RSS

Le 8 mai à Marseille : les présents et les absents

09 Mai

La fête du 8 mai à Marseille avec la présence des Russes venus rappeler l’Histoire réelle.

Tout a débuté par les contacts téléphoniques de Marianne le 7 au soir. De Paris, un ami russe l’avise que les Russes de Marseille comme dans d’autres villes, ont décidé de s’inviter aux cérémonies de la célébration du 8 mai et il nous propose de nous y associer. A dix heures, le lendemain Marianne et moi, nous arrivons sur le haut de la Canebière où se tient la parade de célébration de la victoire sur l’Allemagne nazie. Les édiles, la légion et quelques délégations de troupes sont là, il y a de surcroît plus de 200 personnes, des Russes qui tranchent sur le reste du spectacle. Ils sont nombreux, grands, parfois habillés d’une manière étrange, grands chapeaux, vêtements rouges et même calottes militaires, la plupart d’entre eux brandissent soit des drapeaux soviétiques mais aussi un russe et même un monarchiste avec son aigle bicéphale, mais pour l’essentiel ce sont des drapeaux rouges, ceux de régiments, mais aussi d’ouvriers d’usine, des photos et des rubans de saint Georges. Peu à peu les badauds attirés viendront contempler la scène, étonnés par cette profusion d’étendards révolutionnaires. Les Russes ont décidé d’étendre leur cérémonie du régiment immortel, celui ou chaque Russe, y compris Poutine qui brandit la photo de son père, vient célébrer ceux à qui on doit en majorité la victoire sur l’Allemagne nazie.

La cérémonie se déroule en face d’un kiosque à musique, sur une esplanade où est prévu le soir un bal décoré des drapeaux français, américains et britanniques, rien d’autre… Dan le déroulement, une large place est faite à la remise de médailles au régiments, au chef de la place dont on dit qu’il a combattu en Irak, quelle gloire! Puis ce sont les lycéens de Marseilleveyre, mon lycée, fondé à la libération par des enseignants communistes proches de Freynet… Ils récitent un poème qui ne mange pas de pain, les élus locaux Républicains, puis le socialistes, pas le moindre communiste, pas le moindre représentant du parti communiste et même de la fédération des déportés internés. Là encore, moi qui suis dépositaire de ce passé que l’on efface je me souviens que quand j’ai écris « l’usine et la vie » j’avais interviewé ceux qui avaient libéré Marseille, des communistes, des cégétistes, ça avait été une décision politique. Marseille a été libérée par le parti communiste qui a pris la décision de lancer sa propre libération en particulier à partir des usines les Aciéries du nord, chemin du Rouet. C’est une épopée que je connais bien pour avoir écrit non seulement l’usine et la vie, mais aussi Marseille Lille, classe ouvrière et social démocratie dans lequel nous avons raconté comment ces ouvriers ont réquisitionné leurs propres usines dont les patrons avaient collaboré avec l’ennemi, comment ils avaient développé l’autogestion, créé des comités d’entreprise avec une salle de théâtre au milieu de l’usine. Comment quand les communistes avaient été chassés de la mairie et du gouvernement par une coalition des socialistes et de la droite, les usines avaient été rendues à leurs propriétaires et le théâtre transformé en parking.

L’absence des communistes à cette cérémonie me soulève le cœur, je pense à mon mari, torturé par la Gestapo, la révolte de la centrale d’Eysse qu’il avait déclenché avec le parti, sa déportation à Dachau, à tous les miens déportés… pas le moindre élu, pas le moindre représentant de la fédération du PCF. ce n’est pas faute pourtant d’avoir vu une campagne présidentielle tout entière consacrée au Front national et au danger du fascisme, une campagne de culpabilisation de ceux qui voulaient s’abstenir de voter Macron alors qu’il n’y avait aucun danger qu’il ne soit pas élu. Quelle crédibilité ont-ils ces pseudo-antifascistes qui laissent oublier leur rôle dans l’histoire?

Le seul élu de gauche qui prendra la parole c’est le socialiste, le truculent Menucci. Là encore je pense que le représentant du PS pendant la résistance à Marseille c’était Guerini le gangster et Ferry-Pisani qui termina en trafiquant de drogue après avoir été écarté de la SFIO et du journal la Provence par Gaston Deferre venu des Cévennes. Là encore je repense à cette lettre écrite par Gaston Deferre que j’ai publié dans mon livre (classe ouvrière et social démocratie) dans laquelle il fait ses offres de service pour évincer les communistes. Je pense aussi à la manière dont Lucien Molino m’a raconté la libération de Marseille par les ouvriers communistes qui devaient s’emparer des armes des troupes allemandes et comment les communistes avaient dû aller chercher Francis Leenhardt, le socialiste, qui se planquait chez lui en robe de chambre et charentaises pour l’associer à leur victoire…

Pas un communiste, pas un membre du PCF à cette cérémonie, pourtant une foule de drapeaux rouges, ceux brandis par les Russes, dont un jeune homme qui nous raconte qu’ils font une croisière en Méditerranée et ils ont préparé cette arrivée à Marseille et leur présence. Son père a été consul soviétique à Marseille et il est fier que nous le prenions en photo avec un drapeau authentique avec les portraits de Marx et Lénine.

La cérémonie tire à sa fin, ils n’ont pas eu droit à une prise de parole, pas au dépôt du bouquet de rose rouge qu’ils avaient préparé, je suis au bord de l’explosion et peu à peu j’entraîne dans ma protestation un petit groupe de badauds qui s’est rapproché et dont chacun dit sa mémoire des événements. Quand Gaudin, le maire de Marseille et les élus sortent je l’interpelle à haute voix et j’ai une voix de stentor qui porte loin…
Je lui crie : Monsieur Gaudin! « Il marque un arrêt; je poursuis  » Comment pouvez-vous nier l’Histoire à ce point? les Russes, les soviétiques ont eu 26 millions de morts pour nous libérer du fascisme et vous ne les leur laissez même pas le droit à la parole, leur présence est niée. C’est pareil pour les communistes…Et là, goguenard et un peu méprisant il me répond « les communistes? mais je croyais qu’ils n’existaient plus! » Tout cela se passe à haute voix, la foule nous entend, je lui réponds: « je suis là au moins et eux aussi! » en désignant les Russes.

Ma fille Djaouida qui nous a rejoint Marianne et moi veut me soutenir et elle interpelle Menucci qui a été le député et le maire de son arrondissement. » Monsieur Menucci, pourquoi vous les laissez faire? pourquoi les Russes n’ont-ils pas le droit à la parole? » Il hausse les épaules, impuissant et dit ce n’est pas moi qui organise c’est le maire de droite.

Djaouida nous dit: « c’est toujours pareil avec lui. Il était maire du premier et septième arrondissement de la ville. Quand je venais le voir en délégation parce que nos enfants n’avaient rien alors que ceux du septième, le quartier riche avaient tout. Il nous répondait, c’est Gaudin, le maire de Marseille qui me refuse les moyens. Aussi il a été battu par la droite mais c’est toujours pareil. » Autour de nous cela proteste de partout, un homme me dit: « vous vous rendez compte, ils se sont débrouillés de faire cette cérémonie sans jamais que le mot juif soit prononcé. mon père était juif, il a beaucoup souffert! » je lui dis « moi c’est la totale, je suis juive et communiste… J’ajoute en me tournant vers Djaouida: « Ne crois pas toi aussi ils te nient: quand les troupes sont arrivées Marseille était totalement libérée mais il restait Notre dame de la Garde, d’où les Allemands tiraient, il fallait escalader littéralement une rue sous le feu de l’ennemi, les seuls qui ont été capables de cet exploit ce sont les tabors marocains… » Il ne reste plus que ceux qui se sont cachés, ont collaboré, tous ceux qui ont donné leur vie sont niés… Djaouida me dit « Ils sont terribles, quand je vous cherchais, je me suis appuyée contre une barrière, il y avait une Française et son mari, elle s’est écartée de moi et a serré son sac contre elle, j’ai eu envie de lui dire « je suis aussi honnête que vous », ils sont comme ça…

En descendant, nous sommes toutes les trois enthousiastes de notre exploit et tout à coup Djaouida avise un autocollant de la jeunesse communiste et elle me dit « tu vois les communistes existent et en plus ils sont jeunes. Il faut que nous allions les rencontrer pour montrer qu’on est là! » Marianne raconte que si les Français ont été acceptés comme puissance victorieuse pour signer la reddition c’est parce que les Russes ont insisté et quand l’officier allemand les a vus il a eu un haut le cœur: « pas ceux-là! »sous-entendu ceux-là ne nous ont jamais vaincus… Seule la classe ouvrière a dit Mauriac n’a jamais trahi, tandis que les patrons dont aujourd’hui Républicains et PS se font les fidèles serviteurs ont toujours crié « plutôt Hitler que le front populaire »…

Mais jusqu’où les laisserons-nous faire dans la négation de ce que nous sommes, multiplier les erreurs stratégiques passe encore mais ne pas savoir même être présents dans la célébration d’une histoire qui est la nôtre, trop c’est trop! Au moment où j’écris ces lignes j’apprends que Pierre Laurent n’a pas répondu à la journaliste qui lui demandait s’il allait changer le nom du PCF…Cela irait avec l’utilisation qu’il fait du fascisme pour mieux éviter que nous analysions ce qui l’engendre, jouer l’émotion, voire la culpabilisation à la manière des autres partis qui ne l’ont jamais affronté. Cela va avec cette indécente absence du parti communiste le 8 mai, mais qu’il sache que ce n’est pas en taisant le passé glorieux pour mieux cautionner ses erreurs tactiques et même stratégique qu’il pourra faire du nouveau… La passé occulté empeche l’action d’aujourd’hui… Maintenant tout dépend des communistes eux-mêmes, jusqu’où accepteront-ils d’aller par légitimisme? Ils ne sont pas comptables seulement d’eux-mêmes mais du parti des 75.000 fusillés…

Il est difficile désormais de faire autre chose que de se battre pour l’Histoire, pour que le négationnisme ne devienne la loi.

Danielle Bleitrach

Publicités
 
8 Commentaires

Publié par le mai 9, 2017 dans Uncategorized

 

8 réponses à “Le 8 mai à Marseille : les présents et les absents

  1. frank

    mai 9, 2017 at 6:52

    Bravo à vous 3.
    Vous avez rendu hommage aux communistes et à tous les Russes et résistants.
    Vous y étiez,comme les dirigeants du PCF qui étaient dans leurs villages et villes,36700, aux commémorations.
    C’est ça,la force du PCF de défier le temps,malgré Macron,Fillon ,lepen,Valls etc..
    Merci à vous,pour votre présence là où d’autres ont montré leur défaillances.
    Bises.Frank

     
  2. lemoine001

    mai 9, 2017 at 7:03

     
  3. Cotty jean-louis

    mai 9, 2017 at 7:08

    Le déni de notre histoire par le PCF est la réalité d’une idéologie dominante qui a brisée le souvenir de cette classe ouvrière qui fut le fer de lance avec les communistes de cette époque!
    Hommage à nos martyrs et à l’amitié des peuples unis contre le fascisme.

     
  4. Jeanne Labaigt

    mai 9, 2017 at 1:15

    Comme m’a dit mon père communiste quand j’étais toute petite fille « tu ne serais pas là si les Russes ne m’avaient pas libéré à Berlin », il a vu le drapeau rouge sur le Reichtag il en a pleuré et il a pu écrire sa première lettre d’homme libre à ma mère depuis Dunkerque enJuin 1940 qui commence par ces mots « les Russes sont chics » je la garde précieusement…
    Je me souviens que l »‘on est libre grâce aux poitrines soviétiques » c’est ce qu’on disait chez nous, je trouvais la formule bizarre.
    Emouvant défilé de centaines de milliers de gens sur la rue Gorki et la Place Rouge en ce moment, sous la pluie avec les photos des combattants.

     
  5. M.L.

    mai 9, 2017 at 3:48

    Merci à la France pour le devoir de mémoire que le martyrs communistes et autres partisans et résistants ont payé de leur vie les turpitudes de l’impérialisme occidental. Il est donc plus que jamais important de se rappeler les conséquences de la guerre, particulièrement la WWII, alors que le capitalisme en crise laisse poindre à l’horizon une autre montée du fascisme.

     
  6. etoile rouge

    mai 9, 2017 at 4:52

    Et pendant ce temps court sur les réseaux sociaux que si HITLER a été « élu » c’est parce que les communistes ne voulaient pas de l’union avec les sociaux démocrates. Hors HITLER n’a pas été élu mais appelé par HINDENBURG président de la République de Weimar, membre de la noblesse , chef de l’armée, droite, très riche avec l’appui de VON PAPPEN son ami, représentant des intérêts du grand patronat allemand, et alors qu’HITLER en novembre 1932 ( il y eu 3 élections en 932) perdait 2 millions de voix et ne représentait que 3% . Et l’appui de plusieurs partis de droite. Quant aux sociaux démocrates ils avaient élus HINDENBURG en prétendant qu’il serait un rempart au fascisme.
    Comme dans l’université allemande aujourd’hui ils prétendent que les communistes firent peu de résistance après le coup du Reischtag. Allons nous laisser ces salops mettre en place le révisionnisme sous prétexte d’antifascisme? Pour quelle guerre à venir?

     
  7. etoile rouge

    mai 9, 2017 at 4:54

    Pardon 31% pour le NSDAP en 1932 c’est moins que pour LE PEN aujourd’hui.

     
  8. Chantal

    mai 9, 2017 at 11:40

    En PJ l’intervention de camarades de la coordination communistes 59/62. Objet: Discours d’hommage aux soviétiques morts en France entre 1940 et 1945

    Bonjour,

    Veuillez trouver en pièce jointe et en lien sur notre site la déclaration prononcée ce matin à l’occasion de l’hommage aux soviétiques morts en France entre 1940 et 1945.

    Bien cordialement

    http://cercles.communistes.free.fr/cc5962/publi.php?idArticle=2017_05_08_haubourdin

     

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :