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La figure de Spartacus entre Marx et Mommsen par Luciano Canfora

02 Août

Conférence du Prof. Luciano Canfora de l’Université de Bari

La célèbre révolte des esclaves guidés par Spartacus, éclatée en 73 avant Jésus-Christ et férocement réprimée par Rome, après une lutte longue et douloureuse, est analysée par un des plus grands experts italiens de l’Antiquité, à la lumière aussi de l’analyse de l’historiographie moderne, représentée par le grand historien Th. Mommsen et par K. Marx.

« Mais s’il est vrai que Spartacus, malgré sa tentative de se présenter comme une armée régulière, se place toutefois, de par la manière dont il combat, dans le cadre de la guérilla (il n’accepte pas volontiers la bataille rangée, il se retire et attaque par surprise, ce qui est une attitude classique de la guérilla), si cela est vrai, alors il convient de rappeler, et je voudrais le faire en conclusion, deux grands classiques de l’historiographie sur ce sujet, que je voudrais comparer pour les paroles qu’ils ont utilisées en parlant de cette histoire. L’un est naturellement Mommsen, dans le dernier chapitre du IIIème tome de l’Histoire de Rome (deuxième édition 1856-61), où de façon insistante, je dirais même constante, les hommes de Spartacus sont définis «masnadieri» (Räuber). C’est le mot juste : ce mot évoque bien sûr Schiller, mais il évoque aussi les « romans de brigands », c’est-à-dire les romans du dix-huitième siècle, fin du dix-huitième siècle, qui décrivaient ceux qui combattent comme des brigands pour une cause noble.

L’autre auteur auquel je voulais me référer n’est pas moins connu, entre autres il est contemporain de Mommsen, c’est Marx (.) Ces deux ont eu, si j’ose dire, des vies parallèles, naturellement l’un d’eux a eu un certain destin et l’autre un autre destin : mais en 48-49 tous les deux ont eu une activité journalistique intense, qui, pendant la réaction de 49, les a envoyés tous les deux en exil, Mommsen en Suisse, Marx à Bruxelles et puis à Londres.

Marx suit Mommsen avec beaucoup de curiosité, bien plus que ce qu’il voudrait montrer ; je crois que, malgré les critiques qu’il lui destine dans le Ier livre du Capital, il l’estimait beaucoup. Il y a une autre lettre à Engels, où il écrivait : « as-tu entendu parler de la nouvelle Histoire romaine de Mommsen ? Il paraît que c’est un excellent livre ; apporte-le moi ». Engels le lui procura, et cette lecture a évidemment influencé Marx. « Spartacus – écrit-il donc – a été vraiment un grand général (pas comme Garibaldi) ». Je crois que ce jugement est dû à l’antipathie envers Garibaldi que Marx nourrissait. Lorsque Garibaldi alla à Londres, il se passa des choses extravagantes, la reine Victoria dit que le peuple anglais était devenu fou, Marx dit qu’il y avait eu une scène de folie collective. Il n’avait aucune sympathie pour lui, cela est sûr ; mais il y a peut-être un élément en plus, à savoir la manière de conduire la campagne des Mille, qui sont eux aussi des irréguliers, qui ensuite se constituent en armée, mais à la fin ils s’offrent au pouvoir de l’Etat. C’est exactement le contraire de ce que fait Spartacus. Par conséquent pour Marx, Garibaldi est un chef de guérilla raté, tandis que Spartacus est un grand chef de guérilla. »

Organisé par l’Istituto italiano di cultura en collaboration avec Université de Luxembourg et le CCRN

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