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HÔ CHI MINH, JOURNALISTE À « L’HUMANITÉ »

11 Avr

Publié le 10/04/2017
L’Humanité du 1er juin 1922 ; source RetroNews BnF
AU DÉBUT DES ANNÉES 20, LE FUTUR PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU VIÊT NAM PUBLIA DES ARTICLES ANTICOLONIALISTES DANS LE JOURNAL COMMUNISTE.

Entre 1920 et 1923, on trouve en bas de plusieurs articles de L’Humanité la même signature : Nguyen Ai Quac. Ce pseudonyme, qui signifie « Nguyen le Patriote » en vietnamien, est celui d’un journaliste et militant communiste du nom de Nguyễn Sinh Cung. Des années plus tard, celui-ci sera connu dans le monde entier sous celui de Hô Chi Minh.

Né en 1890 dans le nord de l’Annam, province de l’Indochine française, il vit en France depuis 1918. Lié à la gauche française (il adhère à la SFIO en 1918, puis au Parti communiste en 1920), il y publie un livre, Le Procès de la colonisation française, et rédige de nombreux articles dans lesquels il rapporte les injustices vécues par ses compatriotes et dissèque l’actualité coloniale. Certains paraissent dans le journal qu’il a créé, Le Paria, d’autres dans la rubrique « L’Humanité aux colonies » du quotidien communiste.

Le jeune militant prône une complémentarité, au sein du Parti communiste, entre la lutte ouvrière et la lutte anticoloniale. Dans un article paru le 25 mai 1922, il écrit ainsi :

« Le parti français ne peut, comme les Ire et IIe Internationales, se contenter de manifestations purement sentimentales et sans suites ; mais il doit avoir un plan d’action précis, une politique effective et réaliste. »

Le 1er juin 1922, il dénonce avec virulence la situation dans les colonies :

« Pour masquer la laideur de son régime d’exploitation, le capitalisme colonial décore toujours son blason pourri avec la devise idéaliste Fraternité, Égalité, etc. Or voici comment ce champion d’égalité entend la mettre en pratique. Dans le même atelier et pour le même travail, l’ouvrier blanc est plusieurs fois mieux payé que son frère de couleur. Dans les administrations, les indigènes, malgré la durée de service et malgré l’aptitude reconnue, touchent un salaire de famine, tandis qu’un blanc nouvellement pistonné reçoit des appointements supérieurs en faisant moins de travail. »

 

Le 24 juin et le 20 août, il publie deux contes amers sur l’Indochine, « Les Lamentations de Trung-Trac » et « L’Enfumé ». Le 28 septembre, il s’en prend à la censure postale qui frappe les habitants des colonies :

« Alors qu’on tue et qu’on vole impunément les indigènes, ceux-ci n’ont même pas le droit le plus élémentaire, celui de correspondre. Cette atteinte à la liberté individuelle vient ajouter un autre diadème sur la couronne de l’ignoble politique de mouchardage et d’abus qui règne dans nos colonies. »

Le 8 janvier 1923, épluchant le budget des Colonies, il ironise sur la « mission civilisatrice » de la France :

« Si nous ajoutons que, rien que pour l’Indochine, les dépenses militaires dépassent, en millions 600 000 fr., alors que le budget pour l’Instruction publique n’atteint pas mille piastres, et celui pour les services sanitaires 55 mille piastres, on voit toute la beauté du régime colonial de la débonnaire et désarmée République française. »

À cette époque, L’Humanité était le seul quotidien à grand tirage ouvertement anticolonialiste.

En mai 1923, Nguyễn Sinh Cung est convié à Moscou, où il est formé par le Komintern, qui l’envoie en Chine construire les bases d’une organisation révolutionnaire indochinoise. Fondateur en 1930 avec Mao du Parti communiste indochinois, il mènera la lutte contre les colonisateurs français, puis l’occupant japonais à la tête du Viêt-minh, jusqu’à la révolution d’Août, en 1945. Celle-ci aboutira, le 2 septembre, à l’indépendance de la République démocratique du Viêt Nam.

Devenu président en 1954, à la suite des accords de Genève, celui qu’on appelle désormais Hô Chi Minh meurt le 2 septembre 1969, vingt-quatre ans exactement après la proclamation d’indépendance.

 

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Publié par le avril 11, 2017 dans Uncategorized

 

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