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Jeanne: quelles étranges convergences, à quelle urgence répondent-elles?

21 Juin
Jeanne , je publie ton texte avec lequel je suis en parfait accord, j’ai beaucoup de choses à dire là dessus, mais c’est le départ de Kazan, l’avion à prendre. Mais le centre de tes remarques est « guerre à la guerre ». Moi aussi j’ai lu et médité Anders, le seul à faire la relation entre Hitler et l’extermination des juifs mais aussi la guerre livrée aux soviétiques et Hiroshima, Nagasaki. pourtant c’est évident. Cela marque l’unité fondamentale d’un capitalisme en crise. Encore une idée centrale  du moment: le PCF est à deux doigts de disparaître. Pourtant une étrange conviction m’anime, ce que nous défendons ou plutôt défendions est juste, nous devons et pouvons triompher parce que nous sommes les seuls à être en capacité de comprendre la nature réelle de ce que nous devons affronter et jusqu’où ira le capitalisme… Il a commencé une guerre et masse ses troupes, ce qui se passe en Europe même, en Ukraine et ailleurs autant qu’au Moyen Orient illustre cette offensive. Il faut relire le début aussi du texte de PAM, comment ce gouvernement « nouveau » sitôt élu est déjà dans la crise, les démissions, ce système fait eau de toute part, il est dangereux. A cause de cela je ne crains aucun ennemi extérieur, celui émanant de ce système capitaliste à son stade sénile, mais notre propre faiblesse intérieure. Voilà je jette ça et je développerai bientôt (note de Danielle Bleitrach).
Quelle étrange chose un très grand nombre de mes lectures de ces jours-ci me ramènent à cet après-guerre et aux années 1950.
Années tout de suite happées par la conjoncture de la guerre froide et d’attaques frontales contre le communisme vainqueur de la guerre fasciste et de l’Axe partout en Europe, en Asie, sur mer, sur terre .
J’ai commencé par (re) lire allongée sur mon lit,”à la faveur” d’un mal de dos tenace, le livre acheté cet hiver d’Emmanuel Faye sur Heidegger et Arendt, puis j’ai vu la recension que tu en as mise ici sur le site, la réponse interpellante de” Lecca” ici dans les commentaires et enfin avant-hier j’ai lu le site “Greekcrisis” dans lequel le sociologue-ethnologue qui l’anime Panagiotis Grigoriou met une très longue citation absolument actuelle de Gunther Anders.
Comment d’un coup ces “rencontres” se sont liées dans mon esprit,au point de me faire me demander si toutes ces références étaient dues au hasard ou à un réel “esprit du temps” à une urgence intellectuelle posée pour penser notre conjoncture politique de désastre, à la lumière de cet après-guerre de la sortie du nazisme, de l’affrontement de classe dans la misère matérielle qui était la nôtre victimes directes du nazisme comme toi ou nouveau-né de la classe ouvrière comme moi ?
Je pense que cette liaison s’est faite sur plusieurs plans d’abord des “bouffées de souvenirs”, la mort des Rosemberg a été pour moi un “apprentissage politique” et pourtant je n’avais pas encore six ans, je me vois aller chercher mon père à son travail, il était mine défaite disant “ils les ont exécutés” et mes parents m’ont expliqué. C’est alors noué en moi quelque chose d’assez inexplicable de l’ordre” guerre à la guerre”, les gens qui se révoltaient contre leur pays qui avait osé lancer pour de vrai cette monstruosité de bombes atomiques et ce maudit pays capitaliste qui n’allait pas manquer d’en envoyer sur nous aussi d’après mon père me fichait une peur noire , heureusement qu’il y avait l’URSS disait-il.
Trois ans ou quatre ans après c’est Oppenheimer qui venait manger au restaurant où travaillait mon père (j’ai un menu signé par lui) et de nouveau on a reparlé de cette histoire de bombes atomiques.
Quel rapport avec Arendt, Heidegger et Anders ? Il se trouve que j’ai été chargée une année en terminale de faire les cours de la matière qui sous un sigle barbare ECJS était de l’éducation civique, et que j’ai pris comme thème de travail la “responsabilité”, j’ai donc fait lire ce grand livre de G.Anders qu’est “Nous, fils d’Eichman” qui est une lettre ouverte où il demande au fils de l’organisateur technicien, mais efficace, zélé de l’extermination des juifs de se désolidariser de son père. Il relie cela à la responsabilité du pilote qui a lancé la bombe sur Nagasaki avec lequel il a été en correspondance. Arriver à expliquer cela, d’abord de le faire lire à quelques lycéens m’a demandé un lourd travail (pour un assez piètre résultat pédagogique concret me semble-t-il) mais moi cela m’a secouée et je me suis lancée dans la lecture de Anders et d’Arendt dont il a été le mari, j’ai donc lu Arendt à partir de Anders.
Pendant mes études bien entendu j’avais lu Heidegger en français car je ne suis pas germaniste comme je te l’ai dit, j’ai eu beaucoup de mal, mais comme j’avais eu Aristote (in extenso à l’époque) au programme de l’agrégation, d’une certaine façon ,en faisant une petite tambouille intellectuelle perso.,et en utilisant mes connaissances de grec ancien (j’étais en A’ au lycée) j’avais réussi à l’appréhender, mais comment dire? comme je suis très matérialiste dogmatique et marxiste manichéenne par certains côtés je l’avais mis de côté car je le trouvais “macaronique” …
La question posée par Leca: “pourquoi s’intéresser à des philosophes manifestement nazis ou à ceux qui n’ont pas rompu avec eux”? est une question valide…
…Si, mais la condition est de taille , si on fait abstraction de l’histoire matérielle de la diffusion, de la réception des textes dans une société déterminée.
Oui Leca a raison : pourquoi s’intéresser à ces gens ?
Mais parce que Heidegger surtout en France a été donné comme le philosophe-phare de son temps, comme Descartes l’avait été au 17ème sicle pour des gens qui l’ont pourtant dépassé, critiqué comme Malebranche, Spinoza ou Leibniz, qui ne sont pas cartésiens, mais sont innervés par les concepts cartésiens. Ceci débouche sur la question historique:
Arendt est-elle la “disciple” de Heidegger, son élève et son amante ou est-elle la “Spinoza” de Heidegger qui rompt et produit autre chose? c’est une des questions posées.
L’autre question c’est “pourquoi en France surtout, a-t-on remis le pied à l’étrier de Heidegger? après la guerre” ?
En effet Heidegger a été soumis aux protocoles de dénazification : exclusion de l’université etc…
Sa réhabilitation va se faire en plusieurs points et étapes: d’abord on a dit que c’est pour des raisons factuelles, on ne pouvait diriger une université si on adhérait pas au NKPD, ensuite on a dit qu’Heidegger avait été gentil avec certains de ces étudiants juifs et ne les avait pas poussés de lui ^même dans les chambres à gaz (je force le trait ironiquement bien sûr) , mais chacun disait que 1- l’oeuvre elle même son contenu de H. était exempte de toute tache de pensée nazie, 2- que H.était resté sur l’Aventin et n’avait pas été un champion nazi dans l’arène politique. 3- qu’Hannah Arendt elle même après la guerre avait renoué (sur des bases non sexuelles ce coup ci) avec lui, et qu’intellectuellement bien quelle ne reprenne pas son contenu de philosophie et qu’elle se soit émancipée de lui elle n’avait jamais rien eu à redire de la place qu’il tenait dans la pensée européenne et occidentale au sens large.
C’est l’honneur d’Emmanuel Faye d’avoir montré par l’analyse des textes, de tous les textes, du vocabulaire qu’en fait Heidegger c’est le Nazisme DANS la philosophie. ceci dans son livre de 2005.
Dans ce livre de 2016 ce qu’il montre c’est que doit le concept de “totalitarisme” et aussi celui de “banalité du mal” forgés par Hannah Arendt, à la pensée de Heidegger.
Si on rejoint les deux thèses celle du livre de 2005 et celle du livre de 2016 c’est absolument angoissant.
Car si H. a été (et à mon avis est resté nazi) AH. elle, ne l’a pas été et ne saurait l’être ou y être associée.
Du coup (et c’est pour cela que la question se pose comme te le disait Danielle ,Lecca) on ne peut pas expédier le concept comme on ferme sa porte au facho de service… On se doit de s’interroger sur ce “contenu” des concepts Heidegerriens, mais aussi de ceux d’Arendt.
Moi, je dois dire qu’un abîme s’est ouvert devant moi.
D’autant que tout cela débouche sur la question du jour, pourquoi tout cela ressort-il actuellement, pourquoi nous sentons nous obligés de nous confronter à cette conjoncture de l’après-guerre quand la guerre atomique future était angoissante car on la voyait à l’horizon poindre, comme les “nuits bleues” des plasticages du siège du parti du 6ème arrondissement faisait peur à l’enfant que j’étais.
Pourquoi Anders nous aide-t-il à penser? Comment se débarrasser de l’Heideggerianisme qui traîne en nous? et dont on ne voit pas les origines nazies, pourquoi Arendt est-elle insatisfaisante ? alors qu’on avait tous les penchants spontanés de nos madeleines de Proust infantiles et intellectuelles qui nous poussaient à l’aduler ?
Bon j’arrête là car je ne tiens plus assise devant mon ordi… le dos !!
Je vais juste mettre, si j’y arrive en copier /coller la citation de Anders lue dans “greek-crisis” sur le commentaire suivant.
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4 réponses à “Jeanne: quelles étranges convergences, à quelle urgence répondent-elles?

  1. leca

    juin 21, 2017 at 6:54

    Dans la remise en selle d’ Heidegger la figure de JP Sartre a été largement utilisée, certains faisant découler son concept d’existentialisme de cette paternité. On peut imaginer également que la médiocrité des ‘nouveaux philosophes’ avait sacrément besoin de s’appuyer sur ces deux là pour se constituer un minimum de crédibilité.
    Au final Heidegger remplace Marx, Furet remplace Soboul, Giscard remplace De Gaulle et BHL le quai d ‘Orsay..

     
  2. Kirk

    juin 21, 2017 at 8:47

    Soboul me semble irremplaçable

     
    • leca

      juin 21, 2017 at 8:51

      Lefebvre, Soboul, Bertaud

       
  3. etoile rouge

    juin 27, 2017 at 5:51

    Les idées dominantes sont toujours celles de la classe dominante. Après guerre avec doigté, intelligence politique l’objectif de l’empire euro américain c’est le roll back: le roll back c’est l’expression américaine d’objectifs identique de l’impérialisme allemand sous le nazisme:la destruction et la colonisation de l’URSS et par surcroit la fin des idéaux et de la philosophie des lumières, la mise en cause de la Révolution française travail que fit très bien BHL l’homme qui renversa la conscience nationale vis à vis de cette révolution , laquelle étant fondatrice, lorsque vous renversez le fondateur vous êtes cul ,par dessus tête. Il y a eu depuis bien d’autres exploits tenant de la propagande comme l’horrible STALINE en exploitant les mensonges de KROUTSCHEV etc… Pour arriver aujourd’hui où l’exterminisme néo capitaliste semble sans borne et s’élever lentement comme un nuage atomique.

     

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