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Croquis de voyage : un samedi à Kazan…

11 Juin

Le restaurant mais un jour d’hiver.

Nous sommes comme vous chers camarades, anxieuses des résultats des élections françaises, mais nous sommes également en voyage à Kazan et nous faisons partager une journée de détente et cette carte à un ami qui est enseignant dans cette ville et qui nous a permis d’en goûter les charmes culinaires tatares. C’est un camarade et un ami de ce blog, français mais professeur associé de l’université de Kazan.

Cher Patrick, grâce à toi et à ton restaurant oasis et sa nourriture succulente ce fut une journée inoubliable pour moi, mes papilles palpitent encore au souvenir de cette soupe de potiron et de cette salade de tranches d’oie fumées sur un lit de roquette avec des petits quartiers de poire et surtout des baies diverses, myrtilles, framboises, mûres et groseilles, le tout arrosé d’un thé parfumé.

Je sens encore l’air frais qui soulève les voiles de la salle ouverte sur la cour d’entrée mais à l’ombre, tous les délices sans aucun inconvénient, le soleil sans sa brûlure, l’air sans son désordre et des étalages de nourriture et de boisson sans le moindre insecte.

Bref tu nous as fait connaître un lieu épicurien avec ce luxe méridional fait de simplicité, de confort frugal et une nourriture dont chaque saveur se détache de l’autre comme s’il s’agissait d’une mise en musique par Erik Satie… Le plaisir de converser de tout, de découvrir notre intérêt commun pour le cinéma et de mettre en route Marianne et toi des expéditions vers la Corée du Nord, cette dernière terre inconnue… Que tu en sois béni pour le reste de tes joues (1)… en toute laïcité et même incroyance partagée…

Après t’avoir quitté, nous avons marché d’abord dans le quartier tatar où nous avons d’ailleurs été éjectées de la mosquée comme des mécréantes de bas étage par un jeune homme sournois, un « taliban », ce qui veut dire simplement un étudiant… Les maisons avec leur soubassement de briques et leurs étages de bois décoré, le tout peint dans des couleurs pastel sont superbes. Pourtant nous avons apprécié diversement la rénovation du quartier et son aspect touristique, un décor, village Potemkine, et surtout son mobilier urbain en fer forgé, de gigantesques vélocipèdes avec une roue géante (2), j’en ignore le nom exact, draisienne peut-être, portant des pots de fleurs. Personnellement j’avais l’impression d’être dans l’île du « prisonnier », ce feuilleton que j’ai adoré mais qui n’est pas à proprement parler l’endroit où j’aurais aimé vivre.

De là, nous sommes parties vers le marché kolkhozien qui est nettement plus authentique si l’on admet que le made in china déversant par le train de la soie le produit de ses manufactures et les trottoirs défoncés avec leurs flaques d’eau croupie, plus des échoppes où l’on trouve des fruits secs enrobés de miel et d’autres avec des  châles aériens en duvet de laine de chèvre sont la couleur locale de Kazan. Nous n’avons rien acheté et j’ai retenu sur cette voie périlleuse du consumérisme Marianne en lui expliquant que les gâteaux au fruits secs et au miel couleraient dans la valise et que les cache-coeurs en buée de laine de chèvre n’étaient pas du mohair et gratteraient abominablement. Mais nous retournerons sûrement parce que nul ne saurait résister à pareilles merveilles au milieu des tas d’horreurs que nos camarades chinois déversent dans tous les bazars du monde.

Nous avons délicieusement marchandé une course en taxi avec un tatar que même Marianne n’arrivait pas à comprendre mais dont elle a pu néanmoins traduire que l’URSS c’était mieux mais que ça ne reviendrait pas, Staline fusillait les meilleurs comme Joukov et qu’Andropov aurait été bien s' »ils » ne l’avaient exécuté. Qui sont les « ils », mais le KGB et la mafia de Saint-Pétersbourg qui selon lui s’était emparé de cet appareil d’Etat. C’est étrange mais en matière de corruption j’aurais plutôt tablé sur la famille Brejnev à Tachkent… Mais il avait l’air d’avoir des renseignements sûrs sur la question et sur bien des points autres manifestait un solide bon sens. « Maintenant il faut voter Poutine parce que c’est le moins pire! », la chute était étonnante après sa dénonciation de la « mafia de saint-Pétersbourg » et du KGB… J’ai lu et je me suis reposée et la vaillante Marianne est ressortie en bus…

Aujourd’hui après le cours de tatar de Marianne, nous partons au musée des beaux arts voir les chefs d’œuvre de la grande période soviétique dont on commence heureusement à requalifier architecture, statues et peintures… Nous sommes allées faire quelques courses dans le quartier où nous habitons et comme dans l’urbanisme soviétique il y a certes les grandes façades ouvertes sur une rue à quatre voies, une sorte d’autoroute urbaine au bruit désormais insupportable, mais à l’intérieur, il y a ces jardins bien équipés de bancs et de jeux enfantins dans lesquels bambins déchaînés et vieillards au pas lent continuent à se côtoyer aimablement, des petits chemins qui en se moment fleurent l’herbe coupée à l’ombre des arbres… Dans le marché, un délicieux Géorgien avec lequel Marianne a copiné vend des légumes luisant à souhait. Un homme s’approche et lui dit goguenard: « Bonjour, à quel prix sont les fraises, je les prends à moitié prix. « , le marchand géorgien aussi moqueur lui répond: « aujourd’hui, elles sont plus chères. » « Plus chères que l’argent?  » dit le client blagueur. Il ne s’agit pas seulement d’une plaisanterie. La plupart des gens avec qui nous avons discuté disent que l’URSS c’était mieux: « tu pouvais t’endormir pour un an, tu te réveillais et le prix du pain était le même ou avait diminué. » « C’est vrai nous a dit un jeune chauffeur de taxi qu’il n’y avait pas grand chose dans les magasins, quand on trouvait un chewing gum on le mâchait pendant une semaine et on le mettait de côté dans un morceau de papier, mais maintenant il y a de tout mais on ne peut pas l’acheter ». On voit que sous l’absurdité de l’échange entre le primeuriste géorgien et le client, il y a une réalité qui se dit et se dérobe à la fois, comme dans toutes les plaisanteries.

Merci encore, nous te faisons une bise amicale

Danielle

(1) la vieillesse a des joies inattendues, celle de ces moments privilégiés où l’arthrose se relâche et où n’a plus mal nul part, et aussi avant d’être opéré de la cataracte l’impossibilité de lire correctement et d’écrire, les cocasseries que provoquent vos handicaps et ainsi ce jour devenu joues que je laisse en état vu que je m’adresse non pas à une fraiche jeune fille mais à un ami retrouvé à Kazan à la barbe grisonnante.

(2) vélocipède me paraît approprié, il y eut une hésitation sur le terme « machine à courir derrière », ce que permettait la petite roue arrière avant l’invention du pédalier… je ne garantis rien…

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2 Commentaires

Publié par le juin 11, 2017 dans mon journal

 

2 réponses à “Croquis de voyage : un samedi à Kazan…

  1. Sviéta31

    juin 11, 2017 at 12:40

    Chères Danielle et Marianne, que c’est bien de partir avec vous!! On a de quoi s’instruire, réfléchir, regarder, et souvent rire… J’espère pour vous que vous n’allez pas poursuivre votre voyage sur un « Grand Bi », car manifestement c’est le « vélocipède » que vous avez rencontré. Un « riche » du village d’enfance de mon père en avait un (mon père était né en 1909). C’était le spectacle favori: il fallait plusieurs personnes pour tenir l’engin pendant qu’il se hissait jusqu’à la selle, le lancer et….attendre la chute à la grande joie des gamins! Le Savant Cosinus lui-même avait expérimenté ce bicycle pour son 5ème voyage. L’expérience n’ayant pas été concluante, il inventa la bicyclette idéale: l’anémélectroreculpédalicoupeventombrosoparacloucycle.
    A bientôt la suite de vos aventures, avec ou sans « Grand Bi ».

     
  2. John Gus Hall

    juin 11, 2017 at 7:31

    citation
    Nous avons délicieusement marchandé une course en taxi avec un tatar que même Marianne n’arrivait pas à comprendre mais dont elle a pu néanmoins traduire que l’URSS c’était mieux mais que ça ne reviendrait pas, Staline fusillait les meilleurs comme Joukov et qu’Andropov aurait été bien s’ »ils » ne l’avaient exécuté. Qui sont les « ils », mais le KGB et la mafia de Saint-Pétersbourg qui selon lui s’était emparé de cet appareil d’Etat. C’est étrange mais en matière de corruption j’aurais plutôt tablé sur la famille Brejnev à Tachkent… Mais il avait l’air d’avoir des renseignements sûrs sur la question et sur bien des points autres manifestait un solide bon sens. « Maintenant il faut voter Poutine parce que c’est le moins pire! », la chute était étonnante après sa dénonciation de la « mafia de saint-Pétersbourg » et du KGB… J’ai lu et je me suis reposée et la vaillante Marianne est ressortie en bus…
    fin de citation
    Joukov fusillé par Staline! C’est nouveau! C’est sûr le pauvre camarade tatar a des convictions, les conclusions sont sur l’essentiel juste mais les démonstrations sont bâties sur du sable, comme beaucoup ici aussi! Pour Poutine je ne me prononcerai pas mais avec le KGB tout est possible, ça c’est sûr! Mais cela ne dispense pas de se battre, de continuer à démontrer que le capitalisme a fait son temps. Et qu’il faut construire le socialisme et le communisme. Le Kgb peut essayer de protéger le drapeau, la momie de Lénine, pousser l’impérialisme à la faute, au bord du précipice, mais brandir le drapeau, le planter dans les tripes du capitalisme (au sens figuré bien sûr) c’est le rôle des communistes.

     

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