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Frank Marsal : La petite musique de « l’insoumission », lecture critique de la situation politique

02 Mai

Frank Marsal est un collaborateur de ce blog avec lequel je suis le plus souvent en accord, pourtant si aujourd’hui on ne peut pas parler de désaccord, il existe entre nos deux positions à partir d’une entente sur le fond en particulier sur le refus du mouvement et la nécessité du parti,et la perspective d’une société socialiste qui est la seule capable de répondre à la situation, il y a une interprétation différente de nos choix immédiats. Ce qui est sûr c’est que dans la période dans laquelle nous sommes nul ne peut prétendre détenir la vérité et le débat à condition qu’il soit argumenté et courtois est de plus en plus indispensable, c’est même pour moi une des conditions de la survie du PCF. Voici donc l’analyse de Frank. (note de danielle Bleitrach)

La France Insoumise, une rupture par rapport à la ligne du Front de Gauche
En quittant le PS, en novembre 2008, Jean-Luc Mélenchon avait créé un parti, qu’il avait nommé le « Parti de Gauche », et rapidement avait rejoint une alliance, le « Front de Gauche », avec principalement le Parti Communiste Français ». C’est sous cette large bannière qu’il se présenta à différentes élections, européennes de 2009 et 2014, où il fût élu député européen, et présidentielles et législatives de 2012, où il fut battu, avec un score de 11 % à la présidentielle, ce qui était déjà un score très significatif et prometteur.

En 2016, changement de partition. Le Parti de Gauche existe toujours, certes. Mais c’est dans une nouvelle posture et une nouvelle stratégie politique qu’il prépare la présidentielle de 2017. La « France Insoumise », « qui n’est pas un parti », « qui ne participe pas à des cartels de partis, supposés représenter la ‘vieille politique’ dont les français ne veulent plus », qui est un « mouvement », en réalité, essentiellement une plateforme internet « achetée à Bernie Sanders » est créée rassemblant le nombre impressionnant de 450 000 inscrits.

Cette évolution n’est pas tout de suite perçue de la plupart des sympathisants et militants de la gauche antilibérale et populaire française. Pourtant, peu à peu, cest une petite musique bien différente, mais bien rodée qui va être jouée, autour de ce que Raquel Garrido exprimera assez justement comme « le populisme de gauche ».

Rappelons les notes dominantes de cette nouvelle gamme.

D’abord, la « France Insoumise ». Qui peut-être « contre la France » en France en plein état d’urgence, attentats islamistes. Il y a là un premier principe politique : le « peuple » est supposé patriote, pour ne pas dire chauvin. Etre populiste, cela va donc consister à revendiquer les symboles de la nation française : exit les drapeaux rouges, désormais interdits de meetings, exit l’internationale, qui ne sera plus chantée en conclusion, place au drapeau Bleu – Blanc – Rouge et à la Marseillaise. La Marseillaise n’est pas jointe à l’Internationale, comme le pratiquait depuis de longues années le PCF, porteur depuis la résistance de la double tradition internationaliste et patriotique. Elle s’y substitue.

Et ceux qui conservent leur attachement aux traditions internationalistes du mouvement ouvrier français ? C’est simple : ils ne comprennent pas le peuple, et sont voués à rester minoritaires. Tant pis, si c’est avec son drapeau rouge et en chantant l’internationale que le PCF est devenu le premier parti de France, ce sont des vieilleries, tout cela est dépassé, vieilles lubies de marxistes dégarnis qui ne comprennent pas la « modernité ». Etonnamment, le chemin parcouru ici est en réalité une vieille lune de la droite de la social-démocratie, de Rocard à Tony Blair : « pour parler au peuple, il serait nécessaire d’abandonner toute référence au marxisme ».

Deuxième message contenu dans la « France Insoumise » : ce lui de l’insoumission, bien sûr. Il est double : premièrement, la France doit cesser de se soumettre, en particulier à l’Europe. Le message est clairement souverainiste. Deuxièmement, ceux qui vont se revendiquer de ce mouvement, seront donc « les insoumis ».

Et là, c’est très habile. Parce que d’un coup, d’un mot, on se donne un argument qui permet de jeter à bas tous les principes, et tous les tabous. On l’a vu et lu abondamment sur Facebook cette semaine, cet argument : « Vous votez Macron pour battre le FN ? C’est que vous êtes soumis au système. Nous, nous allons nous abstenir (version soft), car nous sommes des insoumis ». Et (variante) : « Comment ? Vous argumentez qu’il faut faire barrage au FN ? C’est une tentative pour nous culpabiliser. Résistance ».

« L’insoumission », dans un registre lbertaire que le Daniel Cohn Bendit de 1968 n’aurait pas renié, vient opportunément justifier une posture condescendante à l’égard de l’ensemble des autres militants et partis de la gauche populaire et anti-libérale.

Autre note majeure de cette « petite musique » : la démocratie interne. Selon le discours officiel, la France Insoumise, c’est la démocratie 2.0, le participatif, « la consigne, c’est qu’il n’y a pas de consigne ». La réalité est à l’exact opposé : la France Insoumise est l’organisation politique la plus autoritaire de France. Les statuts n’en sont pas connus. Tout passe par des « commissions », émanant du groupe dirigeant, qui fixe lui même au fil de l’eau, les règles de fonctionnement. Les futurs candidats aux législatives devront faire allégeance (comme l’a très clairement dit Jean-Luc Mélenchon : « Je ne vais pas organiser mes propres frondeurs »). Ils sont désignés par une commission, qui n’a été élue par personne, et qui a tout pouvoir face au propositions locales. Lorsque le programme a été adopté à Lille, la convention comptait deux tiers de membres désignés par tirage au sort (tirage au sort organisé comment?). Le troisième tiers ? Coopté ! Pour le second tour, embarrassé par la situation, Jean-Luc Mélenchon annonce qu’une consultation sera organisée sur la plateforme. Qui l’a décidé ? Lui. Qui va formuler la question ? Le groupe dirigeant. Qui va annoncer le résultat ? Le groupe dirigeant. Quelle sera la valeur accordée à ce résultat, quelles conséquences aura-til sur la ligne du « mouvement » ? Mystère !

Il faudrait décliner cette analyse, le « mantra » de la « 6ème République », le « Dégagisme », le discours anti-élites, sous le terme ambigu d’oligarchie, … pour mesurer la profondeur des questions politiques soulevées pour le moyen et long terme par la nouvelle ligne Mélenchoniste.

Sous peine d’être trop long, il me faut néanmoins en venir à l’analyse de la situation créée par le vote du premier tour de la présidentielle, car, c’est dès aujourd’hui, que cette nouvelle ligne a des conséquences pratiques et porte des risques importants.

La preuve par 19

La musique que nous fait entendre la « France Insoumise » sur ce résultat du premier tour est très simple : les 19 % serait la confirmation du succès de la méthode et de la ligne FI de Mélenchon, du populisme de gauche qu’il incarne désormais.

Disons le franchement : une telle analyse relève de la supercherie. Si l’on élargit le champ, à la fois chronologique et géographique, on s’aperçoit facilement qu’il n’en est rien. La poussée à gauche qui s’est traduite dans le vote Mélenchon résulte d’une radicalisation populaire. Le vote Mélenchon est la conséquence de la poussée populaire, construite notamment dans le mouvement historique contre la loi Travail. Ce n’est pas la campagne de Jean-Luc Mélenchon, malgré son indéniable talent politique, qui pousse les masses à gauche, c’est la poussée des masses qui a propulsé Mélenchon.

Regardons la séquence chronologique :
Suite à la présentation de la Loi Travail, et partant d’une pétition, un mouvement social d’une exceptionnelle durée va s’enclencher. Ce mouvement, dans lequel la CGT va progressivement jouer le rôle décisif, rassemble un vaste réseau de militant et d’organisations, articulant individus, associations, qui vont organiser une contestation de la politique libérale sur une période prolongée, imaginer de nouveaux modes de luttes et d’élaboration collective, fragiliser sérieusement le gouvernement. Fait sans précédent depuis l’accession du PS à des responsabilités gouvernementales en 1981, ce mouvement va fractionner le parti, jusque dans son groupe parlementaire. Grâce au travail d’opposition de gauche opiniâtre et argumenté, mené dès le début de la législature par le groupe communiste et citoyen, une partie des députés PS va affirmer son opposition au projet et sa solidarité avec le mouvement. Cela obligera le premier ministre à utiliser deux fois le 49-3, ce qui aura pour effet à la fois de renforcer et d’élargir le mouvement social et de décrédibiliser complètement le Parti Socialiste pour la période électorale 2017.

Ce mouvement historique va donc complètement déterminer la période politique des élections actuelles. Il ne cadre en rien avec les conceptions qui ont fondé, quelques mois plus tôt, la France Insoumise. D’abord, le mouvementcontre la loi travail porte avant tout des questions sociales, la question du droit du travail, des conventions collectives, de leur valeur, de la durée du travail, de la médecine du travail … Ce n’est pas un mouvement du peuple contre une vague « oligarchie », c’est un mouvement au coeur duquel sont les salariés, face à une revendication historique et centrale des capitalistes, la liquidation du code du travail et des conventions collectives, c’est un mouvement de classe.

Surtout, ce mouvement ne se mène absolument pas en marge des organisations existantes de ce qu’en termes marxistes, nous appelons « la classe ouvrière ». Les syndicats, au premier rang desquels se trouve la CGT, mais également FO, SUD (à l’exception bien sûr de la CFDT, qui jouera son rôle habituel de conciliateur avec le patronat), les organisations de jeunesses et étudiantes, les partis de la gauche anti-libérale structurent et organisent le mouvement, avec toutes les contradictions que cela peut engendrer, bien sûr. Ce mouvement ne se mène pas en mettant de coté ces organisations, pas par une plateforme internet mais par l’irruption des questions en leur sein. Ainsi, lors du congrès de la CGT, une motion pour l’organisation d’une grève générale donnera une impulsion décisive à l’élargissement du mouvement. Les militants, les UL et les UD de la Cgt joueront un rôle décisif dans l’occupation des centres de dépôt pétrolier. Les grèves dans les raffineries et les ports, ces bastions syndicaux, seront la pointe du mouvement. C’est cette force sociale là, qui a fait bouger les lignes et les consciences.

Au tout début du mouvement, j’ai pu moi-même constater, sur Lille, la ligne que tenait la France Insoumise. Essayant de s’appuyer sur le concept des « nuits debouts », elle a essayé d’y structurer sa ligne d’un mouvement séparé des partis et organisations syndicales. Lors d’une de ses premières AG « Nuits debout » de Lille, ils tentèrent de m’empêcher de m’exprimer au prétexte que je n’avais pas rangé mon drapeau rouge portant le sigle du PCF. Nous revivrons la même situation ces derniers mois, lorsque la FI nous demandera de laisser les drapeaux rouges à l’extérieur du meeting de Jean-Luc Mélenchon. Cette tentative fit long feu. Et c’est bien sur le collectif des syndicats et des organisations que ce puissant mouvement social s’appuiera.

L’étape suivante, fût la séquence des primaires, de droite et socialiste. La ligne mélenchoniste était là aussi claire : ces primaires ne concernait pas le peuple, il ne pouvait rien s’y passer, puisque l’oligarchie les pilotait, il ne fallait donc pas s’en occuper. Or, dans des déterminations et des circonstances qui ont surpris l’ensemble des analystes politiques, ces primaires connurent un engouement populaire indéniable. Sarkozy, ancien président, favori de la droite et président du parti « Les Républicains » fut sévèrement sanctionné et éliminé dès le premier tour. Hollande fut contraint de se retirer de la course à la présidentielle, fait inouï dans l’histoire de la cinquième république. Valls, sera également balayé, laissant comme candidat officiel du PS, un opposant (modéré certes) à la loi travail et au gouvernement socialiste de Manuel Valls dont il avait démissionné. Encore une fois, c’était sans précédent. Surtout, et c’est fondamental pour la situation à venir, cette séquence des primaires avait montré, qu’à l’opposé de la ligne de la FI, les français dans leur ensemble, ne se fichaient pas du tout de savoir quels seraient les candidats présentés par les grands partis traditionnels.

La séquence suivante fut la lente agonie de François Fillon. Il faut rappeler que, si l’affaire Pénélope lui fit grand mal, la baisse de sa popularité, sitôt sa désignation comme candidat des Républicains acquise, commença sur un sujet strictement social : son projet de réforme de l’assurance maladie. Et si l’affaire Pénélope suscita autant de dégoût, c’est bien parce qu’elle jetait une lumière crue sur l’hypocrisie de son discours anti-social : l’austérité, c’était pour les travailleurs, son programme pour lui et les siens, c’était bien d’amasser. Au travers des premiers mois de campagne, Fillon ne pouvait plus être le candidat du renouveau nationaliste (traditionnaliste). Il était redevenu le candidat des possédants. La détermination sociale reprenait le dessus sur le bla-bla national. Exit Fillon.

Alors, démarra la campagne pour savoir qui pouvait représenter la « gauche » ; qui pourrait porter la voix de ce mouvement social profond, engagé contre la loi travail et duquel montait l’envie de renverser la vapeur. En piste, se trouvait Hamon, frondeur modéré, candidat du PS que l’appareil socialiste soutenait comme la corde soutient le pendu et Mélenchon, fort déjà de sa candidature « Front de Gauche » de 2012, soutenu par le Parti Communiste (quoi qu’avec des réserves), portant haut le verbe et entièrement libre de son discours. Le second ne fit qu’une bouchée du premier. Ramenant le score du PS à un niveau à nouveau historique, 6 % et rapprochant la gauche anti-libérale du score de Jacques Duclos en 1969 (21,27%).

Elargisson maintenant le champ géographique :
Le mouvement qui s’est manifesté en France contre la loi travail et dans la présente séquence électorale n’est pas une spécificité française. Dans de nombreux pays européens, la crise financière, l’austérité mis en place dans le cadre des traités, a suscité des mouvements de réaction et d’importants changements politiques. En Grèce, en Italie, en Espagne, au Portugal, les rapports de forces au sein de la gauche ont été chamboulés avec un affaiblissement, un effondrement des partis sociaux-démocrates traditionnels et la construction ou le développement de forces de gauches plus radicales. En Grèce, ce fut Syriza, en Espagne Podemos, puis Unidos Podemos. coalition regroupant Podemos et Izquierda Unida, en Italie, le mouvement très populiste « 5 étoiles » de Bepe Grillo et au Portugal, le Bloc de Gauche et la Coalition Démocratique Unitaire. Aucun de ces pays n’a suivi une stratégie politique similaire, mais dans tous ces pays, les forces de la gauche anti-libérale ont progressé de manière similaire. Cela signifie qu’au stade atteint jusqu’ici, les choix électoraux sont la simple traduction de la recherche d’une alternative de gauche quelle que soit la forme sous laquelle elle se présentait. C’est à l’avenir, en fonction des échecs, des succès, des difficultés, que les différenciations se produiront entre les différentes tendances.

Au Portugal et en Espagne, les mouvements sont progressivement entrés dans une logique de construction d’un rassemblement à gauche. Au Portugal, après les élections de 2015 et au prix d’une bataille politique très dure avec le Président de la République, cela a aboutit à la formation d’un gouvernement socialiste soutenu par coalition de gauche, avec des résultats sensibles pour les salariés : Lisbonne réalise des prouesses en allant à contre-courant des politiques d’austérité prônées en Europe. Le gouvernement a redonné du pouvoir d’achat aux Portugais en augmentant le salaire minimum comme les prestations sociales et en réinstaurant les 35 heures dans la fonction publique. Grâce au succès du tourisme et des exportations, le taux de chômage est passé en dessous de la barre des 10%, son niveau le plus bas depuis 2009.

« Nous avons eu l’occasion unique d’en finir avec la théorie selon laquelle l’Europe est condamnée à un avenir fait uniquement d’austérité. Le modèle portugais est une recette exportable dans tout le continent », assure Mario Centeno.

Dans ces pays, donc, il n’est pas possible non plus de conclure qu’une politique « populistes », de rejet des alliances est nécessaire pour obtenir des résultats électoraux et remettre en question l’austérité.

Plus loin, on voit que des mouvement similaires de radicalisation face à la crise ont abouti, en Angleterre à l’élection du dirigeant de gauche, Jérémy Corbyn à la tête du Labour et au succès très important de la candidature de Bernie Sanders à la primaire démocrate. Il n’est donc pas possible de conclure que les radicalisations en cours nécessitent de s’écarter des partis existants.

Le résultat du 1er tour

Nous pourrons débattre longtemps sur le fait de savoir ce qu’aurait donné une autre stratégie que le splendide et méprisant isolement entretenu par Jean-Luc Mélenchon. Il est probable qu’il était très difficile d’arriver pour cette élection là, à un accord et à un désistement de Benoît Hamon. Les questions politiques mais aussi financières soulevées étaient très difficiles (celui qui se retire ne peut plus se voir remboursé ses frais de campagnes) . Celui-ci semble pourtant l’avoir envisagé. Guillaume Balas, coordinateur du projet dans l’équipe Hamon, a déclaré dans Marianne (https://www.marianne.net/politique/presidentielle-2017-le-jour-ou-benoit-hamon-failli-renoncer-face-melenchon) : «Mélenchon ne nous a jamais envoyé le moindre signe ni passé un coup de téléphone pour en parler. Depuis le début, il a d’ailleurs toujours dit que les dés étaient jetés, que quoi qu’il arrive, il y aurait deux candidatures à gauche. »

Une telle situation n’entrait simplement pas dans le schéma populiste de la France Insoumise. Pour le Mélenchon de 2017, il faut absolument se démarquer des partis et organisations existantes (au point même de ne plus se définir comme un parti). Car, ce sont les « dégoutants » et « on ne peut faire revenir les dégoutés si on s’associe aux dégoutants ». C’est la ligne populiste : le peuple contre les élites (dans lesquelles on range sans distinction de personnes ou de ligne politique, l’ensemble des élus et dirigeants des organisations existantes des salariés). Non seulement, il n’y aura pas d’accord. Mais pas un geste ne sera fait, pas un mot ne sera prononcé en faveur d’un tel accord. Cette position sectaire sera perçue par une fraction de l’électorat.

L’institut IFOP a réalisé une étude détaillée des votes le jour du premier tour (http://www.ifop.com/media/poll/3749-1-study_file.pdf. Cette étude ne montre pas que l’électorat capté le 23 avril par Jean-Luc Mélenchon contienne une fraction significative d’abstentionnistes qui auraient été « ramené aux urnes » grâce à la ligne populiste. L’abstention est très stable entre les deux élections. Et selon cette étude, les deux sources très majoritaires du vote Mélenchon de 2017 sont à égalité des gens qui avaient déjà voté Mélenchon en 2012 et des gens qui avait voté Hollande en 2012. Si on ajoute quelques reports de Bayrou 2012 (12 % des électeurs de Bayrou en 2012 auraient voté Mélenchon en 2017), quelques reports divers et le vote des jeunes qui n’avaient pas le droit de vote en 2012, on parvient approximativement au score de 19 %. En revanche, 40 % des électeurs de Benoît Hamon reconnaissent avoir hésité avec un vote Mélenchon et c’est également le cas pour 21 % des électeurs d’Emmanuel Macron.

Je suis donc convaincu que cette ligne « populiste » et sectaire a renvoyé de facto une partie des électeurs socialistes, qui auraient pu être tentés par le vote Mélenchon, vers le vote « utile » en faveur de Macron. Il s’en fallu d’un cheveu, mais Mélenchon restait à la porte du second tour.

Et maintenant ?

Premier débat : Les conséquences concrètes de la ligne « populiste » se font sentir sur le positionnement vis-à-vis du Front National au second tour. A contrario des positions habituelles défendues par Jean-Luc Mélenchon, cette fois-ci, il n’a pas souhaité ni donner de consigne de vote ou de barrage face à l’extrême-droite. Il s’est d’abord réfugié vers une consultation des adhérents à la plateforme France Insoumise, a refusé de dire ce que lui, personnellement ferait le 7 mai, pour finalement, dire que bien sûr il voterait et que « on sait bien pour qui je vais voter » (ce qui a été interprété comme « je voterai Macron »).

Sur twitter, Jean-Luc Mélenchon finit par livrer la position alambiquée suivante : « Ma position n’est pas le ni-ni. Je ne voterai pas Front National et je dis à chacun de ne pas le faire.

Il faut dire que les sondages d’opinion sont inquiétants. Alors que dans un sondage sortie des urnes, 11 % des électeurs de Mélenchon disaient vouloir voter pour Marine Le Pen, en 4 jours, ce pourcentage passe à 18-19 % (http://www.lanouvellerepublique.fr/France-Monde/Actualite/Politique/n/Contenus/Articles/2017/04/28/Presidentielle-2017-l-avance-de-Macron-sur-Marine-Le-Pen-fond-au-second-tour-3082253). S’agissant des électeurs de Benoît Hamon, qui a, lui, été extrêmement clair, ce taux n’est que de 4 %.

Cette non-prise de position est, comme l’ensemble des évolutions que je viens de décrire, en rupture complète avec les positions habituelles de Jean-Luc Mélenchon et se situe dans la logique de la ligne « populiste ». Parmi les objectifs affichés : rester unis, ne pas mettre en difficulté (« culpabiliser ») les électeurs et militants qui souhaitent s’abstenir …

Cette ligne se traduit également dans la préparation des législatives. Comme évoqué plus haut, Mélenchon « ne souhaite pas organiser ses propres frondeurs ». C’est pourquoi il fait signer à ses candidats aux législatives, une charte contraignante. C’est pourquoi il a annoncé, il y a déjà plusieurs mois, que la France Insoumise souhaitait présenter des candidats dans les 576 circonscriptions, et été extrêmement réticent à envisager des accords électoraux.

Or, si la division des voix entre Hamon et Mélenchon a probablement coûté à la gauche sa présence au second tour, il est évident qu’il en sera de même si nous assistons à des candidatures concurrentes entre PS, EELV, PC et FI. Le désastre collectif serait garanti, avec à la clé également l’élection probable de nombreux députés du Front National, qui pourra, même si Marine Le Pen ne gagne pas la présidentielle, bénéficier de l’élan que lui apportera un résultat historique le 7 mai, la ralliement d’élus et d’autres partis de droite (Christine Boutin, Jean-Frédéric Poisson, Debout la France) et … de l’abstention renforcée et légitimée d’une partie de la gauche.

Quelle ligne pour amplifier les mobilisations et battre les politiques libérales austéritaires ?

Contrairement aux idées superficielles, on a donc pu montrer les risques de la politique populistes et son inadéquation fondamentale par rapport aux mouvements qui se déroulent en profondeur dans la société, et en particulier, dans les couches salariées.

On a pu également constater qu’en Europe, dans de nombreux pays, une vague électorale similaire a porté différentes variantes de la gauche anti-libérale et que les choix tactiques des uns et des autres sont à ce stade différents (mettons de coté le cas de la Grèce, où Syriza a été porté au pouvoir dans le cadre d’un système électoral très particulier, mais connaît un échec économique retentissant, ayant été obligé de céder quasiment la totalité du pouvoir décisionnaire à la commission européenne, à la BCE et au FMI).

Malgré quelques signes passagers positifs (amélioration des perspectives de croissance mondiale), il paraît peu probable que l’économie mondiale sorte de la crise dans laquelle elle est plongée sans espoir de sortie depuis 2008. Il est donc prévisible, et d’ailleurs annoncé, que les capitalistes exigeront l’approfondissement des réformes libérales et de l’austérité, afin de maintenir et de développer la profitabilité des grands groupes capitalistes. En retour, il est probable que les résistances à ces politiques s’amplifient, se développent, se structurent et se durcissent.

Finalement, le capitalisme a atteint en 2008 le faîte de sa puissance. L’économie capitaliste privée n’est plus en mesure d’assurer le développement de la société, ni même la préservation des équilibres environnementaux fondamentaux. La seule autre organisation possible est l’organisation communiste, avec la socialisation des principales entreprises, la réduction de la sphère du marché au profit de véritables services publics socialisés. Pourtant, même si cette idée (qui a été longtemps battu en brêche par les succès du capitalisme dans la deuxième partie du 20ème siècle) reprend aujourd’hui une incontestable popularité, elle n’est pas encore capable d’emporter l’adhésion de larges masses.

Les millions de salariés de France continueront dans ce contexte à avancer, d’abord pour la satisfaction de leurs revendications immédiates, pour l’arrêt des politiques régressives et pour la mise en œuvre de nouveaux droits. Ce n’est qu’au cours de cette lutte que l’idée d’une autre organisation sociale pourra (devra) être portée, afin d’être expliquée, popularisée et d’acquérir la force nécessaire.

Dans ce contexte, comme cela a été montré durant les mois précédents, en fonction e l’évolution de la situation politique, économique et sociale, les évolutions idéologiques peuvent être rapides. Il serait très dangereux de considérer que la France Insoumise est définitivement installée. Si elle continue à ne pas voir les véritables enjeux stratégiques, elle perdra très vite en popularité.

Il est donc indispensable de construire une force capable en même temps :
1. de mener les luttes politiques du jour, au fur et à mesure de leur développement, c’est à dire de construire un large rassemblement populaire permettant en France de stopper les politiques néo-libérales et d’austérité, et d’améliorer immédiatement la situation économique et les droits sociaux de la population
2. de populariser et de donner corps à l’idée d’une autre organisation sociale.

Le parti communiste, à condition d’être conscient de ses responsabilités, peut encore prendre l’initiative et le rôle dirigeant dans cette perspective. Cela suppose, pour la 1ère tâche, d’ouvrir sans exclusive, mais aussi sans faux-semblants le dialogue à gauche. Y compris avec les militants et dirigeants « de gauche » du parti socialiste. Rien ne serait pire que de repousser l’ensemble des socialistes vers En Marche et Emmanuel Macron. Au contraire, il faut leur proposer un programme clair, simple et ambitieux d’amélioration du sort des classes populaires et de sortie des logiques libérales (mise en œuvre de nouveaux droits sociaux).

Le second tour est une occasion très importante pour le faire. Il n’est pas concevable de ne pas appeler à battre le FN. Ce parti d’extrême droite n’aspire pas pour rien au pouvoir. Il le démontre amplement dans les mairie qu’il gère, que ce soit à Béziers, à Hénin Beaumont, à Hayange ou ailleurs. A chaque fois, la même logique est à l’oeuvre : taper sur les plus faibles et briser toute résistance. Ce parti constitue un danger mortel et il a déjà pris trop d’importance.

En même temps, il n’est pas possible d’appeler à battre le FN sans annoncer tout de suite un plan de bataille visant à unir la gauche anti-libérale pour lui donner les moyens de remporter les législatives. Et remporter les législatives est impossible, sans à la fois, une ligne et un programme clair, et une logique de rassemblement des 25 % d’électeurs ayant voté pour Mélenchon et Hamon, renforcé d’une capacité nouvelle d’attraction.

En d’autres termes, battre Le Pen le 7 pour battre Macron en juin. Le chantier est immense, mais ce qui a été accompli depuis un an était juste inimaginable.

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3 Commentaires

Publié par le mai 2, 2017 dans Uncategorized

 

3 réponses à “Frank Marsal : La petite musique de « l’insoumission », lecture critique de la situation politique

  1. leca

    mai 2, 2017 at 5:31

    Et dans trente-deux ans les archives déclassifiées de la CIA nous diront que : ‘.. reposait sur l’idée que la défaite culturelle du marxisme passerait par la création d’une nouvelle gauche plutôt que par un soutien à la droite.’

     
  2. Montoya pierre

    mai 2, 2017 at 10:15

    Analyse qui n’a rien de marxiste ,qui subordonne la méthode à l’objet .

     
  3. etoile rouge

    mai 2, 2017 at 12:05

    Tout à fait d’accord. Le point commun entre tous ceux là: un seul, l’anticommunisme parce que le communisme est seul à même de mettre un terme au capitalisme

     

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