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La déstalinisation ratée et ses conséquences sur la situation politique en France

08 Mai

Voici notre contribution à marianne et moi au colloque qui a lieu le 31 mai, le 1 et 2 juin, à Saint Petesbourg sur la Révolution d’octobre à la bibliothèque Plekhanov. C’est une conférence internationale académique et nous y plaidons pour la multiplication des contacts en vue de la confrontation des analyses d’un événement encore d’actualité, analyse qui est en train d’être approfondie dans tous les pays et singulièrement en Chine et dans les pays de l’ex-URSS. Nous vous tiendrons au courant. (note de danielle Bleitrach)

La Révolution de 1917 ne peut pas être étudiée comme un simple événement appartenant au passé, elle reste d’actualité, c’est-à-dire qu’elle continue à travailler le présent et le futur non seulement des peuples ex-soviétiques mais ceux de la planète et parmi eux les Français. Pour nous Français, elle continue à engendrer des adhésions et des oppositions hantées par l’imaginaire de notre propre Révolution française.

On dit qu’un peuple qui a fait la révolution ne l’oublie jamais parce qu’il a appris le pouvoir des masses et que cet événement a fondé la nation. Il y a aussi le regard que l’on jette sur cet acte fondateur. Quand les rois sont revenus en France, la révolution française apparaissait comme une double faillite, une faillite économique avec les assignats, la crise, et une faillite politique, la terreur et la guillotine. Mais aujourd’hui en France, même les pires réactionnaires se définissent à partir de cette révolution. Simplement on choisit ses moments et ses héros et les antagonismes s’exaspèrent sur le seul nom de Robespierre. Parce que Robespierre pose une question non encore résolue en France, celle d’un pouvoir réellement démocratique, par et pour le peuple qui revendique l’exercice de la dictature, un pouvoir d’exception pour briser l’ancien régime.

Peut-être en est-il de même dans l’ex-Union Soviétique et en particulier en Russie, chacun s’approprie à sa manière l’événement. En tous les cas, en France incontestablement la question du pouvoir démocratique et celle d’une dictature du prolétariat est encore au cœur de nos propres difficultés à trouver une perspective politique.

Si vous avez suivi nos élections présidentielles récentes, vous avez pu observer que le candidat élu a accompli l’exploit de l’être alors que 70% des Français n’en voulaient pas. Simplement parce qu’il avait été fabriqué par les médias, les puissances financières et même les tenants de l’ordre atlantique, mais son adversaire avait été fabriquée par les mêmes. Une candidate fasciste, xénophobe, dont 75% des Français ne voulaient pas. C’est donc la répulsion pour son adversaire qui a permis de l’élire plus que ses qualités propres et son programme.

Le fait est d’autant plus remarquable que l’an dernier, il y avait eu un grand mouvement contre une loi dont de fait Macron était le promoteur et il compte aller plus loin, il l’a dit, il va démanteler le code du travail par une réforme à laquelle 65% sont opposés. Donc seule la crainte de madame Le Pen a permis l’élection de celui dont personne ne voulait. Même constat à propos de l’atlantisme sans complexe dudit Macron, les Français sont réticents à l’égard de la vassalisation de l’Europe, mais parce que l’idée était portée par Madame Le Pen, les Français sont allés voter pour ce dont ils ne voulaient pas. Il y a eu un candidat alter mondialiste, Mélenchon, qui était l’héritier du mouvement et du refus de la vassalisation, il était soutenu par les communistes, il a fait un bon score de 19% mais il a été éliminé. Il est clair également que ce candidat a choisi de constituer son mouvement sur la fin du PCF autant que de celle du PS.

Si nous faisons cette longue description de la situation en France c’est que cette situation dans laquelle un pays entier élit un candidat que 70% des gens refusent et qui va poursuivre une politique qui nous mène à la catastrophe depuis des années est due pour une large part à la contre révolution qui a déferlé sur l’Union soviétique et nous a entraînés dans son sillage.

Ce qui a disparu ce n’est pas le mécontentement, mais bien la perspective politique du changement et cela ne date pas de la fin de l’URSS, même si cela a accéléré incontestablement la tendance.

La France a accueilli avec enthousiasme la Révolution d’Octobre. Il faut relire le Congrès de Tours au cours duquel la gauche française choisit majoritairement l’adhésion à cette révolution pour voir à quel point les congressistes l’identifient à la Révolution française, s’y reconnaissent.

Cette adhésion va encore être renforcée par le rôle de l’Union soviétique dans la seconde guerre mondiale. Non seulement l’URSS a payé le prix du sang pour libérer l’humanité, mais la plupart de nos conquêtes sociales en France, comme la sécurité sociale, sont obtenues dans le sillage de cette victoire de l’URSS sur le fascisme. Ce pays devenu continent de l’espérance dans un monde nouveau jouit alors d’une immense popularité qui va encore être confortée par l’épopée de ses victoires dans l’édification d’un pays sorti du sous-développement, ce qui est symbolisé par la conquête de l’espace et par Gagarine. Notons que jusqu’à la mort de Staline nul ne met réellement en doute ce triomphe et si le capitalisme, les Etats-Unis et leurs alliés sont en situation d’imposer à l’humanité leur loi de la valeur et leur menace miliaire, une véritable hégémonie idéologique et politique du socialisme se dessine à travers les conquêtes ouvrières et les luttes anticoloniales.

La France, pays colonialiste, va être non seulement un des nations avec l’Italie où il existe un fort et combatif parti communiste mais son ancrage dans le prolétariat équivaut à son audience chez les intellectuels. La France est le lieu d’une résistance à l’américanisation, un lieu qui revendique la paix et l’amitié entre les peuples.
Mais, et c’est le centre de notre intervention, tout ceci ne s’est pas effondré avec l’URSS mais a été précédé d’une déstalinisation dont nous disons brutalement qu’elle a été fort mal menée sur le plan politique quoi que l’on pense du stalinisme ou de Staline. Danielle Bleitrach qui a été membre du Comité central du PCF et rédactrice en chef de l’hebdomadaire des intellectuels communistes a suivi toutes les étapes de cette évolution. Voici quelques jalons de ce qui mériterait un long développement.

Quand sort le rapport Khrouchtchev, le dirigeant alors du PCF refuse qu’il en soit question en France et ce sont, semble-t-il, les dirigeants soviétiques qui le font passer au Monde. Ce rapport qui ne touche pas à ceux qui ont participé à ce qu’ils dénoncent est tout entier centré sur un dictateur fou et sanglant. Dans les textes du PCF, le terme de dictature du prolétariat disparaît et Jeannette Thorez Vermeersch, épouse de Maurice Thorez et dirigeante déclare que le peuple français n’est pas mûr « pour la dictature ». S’il s’agit de définir un pouvoir de rupture révolutionnaire qui accorde le droit aux masses de renverser l’ordre existant comme la Révolution française a été la dictature de la bourgeoisie, abandonner ce concept c’est renoncer à une stratégie essentielle, celle sur laquelle est fondée la nécessité d’un parti communiste. Si c’est la tyrannie d’un fou décrite dans le rapport Khrouchtchev, jamais aucun peuple ne sera mûr pour cela. Ce choix du PCF de ne rien élucider se combine avec une tactique consistant à rechercher l’unité à n’importe quel prix avec la social-démocratie et de lui accorder le leadership, alors même que cette social-démocratie est déconsidérée. Nous lui laissons le bénéfice électoral alors que nous sommes arrivés devant aux législatives et nous votons les pleins pouvoirs à Guy Mollet pour faire la paix en Algérie. Il en profitera pour développer guerre, torture et envoi du contingent.

Il y a incontestablement un changement qui ira s’approfondissant : le renoncement au pouvoir, à l’Etat, voire au collectif au profit d’une adhésion plus ou moins larvée à l’individualisme, au libertaire suspicion y compris chez ceux qui pourtant ne rompent pas encore totalement avec le marxisme. Une pensée extraordinairement sophistiquée va opérer la transition et aboutira à la dénonciation prioritaire du « totalitarisme » avec les « nouveaux philosophes ». Là encore beaucoup d’analyses existent sur le sujet de la perte intellectuelle de l’hégémonie.

Désormais les documents déclassifiés de la CIA témoignent de ce dont on se doutait, la manière dont la CIA a suivi, encouragé le changement intervenu chez les intellectuels français et qui les a fait passer d’une sympathie pour le pouvoir soviétique à une vassalisation américaine, sous couvert de la défense des droits de l’homme.
Nous ne voulons pas alourdir notre exposé mais la déstalinisation telle qu’elle a été menée à la fois en URSS et chez nous a créé une espèce de croquemitaine sanglant, fou, auquel s’identifiaient de fait toutes les réalisations même les plus glorieuses de l’Union soviétique.

Nous n’avons pas à dire comment cela s’est passé en Union soviétique, nous n’en avons reçu que les échos déformés. Mais le fait est que cette image donnée par le rapport Khrouchtchev a été utilisée à fond dans la contre révolution et s’est traduite, continue à se traduire par l’impossibilité de tracer une perspective alors même que la crise du capitalisme s’aggrave et que les inégalités, le chômage, la misère le rendent insupportable à tous. Tout cela nécessiterait de longs développements, mais faute d’une issue socialiste on a vu monter le fascisme, la parodie de ce socialisme. Alors même que la Révolution numérique s’amorce, celle-ci qui pourrait déboucher sur une véritable émancipation est prise dans les catégories fondamentales du capitalisme, le profit et cela engendre de formidables inégalités, chômage, misère. L’hypothèse du socialisme, d’une appropriation collective est sans cesse disqualifiée idéologiquement.
Ce qui a été caricaturé, non expliqué c’est le pouvoir soviétique identifié à un vieillard paranoïaque et à une dictature en fait tyrannie pure et simple.

Une telle image ne nous satisfait pas et nous avons besoin d’un travail collectif sur ces questions occultées. Si nous sommes venues ici c’est pour solliciter des échanges, des rencontres autour de cette question centrale qui ne doit plus être occultée mais donner lieu à des débats. Cela est commencé en France et des intellectuels courageux mènent ce combat.

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3 Commentaires

Publié par le mai 8, 2017 dans Uncategorized

 

3 réponses à “La déstalinisation ratée et ses conséquences sur la situation politique en France

  1. frank

    mai 8, 2017 at 8:44

    Ce texte me plait beaucoup ainsi que l’idée que Marianna et toi,chère Danielle,allait continuer à nous communique, vos analyses si précieuses.Ce blog est unique,MERCI !
    Oui le numérique quand il est mis au service de l’honnêteté intellectuelle communiste,à la façon unique de Daniellle,c’est un bienfait!
    Bises et une pensée pour les millions de soviétiques morts pour la victoire contre les nazis,morts pour que nous puissions vivre libre!
    Que les habitants de l’ex-URSS,soient informés,qu’en Mai 2017,en France mes enfants,et d’autres sont élevés dans la reconnaissance de ce qu’a fait l’URSS pour notre liberté.Bon 9 Mai,fête de la Victoire!

     
  2. lemoine001

    mai 8, 2017 at 9:19

    Peut-être faudrait-il aussi évoquer la difficulté rencontrée par le PCF à la suite des évènements de mai 68 : il s’est trouvé attaqué, harcelé même, sous le prétexte de son « stalinisme » et de son « bureaucratisme » supposés, à la fois sur sa gauche par les gauchistes et sur sa droite par la « nouvelle gauche » du PSU, . Ceci au moment où ses effectifs vieillissaient et qu’il perdait le contact avec une classe ouvrière largement recomposée par l’immigration. Il n’a pas su établir le contact avec les couches sociales nouvelles (ingénieurs, techniciens, cadres liés aux nouvelles technologies), il les a laissées à la social démocratie (je pense ici au rejet sans examen de ce que disait Roger Garaudy). A une analyse de fond il a substitué des subtilités tacticiennes.

     
  3. Cotty jean-louis

    mai 8, 2017 at 11:15

    Héraclite, que l’on appelle le »père de la dialectique » disait: « rien n’est immobile ;tout couleront ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, car il n’est jamais, en deux instants successifs,le même; d’un instant à l’autre, il a changé; il est devenu autre. »
    Mon modeste point de vue est que le PCF en 1968 n’a pas apporté les réponses politiques adaptées à l’évolution de la société capitaliste. Ceci écrit chaque communiste en porte sa part de responsabilité face à la contre-révolution en gestation….
    Un ancien CDH……..

     

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