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Marianne Dunlop en Corée du Nord

05 Juil

Certains amis étant dans l’incapacité de lire l’article que nous avons publié ici en pdf et qui reproduisait celui du journal, voici le texte (note de DB)

Article de Liberté Hebdo, Jacques Kmieciak

Figure régionale de l’espérantisme et militante communiste de l’Arrageois, Marianne Dunlop était en Corée du Nord en avril dernier. Son objectif ? Nouer des contacts en vue du congrès mondial d’espéranto de Séoul, en juillet. Elle nous livre ces impressions sur ce pays fantasmé en Occident.

Membre de l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC), Marianne Dunlop y a créé un comité « espéranto » avec d’autres férus d’une langue imaginée par Ludwik Zamenhof à la fin du XIXe siècle. « Nous savions qu’en 1964, en Corée du Nord, avait été édité un dictionnaire coréen-espéranto. Il s’agissait alors pour nous d’en retrouver l’éditeur », précise Marianne Dunlop qui s’est rendue au « royaume ermite » en compagnie de Nathalie Kessler et François Lo Jacomo. La délégation y a notamment rencontré « un linguiste qui a connu ce éditeur. Il nous a confirmé l’existence dans les années 60 à Pyongyang, la capitale, d’un club d’espéranto qui a finalement disparu ». Ses interlocuteurs lui ont fait la promesse qu’  « ils conduiraient une enquête sur la possibilité de réintroduire un enseignement en espéranto dans leur pays », se réjouit l’AAFC qui estime que « dans le contexte actuel le message de paix doit plus que jamais se faire entendre, au-delà des différences de cultures et de systèmes politiques ». Il a aussi été envisagé l’envoi d’une délégation nord-coréenne au congrès de Séoul, cet été.

Présence américaine et dissuasion nucléaire

« A condition que la Corée du Sud accorde les visas », commente Marianne Dunlop. Et celle-ci de rappeler que « c’est la Corée du Sud et son allié américain qui ont toujours refusé de faire la paix avec le Nord depuis l’armistice (cessez-le-feu) de 1953. Techniquement aujourd’hui, les deux Corées sont toujours en guerre ». Aujourd’hui encore, les Etats-Unis concentrent des milliers de leurs boys aux frontières terrestres et maritimes du pays. Une posture agressive qui conduit le Parti du travail (communiste) au pouvoir à poursuivre « un seul et même but : préserver l’indépendance du pays et la pérennité du régime. Ce qui ne peut être garanti que par l’arme nucléaire », selon la coréanologue Juliette Morillot (lire l’encadré – plus bas). « Avec l’arrivée de Georges Bush à la Maison Blanche, le processus de détente amorcé en 2000 a été stoppé net et l’engrenage provocations/sanctions s’est installé », poursuit-elle.

Une tension non perceptible sur place, selon Marianne Dunlop : « Ici, en dépit de l’embargo, j’ai vu des gens bien habillés et en bonne santé. Ils semblaient zen, tranquilles, vivre leur vie sans exprimer de craintes particulières ». Elle n’a cependant pas eu le loisir de converser avec beaucoup d’habitants-lambda hormis « lors de notre retour dans le train qui nous menait à la frontière chinoise ou encore plus tôt à Pyongyang. Une vieille dame nous a demandé si nous étions russes. Mais elle ne parlait que le coréen. Nous n’avons pas pu poursuivre la conversation ». De surcroît, la délégation a principalement fréquenté des « restaurants ou des magasins réservés aux étrangers où il était possible de payer en devises ». Une situation qui ne l’a point frustrée tant l’ensemble des « Coréens s’inscrivent au sein de collectifs (travail, études, quartier) et en dépendent. Il n’y a pas de vies individuelles ». S’introduire serait donc de nature, selon Marianne Dunlop, à contrarier son harmonie…

Tourisme sous escorte

Dans le pays les déplacements de la délégation étaient encadrés par des accompagnateurs diplômés d’une trentaine d’années avec qui Marianne, polyglotte, échangeait en anglais ou en russe(1). « Ici, c’est la règle que vous voyagez seul ou en groupe, deux guides vous accompagnent ainsi qu’un chauffeur. Un touriste ne peut pas se balader dans la rue isolément », rappelle celle qui dit « ne pas avoir eu à souffrir de cette constante présence. Si je devais rester trois mois, peut-être verrais-je les choses différemment ». Ses guides « se sont toujours montrés respectueux, délicats. Ils restent attachés à des valeurs traditionnelles comme la modestie ; ce qui les rendaient très agréables. C’est un pays très préservé de ce point de vue-là ».

Le poids du collectif

Hormis une escapade jusqu’à la zone de démarcation du 38è parallèle « où nous nous sommes pris en photo avec le drapeau de l’espéranto », l’essentiel du séjour s’est déroulé à Pyongyang. Au menu du volet touristique ? Un match de foot féminin entre les deux Corées, la visite d’une usine textile ou encore l’incontournable passage devant les statues géantes de Kim Il-sung et de Kim Jong-il (son fils) « au pied desquelles nous nous sommes inclinés, comme tous les Coréens. Une façon pour eux d’exprimer un respect pour leurs dirigeants. Un peu comme des élèves qui se lèvent quand le proviseur entre dans la classe. Ça ne m’a pas gênée. Souvent les Occidentaux visitent le monde en prédateurs. Ils se croient dans leur jardin alors que chaque pays est souverain ». Un culte de la personnalité dont ne bénéficierait pas l’actuel dirigeant, Kim Jong-un, le petit-fils de Kim Il-sung, au pouvoir depuis 2012. La dimension dynastique du régime ? « Pas forcément une mauvaise idée. Elle garantit la stabilité et préserve l’esprit d’unité », avance celle qui s’est rendue à la Tour du Juche. Le Juche ? « C’est l’idéologie officielle selon laquelle l’homme doit compter sur ses propres forces, qu’il est la mesure de toute chose ». Une interprétation créative du marxisme-léninisme comme antidote « au formalisme et au dogmatisme » selon son précurseur Kim Il-sung. Tout un programme à l’heure où la mondialisation libérale frappe à la porte d’une Corée du Nord qui n’a pas abandonné son rêve d’unification.

[LA COREE DU NORD AU-DELA DES CLICHES

Un nationalisme conforté par « des siècles d’invasions, parfois humiliantes, à l’instar de la colonisation japonaise (1910-1945) ». Un secteur privé en pleine expansion « né dans l’urgence de la survie au lendemain de la grande famine des années 1990 ». Des réformes économiques qui « ont amélioré le niveau de vie général des Nord-Coréens ». Des quartiers neufs de la capitale qui « arborent le même luxe chic que les grandes artères de Shanghai ou de Singapour ». Loin de Pyongyang, des villes où « il fait bon vivre »… Une nouvelle génération « détachée de l’idéologie et de plus en plus consumériste ». Des Nord-Coréens « attachés à leur pays » et « même ouverts à la critique, à condition qu’elle n’entraîne pas un manque de respect envers les dirigeants ». Un pays où les traditions confucéennes (respect des ancêtres, etc.) continuent d’imprégner les comportements. Dans un remarquable ouvrage de synthèse, sans rien occulter de l’aspect répressif et ultranationaliste du régime, Juliette Morillot et Dorian Malovic lèvent le voile sur la réalité d’un Etat socialiste synonyme de « perversité et cruauté dans l’inconscient occidental ». Un ouvrage « à l’encontre des idées reçues ». Un outil pour s’affranchir des clichés.]

J.K.

*La Corée du Nord en 100 questions, de Juliette Morillot et Dorian Malovic. Tallandier. 15,90 euros.

(1) en fait, c’était plutôt russe et chinois

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2 Commentaires

Publié par le juillet 5, 2017 dans Asie, civilisation, GUERRE et PAIX

 

2 réponses à “Marianne Dunlop en Corée du Nord

  1. Titus

    juillet 6, 2017 at 3:32

    Pourriez vous nous faire une conférence débat sur le sujet Corée du Nord ? Nous avons tous besoin d’informations prises sur place. Merci beaucoup.

     
    • histoireetsociete

      juillet 7, 2017 at 5:33

      Regardez le site de l’AAFC, ils proposent régulièrement des conférences, et leurs articles regorgent d’informations. Il y a aussi le livre de Juliette Morillot, à lire absolument.

       

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