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Les six plus grands chefs-d’œuvre de l’architecture soviétique des années 1920 à 1950

10 Juil

plus je travaille sur la période dite stalinienne qu’il s’agisse du cinéma ou de l’architecture (arts de masse) , moins je suis convaincue par les interprétations et les caricatures. Peut-être suis-je en train de céder à une autre illusion, celle de mon antipathie profonde pour l’ère Khroutchevienne et brejnevienne, alors que ces périodes ont été celles aussi d’une détente , d’un mieux vivre qui pour une large part encore aujourd’hui alimentent la nostalgie de l’URSS. (note de danielle Bleitrach)

Les meilleurs exemples de l’architecture soviétique ont été construits dans les trente premières années d’existence de l’URSS. C’est en effet à cette époque que Moscou a vu l’apparition de la futuriste tour Choukhov, du pompeux hôtel Moskva et des sept gratte-ciel staliniens. RBTH revient sur les principaux édifices datant de l’essor de l’architecture soviétique.
Tour Choukhov (1922, Vladimir Choukhov)

Crédit : AFP / EastNews

Le pouvoir soviétique considérait la radio comme le meilleur moyen de propagande auprès de la population peu instruite. C’est pourquoi le pays devait se doter d’une tour radio impressionnante. Les constructions hyperboloïdes de Choukhov, déjà très populaires à l’époque dans les expositions internationales, étaient très futuristes et dans l’esprit de l’art de propagande soviétique.

Ses travaux correspondaient idéalement à un édifice « lourd » comme une tour radio : grâce à lui, la construction était gigantesque sans être chargée. C’est ainsi qu’est apparue la tour Choukhov, miracle d’ingénierie et symbole de la radiophonie soviétique (et ensuite de la télévision).

Maison de Melnikov (1929, Constantin Melnikov)

Crédit : Sergueï Mikheev / RG

L’architecte Melnikov a imaginé un bâtiment en forme de cylindre lors du concours de construction de la Maison de la culture Zouev. Il n’a pas remporté la compétition, mais son idée n’a pas été abandonnée et s’est même développée : la maison privée de Melnikov a ainsi pris la forme de deux cylindres collés l’un à l’autre.

L’idéologie du début de l’URSS interdisait toute propriété privée et exigeait de consacrer l’architecture aux intérêts collectifs. Cet objectif a pris une tournure grotesque dans le cas de la maison de Melnikov. L’architecte avait prévu une chambre pour chacun des membres de sa famille qui devenait ainsi un « collectif de personnes dormant ».

Même si Melnikov avait mis l’accent sur la proximité de son projet avec l’architecture soviétique hautement fonctionnelle, les Moscovites ont jugé avec mépris ce bâtiment cylindrique aux fenêtres hexagonales en le surnommant « niche bourgeoise habitée ».

Melnikov a toujours voulu que sa maison devienne un jour un musée. Son ouverture a traîné jusque récemment à cause d’un contentieux juridique entre les héritiers de l’architecte. La maison de Melnikov a enfin ouvert ses portes aux visiteurs en décembre 2014.

Le bâtiment de l’Union centrale (1937, Le Corbusier)

Crédit : Alexandre Poliakov / RIA Novosti

Le Corbusier, célèbre dans le monde de l’architecture pour avoir mis en place les principes d’édification des immeubles de bureaux modernes, a participé au boom de la construction soviétique des années 1930. Il a notamment pris part à – et bien sûr remporté – l’appel d’offres pour le bâtiment de l’Association des communautés de consommateurs.

Pour ce colossal immeuble de bureaux situé sur la rue Miasnitskaïa, l’architecte a appliqué l’ensemble des « cinq points de l’architecture moderne », qui régissent encore l’élaboration de la majorité de ces bâtiments dans le monde. Ces principes comprennent l’utilisation de piliers en béton et en acier, de toits-terrasses plats, d’un minimum de murs intérieurs et d’énormes fenêtres allongées.

Pour la bourgeoisie soviétique, ces solutions étaient apparemment trop progressistes. Les Moscovites n’aimaient pas cet édifice volumineux avec ses « béquilles » en béton et sa façade minimaliste. Le poète Ossip Mandelstam écrivait notamment avec ironie : « Dans les palais de cristal posés sur des pattes de poules, même d’une ombre légère je ne rentre pas ».

Hôtel Moskva (Oswald Staprane, Leonid Saveliev, Alexeï Chtchussev, 1935, restauré en 2004)

Crédit : A.Solomonov / RIA Novosti

Au début des années 1920, le palais du Travail aurait dû être construit à côté du Kremlin, à la place de l’actuel hôtel Moskva : il s’agissait d’énormes cubes de verre et de béton reliés par une salle de spectacle en forme d’ellipse. Il aurait ressemblé au vaisseau « Enterprise » de la série Star Treck. Les travaux du palais du Travail ont cependant rapidement pris fin à cause du coût élevé et de la complexité du projet.

Il a ainsi été décidé de construire un hôtel à sa place, édifice plus traditionnel, mais pas de moins grande envergure. Sous la direction de l’architecte Chtchoussev, le Moskva a été dessiné dans un style pompeux et traditionaliste qui est rapidement devenu dominant parmi les bâtiments des années 1930 à 1950. Les colonnes, arcs et balustrades décoratives reflétaient le lien entre l’architecture soviétique et les traditions antiques.

Centre panrusse des expositions (1935-1954, plusieurs architectes sous la direction de Sergueï Tchernychiov)

Crédut : AP

Un gigantesque parc d’exposition a été créé au Nord de Moscou pour que les citoyens soviétiques ou les touristes puissent admirer à n’importe quel moment les réussites de l’agriculture et de l’industrie du pays. Des 70 pavillons du parc, la moitié rappelle les temples du style Empire. Colonnes, poteaux, statues, fontaines : les meilleures traditions de l’architecture totalitaire sont présentes.

C’est le pavillon n°32, érigé en 1939, qui attire le plus l’attention. Au départ, il s’appelait « Machinerie » et ressemblait à un hangar avec un toit en verre. L’intérieur faisait penser aux temples des civilisations mésopotamiennes, sauf qu’à la place des représentations de dieux et de héros, on y trouvait des statues de machiniste et de tractoriste.

À la fin des années 1950, le pavillon a été agrandi d’une salle dotée d’une coupole en verre dont la structure maillée rappelle la tour Choukhov. Depuis lors, le pavillon a été rebaptisé « Cosmos » et une copie de la fusée Vostok, qui avait été lancée en orbite avec Gagarine à son bord, a été dressée sur la place située en face.

Gratte-ciel staliniens (1952-1957, Lev Roudnev, Dmitri Tchetchouline, Viatcheslav Oltarjevski, Sergueï Tchernychiov et d’autres)

Crédit : Lori / LegionMedia

Le centre de Moscou est bordé à plusieurs endroits des célèbres gratte-ciel staliniens : le bâtiment de l’Université d’État de Moscou, trois immeubles d’habitations, deux hôtels et le ministère des Affaires étrangères.

Au départ, il ne devait y avoir à Moscou qu’une seule tour totalement démesurée. Le projet de palais des Congrès, ziggourat colossal de 500 mètres de haut avec une représentation de Lénine au sommet, n’a pas vu le jour à cause de la guerre : les carcasses métalliques qui lui étaient destinées ont été retransformées afin de servir de protections contre les tirs de chars.

Après la guerre, le projet a été revu pour compter sept édifices séparés aux styles similaires. L’architecture de l’époque stalinienne a définitivement acquis son style grâce à ses bâtiments. Elle se compose des tendances mondiales dans le domaine du monumentalisme (les contours des gratte-ciel rappellent l’Empire State Building, par exemple) et renvoie aux cultures anciennes.

Via ces ornementations, ces colonnes et la forme même des bâtiments, les architectes ont mis l’accent sur le lien entre l’architecture soviétique et les cultures de l’ancien Orient, de l’Inde et de la Chine.

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4 réponses à “Les six plus grands chefs-d’œuvre de l’architecture soviétique des années 1920 à 1950

  1. Jeanne Labaigt

    juillet 10, 2017 at 6:46

    ” Le léninisme est notre étendard !” sur le faîte de l’hôtel Moskva !
    On pouvait y acheter des “Gitanes” et “l’Humanité”,et on y allait chaque semaine, l’intérieur était grandiose, comme l’Université et ses ascenseurs, sans compter le métro(qui n’est pas cité ici) chef d’oeuvre d’architecture où comme le disaient les pancartes des escalators (et la chanson de Boulat Okoudjava), “ceux qui veulent avancer doivent toujours prendre le côté gauche “.
    Cette architecture était à la fois somptueuse et grandiose mais avait quelque chose de bon enfant et de populaire, pas pompeuse, curieux.
    Peut-être que je projette idéologiquement mais je n’ai pas ressenti cela à Rome à l’EUR, dont il est dit que ce quartier fasciste bâti pour les jeux olympiques Mussoliniens serait du même type architectural (prétendument “totalitaire” selon la doxa journalistique) que les constructions de Moscou.
    Moi c’est la “différence” qui m’intéresse, voir ce qui distingue proprement l’architecture “soviétique” au sens politique du terme (et non seulement national) des architectures “futuristes” des autres pays. Je ne sais si cela a été travaillé par des connaisseurs de l’architecture mais cela m’intéresserais de lire là-dessus “en tenant le côté gauche” fermement;

     
    • histoireetsociete

      juillet 10, 2017 at 7:24

      moi je me souviens de l’hôtel Moscova parce que dans le grand hall j’y ai rencontré Gabriel Garcia Marquez qui lisait l’Humanité assis dans un profond fauteil. je la lui ai emprunté…

       
      • etoile rouge

        juillet 10, 2017 at 10:45

        Voilà quelque chose d’éminemment impossible dans le « totalitarisme » mussolinien.

         
  2. Cotty

    juillet 10, 2017 at 7:30

    Ceci à le mérite d’être évoqué..

     

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