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Yevgueni Khaldéi, dans son objectif le maréchal Joukov, par Higinio Polo

07 Juin

traduit par Danielle Bleitrach pour Histoire et société.

En cette année 2017, quand seront accomplis les cent ans qu nous séparent de la révolution bolchevique, seront également accomplis les cent ans depuis la naissance du photographe soviétique Yevgueni Khaldéi

Le maréchal Joukov passe en revue les troupes sur la place rouge.

À dix heures précises​ dans la matinée du vingt-quatre juin 1945, deux cavaliers sont apparus à la porte de la Tour Spásskaya du Kremlin et ont pénétré sur la Place Rouge de Moscou. Peu après, l’un d’eux est arrivé au coin de la rue Kuibyshev : c’ était le maréchal Gueorgui Joukov, qui a commencé à chevaucher au trot avec son cheval blanc sur les pavés de la place, le long de la façade des Magasins GOUM, qui arborait les insignes des républiques soviétiques, pour passer en revue les troupes, tandis que résonnait la marche de Glinka, Gloire à la patrie, interprétée par mille cinq cents musiciens militaires. Il pleuvait, et l’eau glissait depuis les visières des casquettes sur les visages des troupes dans ce jour gris et joyeux. Alors, le maréchal Konstantín Rokossovski, également à cheval, a donné la nouvelle à Joukov devant les magasins populaires parés des enseignes, tandis que les soldats de l’Armée Rouge observaient le pas martial du cavalier, fiers de leur victoire sur le nazisme, en sachant qu’ils assistaient à l’un des moments les plus éblouissants de l’histoire. Dans cet instant, un jeune photographe armé de sa caméra Leica se trouvait de l’autre côté de la place, à droite du mausolée de Lénine où les dirigeants soviétiques se tenaient : c’était Yevgueni Khaldéi qui a photographié Joukov quand il passait devant la cathédrale de Saint Basile et, quelques secondes après il a actionné à nouveau l’obturateur pour capter la scène dans laquelle le maréchal, en tirant sur les rênes et avec les yeux fixés sur le drapeau rouge qui cachait la façade baroque du Musée d’Histoire, quand aucuns des sabots de son cheval ne touchait les pavés, il savourait le silence impressionnant de la victoire, tandis que le coursier arabe griffait avec les pattes antérieures l’air de la Place Rouge, devant le regard des soldats qui avaient écrasé les nazis et libéré Berlin.
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Vingt-huit ans auparavant, ce jeune homme qui avait saisi avec son Leica Joukov était né à Youzovka, près de la mer d’Azov. C’était un photographe de guerre de l’Armée Rouge, dont la plus célèbre photographie a parcouru le monde depuis des décennies : Il s’agit du drapeau rouge avec la faucille et le marteau en train d’ondoyer sur le Reichstag allemand, en 1945. Non moins célèbre, est son image des deux cents soldats soviétiques en train de jeter quelques bannières des nazis devant le mausolée de Lénine sur la Place Rouge durant le défilé de la victoire, ce matin gris du 24 juin 1945.

Khaldéi était un photographe de cette génération de reporters soviétiques qui ont créé des images qui sont passées à l’histoire de la photographie, et, plus encore, qui ont contribué à donner forme à la mémoire de millions de personnes sur le XXe siècle. Les images de Khaldéi sont à la hauteur des photos impressionnantes de Boris Kudoyarov sur le siège nazi à Leningrad; des scènes de guerre, de la vie quotidienne et d’évènements sportifs, d’Anatoli Garanin; des images d’Yakov Khalip, du disciple de Ródchenko; ou celles de Dmitri Baltermants, Gueorgui Zelma, Samari Gurari, Max Alpert, Aleksandr Ustinov, Mikhaïl Trahman, et d’autres photographes éminents soviétiques qui ont parcouru avec leurs caméras les fronts où l’on se battait durant la Deuxième Guerre mondiale.

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le photoraphe des armées Yevgueni Khaldéi avec sa caméra Leica

Khaldéi était juif, né le 10 mars 1917 dans une petite ville, Yúzovka, qui avait été créée dans la deuxième moitié du XIXe siècle sur la rivière Kalmius, dans la steppe proche de la mer d’Azov, pour exploiter les mines de charbon. La ville a été détruite avec sauvagerie par les nazis durant la Deuxième Guerre mondiale, et rebaptisée après en Donetsk. Il a été un enfant orphelin : le 13 mars 1918, quand avaient commencé les premiers combats de la guerre civile imposée à la révolution bolchevique, les Cents Noirs, un groupe violemment antisémite et partisan du tzarisme qui organisait de fréquente pogromes contre des Juifs, ont attaqué la maison de la famille de Khaldéi à Yúzovka. Khaldéi était dans des bras de sa mère : une balle l’a traversée et s’est incrustée dans la poitrine du petit : durant toute sa vie il a conservé la cicatrice de cette blessure. La tragédie s’était abattue sur toute sa famille: si en 1918 sa mère et son grand père avaient été tués, durant l’occupation nazie de la seconde guerre mondiale étaient également morts son père et ses trois soeurs.

Yevgueni a travaillé dans un dépôt de locomotives, et de là il est devenu photographe autodidacte. En 1936, alors qu’il avait à peine vingt ans, il s’est rendu à Moscou, et a commencé à travailler à l’agence TASS, en voyageant dans l’immense pays, dans son Ukraine natale, en Biélorussie, en Carélie contiguë à Leningrad, et en Iakoutie lointaine, à l’est de la Mongolie. Dans ces années, les photographies qui paraissent dans la revue l’URSS en construction (fondée par Maxime Gorki) l’ont influencé, elles montraient les grands projets de construction de l’État socialiste, dans l’industrie et dans l’agriculture, avec des photographes comme Arkadi Shaijet, Gueorgui Zelma, Semión Fridland, Gueorgui Petrusov, Borís Ignatóvich, Max Alpert). A la revue collaboraient également El Lissitzki (le constructeur), Sophie Lissitzky-Küppers, Aleksandr Ródchenko et Varvara Stepánova, ainsi que des écrivains comme Aleksandr Fadéyev, Isaak Bábel, John Heartfield.

Khaldéi, membre du Parti communiste de l’Union soviétique, a travaillé, presque toujours avec une caméra Leica, pour le journal Pravda et pour l’agence TASS. La légende raconte qu’il avait acquis de seconde main cet instrument prodigieux grâce auquel il a capturé les images qui sont passées à l’histoire. Il avait débuté avec une caméra pliante Fotokor-1, la fameuse Фотокор fabriquée par la factorerie GOMZ de Leningrad, en photographiant la vie ouvrière dans les fabriques soviétiques. Non seulement il photographiait les ouvriers, mais il photographiait des personnes éminentes de la vie culturelle, comme Dmitri Chostakóvich ou Mstislav Rostropóvich, le célèbre violoncelliste qui a été prix Lénine et a fini par appuyer Yeltsin le corrompu. Déjà après la Deuxième Guerre mondiale, Khaldéi aurait eu une une caméra Speed Grafic, de Graflex, doté d’un téléobjectif de 400 mms que Robert Capa lui avait offert à Berlin.

Dans les années trente, Khaldéi travailla comme photographe en Ukraine, pour différents médias, comme Металлист ( métallurgiste), Социалистический Донбасс (Donbass socialiste), ainsi que dans Pressfoto et dans l’agence Soyuzfoto de Moscou. À partir de 1936 il travaille en exclusivité pour l’agence TASS, d’où il sera licencié en 1948 : ceux qui le renvoient disent considérer que le succès lui est monté à la tête, et que, de plus, sa formation culturelle est très précaire, mais nous verrons que les causes sont autres. Quand Khaldéi retourne à Moscou il est immédiatement convoqué pour un travail urgent: on annonce une communication importante du gouvernement soviétique à tout le pays.

À midi le 22 juin 1941, la voix du commissaire du peuple Molótov est écoutée dans toutes les villes soviétiques : « Aujourd’hui, à quatre heures du matin, sans présenter aucune réclamation contre l’Union soviétique, sans déclaration de guerre, les troupes allemandes ont attaqué notre pays ». En l’entendant dans les hauts-parleurs les citoyens soviétiques retiennent leur respiration , Molótov cite les villes bombardées, Zhitomir, Kiev, Sebastopol, Kaunas et plusieurs autres en Biélorussie, en Ukraine et en Russie européenne. Le commissaire du peuple termine en disant: « Notre cause est juste. L’ennemi sera vaincu. La victoire nous appartient. »

Près du Kremlin, dans la rue Nikólskaya, Khaldéi prend une photographie (Le premier jour de la guerre, qui deviendra célèbre par son aspect dramatique retenu) des gens arrêtés sur le trottoir, en train d’écouter Molótov dans le haut-parleur, avec un air sérieux, concentré, en sachant que la vie allait changer radicalement, mais sans signe de peur sur les visages.

Des moscovites écoutent l’historique annonce gouvernementale sur l’invasion de l’URSS par l’Allemagne nazie, le 22 juin 1941.

Avec d’autres correspondants soviétiques de guerre, Khaldéi se rend sur le front. Il arrive à Mourmansk que les nazis avaient bombardé avec sauvagerie : ils ont lancé trois cent cinquante mille bombes incendiaires, en détruisant toute la ville. Khaldéi sera à Sebastopol, dans l’assaut de Novorossiysk, à Kerch, il verra la libération de la Yougoslavie, de la Roumanie, de la Bulgarie, de l’Autriche, de la Hongrie, il assistera à l’offensive soviétique en Mandchourie contre les Japonais; et, finalement, à l’occupation de l’Allemagne : il arrive à Berlin quand les combats n’ont pas encore cessé et les derniers détachements des nazis défendent la chancellerie et le Reichstag. La célèbre image du soldat soviétique hissant le drapeau rouge au sommet du Reichstag a été prise par Khaldéi hâtivement, dans ces jours frénétiques où ils essayaient tous d’esquiver la mort et nombreux étaient ceux qui n’y arrivaient pas. La paix tant désirée était là à portée de la main, mais la guerre avait été très dure pour les soviétiques, et aussi pour Khaldéi : son père et trois de ses quatre soeurs sont assassinés durant la guerre, quand les nazis occupent Donetsk.

Alors que l’Armée rouge entre à Berlin, Khaldéi est convoqué à Moscou par les responsables de l’agence TASS pour se rendre dans la capitale allemande immédiatement et pour photographier la libération de la ville. Tout est si précipité qu’il a à demandé à son compagnon Gricha Lubinski, également Juif, de lui trouver quelques nappes rouges qu’ils utilisaient aux réunions du parti communiste.

Avec ce tissu, avant de se rendre à Berlin, Khaldéi a demandé à son oncle tailleur, Israel Solomonovich Kishitser, de l’aider à coudre quelques décorations des drapeaux rouges, puisqu’il n’en a aucun. Quand il arrive à Berlin, les affrontements se poursuivent dans les rues, les divisions 150 et 171 de l’Armée Rouge se préparent à l’assaut du Reichstag : elles ne l’ont pas complètement conquis encore quand Khaldéi inspecte le Reichstag en ruines, où on continue de combattre à l’intérieur et dans les rues voisines, pour trouver une place où installer sa caméra.

Il veut prendre l’édifice, un soldat avec le drapeau et les rues fumantes de Berlin. Il réussit à arriver sur la terrasse, et avec un bâton trouvé dans les décombres), ils attachent le drapeau avec la faucille et le marteau. La prise est dangereuse : la zone est pleine des francs-tireurs nazis et le soldat volontaire doit grimper jusqu’à une corniche précaire de la terrasse pour faire ondoyer le drapeau sur les ruines du IIIe Reich, tandis que l’autre lui tient les jambes. Les soldats Melitón Kantaria, Mikhaíl Egórov et Aleksei Berest avaient déjà hissé le drapeau rouge sur le Reichstag, mais il n’y avait pas de témoignage photographique de leur exploit alors Khaldéi récrée après la scène en photographiant Aleksei Kovaliev, qui hisse le drapeau, près de Leonid Gorichev et Abdulkhalim Ismailov. Pour prendre cette image il utilise un rouleau entier, tandis qu’ils essuient des tirs des francs-tireurs nazis. Toutes les images qu’il prend sont similaires, bien qu’il fasse une photographie où les deux soldats examinent comment faire ondoyer le drapeau, incliné à ce moment-là vers le Reichstag et pas vers la rue. À son tour, avec un tissu rouge qu’elle portait dans sa vareuse, la commandante Anna Nikoulina attache le drapeau soviétique avec un gil de fer de télégraphe sur le toit de la Chancellerie. Il restait encore cent trente-quatre mille soldats nazis dans la garnison de Berlin qui se constituent prisonniers
Yevgueni Khaldéi

Le drapeau de la Victoria hisse sur le Reichstag, Berlín, le 2 mai 1945.

Khaldéi avait réussi à remplir avec succès sa mission; il retourne le même jour à Moscou, satisfait. Cependant, le directeur de l’agence TASS, Nikolái Palgunov, découvre que l’un des soldats, celui qui tient par les jambes Kovaliev, qui hisse le drapeau, porte une montre à chaque poignet : dans toutes les guerres il y a des larcins et des maraudeurs, mais l’agence ne peut pas divulguer une image qui donnerait une impression trompeuse de l’Armée Rouge, Khaldéi gratte le négatif pour que la photographie puisse être publiée. L’image est publiée dans Ogoniok, le 13 mai 1945, et elle a un impact mondial.

Après, Khaldéi retourne à nouveau à Berlin, où il prend des images des tanks soviétiques, de la vie dans la ville, les premières promenades entre les ruines, la réorganisation pénible. Il est aussi envoyé couvrir la défaite japonaise en Orient, et à la conférence de Postdam, où il photographie la scène des trois alliés dirigeants assis, en août 1945 : Staline avec sa casaque blanche, près de Truman et Clement Atlee.

Il a photographié également Roosevelt, Churchill, Eisenhower; et, en octobre 1946, quand la Deuxième Guerre mondiale déjà faisait partie de l’histoire, Khaldéi fut désigné comme un représentant soviétique pour témoigner au procès de Nuremberg, où ses photographies ont servi de preuves dans le jugement. Il prend alors Goering avec les oreillettes, en train d’appuyer la tête dans ses mains; et les criminels de guerre nazis assis adossés aux soldats alliés contre leurs casques blancs.


Moscou Défilé de la Victoire Yevgueni Khaldéi, 24 juin 1945.

Après la guerre, il est renvoyé de l’agence TASS parce qu’il est Juif, bien qu’ils ne lui aient jamais dit que telle était cause. En janvier 1950, indigné, Khaldéi envoie une lettre au secrétaire du comité central et au rédacteur en chef de la Pravda, Milhaíl Souslov, en protestant devant cette injustice. Soúslov, qui ne connaît pas Khaldéi, demande un rapport et découvre que le licenciement était fait sur recommandation du KGB : ce sont les mois de la campagne contre le cosmopolistisme.
D’autres publications repoussent Khaldéi , et, finalement, il obtient un travail dans la revue syndicale Клуб (club), et, après, en 1957, dans le journal Pravda, l’organe central du Parti communiste de l’Union soviétique, avec lequel il voyage dans tout le pays pendant quinze ans, en photographiant les industries, les activités culturelles, tandis qu’il participe, selon ses propres mots « à la construction du communisme ». Il a aussi travaillé pour le périodique Kultura (Culture soviétique) jusqu’à sa retraite dans les années soixante-dix. Il est mort à 80 ans après avoir vu ses photos exposées à Berlín, París, New York, San Francisco, ainsi que dans différentes villes soviétiques. l’année même de sa mort en 1997, a été tourné le documentaire Евгений Халдей — фотограф эпохи Сталина (Yevgueni Khaldéi-photogaphe de l’époque de Staline ), de Marc-Henri Wajnberg.

* * *
Khaldei a été un magnifique photographe, beaucoup de ces images font partie de la mémoire collective et de l’Histoire. Nombre d’entre elles sont peu connues, mais presque toutes sont singulières. Ses photographies ont été utilisées en URSS dans des livres, des encyclopédies, des documentaires, et parmi celles-ci il s’agit des ouvriers et des généraux de l’Armée Rouge, de mineurs et des enfants, des franc-tireurs et des réfugiés, des métallurgistes et des paysans, et les dirigeants du pays, Staline, Khroushchov, Brézhnev, Andrópov, Tchernenko, Gorbachev, même Yeltsin le corrompu.

Toujours, il fut conscient que son travail était une contribution importante à la construction du socialisme, comme en témoignent ses photographies de l’ouvrier du Donbáss qui pose devant les cheminées d’usine, en 1934; de la conductrice de tracteur en 1936; ou celle-là d’Angelina Pasha en conduisant un tracteur en 1936, bien que plus dures et émouvantes soient celles qu’il a réalisées durant la guerre : la scène des fosses communes des sept mille personnes assassinées par les nazis en Crimée, en 1942; les dizaines de cadavres abandonnés dans les pisés de la prison de Rostov sur le Don, où les Allemands ont fusillé plusieurs civils avant d’abandonner la ville en mars 1943, tandis que deux femmes essayaient de trouver des survivants. Certains d’entre elles sont insupportables, comme celle qui montre le cadavre de Vitya Cherevichkin, avec une colombe entre les mains; elle avait seulement seize ans, mais elle a été fusillée par les Allemands parce qu’elle cachait des colombes dans sa maison : les nazis avaient défendu que ces oiseaux fussent élevés pour qu’ils ne fussent pas utilisées par les guérilleros soviétiques dans leurs communications.


Les pilotes du 46º regiment de l’aviatión. Irina Sebrova, Vera Belik (assises) et Nadezhda Popova (debout).

Plusieurs sont remarquables : les Soldats soviétiques en train de grimper sur les échelons du quai de Gráfskaya, durant la bataille de Sebastopol, le 2 mai 1944. Le planeur allemand qui s’est incrusté contre un édifice dans la rue Attila, à Budapest, le 1 mars 1945. La femme qui revient à Múrmansk après le 18 juin 1942, le jour le plus horrible de l’histoire de cette ville alors qu’elle a subi un bombardement intense de l’aviation allemande. Le soldat qui retire la croix gammée nazie de la porte d’entrée de la fabrique Voikova, à Kerch, en Crimée. Le combattant souriant, lors de la libération de la Bulgarie, qui fixe son fusil d’une main et lève l’autre avec son poing fermé, tandis qu’il sourit, devant une foule qui lève aussi le poing : ce sont les unités du Troisième Front Ukrainien qui avaient libéré la Bulgarie, et les habitants de la ville de Lovech saluent les soldats soviétiques, le 1 septembre 1944. Les habitants d’Omólitsa saluant le pilote Semion Boiko, le premier militaire soviétique qui le 1 octobre 1944 est entré en Yougoslavie.  Le poète et correspondant de guerre Yevgueni Dolmatovski, soviétique, d’origine juive, qui prend la pose près de la porte de Brandenburg avec la tête d’une statue de Hitler sous le bras. Le regard résolu de la jeune franctireuse Lisa Mironova, à Novorossiysk, en1943. Et celle de l’autre franctireuse, Elizaveta Mirónova, dans la bataille pour Málaya Zemla; elle avait seulement dix-neuf ans, et elle est morte quelques jours après que sa photographie ait été publiée, en septembre 1943. Les pilotes de 46 º un régiment d’aviation m se reposant près d’un refuge : Irina Sebrova, qui a été une héroïne de l’URSS, et Vera Bélik elles apparaissent assises, près de Nadezhda Popova qui est debout.
Et la soldat Marie Shalneva, qui dirige le trafic entre les ruines de Berlin, sur l’Alexanderplatz, et elle sourit, bien que la guerre ne soit pas finie, le 1 mai 1945. Et les soldats japonais déposant leurs armes après l’échec du Japon en Extrême-Orient et la capitulation des troupes de l’armée nipponne de Kwantung durant la bataille de la Mandchourie, le 20 août 1945. Sans oublier le regard retors d’un nazi assassin, celui de Hermann Goering, gardé par deux militaires, assis dans le procès de Nuremberg.

Bien des années après, Yevgueni Khaldei a cherché l’une des protagonistes de la photo « Premier jour de la guerre », Anna Trushkina le 1 septembre 1981.

Dans les décennies d’après-guerre, Khaldéi ferait aussi des photographies mémorables : Celle de Fidel Castro, durant sa visite à l’écrivain soviétique Borís Polevoi qu’il voulait connaître, le 21 octobre 1963 : Polevoi a été le chroniqueur de l’horreur d’Auschwitz pour les lecteurs de la Pravda, et, de plus, il était très célèbre par son livre Un homme véritable, l’histoire d’Alekséi Marésiev, celle d’un pilote exceptionnel soviétique de guerre qui a perdu les jambes en 1942 en combattant contre les nazis et, malgré cela, il a continué de voler durant toute la guerre, en abattant des avions de la Luftwaffe. Aussi Serguéi Prokófiev s’est basé sur la vie de Marésiev (et sur le livre de Polevoi) pour composer son opéra l’histoire d’un homme véritable. Beaucoup d’autres photographies de Khaldéi fournissent la chronique de la vie en Union soviétique : les citoyens qui regardent le nouvel édifice de l’Université de Moscou sur la colline Lénine; le premier brise-glace soviétique, reflété dans les lunettes d’un homme qui sourit, en 1960; la longue file, sur la neige, des citoyens qui attendent pour visiter le mausolée de Lénine, au début de la décennie des années soixante.
L’ouvrière qui sourit dans un bateau de pêche sur la Mer de Barents, en 1967. Et les souvenirs d’une vie pleine : bien des années après la Deuxième Guerre mondiale, Khaldéi a cherché la femme qui apparaissait dans la photographie des gens qui écoutaient Molótov dans la rue Nikólskaya de Moscou, dans sa photographie Le premier jour de la guerre : C’était Anna Trúshkina, qui pose avec ses insignes et médailles de la guerre, fière e et souriante, le 1 septembre 1981.

Alors qu’il était déjà un vieillard, Yevgueni Khaldei n’arrivait pas à cacher son émotion quand il évoquait le destin terrible de sa famille assassinée par les nazis, et, tandis qu’il montrait ses plaques et ses images, passaient devant ses yeux, les jours de la guerre dans laquelle lui même atterrissait sur la boue en Bulgarie; les heures dans lesquelles ils avaient joué leur vie pour prendre la photographie du drapeau rouge sur le Reichstag, les moments terribles où il photographiait avec sa caméra leica les ruines de Mourmansk ou de Berlin; l’angoisse devant les cercueils entassés, et la synagogue de Budapest pleine des cadavres; le visage ensanglanté de Vitya Cherevichkin, de la fille assassinée qui avait une colombe entre les mains; et voilà qu’il continuait de revoir le jour où dans le silence impressionnant de la Place Rouge, devant des dizaines de milliers de vétérans, il contemplait le maréchal Joukov en train de passer en revue à cheval l’armée qui avait mis en déroute le nazisme.

http://www.elviejotopo.com/articulo/yevgueni-jaldei-viendo-al-mariscal-zhukov/

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3 réponses à “Yevgueni Khaldéi, dans son objectif le maréchal Joukov, par Higinio Polo

  1. leca

    juin 8, 2017 at 5:07

    Merci à H et S pour cet article très émouvant. J’ avais pu voir l exposition consacrée à Khaldei au Musée d ‘art et d’ histoire du judaisme, rue vieille-du-temple à Paris. A propos de la première photo en début d article, celle du couple ( l’ une de mes préférées ), voici ce qu ‘en dit le livre de Mark Grosset paru aux Editions du Chêne
    ‘ Janvier 45 Budapest. Ce couple prend Khaldei vêtu d un long manteau noir pour un nazi. Celui-ci leur explique en yiddish que la guerre est fini et qu’ ils n’ont plus à porter l étoile jaune.’:

     
    • leca

      juin 11, 2017 at 11:45

      il y a tant d émotions contradictoires sur leurs visages qu ‘elles semblent s’ annuler et il ne reste a voir qu’ une sorte de sidération. Pourtant en regardant mieux on y distingue incrédulité, doute, joie, émotion, soulagement, dignité. Ils ont eu peur quand ce jeune type vêtu de noir leur a foncé dessus, sans doute ne comprennent ils pas bien d’où il tire son autorité. La force de la photo vient du fait que sans l étoile jaune on ne verrait que deux petits bourgeois chapeautés marchant dans le froid d’ un mois de janvier en Hongrie pour une promenade digestive. Or il s agit de victimes, qui sont aussi des survivants et à cet instant précis leur calvaire prend fin.;

       
  2. leca

    juin 8, 2017 at 5:11

    Pour ceux qui ne l’ ont pas encore visionné voici le défilé de la victoire. Et en couleur.

     

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