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La Russie et la nouvelle donne internationale

04 Juil

je ne suis pas une inconditionnelle (c’est une litote) de Pascal Boniface, mais cet interview fait le point d’une manière claire et juste sur les relations diplomatiques. Il faudrait cependant mesurer à quel point la relation avec la Russie est un des nombreux symptôme non seulement de la crise de l’UE et de l’hégémonie américaine, mais également combien l’impérialisme jusqu’ici dominant est à la fois belliciste et à la recherche de coalitions dans le partage du monde par les monopoles financiarisés qui utilisent leurs Etats, les arment, nous mènent à la guerre d’une manière telle que les crises politiques, les guerres locales sont devenues un mode de négociation basé exclusivement sur les rapports de force (note de Danielle Bleitrach)

Interview de Pascal Boniface, géopolitologue et directeur de l’IRIS, sur les différents évènements internationaux impliquant la Russie.

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pascal Boniface Photo : IRIS

Depuis ces derniers mois, un certain nombre d’évènements politiques ont marqué l’actualité politique internationale: l’élection d’un nouveau président américain à la politique étrangère encore incertaine, le Brexit et l’arrivée d’Emmanuel Macron en France.

Quels signaux ont été envoyés depuis à la Russie ? Quelle est la place de la Russie dans ce nouvel échiquier ? Quelle influence sur les deux conflits où la Russie est impliquée, l’Ukraine et la Syrie, conflits dont on perçoit mal aujourd’hui l’évolution ?

Russie Info fait le point avec Pascal Boniface, directeur de l’IRIS.

RUSSIE INFO En 2015, vous écriviez : une Russie forte mais isolée. Quel est le positionnement de la Russie aujourd’hui, 4 ans après la crise ukrainienne ?

Pascal Boniface : Depuis 2014, la situation n’a pas beaucoup changé. La Russie maintient ses positions. On entend fréquemment que la communauté internationale « sanctionne la Russie ». C’est faux. C’est simplement la communauté occidentale. La Russie garde toujours de bonnes relations avec les pays non occidentaux.

En revanche, les relations restent difficiles avec les Occidentaux et l’élection de Trump n’y a rien changé. On est dans une sorte d’impasse stratégique (un « pat » dirait-on aux échecs) où, sur les deux sources principales de désaccord que sont l’Ukraine et la Syrie, les choses n’ont pas vraiment évolué puisque Bachar Al-Assad est encore au pouvoir, soutenu mais sans avoir gagné la partie, et qu’en Ukraine, les accords de Minsk ont bien été signés mais sans être réellement mis en œuvre.

RUSSIE INFO Emmanuel Macron a reçu Vladimir Poutine à Versailles. Jean Yves Le Drian vient de se rendre à Moscou. Peut-on déjà parler de rapprochement franco-russe ?

Pascal Boniface : Il faut rappeler que François Hollande n’a finalement jamais totalement coupé les ponts avec la Russie. Certains répétaient qu’il fallait parler avec la Russie, je crois que les deux présidents se sont vus 11 fois. C’est F. Hollande qui a créé le « format Normandie » et accéléré la mise en œuvre du « format de Minsk ».

Emmanuel Macron, en prenant l’occasion de l’exposition de Pierre le Grand à Versailles pour accueillir le président russe, s’est affranchi de l’opinion publique française et de la presse. Il a provoqué cette rencontre, tout en conservant un discours assez ferme à l’égard de la Russie. On peut dire que le nouveau président de la République a marqué des points dans les deux sens.

Il s’était plusieurs fois réclamé du gaullo-mitterandisme pendant la campagne électorale: il montre que sur ce point-là il reste fidèle à cette filiation. Pour les gaullo-mitterrandistes, la Russie est un partenaire compliqué avec lequel on peut avoir des désaccords ; pour les néo-conservateurs, c’est un adversaire.

RUSSIE INFO Sur quels sujets peut-on alors imaginer des évolutions concrètes ?

Pascal Boniface : Le vrai sujet c’est la levée des sanctions. Mais l’Union Européenne a décidé de les prolonger et il faudra peut-être attendre l’élection allemande pour que le couple franco-allemand puisse, avec l’aide des Italiens et Espagnols, revenir dessus.

De plus, on voit qu’il y a assez peu de chances que le dossier ukrainien avance rapidement : les Russes ne font pas tous les efforts nécessaires par rapport aux indépendantistes de Donetsk et le pouvoir de Kiev n’en fait pas non plus. Le dossier ukrainien semble gelé pour le moment. Il est clair que si Vladimir Poutine mettait tout son poids dans la balance, il pourrait sûrement faire évoluer la situation mais les différents blocages du pouvoir ukrainien, dont on parle moins, ne font rien pour arranger les choses. Mais le format de Minsk a au moins empêché la guerre de dégénérer et c’est mieux que rien.

RUSSIE INFO : Il y a quelques jours, Emmanuel Macron assurait au président ukrainien, Petro Porochenko, en visite à Paris que « la France ne reconnaitra jamais l’annexion de la Crimée ». Que cela signifie-t-il pour les relations franco-russes ?

Pascal Boniface : La France n’a jamais non plus reconnu l’annexion des Pays Baltes en 1940 et cela n’a pas empêché des relations normales avec l’Union soviétique.

Il est certain que la France ne reconnaitra jamais la Crimée russe, comme la plupart des pays occidentaux. Mais cela reste différent, notamment du fait d’imposer la restitution à l’Ukraine de la Crimée comme préalable au début de normalisation des relations.

RUSSIE INFO : Il y a peu de temps, l’avion du ministre de la Défense russe a été survolé par un jet de l’OTAN. Faut-il s’inquiéter de ces fréquents incidents militaires en mer Baltique ?

Pascal Boniface : Oui car malheureusement on ne sait jamais si un incident de ce type va dégénérer. Et l’incident se transformera en catastrophe. Chacun joue avec les nerfs de l’autre mais c’est en fait extrêmement inquiétant.

Structurellement, l’Otan est antirusse. C’est la vocation même de l’OTAN, une nécessité de service. Bien sûr, les Etats Baltes et la Pologne ont des raisons historiques de se méfier de la Russie mais sur des autres sujets. Mais ce ne sont pas ces pays qui décident à eux-seuls de la politique de l’OTAN et celle-ci est structurellement opposée à la Russie.

RUSSIE INFO : Commence-t-on à entrevoir une nouvelle politique américaine envers la Russie ?

Pascal Boniface : Donald Trump avait envie d’établir une nouvelle relation avec la Russie mais on peut dire que très rapidement, l’ « Etat profond américain » et notamment les militaires sont venus influencer sa politique, entrainant l’absence de changement et favorisant le maintien d’une politique de rivalité assez dure. On l’a constaté avec la poursuite des sanctions américaines et leur récent renforcement.
Le président américain n’a pas de marge de manœuvre sur ce sujet face au Pentagone et aux organes de sécurité.

RUSSIE INFO : Où en est la position russe en Syrie ?

Pascal Boniface : La Russie a le même discours depuis longtemps : Bachar Al-Assad est un rempart contre le terrorisme islamique, même si on peut penser qu’il en suscite une grande part. Et les exemples libyen et irakien plaident pour cette vision. On pourrait trouver des éléments d’accord entre les différentes parties pour un maintien de l’Etat et du régime sans Bachar Al-Assad. C’est une position que Fabius avait déjà défendue et que Macron reprend.

Mais lorsque le régime syrien a de nouveau utilisé les armes chimiques, il y a eu une fenêtre d’opportunité qui n’a pas été saisie : les Syriens ont défié les Russes alors que ces derniers étaient le sponsor de l’accord sur le désarmement chimique et au moment-même d’un congrès de l’opposition à Astana sous initiative de Moscou.

C’était donc un acte de défiance à l’égard de la Russie qui aurait pu conduire à une certaine distance entre Moscou et Damas. Mais comme les Américains ont choisi, pour montrer leur force, d’envoyer 57 missiles sur la Syrie, Poutine a été ramené à réaffirmer sa relation avec Bachar Al-Assad. On a perdu une occasion de faire évoluer positivement la situation.

RUSSIE INFO : Poutine défend la vision d’un monde multipolaire. Le monde d’aujourd’hui s’en rapproche-t-il ?

Pascal Boniface : Dans les faits oui, il y a une multipolarisation du monde. Les Occidentaux ont perdu le monopole de la puissance. Les Etats-Unis dont le nouveau slogan est de retrouver la grandeur (« Make America Great again ») reconnaissent ainsi implicitement qu’ils l’ont perdue. Le monde est en voie de multipolarisation. C’est un constat, une réalité. Que l’on soit pour ou contre importe peu.

La Russie participe certes à cette multipolarisation car elle ne s’est pas laissée dominer par les Etats-Unis. Sans doute, les Américains auraient souhaité une Russie plus docile et la politique de Poutine qui conduit la Russie à prendre des distances et à réaffirmer sa puissance, contribue à sa manière à la multipolarisation du monde.

RUSSIE INFO : Faut-il s’inquiéter de l’ingérence russe ?

Pascal Boniface : En France, c’est une plaisanterie. Il faut pour cela comparer les réseaux russes aux réseaux américains aux fondations et centres de recherche bien plus nombreux.

La Russie se met progressivement au Soft Power mais elle est dans un rapport de 1 à 100 par rapport aux Etats-Unis. On vient d’apprendre qu’une députée européenne française touchait 10 000 euros par mois d’une fondation américaine. Si cela avait été une fondation russe, cela aurait été un scandale monumental.

Pascal Boniface, directeur de l’IRIS, est l’un des géopolitologues français les plus suivis sur les réseaux sociaux (@PascalBoniface). Il vient de publier « Comprendre le monde », aux éditions Armand Colin, « Je t’aimais bien tu sais : le monde et la France, le désamour ? », aux éditions Max Milo et « Les relations internationales de 1945 à nos jours » aux éditions Eyrolles.

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1 commentaire

Publié par le juillet 4, 2017 dans Europe, GUERRE et PAIX, Russie

 

Une réponse à “La Russie et la nouvelle donne internationale

  1. etoile rouge

    juillet 5, 2017 at 8:44

    Si j’ai bien compris, M BONIFACE avoue que la « députée » soi-disant française est vendue à une puissance étrangère pour 10000e mensuels sans que cela soulève de problèmes alors que l’on hurle fanatiquement pour un oui ou un non à l’ingérence russe! De plus cette députée qui insulte « la marseillaise » est ministre des armées. Il s’agit là d’un scandale qui rappelle d’autres époques de trahison des élites. Trahison du peuple français. Que vaut alors cette suspicion du « régime » ( comme disent les impérialistes » reprenant la vulgate marxiste abandonnée dangereusement par le PCF mutant), régime de DAMAS gazant son peuple chaque fois qu’il semble gagner une bataille? Chaque fois qu’ASSAD avance, des avions sont abattus, des soldats syriens sont assassinés par la soi-disant coalition antiterroriste qui tire surtout contre ASSAD , avec la présence en SYRIE d’armées de 24 pays contre les lois de l’ONU et de respect des frontières ce dont ne veulent manifestement plus les « occidentaux » comme ils se nomment racialement. Cette guerre pue le racisme des occidentaux et la manœuvre cachée par des systèmes d’informations totalement aux mains des gouvernements capitalistes avant-hier tous coloniaux. Entendre tout les matins, sans réaction du PCF les USA qui ont gazé le Vietnam ses femmes et enfants, la terre des années durant accuser la petite Syrie, qui a détruit son stock avec présence de l’OIAC et des USA et de la FRANCE et sa meute journalistique aussi corrompue que ses députés accuser ASSAD de crimes chimiques contraires à sa cause est stupéfiant. La raison est aussi visée par ce type de guerre informative.
    Il s’agit bien d’une guerre néocoloniale mais d’un colonialisme qui comme en LYBIE ou IRAK cherche l’oubli du peuple visé , qu’il n’aie plus de repères de son passé pourtant récent, imparfait mais indépendant des grandes puissances , qu’il se vive comme sauvé par la coalition US alors qu’elle est objectivement l’agresseur. Cela pose le terrorisme comme l’idiot utile. Utile pour le changement de régime, utile contre les idiots utiles comme le PCF qui abandonnant toute analyse scientifique marxiste a vu, comme SOUBIROU à LOURDES, des révolutions dans le MAGREB, puis des contre révolutions mais ne voit pas les manœuvres de la coalition OTANESQUE, cela met en danger les peuples concernés et le peuple de France visé par ces tortionnaires coloniaux vendus aux states par des lois dignes des pires dictatures mais imposées pour notre « bonheur » sécuritaire alors que la Russie dépose à l’ONU de nombreux dossiers expliquant et montrant que le USA et leurs alliés arment les groupes terroristes, que leurs alliés principaux Turquie, Quatar, Arabie Séoudite financent et idéologisent à leurs profits ces groupes d’assassins, qu’ISRAEL se sert de ces milices pour conserver le plateau du GOLAN appartenant à la SYRIE, occupé par ce pays depuis 60 ans , contre les résolutions de l’ONU,
    Oui la situation est grave pour notre peuple aussi où ceux qui hier sauvaient l’honneur, les communistes, sont rendus inaudibles et sans saveur par les soi-disant reconstructeurs avant tout destructeur d’une immense pensée politique et philosophique le marxisme léninisme et de fait condamné à trahir les intérêts de classe. Chère Mme BLEITRACH comment remettre sur pieds une telle situation? Avec un congrès?
    L’interview de GORBATCHEV montre combien la mutation vient de loin, mutation trahison!

     

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