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Macron et M le maudit… étrange rencontre, quel fascisme n’a jamais été éradiqué? …

01 Mai


C’est étrange le rôle de révélateur que joue pour moi le cinéma, pas n’importe quel cinéma d’ailleurs, celui qui correspond à ma mémoire, au point que les images ont pris la place d’épisodes entiers de ma vie, elles en sont la clé. Cette nuit, entre le premier et le 2 mai, je me réveille, la télévision est en marche et c’est le générique d’un film intitulé Fritz Lang, le démon est en nous. J’ai un moment d’hésitation et je me demande s’il s’agit d’un fritz Lang inconnu mais dès la première séquence je sais qu’il n’en est rien. Gordian Maugg, le réalisateur, tente de pénétrer par les images dans l’esprit de l’immense Fritz lang, mais ce n’est pas lui. Je l’ai souvent constaté alors qu’il semble n’y avoir que très peu de ressemblance entre le style de Lang dans la période allemande et celle de l’exil hollywoodien, on sait immédiatement que l’on est devant un film de Lang quelle que soit l’époque, c’est le cadrage mais il correspond à un questionnement d’une force inouïe. Et c’est ce questionnement qui m’importe parce qu’il m’aide à voir aujourd’hui, à tenter de m’arracher à la confusion de mon époque…

Non, Gordian Maugg n’est pas Fritz Lang, mais il a une démarche comparable à la mienne quand j’ai écris Bertolt Brecht et Fritz Lang, le nazisme n’a jamais été éradiqué. Pendant cinq ans j’ai tenté de pénétrer dans le cerveau et surtout le regard de ces deux hommes. Ce que j’ai approché me fait adhérer au propos du film sur la manière dont Lang prépare le tournage de M le maudit, tout y est, y compris le passage au parlant, le rôle de la musique, la rupture du style en passant du monumental à l’introspection. Lang et Brecht, deux antifascistes convaincus, ont ceci en commun, leur passion pour le fait divers. La rencontre que j’avais subodorée entre M le Maudit, l’opéra de quat’ sous de Brecht, et Alexanderplatz de Doblin est dite, c’est une simple note. Tout le film est centré sur ce qui niche dans le ventre et dans le bas-ventre des hommes pour les pousser au crime. Fritz Lang mène une enquête à Dusseldorf, on s’identifie au criminel comme il joue à être un responsable nazi tant pis pour celui qui se trompe sur sa pseudo ambiguité. On erre dans les bas-fonds, les guinguettes, on rencontre des hordes nazies, on traque le vampire de Dusseldorf, celui qui inspire le tueur joué par Peter Lorre, mais ce faisant il se traque lui-même avec la complicité de l’enquêteur qui est persuadé qu’il a tué sa première femme et qu’il lui a échappé à cause de ses relations. En fait on retrouve l’hypothèse de Michael Haneke dans le ruban blanc: la description d’une génération détruite par le crime des pères, l’enfant traumatisé jusqu’à l’insensibilité totale qui va devenir monstrueux et le crime que Fritz Lang avoue au vampire c’est d’avoir tué des soldats sur le front, d’y avoir perdu un œil et d’avoir été décoré. Je suis d’accord avec cette interprétation et elle est valable pour Brecht, comme elle l’a été pour les surréalistes en France et Aragon en particulier; la violence que les pères ont accompli sur leurs enfants en les envoyant à la boucherie et leur vengeance sur des victimes désarmées.

C’est étrange mais dans l’article que Positif a consacré à ma propre exploration dans l’univers mental de Lang et de Brecht, l’auteur dans un article plutôt favorable m’a reproché mon appartenance au parti communiste et les a-priori qui en découlaient. Il m’a reproché de ce fait la phrase de Fritz Lang qui dit que l’Amérique c’est un fascisme promu par élection. On retrouve cette idée chère à Brecht de la non opposition de la démocratie au fascisme mais au contraire le fait que c’est la démocratie poussée jusqu’au bout en période de crise sociale. Ce que ressentent Brecht et Lang, ils le disent à plusieurs reprises et pour eux cela débouche sur une apocalypse nucléaire, un espionnage généralisé comme dans la vie de Galilée de Brecht ou le dernier Mabuse de Lang. Ce qui se passe aux Etats-Unis est ce qui soulevait encore les consciences en Allemagne est désormais parfaitement intériorisé et devient la norme ; il n’y a plus besoin de la répression nazie, leur programme est désormais dans les têtes des hommes ordinaires.

Tout à coup en voyant ces images et un Fritz Lang à la recherche de son propre crime durant la boucherie de 14-18, la manière dont ces hommes qui ressemblent à des chacals vont en surgir pour fournir les troupes d’Hitler ne se pose plus que comme une caricature pour justifier l’ordre fasciste que l’on inscrit dans les têtes.

J’ai écouté les deux discours, celui de Marine le Pen et celui de Macron. J’ai dit le malaise éprouvé par la manière dont Ruth El krief analysait le caractère « professionnel » de Marine le Pen, comme si elles avaient quelque chose en commun, comme si elles étaient initiées. C’est en effet étrange que ces gens qui ne cessent de nous expliquer que nous risquons le fascisme si nous ne votons pas pour leur petit protégé, leur robot performant, ne réclament jamais l’interdiction de ce qui est une monstruosité et ce sont les mêmes qui nous inventent l’histoire du nazisme, tombent dans le négationnisme pour créer l’équivalent communisme égal hitlérisme, un comble. Non seulement ils ne pensent pas à demander son interdiction mais ils jouent avec selon des critères qui leurs sont communs et qui relèvent du spectacle télévisuel, de sa logique.

Mais il y avait aussi la reconnaissance d’une comédie, une sorte de parodie d’un phénomène beaucoup plus pernicieux et qui fait surgir le fascisme que l’on n voit pas parce qu’il est déjà dans nos têtes. Je me suis demandée si quelqu’un en écoutant le discours de Macron avait entendu cet étrange appel à la soumission aux élites, à ceux qui savent. Il y a ceux qui ont du talent, les autres doivent leur obéir. Il a même utilisé Ricoeur qui aurait été stupéfait de se voir ainsi kidnappé pour cette étrange cause, lui faisant dire à l’étudiant qui demandait au nom de quoi il devait l’écouter : « moi j’ai tous les droits parce que j’ai lu des livres ». Étrange retournement que Macron qui est en quelque sorte l’héritier du libéralisme libertaire des gauchistes, de ceux qui comme Cohn-Bendit faisaient déjà de mai 68 un maïdan mettant en cause de fait le service public; en particulier l’école pour être à la base du phénomène néo-conservateur. Pour quelqu’un qui prend la Guyane pour une île, s’empêtre dans les citations et pille les auteurs pour leur faire dire le contraire de leur pensée, cette référence à la culture est monstrueuse, comme l’est ce regard vide, cette froideur.

Ce qui est sûr c’est que l’affaiblissement du communisme et la renonciation à l’éclairage marxiste fait que nous sommes tous pris dans cette confusion qui prend avec Le Pen et Macron des allures caricaturales, celle de l’autoritarisme du chef sur les masses au profit de la survie d’un capitalisme qui a fait son temps. Même les communistes ne sont pas à l’abri de ces fausses oppositions. Hier j’ai lu cette déclaration d’un élu de la Courneuve qui expliquait que le parti communiste avait raté trois rendez-vous, celui de la destalinisation, celui de mai 68, il ne fallait pas rater celui des Insoumis. Comme par hasard dans une certaine mesure ce qu’il dénonçait par sa proclamation c’est que le parti communiste ne soit pas allé assez loin dans la destruction du collectif au profit du libéral libertaire et d’une politique qui est un simple moment électoral autour d’un leader auquel on s’identifie… la fin des partis comme pour Macron, le collectif devenu foule et solitude. Il est évident que de ce point de vue ma critique du « phénomène » Macron ne se limite pas à lui et dans une certaine mesure rejaillit sur « les Insoumis ». Le succès relatif de la candidature Mélenchon nous est présentée comme la victoire d’une autre façon de faire de la politique alors que l’on peut plus sûrement y voir le résultat du mouvement revendicatif contre la loi El Khomery. Une sorte de transformation du combat de classe en destruction du collectif dans des mouvements comparables au gauchisme de mai 68 et de ses ambiguïtés. Tout cela reste à analyser, il faut faire des choix face auxquels nous n’avons aucune assurance.

Quelle est la nature réelle du fascisme auquel nous sommes confrontés, celui que Brecht et Lang voyaient surgir de la société américaine… et qui est en train de s’étendre sur la société française… Le fascisme contre lequel nous cherchons à nous prémunir n’a pas qu’un visage… Mais il a un fondement ou plutôt deux. Le premier le plus essentiel est la rupture avec les classes populaires, l’absence du parti au plus près de leurs solidarités qui accompagne l’ubérisation en marche de la société, campagnes qui se désagrègent faute de service public, délocalisations et dans les villes constitution d’une couche en train de s’auto-exploiter, trafics en tous genre, travail au black, précarité. Macron pousse en ce sens et la démagogie politique, le mépris des organisations fait le reste… Le second est le capitalisme qui pousse l’individualisme jusqu’à la destruction de fait des individus qui ne sont riches que de la richesse de leurs rapports sociaux… la monstruosité insensible…

Danielle Bleitrach

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Publié par le mai 1, 2017 dans Uncategorized

 

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