RSS

Le colloque: notre intervention (vidéo) et une première discussion qui a suivi

10 Juin

Voici la vidéo de la présentation de notre communication sur la déstalinisation ratée

le texte de cette intervention en français est ici: https://histoireetsociete.wordpress.com/2017/05/08/la-destalinisation-ratee-et-ses-consequences-sur-la-situation-politique-en-france/

. La traduction en russe par Marianne en est collectée pour un livre en russe, sur cette vidéo nous avons une partie de la discussion, celle assez brève qui a suivi l’exposé et durant laquelle les intervenants n’avaient le droit qu’à une question sans développement. Mais il y avait à la fin de chaque journée des débats beaucoup plus importants où chacun pouvait argumenter à souhait à partir des interventions de la journée et notre intervention a été au centre des débats. Il y a beaucoup de curiosité enc qui concerne  la France que visiblement ils connaissent mieux que nous ne connaissons la Russie.Et surtout, au titre des contacts envisagés,  il y a eu les discussions dans les pauses et à table, les rencontres et les échanges de références bibliographiques, les propositions de textes que nous avons commencé à publier. C’est passionnant, mais nous aurions besoin d’aide. Marianne ne peut à elle toute seule suppléer à toutes les barrières linguistiques (une véritable censure qui a été érigée entre le monde russe et nous). Il y avait encore pas mal de gens qui parlaient français, même si les langues officielles du colloque étaient le russe et l’anglais. A Saint-Pétersbourg, quelle déchéance, dans le lieu où jadis tsar et tsarines faisaient rédiger les actes officiels en français…  Donc  nous faisons appel à traducteurs en russe, en anglais, mais en toutes autres langues, nous avons établi les contacts… Nous continuons à le faire à Kazan et le ferons à notre retour à Moscou, mais il serait temps d’avoir de l’aide, nous ne manquons pas de courage mais nous avons besoin de vous.

Nous avons beaucoup de rencontres prévues avec le parti communiste de la Fédération de Russie, que ce soit à Kazan (merci pym) ou à Moscou, les liens sont maintenus avec des chercheurs et intellectuels du colloque non seulement en Russie mais en Ukraine et en Bulgarie, en Pologne grâce à Monika. Grace à des tas d’aides diverses au cours de nos voyages, de nos débats en France, de ce blog, nous sommes en train de retisser les liens, il faut nous aider et élargir la porte ainsi entrouverte.

Nous allons, enfin Marianne va vous traduire un texte important sur Staline que nous a confié Vladimir Chevtchenko dont Marianne vous a déjà traduit la communication au Congrès: interprétation marxiste et libérale de la révolution, débat d’experts ou confrontation idéologique?

Mais je voudrais par l’anecdote suivante vous faire sentir l’ambiance du colloque sur cette question.

A TABLE, AVEC « LE PROVOCATEUR »

Nous discutons en déjeunant à propos de notre intervention, sur la question de savoir qui était Staline? Je lui dis qu’ayant lu l’ouvrage (que lui n’a pas lu) de Simon Sebag Montefiore (1), qui est du pur Suétone (2) sur la Cour du tsar rouge, je n’en tire pas du tout ce que l’on en pense et même sans doute ce que l’auteur veut que nous en pensions. En effet si l’on supprime les jugements de valeur, le plus souvent totalement gratuits, un certain nombre d’adjectifs déplaisants tout aussi inutiles, on découvre de fait qu’il y a un fonctionnement très collégial autour de Staline. Avant la guerre, le bureau politique et le comité central continuent à jouer leur rôle, il est contredit. Durant  la période de la guerre bien sûr tout se tend, mais même après, quand la Russie est en ruine, qu’il faut survivre dans les pires difficultés, la direction collégiale se poursuit. Il parle le dernier, il est plus mesuré que les autres. Par exemple, à propos de Joukov, ce sont les autres qui l’accusent et lui qui le défend, il leur dit en gros « je connais Joukov, il ne trahira jamais ». Certes il a ouvert les vannes en manifestant son mécontentement devant des initiatives intempestives du maréchal, mais il s’oppose au déchaînement. Comme d’ailleurs aux manifestations de flagornerie.

Je ne veux pas défendre l’homme, je dis que même l’un de ses détracteurs en l’occurrence ce Simon Sebag Montefiore, qui a fait un travail d’archives, s’inscrit en faux par rapport aux allégations du rapport Khrouchtchev, sur l’homme, sa direction collégiale.  Et surtout Khrouchtchev lui-même paraît faire partie de ces courtisans qui ont beaucoup à se reprocher et qui revoient l’histoire pour qu’on l’oublie lui et ses propres responsabilités. Je suis pour une précaution élémentaire: distinguer entre ce qui est établi avant et après 1953 (mort de Staline), la révision de l’histoire entreprise à partir de cette date.

Le provocateur dont on ne sait jamais s’il plaisante ou s’il est sérieux et dont j’aime beaucoup le mode de pensée parce qu’il ouvre toujours des fenêtres sur l’inconnu par le choix du grotesque à la manière de Gogol et d’autres satiriques russes, me répond : « Le Caucasien (c’est ainsi que Trotski l’appelait) était effectivement extraordinairement mensuré et doux pour un Caucasien. Il écrivait des poèmes, il aimait la littérature et lisait beaucoup. « Il ajoute: « Staline et Trotski étaient incontestablement des grands hommes, des esprits supérieurs avec une culture et une clairvoyance remarquable tendue par une grande volonté. Le problème c’est leurs disciples ». Je ris et je lui fais remarquer que toujours selon la même source, il s’entoure rarement d’incompétents et leur délègue volontiers les responsabilités, même s’il semble que l’excès de travail semble avoir déterminé chez chacun une bonne dose d’excitation dans l’exécution des tâches. Il approuve et affirme: « Beria était un des plus grands organisateurs de branches entières de l’industrie, il obtenait l’impossible de ses subordonnés et travaillait d’arrache-pied ». Toujours la même ambiguïté dans la description entre la condamnation et l’admiration pour l’œuvre accomplie sur un ton que l’on a du mal à rendre et qui joue entre la dévotion sensée être exigée du bon bolchevique et la dénonciation de fait des méthodes de celui dont on parle. C’est très soviétique avec ces blagues à double tranchant… J’apprécie cet art de savoir à la fois être fidèle et caustique sous le regard de « celui qui voit et sait tout »… C’est de l’ordre du witz juif..

Je lui dis c’est vrai que vous avez payé vous les Russes le prix fort de cette extraordinaire épopée, surhumaine, qui a nourri toute l’humanité, vous avez desserré les chaînes pour tous les autres mais au prix de terribles souffrances, vous avez été grandioses. Là pour une fois il arrête de jouer et il me dit « c’est vrai! » Alors je souris et j’affirme: « sans les Russes et les Juifs, les révolutions perdent une grande part de leur mystique messianique… Nos amis chinois iront sans doute plus loin, mais il leur manque un peu ce supplément d’âme… Il hoche la tête et dit « peut-être sauront-ils limiter les dégâts ».

Danielle Bleitrach

(1)Simon Sebag Mntefiore: staline, la cour du tsar rouge (editions des syrtes, Paris 205, traduit de l’anglais.

(2)Suétone, la vie des douze César. Suétone est un auteur romain archiviste de l’empereur qui à ce titre bénéficiait d’une documentation importante et de témoignages de première main sur les premiers empereurs romains et qui en a établi une chronique. Mais cet homme incontestablement voit tout par le petit bout de la lorgnette et cela nous donne une description des moeurs des César qui afait leur (mauvaise) réputation jusqu’à ce jour.

Publicités
 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :