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Lettre aux Camarades de la section 13e arrondissement de Marseille, à la Fédération des Bouches du Rhône

20 Mai


Je pars le 30 mai, pour un séjour en Russie où Marianne est moi sommes invitées à une conférence académique sur la Révolution d’Octobre et ses conséquences et où Marianne et moi, nous devons fournir une contribution sur « la déstalinisation ratée et ses conséquences sur la politique française d’aujourd’hui », ensuite nous irons à Kazan commencer une étude sur la rencontre entre le monde slave et turc en Union soviétique et aujourd’hui. Si je vous fais part de cette rencontre, c’est que je continue à penser que tant que nous n’irons pas au bout de notre histoire, sur nos bases à nous, nous ne pourrons pas affronter le présent. Et ce travail réclame une coopération internationale, celle-ci se met en place et il est regrettable que nous n’en soyons pas en tant que PCF à l’initiative, en France et en Europe où tout est fait pour passer sous silence cet important anniversaire.

J’ai téléphoné hier à la fédération du PCF pour leur demander de me muter dans le 4e arrondissement où j’habite dans un logement que je pense être définitif. Je voulais vous en faire part, ne serait-ce que par une simple politesse dont je n’ai pas bénéficié de votre côté, je ne parle même pas de fraternité dans les circonstances douloureuses d’une série de deuils. Je n’y ai plus mis les pieds d’ailleurs après avoir été interdite de parole au début du Congrès. Votre attitude a été, je ne demandais même pas fraternelle, mais dénuée du minimum de respect démocratique dans le cadre de la préparation de ce Congres.Je suis revenue au Parti, parce que personne n’est propriétaire de ce parti, ni vous, ni moi, ni ses dirigeants et que donc personne n’avait le droit de m’en chasser et je ne le regrette pas, malgré votre accueil et tous les pièges groupusculaires qui m’ont été tendus. En fait, à mon retour, j’ai eu droit à l’alliance de clans avec diverses influences apparemment contradictoires qui a réussi à m’interdire le droit à la parole par le biais d’un caporal qui a reçu en prime la direction de section. Cela ne serait pas grave si cette situation ne correspondait pas à ce qui depuis des années mine le PCF, l’a réduit à ce qu’il est aujourd’hui, avec un légitimisme digne de la grande muette servant à masquer des positions contradictoires qui paralysent parce qu’on n’en parle jamais et que la confusion entretenue empêche les choix clairs.

Ce congrès, je pèse mes mots a été une catastrophe qui nous a voués à l’inertie et à l’effacement d’aujourd’hui.

Hier il y a eu dans l’Humanité une lettre à J.L.Melenchon dont je partage tous les termes, dans ce courrier l’auteur explique à Mélenchon qu’il n’a pas tué le PS, celui-ci s’est autodétruit par sa politique et que de même il semble ignorer ce que son bon score doit aux combattants de toujours que sont les communistes. Silencieux et peu exigeant pour eux-mêmes, c’est une constante, comme d’être proches des exploités, de ceux que l’on veut faire taire y compris certains dirigeants bavards des insoumis qui croient que c’est le public des nuits debout qui a à lui seul assuré ce score. C’est une profonde erreur, le refus du rassemblement des forces de gauche en est le reflet mortifère face au gouvernement ultralibéral nommé par un président désigné par le CAC 40. Mais il est clair que l’objectif de Mélenchon n’est pas de faire face à cette vague n »olibérale, celle d’une UE vassalisée aux Etats-Unis, imposant guerre et austérité, mais bien de construire un nouveau parti hégémonique et pas un rassemblement.

Je suis assez d’accord avec ce texte paru dans l’humanité, à la différence près que sommes dans l’erre d’un navire que nous-mêmes avons créé en ne présentant pas de candidat et en disparaissant du paysage. Cette faute nous allons la payer et si Mélenchon peut manier l’insulte envers nous, le déni et quel déni de nous mais aussi de son propre programme en ce qui concerne les élus en se présentant à Marseille, nous n’y sommes pas pour rien et il faudra bien avoir le courage d’affronter ce fait si nous ne voulons pas disparaître totalement dans le « néant » que nul autre que nos propres dirigeants successifs ont pu créer et dans lequel Mélenchon prétend faire son nid, comme dans celui d’un PS torpillé par ses propres erreurs. Sans vouloir faire porter le poids de nos insuffisances collectives à la seule direction, ne pourrait-on pas les sélectionner à l’avenir sur un minimum de croyance en l’utilité et la nécessité politique d’un parti communiste, les trois derniers ayant fait la preuve de leur manque d’intérêt pour la question et se préoccupant au mieux d’élections dans lesquelles il s’agissait de trouver des montages visant à nous faire oublier, ce que le dernier a réussi avec une maestria évidente.

On nous dit que les partis n’ont plus cours, et en particulier ce parti léniniste ou ce qu’il en reste qui a su structurer les couches populaires, dans et hors période électorale, dans les luttes comme dans les formations, dans l’entreprise comme dans les lieux de culture, nous avons voulu être « élitistes » pour tous, promouvoir des valeurs de générosité, d’émancipation de la personne autant que du collectif, sans lequel l’indidu n’est que solitaire et malheureux. A cela il faudrait substituer un mouvement dirigé par un quarteron de petits chefs aux dents longues… ce serait être moderne, non c’est créer les conditions de toutes les désillusions comme en Grèce.

Il y a donc une cohérence dans mes choix actuels entre l’expérience faite dans la préparation du Congrès dans votre section où j’ai été interdite de parole , de prétendre tirer bilan en quittant votre section sur cette expérience d’un Congrès et mon choix d’aller présenter une conférence en Russie sur la « déstalinisation ratée et ses conséquences ». Si nous en sommes où nous en sommes c’est que nous avons choisi dans une situation mondialisée de contre-révolution, de détruire le parti, de nier son ancrage et muter vers de pseudos tendances, écrasées par un légitimisme où jouaient les pires mécanismes du « stalinisme » et la violence des déchirements sociaux démocrates, pour mieux nier l’apport du communisme et de notre parti. Nous avons choisi d’être à la remorque du PS, puis d’un de ses échappés trotskistes en nous gorgeant de slogans creux, en vidant notre programme de toute référence qui pouvait nous faire reconnaître du peuple français et cela a développé un sectarisme lui même vide de tout contenu, un spontanéisme, la destruction de toute formation comme de l’organisation.

Il est probable que ma lettre ne servira à rien c’est pourtant l’ultime preuve de fraternité communiste que je puis apporter à des gens qui en ont manifesté si peu à mon encontre et qui ce faisant ont été non seulement déplaisants, ce qui peut se pardonner, mais ont choisi de se tirer une balle dans le pied politiquement, mon cas n’étant qu’un parmi tant d’autres. C’est fou le nombre de communistes qui depuis plus de vingt ans ont attendu ce débat qui n’a jamais eu lieu, qui espèrent encore aujourd’hui qu’il aura lieu. Ils ont des enfants et même des petits enfants, ils entretiennent autour d’eux une espérance. Ce n’est pas un hasard si le vote Mélenchon, partout et singulièrement à Marseille suit les lignes du vote communiste y compris celui d’il y a vingt ans parce que comme l’ont constaté beaucoup de sociologues et d’historiens, la famille est un fort relais des opinions surtout dans le moment où le débat politique est intense.

Peut-être tout n’est pas perdu et nous allons être capables de penser une perspective qui n’a de chance d’être réaliste que si elle nous dépasse par ce qu’elle démontre, ce dont je suis convaincue, à savoir que les communistes sont les seuls à penser celle-ci en fonction de son utilité pour les exploités et pour notre pays autant que pour la paix.

Danielle Bleitrach

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3 Commentaires

Publié par le mai 20, 2017 dans Uncategorized

 

3 réponses à “Lettre aux Camarades de la section 13e arrondissement de Marseille, à la Fédération des Bouches du Rhône

  1. etoile rouge

    mai 21, 2017 at 2:49

    Je vous trouve charitable avec ce ramassis de traîtres même si nous sommes coupables , année après année, de les avoir laisser faire.

     
  2. FABRICE SELINGANT

    mai 25, 2017 at 10:45

    Je fais à nouveau la même analyse que Danielle sur la situation dans laquelle nous nous sommes mis il y a cinq ans, mais qui date en fait de Robert Hue, de sa mutation, de Buffet et de sa volonté de défaire la matrice Léniniste du congrès de Tours et de la direction actuelle. le PCF appartient aux communistes et aux travailleurs de ce pays, pas à une caste de dirigeants ayant dilué leurs idées à des compromis successifs avec les sociales démocraties successives : PS, comités antilibéraux, PGE, Front de Gauche, Insoumis…, dont ils font désormais partie. Les couleuvres avalées par nos camarades dans l’analyse des situations (notamment gouvernementales : privatisations, acceptation de reculs, dérégulation, casse de la SNCF par lots à privatiser, idem pour EDF GDF, conception Gayssotiste de l’utilité des PPP partenariats Publics Privés… en somme un virage vers une droitisation des idées, avec les conséquences en perte d’influence électorale que l’on connait.)

    L’hégémonie n’est jamais une solution satisfaisante ; entre partenaires, le respect mutuel s’impose.
    l’autoproclamation est une méthode qui peut réussir, surtout si les partenaires parviennent à être unitaires pour deux, mais comme de tout renoncement, on s’en lasse très vite.

    Que les communistes parviennent vite à analyser ce qui s’est passé, et ce qui se passe encore, est primordial pour eux mais surtout pour l’ensemble des travailleurs de ce pays.

    Comprendre qui à volontairement couvé l’oeuf du coucou, avec quel objectif inavoué, lorsque le coucou vire les poussins ses frères d’adoption en les virant du nid, n’était-ce pas prévisible dès l’adoption de cet ex-sénateur durant trente longues (très longues) années. Certains comme moi, on mené une campagne ardente pour son élection, avec l’analyse, que quand le vin est tiré il faut le boire, jusqu’à la lie et s’il se révèle qu’il a le goût du vinaigre c’est que la cuvée était sociale démocrate depuis le début… Pour un vin de qualité supérieure, il aurait fallu y mettre un prix plus sérieux à l’achat et le laisser vieillir, meilleur cépage ayant fait ses preuves, bon ensoleillement, avec vue bien éclairée pour tous , rien qui ne soit dans l’ombre, terre travaillée en se relevant les manches, moins de vert et plus de rouge. Bon arrêtons là les galléjades et autres gauloiseries provocatrices, soyons le plus sympathiques pour nos amis « in »soumis, ils mettront le temps qu’il convient pour se rendre compte de la nasse PG et de l’artificiel de leurs postures d’autogestion de leur « mouvement » de leur charte obligatoire…, ils saisiront certainement pour certains la phrase chantée de l’internationale qui dit :
     » Il n’est pas de sauveurs suprêmes,
    Ni Dieu, ni César, ni tribun,
    Producteurs sauvons-nous nous-mêmes !
    Décrétons le salut commun !
    Pour que le voleur rende gorge,
    Pour tirer l’esprit du cachot,
    Soufflons nous-mêmes notre forge,
    Battons le fer quand il est chaud ! »

    Laissons du temps en ayant une main bien caleuse offerte à ceux qui veulent travailler respectueusement avec nous, s’ils sont honnêtes, sincères et courageux, ils y viendront.
    Fraternellement, aux communistes vrais et aux insoumis réels.
    Fabrice

     

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