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Kazakhstan : derrière les feux des projecteurs, la réalité par mariusz kluzniak

11 Juil

Astana Bayterek Kazakhstan Diplomatie Sport

Quand nous analysons ce qui s’est passé au G20, toute une partie de la réalité est occultée, celle d’un continent asiatique en pleine mutation entre la Russie et la Chine, mais aussi la Turquie. la question syrienne se pose aussi en Asie centrale. L’Allemagne a choisi de jouer cavalier seul dans sa course vers l’est. L’Europe est de fait absente alors que non seulement on devrait envisager une Europe jusqu’à l’Oural mais également le faire en relation avec cette zone de développement qu’est le continent asiatique (note de Danielle Bleitrach)

0En 2017, le Kazakhstan veut entrer en scène. Après les Universiades d’hiver à Almaty, place à l’Expo 2017 à Astana, la capitale. Deux villes au milieu d’un pays des steppes, que peu de personnes savent encore placer sur une carte, mais qui tente aujourd’hui de se faire une place.

Novastan laisse la parole à Hektor Hebe, qui analyse la position du Kazakhstan à la fois dans la région et dans le monde, et la manière dont ce pays préfère se représenter. 

Peu de personnes connaissent le Kazakhstan, ce pays des steppes au cœur de l’Asie centrale. En 2017, pour les autorités, cela doit changer. En janvier déjà, le Kazakhstan a accueilli les Universiades d’hiver. Des étudiants sportifs venant notamment d’Allemagne, de France, de Corée du Sud, des États-Unis et de Chine se sont rendus à Almaty, afin de se comparer aux champions de diverses disciplines.

Lire aussi sur Novastan : Universiades d’hiver 2017 à Almaty : entre études et sport

Le Kazakhstan s’est révélé être un formidable pays d’accueil. Les rues de la ville étaient brillantes, l’organisation s’est déroulée comme sur des roulettes, tous étaient heureux lors de cette Olympiade dédiée à la relève sportive.

Après onze jours de compétition, les équipes sont rentrées dans leurs pays d’origine. Lorsqu’elles ont décollé, elles ont contemplé Almaty, enveloppée d’un smog jaune-brun, enchâssée entre les montagnes blanches de neige, dont les sommets scintillaient au soleil. Peut-être voyaient-ils également le toit gris d’un hangar près de l’aéroport. A cet endroit, l’Universiade d’hiver se déroulait moins joyeusement. De nombreux animaux errants ont dû être éliminés pour cet évènement sportif. Pour les chiens et les chats, la nouvelle année a commencé dans le sang. Mais, au final, les rues devaient briller.

Le sport, la Syrie et une exposition mondiale

À Astana aussi, les préparations pour l’exposition technique universelle, dite EXPO 2017, battaient leur plein. C’est l’évènement de l’année, pour lequel le Kazakhstan travaille depuis plusieurs années. Les espoirs et les attentes sont grands. De nouveaux investisseurs et de nombreux visiteurs doivent affluer dans le pays.

Ainsi, les portes du pays des steppes sont grandes ouvertes. Depuis le 1er janvier 2017, les citoyens d’environ 40 pays peuvent se rendre dans le pays sans visa pendant 30 jours. Le service de presse de la compagnie aérienne nationale Air Astana table sur une augmentation de 8,2 millions de passagers, ce qui représente deux fois plus de clients qu’habituellement. Un projet doit armer l’aéroport d’Astana pour cet assaut. La construction d’un nouveau terminal pour les vols internationaux, prévue pour le mois de mai, sera finalement terminée en juin, juste avant le début de l’EXPO.

Au-delà du sport, une présence diplomatique

En parallèle de l’EXPO, plusieurs cycles de négociations pour la paix en Syrie ont eu lieu à Astana. Après six ans de guerre et environ 500 000 morts, les délégations des parties en conflit essaient depuis le 23 janvier de rétablir la paix dans une Syrie déchirée et détruite. Le président russe Vladimir Poutine a proposé de tenir ces négociations au cœur de l’Asie centrale, après que l’armée syrienne a pris la métropole d’Alep en décembre 2016.

Lire aussi sur Novastan : Diplomatie : comment la Biélorussie et le Kazakhstan manœuvrent habilement dans l’ombre de la Russie

Sous la direction du président russe Vladimir Poutine et de ses homologues et iranien, les représentants de l’opposition et du président syrien Bachar al-Assad se sont réunis plusieurs fois à Astana. L’objectif est de trouver une solution pour ce conflit complexe. Un conflit qui entraîne une guerre civile et provoque une guerre par procuration au-delà des frontières syriennes. Pour le moment, aucun accord stable n’a été trouvé.

Astana, proche de la Russie et de la Turquie

D’après la radio allemande à l’étranger Deutsche Welle, le fait que le choix se porte sur le Kazakhstan est lourd de sens : on ne se rencontre pas à Genève par exemple, mais au cœur de l’Asie centrale, qui est culturellement aussi proche de la Russie que des peuples turcs de Turquie.

En octobre 2016 déjà, le Kazakhstan avait proposé une rencontre à Astana, pour les États-Unis et la Russie. Vladimir Poutine avait également invité les représentants du nouveau gouvernement américain de Donald Trump à Astana, et Washington avait envoyé l’ambassadeur des États-Unis au Kazakhstan, George Krol, en tant qu’observateur. Bruxelles a envoyé une délégation et les Nations Unies leur envoyé spécial pour la Syrie, Staffan de Mistura.

À Genève comme à Astana, les représentants du gouvernement et de l’opposition se sont rencontrés, comme d’habitude, avec une profonde méfiance. Au début de l’année, le gouvernement syrien et l’opposition s’asseyaient encore face à face au tour d’une table ronde à Astana. Désormais, les rebelles boycottent les négociations, car d’après eux la Russie n’a pas respecté le cessez-le-feu convenu en décembre. Après un second round de négociations début mai, un accord a été trouvé mais il n’a pas été signé par les rebelles, qui considèrent que ces pourparlers sont truqués.

La paix reste incertaine. Après six ans de guerre, la Syrie est un pays détruit et éclaté en termes d’ethnies et de religion, pays qui ne parvient pas à retrouver le calme, pris au jeu entre les différents intérêts internationaux. L’hôte kazakh, le président Noursoultan Nazarbaïev, a laissé entendre au début des négociations à Astana que le conflit syrien ne pourrait être résolu que par la voix des négociations. Et de continuer : la guerre, qui dure maintenant depuis près de six ans, n’a apporté que misère et douleur pour ce pays dans lequel diverses civilisations et cultures vivaient ensemble.

Un rôle de médiateur 

Le Kazakhstan est d’une certaine manière comme la Syrie : une nation haute en couleurs, qui fêtait en décembre dernier ses 25 ans d’indépendance. La situation géopolitique de cette jeune République est à la fois une chance et un défi : au Nord se trouve la Russie, à l’Est la Chine, à l’Ouest où s’esquissent les nouveaux avant-postes de l’Europe (Géorgie, Ukraine, …) et au Sud, après l’Ouzbékistan, se trouve l’Afghanistan, marqué par la guerre et le terrorisme.

Au sein de l’Asie centrale, le Kazakhstan joue un rôle de précurseur, car ce n’est pas seulement la nation la plus grande, mais aussi la plus influente politiquement et économiquement. Les immenses réserves de pétrole permettent à l’économie du pays de croître à un rythme que les autres pays de la région ne peuvent pas maintenir. Le nombre d’habitants du Kazakhstan, 17 millions, paraît faible. La diversité ethnique en est d’autant plus grande.

D’après les statistiques du pays, 130 ethnies vivent au Kazakhstan, les Russes étant la plus grande minorité. Parmi les minorités parlant turc se trouvent les Ouzbeks, TatarsMeskhètes et Azerbaïdjanais, ainsi que de plus petits groupes tels quel les Bachkires et les Turkmènes. D’autres minorités incluent les Ouïghours et les Ukrainiens, des Allemands, ainsi que de petits groupes venant d’Europe (de Pologne, Lettonie, Lituanie et Biélorussie). Le Kazakhstan insiste sur le fait qu’il est un exemple que l’amitié entre les peuples est possible.

Coopérer plutôt que s’affronter

Cette diversité offre au Kazakhstan la compétence d’agir en tant que médiateur. Peu importe que le pays soit situé entre la Turquie et la Russie, la population kazakhe est composée d’environ 70 % de musulmans sunnites. Les Kazakhs sont à la fois très liés à la Russie et à la Turquie, car les deux nations appartiennent aux peuples turcs.

Lire aussi sur Novastan : L’Asie centrale sous le prisme de la crise russo-turque

L’Allemagne aussi a une place bien ancrée au Kazakhstan, en raison de la minorité allemande. La coopération diplomatique entre les deux pays fêtait son 25ème anniversaire le 11 février dernier. Le Kazakhstan doit construire un pont entre l’Europe et l’Asie – tel est l’objectif. Mais un tel lien n’est pas seulement souhaité par l’Allemagne, l’Union européenne et les États-Unis, mais aussi les joueurs mondiaux issus de différents horizons. La Russie, la Chine, Israël, l’Iran et la Turquie se battent pour influencer cette région à haute importance géopolitique.

Le Kazakhstan veut profiter des investissements chinois

Lorsque l’on regarde de plus près le drapeau kazakh, on découvre en son centre un soleil doré et un aigle. Ils apparaissent dans un bleu turquoise, qui brille comme l’horizon infini des steppes. On pourrait se demander, vers où se tourne ce soleil kazakh ? Dans quelle direction l’aigle ouvre-t-il ses ailes ? Le Kazakhstan veut conserver de bonnes relations avec la Russie, et en même temps continuer à renforcer celles avec les Nations Unies. De plus, il mise sur des relations bilatérales étroites avec Israël et l’Iran.

Des accords de plusieurs milliards de dollars ont été conclus avec la Chine dans l’industrie du pétrole et celle du gaz. De plus, le Kazakhstan se situe au cœur de la route de la soie, ce qui lui permet d’exercer un rôle important au sein de la ceinture économique qui va de la Chine à l’Europe. En raison de cette situation, les projets pour des pipelines, voies de chemin de fer, routes maritimes et fluviales, des lignes aériennes et des autoroutes ne cessent de se développer. Cela permet des échanges dans toutes les directions.

La cohésion au sein de l’Asie centrale

De plus, le Kazakhstan fait des efforts pour une coopération entre les États de la région, auparavant très isolés. Cela est notamment lié au fait que le Turkménistan conduit une politique isolationniste et que l’Ouzbékistan se base surtout sur des relations bilatérales. À ce jour, seuls le Kazakhstan et le Kirghizstan sont membres du projet post-soviétique d’intégration l’Union économique eurasiatique (UEE), auquel le Tadjikistan a demandé d’adhérer.

Lire aussi sur Novastan : Le rôle du Kazakhstan dans l’intégration de l’union économique eurasiatique

Pour surmonter les prochains défis, une coopération plus poussée entre les cinq pays d’Asie centrale est souhaitée. Les problèmes sont plus faciles à résoudre lorsque l’on est ensemble – qu’il s’agisse de traiter la question de l’usage de l’eau dans ces temps de changement climatique, ou bien de se défendre contre la milice terroriste « État islamique ».

Le Kazakhstan ne se trouve pas seulement au cœur de l’Asie centrale, c’est également la principale artère de la région. En tant que plus grande puissance économique de la région, le Kazakhstan porte de nombreuses responsabilités, tant sur la scène internationale que juste à côté de chez lui.

Un pays très contrasté et moins brillant qu’il n’y paraît

Le Kazakhstan veut impressionner et briller sur la scène internationale. Mais est-il armé pour jouer ce rôle de joueur mondial ? A quoi ressemble ce pays depuis les coulisses ? La population profite-t-elle des événements glamour et du rôle d’hôte scintillant dans lequel le Kazakhstan se présente ? Quiconque voyage au Kazakhstan comprend rapidement que le pays est plein de contrastes.

Une journée possible à Almaty, la plus grande ville du pays et ancienne capitale, pourrait être décreit comme suit. Le matin, shopping dans le centre commercial à trois étages chez Gucci avec un café Starbucks à la main. Le midi, escapade en voiture à travers la périphérie ouest, où les rues se transforment en poussière à un moment donné et finissent nulle part. Le soir, un nan, de la confiture, des boules séchées de lait caillé, des concombres et un thé chaud dans une petite maison transparente avec un toit en tôle et une porte d’entrée à piques bleu ciel, où les ânes et les chèvres broutent de l’herbe.

2 réalités opposées

Le Kazakhstan souhaite donner l’impression d’être une puissance économique moderne et croissante. Cependant, l’apparat et le faste ne dépassent pas les limites de la ville. Celui qui parcourt 100 km depuis Almaty ou Astana découvre un autre visage de ce pays des steppes. La magie d’un paysage à couper le souffle, une culture étrangère et une réelle simplicité qui attire les touristes européens et américains, voire peut-être les fascine plus que les gratte-ciels d’Astana, ou les centres commerciaux luxueux d’Almaty et leurs sols recouverts de marbre toujours parfaitement brillant.

Le contraste entre la vie à la ville et à la campagne est immense. Le fossé entre les riches et les pauvres se creuse. La majeure partie du pétrole puisé dans l’Ouest du pays est drainée par les villes fastueuses, ou même pour des grands évènements tels que l’EXPO. Au début de l’année, le président Noursoultan Nazarbaïev annonçait dans ses discours une troisième vague de modernisation.

Mais sur le long terme, les vagues économiques n’apportent-elles pas que de la sécheresse, ne plante-t-on pas aussi les graines du progrès social ? Le Kazakhstan joue une carte économique, alors que des questions sociales comme les droits de l’Homme, de l’environnement ou des animaux passent au second plan. C’est exactement en raison de la diversité ethnique et religieuse du Kazakhstan et de sa situation géopolitique que le choix de l’économie comme unique guide peut conduire à une impasse. La stabilité interne menace de s’effriter, tant que les questions sociales sont refoulées et qu’un monde d’apparences se construit parallèlement à la réalité.

Que reste-t-il de la splendeur du pays ?

Que reste-t-il du faste du pays une fois les projecteurs éteints ? Il reste une splendeur authentique fondée sur la nature, l’hospitalité des habitants, et la diversité de traditions, de cultures et d’histoires. Une lueur issue des contraires et des contradictions de ce jeune État qui souhaite trouver son rôle sur la scène internationale.

C’est pour chaque pays un défi de marcher chaque jour vers la nouveauté, à petits pas, dans la bonne direction. C’est un chemin plus long, plus rocailleux, que la communauté internationale trouvera ensemble et que l’on renforcera en tant que communauté mondiale.

Hektor Hebe
Auteur invité

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Publié par le juillet 11, 2017 dans Asie centrale, INTERNATIONAL

 

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