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Adieu toi, le cinéaste des morts-vivants

17 Juil
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Je me souviendrai toujours de ce jour où j’ai découvert ce film… J’avais quelques heures à perdre, je me trouvais à côté du cinéma Le Madeleine,  j’ai regardé la liste des films qui passaient ce jour là et j’ai choisi celui-là sans savoir le moins du monde ce qui m’attendait. Alors voilà en matière d’adieu pour ce cinéaste, je vous propose cette critique d’un « fan », ce que je ne suis pas loin d’être et l’article dit bien ce que ce film à petit budget fut une révélation tant la forme coïncidait avec le bouleversement des valeurs du cinéma dominant (note de Danielle Bleitrach)

Le film commence dans un cimetière, non loin de Pittsburgh. Barbara et son frère Johnny viennent déposer une gerbe sur la tombe de leur mère. Soudain, un homme étrange à la démarche désarticulée surgit et se jette sur eux. Johnny est tué, mais Barbara parvient à s’enfuir.

Elle arrive près d’une vieille maison, où elle est rejointe par un autre fuyard, Ben, qui la tire d’un mauvais pas. Ils découvrent ensuite la présence dans la maison de Cooper, sa femme, sa fille, de Tom et de sa petite amie Judy Rose.

Les premières tensions apparaissent entre Ben et Cooper, qui n’ont pas la même vision des choses. L’un veut barricader les fenêtres de la maison et l’autre s’enfermer dans la cave.
Pendant ce temps, la nuit tombe et les zombies, qui semblent extrêmement nombreux, gagnent du terrain et ne tardent pas à donner l’assaut…


 

COMMENTAIRE :

Dès les premières minutes, le ton du film est donné. ROMERO évite les cadrages baroques de l’épouvante « gothique » et, se libère des contraintes de la production, puisqu’il s’agit d’une production indépendante d’un budget modeste, d’à peine plus de 100 000 $.
Cette relative liberté va lui permettre d’agir comme bon lui semble et notamment d’imposer un style et une redécouverte de l’horreur que ne lui aurait pas permis un film plus coûteux – et donc plus surveillé par les producteurs.

Ainsi, ROMERO orchestre une succession de morts particulièrement violentes sans aucune justification, créant une perte de repères déstabilisante pour le public de 1968. La première attaque du film intervient peu après le générique de début, à un moment où Barbara et son frère sont plutôt en phase de présentation au public, ce qui crée une rupture soudaine avec le quotidien rassurant pour nous plonger la tête la première dans l’horreur la plus absolue.
Barbara elle-même, qui pourrait, du coup, faire figure d’héroïne, ne joue finalement qu’un rôle assez subalterne dans le reste de l’intrigue. Et l’on met un certain temps avant d’entendre que les zombies seraient la conséquence d’une étrange comète aux retombées radioactives – un prétexte pas vraiment fouillé, signe que pour ROMERO, cela est parfaitement accessoire.

Cette absence d’explication rationnelle est sans conteste la première source de l’horreur dans « La nuit des morts vivants ». ROMERO impose au public un univers dont il ne comprend pas la logique, poussant tout un chacun à affronter ses propres craintes.

Alors qu’à l’époque le cinéma d’épouvante est en train de chercher à renouveler les fondamentaux du style gothique-flamboyant très théâtral, façon DRACULA avec Christopher LEE, ROMERO emploie la caméra à l’épaule, et tourne en noir et blanc. Un coup de génie qui donne un réalisme effroyable à ses zombies, loin de ceux qui peuplent des films plus anciens comme le célèbre « Vaudou » de Jacques TOURNEUR [1943]. Les morts-vivants de ROMERO sont les rejetons de la guerre froide, fruits d’une science mal contrôlée et terriblement proches de l’homme, ce qui souligne à quel point « l’horreur est humaine ».

A la recherche de réalisme, ROMERO laisse la caméra dériver sur des scènes de festins anthropophages où l’on entrevoit viscères, organes et os, sans retenue. Là où la plupart des films du même genre détournaient la caméra, ROMERO regarde l’horreur en face, transportant le spectateur de la terreur vers l’horreur – tout en maintenant son trouillomètre au zéro pointé par de subtils effets scénaristiques.

Autre tabou que ROMERO transgresse allègrement, le personnage central du film est un noir, embauché pour le rôle parce que, avoua ROMERO, « il était tout simplement le meilleur lors des auditions pour le film« . Par ce choix, il allait donner une dimension politique sans le vouloir à son film. De même, le « méchant » humain du film est un blanc doté de tous les défauts du parfait Américain blanc, puritain, intolérant et conservateur.

Qui aurait pu prédire que ce film au budget pitoyable, réalisé avec des potes, allait devenir une des références du cinéma fantastique ? Et pourtant, il inspiré depuis tout une lignée de réalisateurs dont Peter JACKSON [ « Brain dead » , « Heavenly creatures » et « Lord of the ring »] ou plus récemment, et dans un registre plus loufoque, Edward RIGHT et Simon PEGG [« Shaun of the dead » ] [1]

Réalisé pour cent-quatorze-mille dollars, « La nuit des morts vivants » en a rapporté plus de 20 millions, sur trente ans d’exploitation. ROMERO ayant poursuivi ses films de morts-vivants, « La nuit » est le premier film d’une tétralogie qui compte aussi :

  • « Zombie » [1978]
  • « Le jour des morts vivants » [1985]
  • « Land of the dead » [2005].

Ces épisodes ont eux aussi connus un grand succès et sont également teintés d’une tonalité politique et sociale. Ainsi dans « Zombie », le héros est également noir, et l’essentiel de l’action se déroule dans un supermarché, ce qui donne lieu à de drôlatiques scènes dans lesquels les consommateurs névrosés du XXème siècle seraient devenus des zombies sans âmes errant entre les rayons à la recherche de chair fraîche…


L’ADAPTATION :

George ROMERO s’est fortement inspiré d’un de ses livres préférés, « Je suis une légende » de Richard MATHESON, qu’il rêvait de porter à l’écran. Il a d’abord écrit une nouvelle, jamais publiée, puis un script intitulé « Anubis » en référence au nom du dieu égyptien du royaume des morts.

Le roman pose la trame de base : Robert NEUVILLE est le dernier humain vivant sur la planète. Tous les autres sont devenus des « vampires », suite à une épidémie mystérieuse. Il ne sort que le jour. La nuit, il se barricade dans sa maison pour résister aux créatures qui étaient autrefois ses propres voisins. Il est en proie aux doutes, pendant que toute la nuit son ex-voisin et ami l’appelle et que les femmes-monstres se dénudent pour l’attirer entre leurs griffes. Il ne sait pas pourquoi il n’est pas devenu comme eux, mais il est dernier, une « légende ».

Le script de ROMERO était au départ composé de trois parties :

  • la première se déroulait dans une ferme, dont tous les occupants se faisait dévorer
  • la deuxième avec un commando partis à la « chasse » aux zombies
  • la troisième illustrant la fuite d’un homme blessé à la jambe poursuivi par une armée de morts jusqu’à la ferme de la 1ère partie

Finalement, ROMERO n’a conservé que la première partie : celle qui voit donc un groupe d’humains désespérés, cloitrés dans une vieille maison abandonnée, attaqués par une armée de morts sortis de leurs tombes [sûrement à cause de l’effet des radiations d’un satellite tombé sur Terre].

Si ROMERO a beaucoup puisé dans le roman de MATHESON, il y a aussi des différences notables. 

Le héros de R. MATHESON est organisé, prudent et tactique. Son système de survie comporte des règles bien établies, « sortir le jour »,  » se barricader la nuit », « fermer la porte du garage », etc.
A l’opposé, les survivants du film de ROMERO, à l’exception de Ben [qui est le personnage le plus proche du héros de MATHESON], sont brouillons, inconscients et incapables de réfléchir avant d’agir.
C’est d’ailleurs l’un des thèmes du film : les survivants sont à l’image de l’humanité d’aujourd’hui, chacun pensant d’abord à soi, sans penser aux retombées de ses actes [un thème encore plus présent dans « Zombie »]. Si Robert Neuville avait eu des amis avec lui, il aurait pu créer une mini-société comme un Robinson et son Vendredi, alors que les héros de la nuit des morts-vivants qui étaient plusieurs, se sont détruits eux-même. C’est un peu, d’ailleurs, la moralité de « Land of the dead » : la société humaine a survécu mais les mêmes péchés subsistent et la conduise à sa perte.

Autre différence notable : Neuville, dans ses moments de calme, repense aux événements qui l’ont conduit à sa situation. En fait, « Je suis une légende » pourrait se dérouler entre « Zombie » et « Le jour des morts-vivants », en terme de chronologie.
Les envies, les besoins vitaux et le besoin de communiquer et d’aimer sont le talon d’Achille du héros de « Je suis une légende ». Une faiblesse que s’empressent d’exploiter ses opposants : « femmes nues », « sollicitations verbales », etc. dans le but de le capturer. Mais dans « La nuit des morts vivants », la réalité est bien pire : les zombies n’ont qu’a attendre l’erreur fatale. Les survivants se jettent eux-même dans la gueule du loup sans répondre aux sollicitations des opposants.

Bref, même si le message de MATHESON est très pessimiste, celui de ROMERO au cinéma l’est bien davantage, associant à la peur du monstre celle d’une société dont les individus perdent le goût des relations humaines.


COMMANDER Vous l’aurez sans doute compris, je suis un fan de la première heure.

« La nuit des morts vivants » a posé les bases du cinéma d’horreur tendance gore, marquant le genre aussi profondément que « Massacre à la tronçonneuse », à tel point qu’il est impossible depuis de faire un film de zombie sans le comparer à l’original ou à sa suite.

Au delà de l’Horreur, celui-ci est une critique de la société moderne où l’entraide a tendance à disparaitre au profit de l’égoïsme, où agir ensemble est devenu rare parce que chacun agit d’abord pour lui-même.



paul muad’dib 

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Publié par le juillet 17, 2017 dans CINEMA

 

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