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Extrême-droite vs candidat des banques : la catastrophe n’est pas imminente, elle est déjà là

26 Avr
 Toujours optimistes nos camarades du NPA, mais là je dois dire que je ne suis pas loi de partager leur diagnostic, ne serait-ce que parce que nous n’avons pas un Lénine capable de dénoncer la catastrophe imminente mais aussi les moyens de la conjurer. remarquez à quel point cet article s’entend comme celui publié ici par le Figaro sur la caricature de lutte des classes que représente cet alternative catastrophique. Pourtant il est aussi évident ne serait-ce qu’à travers le vote mélenchon, s’est dessiné un autre possible, même si selon moi quels que soient les mérites du candidat là aussi il a manqué un parti. L’avenir nous dira ce que nous sommes capables d’inventer et de créer pour sortir de cette « catastrophe imminente » ‘note de danielle Bleitracu)
Disons-le clairement : cette configuration de second tour est une catastrophe.
Parce que le FN y est présent, bien entendu, et que le peu de réaction que cela suscite en dit malheureusement long sur la normalisation de l’extrême-droite.
Mais aussi parce que l’adversaire de Le Pen au second tour est, malgré sa large avance dans les sondages, l’opposant rêvé pour le FN.
Polarisation de classe
Macron est en effet celui qui incarne le plus le mythe de la mondialisation heureuse, et des prétendues vertus du néo-libéralisme, de la dérégulation financière, de la déréglementation du marché du travail, de l’eurobéatitude, etc. Face à celui qui se pose fièrement en champion de la mondialisation néo-libérale, Le Pen se pose frauduleusement, mais logiquement, en représentante des exclu-e-s de cette mondialisation.
Et il suffit de faire un peu de sociologie électorale pour mesurer l’étendue des dégâts : plus on est dans les « CSP+ », plus on vote Macron, plus on est dans les « CSP- », plus on vote Le Pen ; plus on a des hauts revenus, plus on vote Macron, plus on a des bas revenus, plus on vote Le Pen ; plus on est diplômé, plus on vote Macron, moins on est diplômé, plus on vote Le Pen, etc. Ces tendances opposées, qui font écho à la sociologie de la France du « Oui » et de celle du « Non » au référendum de 2005, n’ont jamais été aussi marquées qu’à l’occasion de ce second tour.
Autant dire que le vote du 7 mai va être marqué par une polarisation de classe, et risque de se solder par un vote avec de puissantes dynamiques de classe. Tout n’est évidemment pas chimiquement pur et ces dynamiques de classe n’équivalent pas, côté FN, à un vote de classe à strictement parler, puisque les motivations premières de son électorat sont racistes et sécuritaires, et non économiques et sociales. Mais les tendances lourdes sont là, aussi contradictoires soient-elles, et c’est ce qui est le plus inquiétant.
Le discours dominant chez les éditorialistes, sondologues et responsables politiques enfonce encore un peu plus le clou : les électeurs et électrices de Macron seraient pour la modernité, la marche « normale » du monde, le renouvellement politique qui accompagne le progrès technologique, etc. ; les autres seraient tournés vers la passé, peu cultivés, réfractaires au progrès, fermés sur le monde : des beaufs ouvriers, des chômeurs décérébrés.
La nécessaire mobilisation contre le FN, formation politique qui représente le pire des dangers pour les libertés démocratiques, pour les classes populaires, pour les femmes, les LGBTI, les étranger-e-s et les Français-es non-Gaulois, ne peut s’abstraire de ces considérants de classe. Et c’est pour cela que la configuration du deuxième tour, avec un Macron qui incarne une vraie politique de classe, celle des dominants, est catastrophique.
Le vote Macron n’est ni le problème, ni la solution
Et voilà pourquoi, comme tant d’autres, je n’appelle pas à voter Macron. Et absolument pas, comme je le lis ici ou là à propos de celles et ceux qui sont sur cette position, parce que nous tracerions un trait d’égalité entre Macron et Le Pen, entre la démocratie bourgeoise et le fascisme. Je suis en ce sens en plein accord avec la déclaration de Philippe Poutou le soir du premier tour, qui désigne clairement le FN comme notre adversaire mortel et qui ne dénigre aucunement celles et ceux qui iront voter Macron.
Mais face à une telle polarisation de classe, il me semble inenvisageable, lorsque l’on a publiquement soutenu une candidature de classe comme celle de Philippe Poutou, de joindre ma voix au chœur de ceux qui non seulement nous écrasent depuis des décennies, mais sont fiers d’annoncer qu’ils vont continuer à le faire. Le résultat du premier tour et la polarisation qui s’annonce au deuxième tour sont la conséquence du brouillage des repères de classe, et autant éviter de les brouiller encore plus en appelant à voter Macron.
Ce qui ne signifie pas, contrairement à ce que certains affirment, être passif et « laisser les autres aller voter en se bouchant le nez ». Car se battre pour que Le Pen ait le moins de voix possible, ça ne se résume pas à voter ou faire voter Macron. Ce n’est pas seulement faire baisser son score en valeur relative, mais aussi en valeur absolue, en décourageant les gens de voter pour elle. C’est le sens du mot d’ordre « Pas une voix pour Le Pen », que l’on retrouve notamment dans les communiqués de la FSU et de la CGT, peu suspectes de naïveté face à l’extrême-droite, et qui n’appellent pas elles non plus à voter Macron.
Faire reculer le FN, pas le contenir
Or faire perdre du soutien et des voix à Le Pen, c’est possible : a-t-on déjà oublié l’impact du « grand débat » du 4 avril, et de l’attaque de Philippe Poutou contre Le Pen qui est apparue bien impuissante face à un ouvrier qui expliquait qu’elle faisait partie du système ? Une attaque frontale face à laquelle elle est restée, c’est suffisamment rare pour le souligner, silencieuse. De l’aveu même des dirigeants du FN, ça leur a fait beaucoup de mal, ça leur a fait perdre des voix, ça a largement écorné son image de « candidate du peuple » et ça a laissé des traces.
Pas plus tard que ce matin, sur le marché de Rungis, Le Pen s’est faite huer par des commerçants aux cris de « Poutou ! Poutou ! ». Et il y a fort à parier que ces commerçants n’avaient pas voté Poutou… Il ne s’agit évidemment pas de dire que tout se résume à quelques minutes de télévision le 4 avril dernier. Cependant, ce qui est certain, c’est qu’il n’y a aucune fatalité à ce que la majorité des exclus de la mondialisation votent Le Pen. Mais on ne les convaincra pas de voter Macron, candidat assumé des forces qui ont provoqué leur exclusion.
Il ne s’agit évidemment pas de sombrer dans des discours du type « il faut comprendre les préoccupations des électeurs du FN ». Ça, on sait où ça mène : on commence par dire que le FN pose de bonnes questions mais apporte de mauvaises réponses, puis on dit que le FN pose de bonnes questions mais que toutes ses réponses ne sont pas bonnes, et enfin on dit que le FN pose de bonnes questions et apporte de bonnes réponses mais qu’il n’a pas la capacité à les mettre en œuvre, contrairement à nous, gens responsables.
Donc ne rien concéder sur les questions antiracistes, sur l’internationalisme, sur les droits des femmes et des LGBTI, sur les questions de démocratie, de libertés publiques, etc. Et le dire haut et fort dans les jours qui viennent (et après). Mais comprendre aussi que cela ne suffit pas, et qu’il faut également attaquer le FN sur son autre terrain de prédilection : le parti soi-disant hors système, au service des petits et des exclus. Car si on ne fait pas ça, on passe à côté de la problématique de classe, et on n’effrite que très peu le socle électoral du FN.
Là où il est élu, le FN réduit les subventions attribuées aux cantines scolaires, contraignant les plus pauvres à retirer leurs enfants de la cantine. Là où il est élu, le FN baisse les budgets des écoles, supprime le 13ème mois aux employés municipaux, ferme les locaux du Secours populaire. Au Parlement européen, le FN vote pour la directive « Secret des affaires » présentée par la commission européenne, qui permet aux multinationales de toujours mieux tricher, frauder et persécuter les lanceurs d’alerte.
Le FN pique dans les caisses, le FN détourne de l’argent, le FN se planque derrière les lois du « système » qu’il prétend combattre. Le FN est dirigé par une riche héritière, qui vit de la politique, et qui est entourée de gens qui méprisent les ouvrier-e-s, les salarié-e-s, les pauvres, comme ils ont eu l’occasion de le démontrer en injuriant Philippe Poutou après le débat du 4 avril, à propos de sa tenue vestimentaire, de sa façon de parler, de son investissement syndical pour défendre les conditions de travail chez Ford et ailleurs.
La catastrophe ne va pas arriver : elle est arrivée
Et tout ça, ce ne sont évidemment pas les partisans de la mondialisation néo-libérale, qu’ils soient au PS, chez Macron ou aux Républicains, qui vont le dire, car ils font pareil. Alors ne nous trompons pas d’adversaires, ni d’alliés. Notre problème n’est pas de nous empailler entre nous à propos du vote Macron. Pour ma part, je ne mènerai aucune campagne contre le vote Macron, ni ne tenterai de décourager ou de faire culpabiliser celles et ceux qui vont aller voter. Et ce serait bien que cela marche dans les deux sens, car on a autre chose à faire.
Si la discussion se polarise, et c’est bien ce que certains voudraient, autour de la question du bulletin de vote Macron, les questions politiques disparaissent, ainsi que toute perspective au-delà du 7 mai. Or c’est bien de cela dont il s’agit. Face au FN, il s’agit de construire un front social et politique aussi intransigeant sur les questions antiracistes, internationalistes, féministes, démocratiques… que sur les questions de justice sociale, de partage des richesses, de déprofessionnalisation de la politique, de lutte contre la marchandisation du monde et l’appropriation capitaliste. Le premier rendez-vous, c’est le 1er mai prochain. Et il faudra en organiser bien d’autres.
À nous de mener campagne ensemble contre notre adversaire mortel, le FN. À nous de mener une campagne antiraciste, internationaliste, féministe, démocratique, contre l’ultra-réaction que représentent Le Pen et son parti. Mais une telle campagne ne pourra faire reculer le FN, à court, moyen ou long terme, que si elle intègre aussi, et sans tergiverser, les questions de classe. Alors, que l’on vote Macron (à reculons) ou pas, il faudra clairement dénoncer les politiques, et les responsables politiques, qui ont permis l’ascension du FN, y compris Macron. Et que l’on soit militant-e dans un parti ou pas, dénoncer le FN comme un parti du système, et contribuer à reconstruire du collectif et de la conscience de classe là où elle a quasiment disparu.
Le pire n’est jamais certain, mais un deuxième tour mettant aux prises le candidat des banques et la candidate de l’extrême-droite n’est pas l’annonce d’une catastrophe qui pourrait survenir. La catastrophe est déjà là. Et s’il ne s’agit évidemment pas d’adopter une posture professorale, on peut se le dire franchement : l’heure n’est ni aux leçons de morale, ni aux raccourcis électoraux, ni aux demi-mesures, mais bien à l’engagement, collectif, durable, et radical.
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3 Commentaires

Publié par le avril 26, 2017 dans Uncategorized

 

3 réponses à “Extrême-droite vs candidat des banques : la catastrophe n’est pas imminente, elle est déjà là

  1. etoile rouge

    avril 26, 2017 at 12:04

    Permettez moi de faire remarquer le point aveugle du raisonnement : c’est que 66% des français n’ont pas voté pour le JANUS capitaliste LE PEN MACRON. Toutes ces enquêtes finissent par cacher cette énormité et de plus compte tenu du résultat élevé de MELENCHON il est évident que cela met en cause ces raisonnement très simpliste.
    Pris individuellement le soi-disant vainqueur de l’élection forcée présidentielle n’a qu’un appui de premier, tour au plus de 17% des inscrits. Je dirais plutôt : quelle faiblesse et quelle magouille que par des institutions dépassées et antidémocratiques le peuple français se voit imposer un candidat et une orientation soutenus seulement par 17% des inscrits au maximum.
    De plus MACRON n’est pas un candidat qui peut permettre de combattre le FN puisque sa politique indirecte c’est par son antinationalisme, son anticommunisme ( voir HOLLANDE et sa déclaration) sa haine de l’égalité, sa haine de la liberté des peuples qui ne seraient libres que s’ils acceptent la chape euro américaine donc le délitement national touchant en priorité les classes ouvrière et populaire, un tel candidat peut fermer la porte au changement exclusivement avec le candidat anti système ( on ne sait jamais de quel système il s’agit- même langage que TRUMP- le FN..
    La FI doit comprendre qu’elle doit s’engager résolument dans la défense de classe des ouvriers et classes populaires car sinon leur classes dites faussement moyennes s’effondrera dans les 10 ans. Leur vie est en jeu , le capitalisme actuel ne gère que par l’effondrement, le chaos, le massacre ce qui facilite l’expropriation et la captation de la plus value en rendant impossible ou très difficile une réaction révolutionnaire de l’ensemble des classes populaires. Mais à 17% des inscrits nul doute que le peuple de France va surprendre les salopards américanisés .
    Mais combien manque le marxisme, le léninisme et un vrai PCF qui en aurait fini avec sa honte du communisme qui a réellement existé.

     
  2. etoile rouge

    avril 26, 2017 at 12:11

    Je remarque au demeurant qu’à Marseille dans les quartiers 14, 15,16 l’abstention est de plus de 40%. Les classes qui ont intérêt au rassemblement contre les euro américains capitalistes sont encore sur la touche alors qu’elles ont paradoxalement porté MELENCHON à 40% pour ceux qui se sont exprimés, le FN y est laminé. Cela peut s’accentuer dans 14,15,16 mais comment si le PCF ne comprend rien à rien et continue sa politique minable de gestionnaire des postes et de haineux antisocialisme existant? On peut faire . Que les bouches s’ouvrent au sein du PCF . Il faut participer aux réunions à venir et cibler l’essentiel: analyse de classe, orientations de classe.
    Pas de voix pour le FN veut dire voir et mobiliser contre le programme FN , en montrant que MACRON et les européistes ne peuvent que le renforcer ou mener à la guerre civile et mondiale les uns comme les autres.

     

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