août 13, 2017 at 8:05

    Une analyse extrêmement pertinente, à discuter entre camarades…

     
  5. jehaislescookies

    août 13, 2017 at 1:38

    c’est vrai que, quoi qu’on puisse penser de l’URSS, son existence fut le principal facteur qui a fait que pendant 60 ans on a connu, tant bien que mal, mais enfin de compte on a bel et bien eu, tant de progrès sociaux en occident : parce que vu la menace que représentaient l’URSS, le PC, les syndicats puissants, les possédants rivalisaient à qui réussirait à convaincre les ouvriers qu’ils seraient mieux avec eux plutôt qu’avec les communistes, que les vrais socialistes c’étaient eux ! et ainsi ils imaginaient des « contre-feux » histoire de couper l’herbe sous les pieds de la gauche, d’éviter l’incendie, ou lors des grèves ils se dépêchaient de céder quelque chose pour ménager la paix, parce qu’ils avaient la trouille. Mais à partir de 1988, pourquoi se gêner ! Et la réaction a commencé.

     
  6. etoile rouge

    août 13, 2017 at 3:50

    Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire vous viennent aisément y compris pour Danielle et l’URSS qui en 1929 et suivantes connut une forte progression en tous domaines y compris agricole alors que le capitalisme mondial était en crise. Quelle meilleure démonstration de l’existence d’un socialisme et de son efficacité y compris dans des conditions extrêmement difficiles. Les pays occidentaux ont bénéficié du rapport de forces mais aussi les principales colonies qui ne seraient jamais devenus indépendantes sans l’existence de l’URSSet du camp socialiste. N’oublions pas à ce sujet le courageux et si accueillant peuple vietnamien.

     
  7. Xuan

    août 13, 2017 at 6:48

    Reprenons là où l’histoire était censée s’arrêter :

    « Le PCF s’affaiblit alors ET en même temps subissant la pression idéologique ambiante évolue vers la droite de manière plus ou moins consciente, avec une apogée avec l’arrivée de Robert Hue comme secrétaire national. Cela se traduit sur les plans idéologiques (abandon de la « dictature de prolétariat », du « centralisme démocratique »)… »

    Il paraît nécessaire de revenir sur les abandons significatifs de cette évolution révisionniste, auxquels il faut ajouter celui – et non des moindres – des principes marxistes-léninistes, de la méthode matérialiste dialectique et du matérialisme historique.
    Il est frappant que les illusions répandues par les sociaux-démocrates « radicaux » prennent racine chez leurs ancêtres déjà dénoncés par Marx et Lénine. Vraisemblablement la lecture ou la relecture des critiques des sociaux-démocrates de cette époque nous auraient avertis sur l’inanité de leurs copies contemporaines.

    Et puis combien de jeunes ont été tenus dans l’ignorance complète du marxisme ? Quelle idée s’en font-ils à partir des campagnes de propagande anticommuniste qui se succèdent tout particulièrement depuis l’élection de Mitterrand ?
    A croire d’ailleurs que le communisme fait toujours trembler les classes dominantes !
    En Chine l’étude du marxisme est à l’ordre du jour depuis de longs mois dans le PCC.
    http://www.ccpph.com.cn/
    Nous avons-nous aussi un devoir de transmission, en particulier envers les plus exploités.

     
  8. Denis

    août 13, 2017 at 10:33

    A lire ce texte on pourrait penser que la dictature du prolétariat et le centralisme démocratique furent abandonner sous la direction de Robert Hue
    Cela fut fait lors du 22ème congrès en 1976 au milieu de la séquence du programme commun. Pour faire vite, il s’agissait de mettre de l’eau dans son vin pour que l’union de la gauche gagne aux élections législatives de 1977
    Cette « victoire » eut lieu en 1981 et les socialistes eurent tout loisir pour lâcher les eaux de l’anticommunisme. Ce n’est qu’après que sous Robert Hue l’abdication alla encore plus loin
    Conclusion (du moins, la mienne) il ne faut jamais lâcher sur les idées…l’alliance avec la bourgeoisie de gauche (le ps) c’est l’alliance avec la bourgeoisie tout court. Si depuis Robespierre, la commune, Rosa, Luxembourg… on n’a pas compris cela, c’est à désespérer
    Je ne compte pas sur l’anticommunisme de la France insoumise, même si elle a l’intelligence de développer de bonnes questions
    Quant au PCF, c’est à désespérer, reste l’optimisme de la volonté…?

    Oui le communisme hante toujours les classes dominantes, la preuve ? les médias !

     
  9. histoireetsociete

    août 14, 2017 at 12:29

    votre analyse de l’abandon de la dictature du prolétariat est un peu courte… mais pas inexacte, l’abandon de fait remonte à plus haut dans le temps avec le rapport Khrouchtchev et aussitôt l’union à tout prix ce qui donne non seulement les pleins pouvoirs à Guy Mollet pour faire la paix en Algérie (il fera la guerre et la torture) et aussi pour la première fois on fait cadeau aux socialistes de postes de députés alors qu’ils sont derrière nous aux législatives (Dayan et un autre). C’est le moment où comme je le rappelle dans le livre à publier en octobre 2017 (pour le moment il s’intitule 1917-2017: Staline tyran sanguinaire ou héros national?) d’abord Maurice Thorez ne veut pas publier le rapport Khrouchtchev que le dit K enverra au Monde. Jeannette Thorez Veermerch propose que l’on ne parle plus de ce concept parce que les Français ne sont pas murs…
    mais la grande différence entre la fin des années cinquante, également le 22 e Congrès,et aujourd’hui c’est qu’il y a une stratégie dont le prolétariat reste le coeur du rassemblement.
    danielle Bleitrach

     
  10. pedrito

    août 14, 2017 at 4:45

    a reblogué sur puraficion

     
  11. etoile rouge

    août 14, 2017 at 5:09

    Précisions importantes de Mme BLEITRACH, vivement son livre!

     
  12. pedrito

    août 14, 2017 at 6:16

    puraficion, blog de l’insoumis, rien à voir avec Mélenchon:
    http://puraficion.blogspot.com/

     
  13. Méc-créant

    août 17, 2017 at 7:24

    Certaines réflexions pourraient mériter débat ou être approfondies mais l’ensemble présente des éléments importants à prendre en compte. Notamment le fait que, si le courant communiste a régressé, les dirigeants du PC y sont pour beaucoup. Certes, l’idéologie dominante veut toujours s’imposer davantage dans les replis les plus infimes de la société ou des cerveaux, mais cela ne devient possible dans un parti dit communiste que lorsque l’on renonce à toute analyse de classe (pour ne pas dire un peu nourrie de matérialisme…). Dire que la nomination de Hue (plus ou moins « intronisé » par G. Marchais, si ma mémoire….) marque la dérive à droite du PC, c’est finalement signifier que ses dirigeants ont renoncé à toute philosophie politique et à la notion de lutte de classes. Autrement dit, comment aurait-il pu y avoir un bloc de résistance idéologique…alors que toute lutte idéologique avait disparu? (Bien sûr, quand « tout va à peu près bien », il y a peu de chance qu’une majorité d’individus se batte pour transformer profondément la société, mais cela n’implique pas, en particulier pour des communistes, de soumettre sa pensée à l’idéologie dominante).
    Je pense d’ailleurs que cette imprégnation est également liée à d’autres éléments déterminants. D’abord, évidemment, la fin de l’URSS. Non seulement parce que marquant l’échec d’un (in)certain socialisme (et donc la victoire du capitalisme) mais parce que les communistes, comme la plupart des humains, ont besoin de ne pas se sentir seuls, ont besoin de se sentir comme appartenant à un grand mouvement: c’est, en quelque sorte, se joindre à une forme de majorité (au sein même des partis, le besoin de penser comme la majorité était prégnant, au point que, parfois, émettre quelque critique sur la ligne suivie pouvait être assimilé à de la trahison). Comme tout un chacun, le communiste se sent plus fort quand il partage ses idées avec un plus grand nombre. Aussi, tant que l’URSS existait, même critiquable, elle représentait une puissance mondiale associée à une idée de socialisme ou de communisme. Bref: « penser socialiste » avait de l’importance pour la planète Terre, d’où…tout communiste était important et fier de l’être
    Un autre élément essentiel qui mérite d’être présenté, c’est la construction européenne. Si depuis longtemps (au moins depuis la CEE), le PC (et encore plus nettement la CGT avec Krasucki) a condamné cette Europe il ne s’est pour autant pas prononcé clairement pour en sortir. Que cela ait pu être au départ par souci électoraliste, pour ne pas risquer de rompre avec le PS, reste qu’assez vite a été évoqué l’appel à une « Europe sociale »…que l’on retrouve aujourd’hui. Or, la CEE et l’UE ont joué un rôle déterminant, non seulement en tant que construction économique et politique aux ordres des puissances financières, mais également comme vecteur d’imprégnation idéologique. Au point qu’aujourd’hui on doit trouver très normal qu’un état soit tenu de s’endetter auprès de banques privées. C’est également par l’Europe qu’un syndicat comme la CGT a vu sa direction se soumettre idéologiquement, son secrétaire allant jusqu’à dire oui à la constitution européenne (rejetée par la majorité des électeurs français, ce qui montre bien l’éloignement atteint par ces dirigeants par rapport aux classes populaires).
    C’est d’ailleurs face à ce désert –politique, intellectuel, philosophique, idéologique,…– que j’avais rédigé quelques textes, peu diffusés, évidemment. J’ai fini par en présenter quelques-uns dans un blog –« Immondialisation: peuples en solde! »– dont les réflexions auront (peut-être…) une autre résonance aujourd’hui. Certains communistes y retrouveront sans doute une notion perdue de vue depuis longtemps: le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, c’est-à-dire la nécessité, pour espérer quelque transformation que ce soit, de recouvrer souverainetés populaire et nationale et donc…de sortir de l’UE, de l’euro et de l’OTAN. Comment, en ignorant de telles questions fondamentales, un parti se disant communiste pourrait-il exercer quelque influence transformatrice?…
    Amicalement.
    Méc-créant.

     
  14. DD

    août 18, 2017 at 11:05

    Le mal avait débuté avec l’union de la gauche et le soutien à l’ex-ministre de Pétain : François Mitterrand, également responsable de l’exécution d’un très grand nombre de résistants algériens.
    Auparavant le PS ne représentait plus rien, laminé notamment par le passage de Guy Mollet aux affaires… Le PS réanimé par le PCF, au bouche à bouche avec l’Union de la Gauche et le soi-disant programme commun. Puis sont venus très naturellement le retour à l’OTAN et le soutien au développement de sa soeur jumelle : l’Europe ultra-libérale et anti-nationale au service de l’impérialisme US ; celui de l’État profond US. Il n’y avait plus d’État souverain et solidaire, PC(F) et CGT dénonçaient le « repli sur soi égoïste » – comprendre la souveraineté nationale, voire l’internationalisme prolétarien -, et les « pauvres » et autres prolétaires-électeurs, désertaient leurs ex-protecteurs…

     

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