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Nuit Debout ! Un acte de portée politique dans le transfert social Réflexions de psychanalyse sociale (dernière partie)

09 Avr

un texte proposé par un « ami » communiste qui poursuit la rencontre – aussi impossible et pourtant heuristique que celle entre la relativité et l’analyse quantique- celle entre Marx et Freud, sur 1917, sur le court 20e siècle et sur la guerre qui menace aujourd’hui (note de Danielle Bleitrach pour histoire et societe)

dimanche 9 avril 2017, par Hervé Hubert

De la CIA à la Mafia, d’Hiroshima à Fukushima, de Fukushima à Fukuyama, l’odeur capitaliste de la fin de l’histoire résonne avec Nagasaki, triomphe de l’État post-nazi

Dans notre monde accidentalisé, nous nous apprêtons à vivre un effondrement, pour l’instant encore larvé. Mais les larves éclosent aujourd’hui à une vitesse capitalistiquement exponentielle.

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Paul Éluard — Liberté, j’écris ton nom
Poème illustré par Fernand Léger (1881-1955)
Sérigraphie en couleurs par Roger Klein. Paris, Seghers, [s.d.] Dépliant 1115 x 290.
© Tous droits réservés

Des élections étasuniennes aux élections françaises, des situations sociales clivées aux vies concurrentielles en cours, migrantes ou stagnantes, des destins humains broyés aux potentiels vivants étouffés, des injonctions à vivre dans le conformisme de la fausse démocratie aux exigences de la bien-pensance consensuelle, des propagandes visibles et invisibles qui conditionnent notre vie quotidienne aux gouvernements qui les organisent en toute impunité, comment poursuivre dans ce louche refus de ne vouloir voir la catastrophe à venir ?

Le XXe siècle a été marqué par trois ruptures éthiques majeures : le nazisme d’Hitler, la dictature de la Propaganda politico-économico-médiatique inventée par le double neveu de Freud, et enfin Hiroshima-Nagasaki. Dans ces trois ruptures le rôle des États-Unis, de son idéologie et de ses pratiques meurtrières de masse est évident.

Ces ruptures se sont effectuées dans la logique capitaliste, celle que Marx puis Lénine avaient clairement identifiée : le brigandage et la rapine par l’organisation du chaos et de la guerre.

Les effets de ces ruptures prospèrent au XXIe siècle sur le mode capitaliste-exponentiel qui est le sien aujourd’hui et organisent un fascisme mondialisé, c’est-à-dire un fascisme conduit par le complexe militaro-industriel étasunien. Ce fascisme est un fascisme de la vie quotidienne via la dictature de la fonction capitaliste de l’argent dans cette civilisation de l’achat et de la vente pour le profit jouisseur et exploiteur, aussi bien qu’un fascisme militaire dans la vie internationale. Nous sommes pris dans ce transfert fasciste bifide, et son insu.

Que vient faire le phénomène Nuit Debout dans cette galère capitaliste ?
J’ai dans les cinq articles précédents insisté sur ce qui pouvait être avancé à partir de l’événement politique qu’il a été et surtout à partir de quoi il pouvait encore faire signe : questions sur l’État, questions sur l’organisation d’un refus et la mise en place d’une dynamique de vie sociale à partir d’une base autre. C’est, autrement dit, faire signe vers une Révolution sociale et politique.

Il s’agit donc de pouvoir faire refus radical, rupture radicale dans tous les domaines de l’organisation sociale et la façon de prendre les problèmes, y compris scientifiques et cela est un point essentiel que Marx a auguré par son œuvre en partant d’un renversement dans les modes de rapport au savoir, au faire, au produire. Dès lors la question se pose : comment organiser un refus de masse qui ne soit pas seulement dans le registre de la protestation ou de la manifestation mais qui puisse avoir la portée de quelque chose de sensible qui concrètement fasse arrêt de fonctionnement du capitalisme ? Comment fabriquer une autre vie sociale aujourd’hui, une autre vie, sans se rabouter à un Au-delà religieux ou à des lendemains qui chantent ?

Une abolition peut toujours se décréter d’en haut d’une hiérarchie d’État, l’important est que ce qui est aboli ne doit plus avoir de valeur de fonctionnement social, condition de son abolition réelle.

Il s’agit donc pour faire Révolution de mettre en route des valeurs sociales qui fassent fonctionner du nouveau dans les communs et provoque l’arrêt du fonctionnement capitaliste.

Il convient de changer de base de façon radicale dans la construction sociale commune au niveau mondial. Cela est capital sous peine du même nom : il s’agit de partir de logiques et de pratiques a-capitalistes plurielles qui mettent en commun et travaillent le commun afin de construire des poly-communismes différentiels. Il apparaît clairement que la logique capitaliste dirigée par les États-Unis d’Amérique est mortelle pour l’humanité dans différents registres, telle est la signification de ma rime : « De la CIA à la Mafia, d’Hiroshima à Fukushima, de Fukushima à Fukuyama, l’odeur capitaliste de la fin de l’histoire résonne avec Nagasaki, triomphe de l’État post-nazi »

Les transcendance meurtrières

La question de la fonction sociale de l’État est essentielle. Il a été mis en évidence depuis plusieurs décennies l’importance de la philosophie hégélienne dans ce qui pourrait être nommé modèle de l’État moderne. François Châtelet a de façon limpide analysé ce phénomène et l’a nommé de belle manière « l’État savant » [1]. L’État moderne est l’État hégélien, soit une certaine idée de la servitude : « L’humanité a été affranchie moins de la servitude que par la servitude » écrit Georg Friedrich Wilhelm Hegel dans sa Philosophie de l’Histoire. Il met en pièces le vivant : « L’Église a soutenu le combat contre la barbarie de la sensualité grossière d’une manière aussi barbare et terroriste » et la terreur de l’au-delà était nécessaire pour « émousser l’esprit déchaîné et le dompter jusqu’à ce qu’il devienne calme » écrit-il encore.

« Y’a comme un défaut » dans le costume de la philosophie de l’histoire qui guide l’État moderne et rend la terreur nécessaire, terreur qui s’appuie sur la transcendance. Ce qui passe aux oubliettes de la forclusion dans la philosophie d’Hegel est le meurtre de l’autre. L’anecdote du philosophe voyant passer dans sa ville d’Iéna le cavalier Napoléon et s’exclamant avoir vu l’Esprit à cheval, en dit long sur la phénoménologie qui s’y raccorde.

Dans son ouvrage consacré à la philosophie de François Châtelet, Gilles Deleuze débute par un point essentiel : la fonction des transcendances. Après avoir souligné que ce qui distinguait Châtelet était sa manière de récuser Dieu, et toute transcendance. « Toutes les transcendances, toutes les croyances en un monde autre, il les appelle ‘’outrecuidances’’ » [2]. Je vais citer l’extrait de l’ouvrage Les années de démolition choisi par Deleuze à cette occasion du fait même de la puissance du texte et de son actualité brûlante : « Dans notre jargon de philosophes, un principe posé à la fois comme source de toute explication et comme réalité supérieure, nous appelons cela transcendance. Le mot est joli et je le trouve commode. Les outrecuidants, petits ou grands, du leader de groupuscule au président des États-Unis, du psychiatre au P.-D.G., fonctionnent à coups de transcendance, comme le clochard à coups de rouge. Le Dieu médiéval s’est éparpillé, sans pour autant perdre de sa force et de son unité formelle profonde : la Science, la Classe ouvrière, la Patrie, le Progrès, la Santé, la Sécurité, la Démocratie, le Socialisme — la liste serait trop longue — en sont autant d’avatars. Ces transcendances ont pris sa place (c’est-à-dire qu’il est encore là, omniprésent), qui exercent avec une férocité accrue leurs tâches d’organisation et d’extermination » [3].

Cet extrait est d’une importance extrême. Un signifiant porté à cette fonction de transcendance peut fonctionner de façon meurtrière, quelles que soient les intentions de Raison ou de Vérité. Ce signifiant prend une valeur transcendante, et commande quelles que soient les conditions subjectives ou sociales réelles. Cela concerne toutes les institutions, et bien évidemment aussi la Psychanalyse. Le Nom du Père, le Signifiant, la dite Psychose pour reprendre des thèmes qui sont travaillés dans nos Ateliers Pratiques de Psychanalyse Sociale peuvent prendre, cette fonction meurtrière liée à la transcendance et cela est malheureusement le bénédicité ordinaire des Églises ou chapelles psychanalytiques.

Cet extrait choisi doit pouvoir servir d’outil. Il s’agit de repérer et d’étudier, loin d’une logique de jouissance de la dénonciation d’une faute chez les autres, comment nous pouvons glisser, dans nos pratiques et nos théories multiples vers ces fonctionnements « à coups de transcendance », et les occasions sont à foison. Cela fait partie de notre vie quotidienne, de notre transfert quotidien dans la vie sociale, y compris pour des choses dites banales, notamment dans le premier groupe social qu’est la famille. Il s’agit de bien saisir ainsi qu’en politique, un mot comme République peut dans le cadre de l’État moderne occidental fonctionner comme théologie laïque fondée sur la transcendance et non l’immanence.

Nous sommes donc facilement pris dans des transferts vers des transcendances et les formes de négations du meurtre qui lui sont associées.

L’État dirigé dans son fonctionnement par des Experts administre un savoir essentiellement bureaucratique, sans lien avec la pratique sociale concrète et cela peut produire des effets dévastateurs dans différents domaines de la vie sociale. De même La théologie de la République, de la période coloniale à la guerre d’Algérie, de la guerre d’Algérie à la période postcoloniale actuelle, porte cette férocité soulignée par Châtelet. Le Dieu médiéval est devenu le Dieu qui a le droit absolu de tuer pour cause de propriété au nom d’une transcendance précise. Il est le paradigme transférentiel de beaucoup de meurtres et de guerres actuels.

Il y a un ajout important à faire à la critique de l’État Hégélien et de sa forme totalisante. François Châtelet fait en 1979 la supposition d’un trou dans la prophétie hégélienne de la fin de l’histoire. « Cette dernière [4] sera caractérisée par l’apparition de l’État mondial, phase ultime et promesse de transparence ; entre-temps, se déchaîneront de grandes guerres internationales, produisant des synthèses territoriales successives conduisant à la synthèse finale » [5]. Déjouant le calcul illustré par l’engagement de Kojève comme « conseiller du Prince » [6], il apparaît, indique Châtelet, que dans cet entre-temps « si ces guerres ont bien lieu » [7], « il y a au contraire multiplication des souverainetés » [8], mise en place de « territoires de gestion qui se recoupent, se recouvrent partiellement, interfèrent, mais demeurent hétérogènes les uns aux autres » [9].

L’important est ceci : « La mise en fonction de ces institutions multiples étatiques, para-étatiques privées, mais reconnues en droit ou en fait comme “d’utilité publique”, tantôt massives, tantôt d’apparence modeste, qui réglementent et qui contraignent, réintroduit une disparité de commandements digne de celle qu’on attribue aux régimes “féodaux’’, à cette différence que tous, potentiellement, y sont assujettis » [10]. Pourquoi est-ce important ? Il y a dans cette analyse de Châtelet les prémices de ce que nous pouvons analyser aujourd’hui : le retour de pouvoirs féodaux corrélé à la transcendance meurtrière, qui fonctionne comme le Dieu médiéval féroce. Le pouvoir se féodalise de plus en plus au niveau de sa hiérarchie et de son mode de fonctionnement dans le régime économique capitaliste actuel qui met en tension le multiple et l’Un de l’impérialisme américain. Il y a donc une faille, un trou dans la conception de l’État mondial et des valeurs y sont poussées pour fonctionner, et ce qui s’est produit depuis la fin des années 70 est la mondialisation progressive de la valeur Business.

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« La propagande est l’organe exécutif
du gouvernement invisible »
(E. Bernays, Propaganda, 1928)
Pour une révision du Grand Robert
de la langue française
© I. Chaumeille pour L’Airétiq. Avril 2017

Je l’ai indiqué dans l’atelier de l’APPS qui porte cette année sur la valeur : ce point concernant l’ordre étatique se croise étroitement avec le nazisme. Alfred Rosenberg reprochait à la Révolution française d’avoir brisé un ordre hiérarchique dans le pouvoir d’État, et liait cela à la valeur « sang ». Il s’agit bien pour le nazisme de faire fonctionner cet ordre féodal qui lie un pouvoir à la transcendance meurtrière, à la question de l’héritage et de la propriété privée, et qui a la spécificité de faire fonctionner les « valeurs de la race et du sang » dans la ségrégation sociale jusqu’à y inclure La Science.

Ma thèse est que nous sommes toujours dans le post-nazisme, l’époque post-nazie, et cela est gravissime dans le transfert social que cela produit. Dans un autre registre, mais qui se raccorde directement au précédent, le pouvoir de la Mafia intervient via la CIA dans le gouvernement des États-Unis et à sa suite des États berniaisés. Ce pouvoir fait également fonctionner cet ordre féodal, familial et transcendant du Godfather : il y a des offres qui ne se refusent pas ; ainsi soit-il ! dans le sacro-saint capitalisme… Dans le transfert produit par le capitalisme, aux formes de négations du meurtre liée à la transcendance, s’ajoute le transfert de cet ordre féodal féroce.

Il convient donc de partir d’une base autre, et dans l’histoire il y a ce qui fut impulsé par Lénine et la Révolution de 1917, ce qui est généralement appelé communisme [11].

La question des valeurs communistes

Je débuterai par l’apport d’Alain Badiou autour de l’Idée du communisme [12] qui a le mérite de mettre en avant un signifiant essentiel pour la survie de l’humanité, celui de communisme. Il souligne par exemple dans « L’hypothèse communiste » [13] le fait qu’il aurait convenu de traiter de la Terreur attribuée à Staline dans une optique révolutionnaire et non comme l’a fait Khroutchev. Cela est essentiel car cela a soutenu une idéologie qui a permis aux philosophies libérales de proliférer, à la sauce berniaise ou béchamel, c’est égal. La référence au communisme, communément en Europe libérale ou en Amérique du Nord est devenue négative ou bien ravalée à une utopie, alors que cela n’est pas le cas dans le reste du monde.

Cependant proposer une philosophie du communisme a me semble-t-il ses limites qui sont liées au fait de prendre pour base les idées. Je l’ai déjà souligné dans ma critique de la philosophie psychanalytique de Žižek : il convient de partir du primat de la pratique sociale [14].Ce point me paraît essentiel et concerne le rapport à la philosophie de Hegel, à nouveau. Badiou l’indique clairement dans une note de bas de page : « Disons qu’il y a deux manières de sauver aujourd’hui l’Idée du communisme en philosophie : renoncer à Hegel, du reste douloureusement, et au prix d’examens répétés de ses textes (c’est ce que je fais), ou proposer un Hegel différent, un Hegel inconnu, et c’est ce que fait Žižek à partir de Lacan (lequel fut tout au long de sa vie, nous dira Žižek, explicitement d’abord, secrètement ensuite, un magnifique hégélien) » [15]. Partir d’Hegel mène à une impasse pour ce qui concerne une pratique révolutionnaire et la proposition d’Alain Badiou d’un déplacement « vers les territoires spéculatifs de mon ami Slavoj Žižek » [16], et penser « éclairant de formaliser l’opération de l’Idée en général, et de l’Idée communiste en particulier, dans le registre des trois instances du Sujet selon Lacan : le réel, l’imaginaire et le symbolique » [17], ne repose sur aucune pratique clinique sociale, individuelle ou collective. Cela aboutit à l’invalidation du repère central porté par Marx, l’Histoire : « On conviendra ensuite que l’Histoire n’a qu’une existence symbolique » [18].

Cela explique peut être ce que révèle l’interview en anglais donné par Alain Badiou au moment de la victoire de Donald Trump, un discours qui se fonde sur la transcendance, le dehors et le dedans, le retour du passé, le repère de l’Au-delà (Beyond), une évocation du nouveau fascisme bien en deçà des formulations de Pasolini sur la question et enfin un appel à soutenir Sanders pour construire une alternative. Le seul point possiblement révolutionnaire de son interview est qu’il insiste pour dire que la question de la propriété privée est à remettre en question.

La tâche aujourd’hui n’est pas de construire des alternatives — le leurre de la révolution citoyenne est du même acabit — mais de partir d’une base autre pour retourner le désastre actuel et construire une vie sociale et politique autre. Il s’agit de partir d’une base autre que celle de la démocratie accidentalisée, démocratie formelle en voie de décomposition, expression de plus en plus concrète du nouveau fascisme, décrit par Pasolini.

Ce dernier peut nous donner des clés si nous arrivons à sortir d’une logique mortifère. Interviewé par Jean Duflot, peu de temps avant son assassinat, il indique déjà sa lucidité anticipatrice à partir de la question : « En tant que marxiste, vous paraît-il suffisant de vous limiter à établir la nomenclature des indices, des signes avant-coureurs de la catastrophe d’un monde ? » Il répond : « Marxistes ou non, nous sommes tous impliqués dans cette fin d’un monde. La société pas plus qu’Œdipe n’a résolu le mystère de son existence. Je regarde la face d’ombre de la réalité. » Je soutiens, contre les psychopathes-aux-logues de tout poil, que la réalité c’est notre expérience transférentielle, transférentielle sociale dans le contexte collectif. « Je regarde la face d’ombre de la réalité parce que l’autre n’existe pas encore ». Cela est un point très important : il s’annonce donc dans le transfert mondial une inconnue x et pour l’instant seule la face d’ombre du transfert est là et elle renvoie dans le monde accidenté au péché, à la faute. Mais surtout Pasolini introduit la question des valeurs : « Il y a quelques années je pensais que les valeurs neuves surgiraient de la lutte des classes, que la classe ouvrière accomplirait la révolution et que cette révolution engendrerait des valeurs claires. La justice, le bonheur, la liberté. Or j’ai d’abord été ramené à la réalité, par les révolutions russes et chinoises, puis cubaines. Tout optimisme béat, inconditionnel m’était désormais interdit. De plus, à l’heure actuelle, le néocapitalisme semble emprunter la voie qui coïncide avec les aspirations des masses. Si bien que la dernière espérance en un renouvellement des valeurs survenant à travers la révolution communiste disparait. Cette espérance est devenue utopie, du moins en moi. Pour les jeunes c’est peut-être différent, les jeunes ont peut-être redécouvert l’espérance ».

Le constat de Pasolini est amer : les valeurs du capitalisme semblent avoir gagné, du fait d’une rencontre avec ce que seraient les aspirations des masses et faute d’une affirmation des valeurs du communisme.

Partir d’une base autre : construire du communisme tout de suite

L’apport de Marx est considérable et incontournable pour partir d’une base autre. Il inaugure un mouvement nouveau en rupture avec les traditions dans la pratique de l’élaboration scientifique. François Châtelet l’indique à propos du marxisme : « Le marxisme est bien une philosophie nouvelle, une conception originale de la réalité. Il n’est pas pour autant, comme le pensait Jdanov, penseur officiel du stalinisme, une ontologie. Il n’a pas de contenu doctrinal ; il vise à susciter un engagement radical ; il détermine une conduite ; il n’est pas pour autant de l’ordre de la croyance. Ses prolongements éthiques n’impliquent en aucune manière que ses justifications ou ses fondements soient d’ordre moral » [19]. La base n’est pas ontologie, doctrine, croyance ou morale et cela fait rupture hétérodoxe avec la civilisation dominante dans le monde occidental issue du christianisme [20].

Il est également important de saisir que le marxisme « est scientifique […] il définit l’énoncé scientifique — contre l’énoncé vulgaire, contre l’énoncé utopique — comme critique réaliste de discours qui accréditent comme réel le jeu des apparences. À cet égard, il inaugure une conception nouvelle du travail scientifique » [21].

Plusieurs facteurs concrets peuvent expliquer ce nouveau dans le mode d’élaboration de savoir et de pratique révolutionnaires. Le premier facteur est que Marx place sa construction scientifique en tension avec la construction poétique, ce qu’il souligne lui-même [22]. Le second facteur est qu’il est sensible, hypersensible au transfert social, à la vie sociale et à sa construction. Un indice nous est donné à ce sujet par François Châtelet dans une phrase extraordinaire : « Le Capital est une critique de l’économie politique. Le terme “critique” ne doit être compris ni au sens kantien, ni au sens voltairien. La critique porte moins sur le texte et ses arguments que sur la réalité historique qui la produit comme vérité, c’est à dire comme masque et comme alibi » » [23]. Cela signifie clairement que grâce à l’analyse du transfert social faite par Marx, la critique qui est toujours fondamentale dans la construction d’un savoir doit porter en priorité sur la réalité historique, c’est-à-dire le transfert historique, qui produit cette critique comme vérité. Cette vérité est la fois masque et alibi : elle est produit du transfert historique qui porte des valeurs qui fonctionnent dans le social, et avec la vérité viennent les fonctions du masque et de la faute, le discours qui fait alibi d’une faute. Il n’est que de lire Le Capital pour s’assurer et déployer cette analyse transférentielle de Marx dans le social, la politique et l’histoire.

Ces deux facteurs, le rapport à la poésie et au transfert social, sont déterminants dans la façon de changer de base dans la supposition de savoir scientifique et psychanalytique. Ce que j’extraie de l’enseignement de Lacan par la proposition « Marx est un précurseur de la psychanalyse » copule avec une autre proposition « Marx est le premier analyste du transfert historique et social ».

Cela est le point déterminant et explique mon propos antérieur : le concept de transfert social et de Wertübertragung sont incontournables pour saisir les fonctionnements de civilisation d’aujourd’hui et surtout les conditions historiques qui permettent les productions d’actes révolutionnaires.

Cela éclaire donc sur les stratégies à construire.

Cela éclaire aussi sur les obstacles. Si nous sommes proches d’un désastre, cela ne concerne pas uniquement les façons de gouverner mais aussi les abords actuels concernant l’élaboration des savoirs et surtout des pratiques. Ce désastre concerne directement ce qui se produit dans les rapports sociaux quotidiens. Par exemple, il ressort de la lecture du Capital que beaucoup de pensées qui accréditent comme naturels un certain nombre de faits cachent la logique des rapports de production, le profit et l’exploitation. Ainsi il paraît naturel que de la productivité soit engendrée par le capital. Il paraît tout aussi naturel que ce que produisent les personnes qui travaillent aient forcément la forme de marchandises et que ces dernières aient bien évidemment une valeur marchande. Marx part d’une autre base dans le rapport au savoir pour montrer que cela n’a rien de naturel et que c’est une forme sociale née du mode de production capitaliste. Cette critique de Marx est essentielle pour contrer le glissement qui paraît naturel vers la marchandisation de la vie sociale. Cela concerne notre mode de production de savoir et notre rapport à la vérité, points qui concernent directement l’analyse du transfert, transfert psychanalytique inclus. De même, il paraît tout tout aussi naturel que se produisent des meurtres entre les humains. J’indiquais que beaucoup de pensées — notre mental donc — accréditent comme naturels un certain nombre de faits sociaux et que sous ce naturel se cache la logique des rapports de production. Les formes de négation des meurtres produits par les rapports sociaux qu’imposent la circulation des valeurs capitalistes laissent ainsi apparaître comme naturel le fait social que des meurtres surviennent entre humains. Le meurtre n’est pas chose naturelle contrairement à ce que pensent certains adeptes de la pulsion de mort, autre forme de la transcendance à mettre au travail dans le champ psychanalytique et social.

Cette conception du transfert historique et social, transfert de valeurs, a des conséquences très importantes pour saisir la logique des moments qui ont fait rupture au XXe siècle et celle de notre rapport actuel à notre rapport à l’État que je nomme post-nazi. Ce transfert de valeurs permet d’analyser les effets de ce qui,à partir de ma lecture de Lacan, a fait condition pour que le réactif nazi apparaisse : l’universalisation du sujet de la Science et les idéologies conservatrices de l’Œdipe, du Père Idéal et du Père Mort. Il permet également de se décoller de la berniaiserie gluante qui alimente les gosiers médiatiques, berniaiserie qui a tant inspiré Goebbels.

Ces derniers éléments portent des valeurs qui fonctionnent dans les rapports sociaux et il est important de saisir l’impact de la portée de la premières section du Livre I du Capital qui est d’après Châtelet, théorie de la civilisation reposant sur la théorie des valeurs. La façon dont on produit dans le social et comment cela est reconnu a une conséquence sur la façon dont on se considère valorisé ou dévalorisé par exemple. Les rapports sociaux liés à notre mode production économique ont un effet sur notre rapports aux semblables et à l’intérieur de ses semblables aux personnes qui portent une différence et donc, finalement, à la question essentielle de nos rapports de ségrégation. Je l’ai indiqué lors des ateliers de l’APPS consacrés cette année à la valeur, Le Capital et l’œuvre de Marx en son entier, traitent des relations qui se construisent entre les humains dans leur vie sociale et dépendent des rapports de production. Considérer ainsi l’apport de Marx a des conséquences multiples : cela permet d’établir une autre analyse de l’économie, que celles véhiculées à la fois par l’économie politique classique, capitaliste et l’orthodoxie marxiste ; cela provoque rupture avec la vision étatique hégélienne et modifie notre rapport entre la théorie et la pratique : le théorique est toujours immergé dans nos pratiques sociales diverses et dans ce cadre, ce théorique, dans la plupart des cas, « l’indépendance dont il se prévaut, n’est que manière de justifier, comme par un “supplément d’âme (ou de discours)”, le pouvoir en place (ou l’autre pouvoir qui s’annonce) » [24].

Pour continuer vers la critique réaliste indispensable orientée par Marx, j’évoquerai ma pratique psychanalytique et psychiatrique.

Il n’y a pas de maladie mentale, mais une problématique sociale dans le mental

J’avais défini un axe révolutionnaire dans le champ de ce qui est nommé santé mentale : « Il n’ y a pas de maladie mentale, mais une problématique sociale dans le mental » [25].

Cette orientation est décisive dans l’appréhension médicale et psychanalytique de la souffrance dans le mental. Ce mental concerne aussi bien le corps, les mots que l’image qui sont pris dans les rapports sociaux et donc dans le transfert social. Dans le mental il y a conflit social, conflit avec le socius, le compagnon, le camarade, l’autre — « Je est un autre » —, et bien d’autres conflits encore. Cet abord de la souffrance dans le mental est bien sûr la conséquence de ce que j’indiquais précédemment sur les liens logiques qui sont fabriqués entre le mental, le naturel et les rapports sociaux de production.

La transidentité est là encore paradigmatique. Les psychiatres et psychanalystes dans les courants dominants transcendants et donc courants souvent fats, infatués et infatueurs — Châtelet parlait d’outrecuidants pour les pratiquants de la transcendance — ont appliqués à la problématique transgenre le concept faux, flou et fantomatique de la psychose et cela me paraît tout à fait exemplaire de la problématique meurtrière que l’on trouve dans la transcendance qui fait obstacle à la vie humaine et à l’expression de ses potentiels créatifs. Les condamnations des transformations demandées par les personnes transgenres ont eu pour étayage ce « diagnostic », digne finalement de l’élaboration du personnage Diafoirus. Ce qui frappe est l’absence d’argumentation clinique, absence qui témoigne d’un diagnostic devenu moral et répressif, faute de considérer la supposition comme moteur central du transfert et d’attribuer une jouissance chez un autre, préjugé d’un ordre moral qui se fonde de la phrase du Lacan de 1958 où il emploie le terme de « jouissance transsexualiste » à propos du cas Schreber, paradigme de la dite psychose.

Les doctrines psychanalytiques sont encore tributaires de l’ordre réactionnaire : ordre œdipien, ordre symbolique, ordre du signifiant et de la lettre, ordre du Père Idéal et du Père Mort. Elles témoignent assez souvent d’une logique ségrégative et sectaire bien mises en évidence par Lacan, oscillant entre une pratique religieuse du texte et une infatuation qui révèle ce qui procède de la mystification de cette sorte de psychologie transcendantale qui ferait croire benoîtement en l’opposition parole / violence, culture / barbarie, parmi d’autres exemples. François Châtelet a décrit en 1970 « la philosophie des professeurs » toujours d’actualité et qui pourrait être transposée en « psychanalyse des professeurs », en maints exemples, tant le discours universitaire y règne, à l’Université il va sans dire, mais également dans les Écoles ou Sociétés dominantes. L’extrait suivant me paraît exemplaire dans son application à la psychanalyse : « Reste ceci : des phrases, extraites ici et là, deviennent l’expression du savoir, de ce savoir qui, par ailleurs revendique comme étant son lot l’universalité et l’intégrale légitimation. Dans la pratique de la citation, imposée par la nature même du genre que l’institution et la tradition imposent, se manifeste une escroquerie […]. Citer, indifféremment et dans la même optique, Platon, Descartes, Robespierre, Marx ou Nietzsche Amiel, Bergson ou Simone Weil, aussi bien — c’est imposer au lecteur, à l’entendeur (qui n’a pas même le loisir d’être bon et d’être salué), la banalité rassurante où tout s’égalise, où tout s’échange, dans la contingence. Le dictionnaire des “belles citations] des “grands auteurs” – les pages roses de l’académisme philosophique — installe celui-ci à son vrai niveau : celui de l’éclectisme. » [26].

La phrase de conclusion est très actuelle. Châtelet évoque la fonction de la philosophie et « ce qu’elle est dans le présent, dans son expression scolaire et universitaire : la légitimation en même temps que l’arôme spirituel de l’ordre bourgeois » [27].

Ces courants dominants de la psychanalyse marquent bien ce trait « légitimation en même temps qu’arôme spirituel de l’ordre bourgeois » (voir l’excellent article de Diane Scott dans le Club Mediapart, le 15 mars 2017 : « Monsieur Miller, retournez à votre sommeil de classe. »). La focalisation sur la seule extrême-droite lors de l’élection présidentielle en France en est le dernier symptôme, justifiant allègrement la victoire de la fausse démocratie et d’une autre variante fasciste à l’extrême-droite : le fascisme lié au moyen de jouissance qu’est l’argent, fascisme qui tue tout les jours beaucoup de monde dans ce cadre-là.

Ces courants dominants sont marqués par les transcendance, celles — différentes — de Freud et de Lacan et il n’est pas étonnant que là encore la question du meurtre soit objet de différentes formes de négation. Au niveau de la clinique, le règne d’une psychopathologie psychanalytique qui doit beaucoup à l’ordre moral du XIXe siècle — la dite psychose notamment — fait garantie pour la théorie et la pratique. Le modèle anatomo-pathologique est déplacé vers le signifiant et la lettre, découpés savamment pour chaque « cas clinique ». La « Jam’s psychoanalisis » et L’homme sans gravité si terrifiant, résultats du combat des Diadoques après la mort de Lacan, illustrent ce qu’il conviendrait d’analyser sous le terme de « Misère de la psychanalyse ». (Un début d’analyse concrète débute dans mon article publié dans Le Grand Soir, le 16 avril 2012, « Le surmoi féroce de Jean-Luc Mélenchon et l’épate de Jacques-Alain Miller »).

L’actualité de la Critique du Programme de Gotha

Dans sa Critique du Programme de Gotha, Marx donne des boussoles très importantes qui sont extrêmement actuelles tant par rapport à la situation politique en France, les Présidentielles, que par rapport à ce qui peut se travailler autour des significations possibles du phénomène Nuit debout !
Marx étudie minutieusement le programme de Gotha, pour en déduire qu’il part d’une base politique qui n’est pas révolutionnaire mais réformiste suivant l’influence de Lasalle mort 10 ans plus tôt.

Pourtant, en apparence, il est question dans ce programme d’équité salariale, d’aide de l’État, de meilleure répartition des richesses, de coopératives en rapport avec un État populaire libre. Il est aussi évoqué une position nationaliste et socialiste…

Marx dévoile la prédominance de l’abstraction et de l’idéalisme qui font diktat dans ce programme et que ce fait en donne son caractère réactionnaire. Engels considèrera les erreurs de ce programme comme des bévues d’ordre théorique qu’il convenait de redresser.

Je reprendrai les points essentiels de la Critique du Programme, en reprenant l’analyse qu’en fait François Châtelet dans son introduction au Manifeste du Parti Communiste [28]. Marx souligne que la phrase liminaire : « Le travail est la source de toute richesse et de toute culture », « est un énoncé faux, qui s’inscrit dans l’optique de l’économie politique bourgeoise. Celle-ci a intérêt à isoler le travail comme entité métaphysique et à lui accorder toutes les vertus ; à méconnaître que la nature aussi produit des valeurs d’usage […] Le travail n’a pas une puissance surnaturelle ; il est naturel, c’est-à-dire matériel et social. » [29]. Il s’agit de pouvoir saisir l’importance des rectifications vers un réel : l’immanence, le matériel, le social, et que cela concerne aussi bien l’intervention dans le transfert d’une expérience psychanalytique…En effet il convient de noter que « De cet aspect métaphysique, idéaliste en dérive immédiatement un autre : le moralisme abstrait » [30]. Se conjuguent ainsi deux termes : moralisme et abstraction. L’abstraction est réactionnaire et le moralisme attribue une faute à quelqu’un ou à un groupe lorsqu’il y a un défaut de jouissance. Là encore cela concerne la pratique de transfert psychanalytique. Là encore le danger de l’ignorer est une bévue qui provoque des catastrophes sociales et politiques. Châtelet insiste sur « la formulation proposée concernant la répartition des fruits du travail : “l’émancipation du travail exige l’élévation des moyens du travail à la propriété collective de la société…avec partage équitable du produit du travail” » [31]. Il poursuit « Marx remarque que la référence a une notion morale aussi confuse que celle d’équité ressortit à une conception non scientifique de la réalité. En fait, si l’on considère le mode de production capitaliste, la répartition du produit du travail est tout à fait équitable. Comment, d’ailleurs, pourrait-il en être autrement ? Le matérialisme historique a clairement montré que les prétendues ‘’ valeurs morales’’ – comme les ‘’ normes religieuses’’ – expriment symboliquement le donné social effectif » [32]. Ainsi le Programme sous l’emprise de l’idéalisme et du moralisme oublie ce donné social effectif, le capitalisme.

Châtelet poursuit : « C’est le même moralisme qui apparaît dans l’analyse économique qui sous-tend le projet de programme : celui-ci propose d’abolir “le système salarié avec la loi d’airain des salaires”. On sait en quoi consiste cette fameuse loi qui s’inscrit dans la lignée de Malthus, et qui sous des allures goethéennes, stipule que le capitalisme, utilisant son pouvoir économique et politique, tend, en utilisant ls conditions du marché, à payer le travailleur au plus bas prix possible. Une telle conception applique, on le voit, à la valeur de la force de travail le critère idéaliste utilisé par l’économie classique pour mesurer la valeur de la marchandise. Marx et Engels ont démontré que la force quotidienne du travailleur est “équitablement rétribuée” : de quoi le faire vivre, lui et sa famille, pendant une journée et restaurer ainsi sa force de travail » [33].

Ainsi militer pour une équitable rétribution de l’ouvrier permet de restaurer la force de travail de ce dernier. Il n’est pas question pour Marx d’une meilleure répartition mais d’une transformation révolutionnaire de la production. Il convient d’être extrêmement vigilant aux formulations et pouvoir mettre en place un retournement de la question pour obtenir une réponse à la perspective révolutionnaire. Châtelet en signale l’importance : « Le capitaliste n’est ni méchant ni avare : il est une pièce dans un système fondé sur le profit, nécessairement voleur et oppressif » [34]. Cela est une autre formulation de la maxime que je mets en avant : partir d’une autre base.

Poursuivons avec Châtelet pour bien saisir la logique de retournements à mettre en place dans une perspective révolutionnaire : « L’“erreur” commise par le projet n’est point seulement théorique : elle a des conséquences politiques. Marx laisse même entendre que c’est la volonté d’imposer ces conséquences qui induit le caractère erroné des principes » [35]. La volonté d’imposer les conséquences de l’idéalisme, de l’abstraction et du moralisme, utiliser des formes de négation sur ce qui fonde la jouissance capitaliste qui organise les rapports sociaux et le transfert social : le profit, le vol et l’oppression, induit le caractère erroné du principe. Les conséquences permettent de saisir l’erreur du principe : retournement dans l’opération de penser la problématique qui permet de mettre à plat ce qui vient du rapport à la transcendance. Là encore le lien avec l’acte psychanalytique est en jeu.

Châtelet poursuit son commentaire et j’insisterai sur trois points qu’il met en évidence dans le Programme de Gotha, soit donc un programme social-démocrate de gauche : l’utopie, la démagogie, le danger réactionnaire illustré par l’État populaire libre. Sur l’utopie, Châtelet note : « Ainsi, à l’idée de répartition équitable du produit de travail correspond le programme de coopératives, dans le cadre de l’État. Apparaît ici un autre aspect de l’idéalisme du texte : son utopisme. La glose marginale n° 3 oppose à l’idée d’une meilleure distribution celle d’une transformation révolutionnaire de la production. Il est abstrait et, par conséquent, réactionnaire de suggérer que les coopératives puissent être des modèles, dans le cadre de la société actuelle : quelque « équitables » qu’elles puissent être, elles ne subsistent qu’en tant qu’elle obéissent aux lois du système du profit, et quoi qu’elles fassent, l’ordre du profit se répercute à l’intérieur de leur propre organisation. Sur la démagogie : « L’utopiste se fait étroitement démagogique lorsque le projet (I, 4) considère que seule la classe ouvrière est capable de réaliser l’émancipation du travail et que toutes les autres classes ne forment qu’une ‘’masse réactionnaire’’. une telle appréciation politique est, à la fois, fausse et criminelle. Elle est fausse, parce qu’elle est métaphysique, parce qu’elle immobilise le processus, qu’elle méconnaît la dynamique du développement capitaliste » [36]. Marx note que les classes moyennes deviennent révolutionnaires […] au regard de l’imminence de leur passage au prolétariat. Châtelet indique « Cette optique est politiquement criminelle dans la mesure où elle affaiblit d’entrée de jeu, les possibilités qui s’offrent au parti ouvrier de passer des alliances avec l’ensemble des victimes du capitalisme » [37]. Enfin vient la question de l’État qui donne l’objectif ultime du programme et c’est ainsi, souligne Châtelet, que se donne la vérité de l’ensemble du texte, citant l’extrait : « […] le Parti ouvrier allemand s’efforce, par tous les moyens légaux, de fonder l’État libre-et-la société socialiste. » Quel est-donc ce monstre logico-politique : l’État populaire libre ? interroge Châtelet et il indique : « À cette idée, Marx oppose le processus de transformation de la forme-État vers la société communiste ; c’est là qu’il définit l’élément décisif du combat politique : la dictature du prolétariat » [38]. Je reprendrai ce point de processus de transformation dans la construction du poly-communisme différentiel.

L’intérêt par rapport à la situation actuelle, si l’hypothèse que nous sommes toujours dans le post-nazisme est pertinente, consiste en deux remarques de Châtelet : Karl Liebknecht et Bebel ont été joués par les Lassaliens. Il ne s’agit pas d’un compromis et j’ajouterai qu’il ne peut s’agir d’un compromis : compromis indique toujours jonction de la tromperie et de la jouissance, de même qu’un symptôme en psychanalyse contrairement à certaines assertions n’est pas compromis : il témoigne des valeurs de jouissance dans leurs rapports à un semblant. La duperie politique est donc dans ce Programme de Gotha de mise. La seconde remarque de Châtelet est que « Marx ne s’y trompe pas » [39]. « Et il propose un autre programme politique, celui de la classe ouvrière, que Lénine approfondira dans l’État et la Révolution et qui conduira aux victoires de 1917 et 1949. » [40]. Ce qui est proposé par Marx n’est pas une alternative au capitalisme mais le communisme et Lénine partira de cette base autre, et ce point a été travaillé avec les concepts de la psychanalyse sociale dans l’article précédent.

Mais vers quoi conduit le programme social-démocrate de Gotha ? La position de Châtelet en 1973 à ce sujet est la suivante : « La Critique du Programme de Gotha […] souligne des aspects de la conception lassalienne qui ne sont pas sans rapport avec avec certaines idées de « gauche » qui ont aidé, soixante-dix ans après, à la réussite du national-socialisme » [41]. Cela est à mettre en contiguïté avec une autre phrase de Châtelet au sujet du Programme de Gotha : « En réalité, le point de vue nationaliste et socialiste qui a été celui de Lassalle l’a emporté. Marx ne s’y trompe pas. » [42].

La duperie sociale-démocrate, dupant avec les valeurs nationalistes et socialistes, conduirait au national-socialisme. La formule peut paraître trop rapide et pourtant les questions de la nation et du socialisme, d’égalité sociale, ont été traitées dans la France social-démocrate par des abstractions, des formules transcendantes dont les valeurs réactionnaires ont été décrites précédemment. La tromperie social-démocrate porte sur les valeurs sociales, valeurs de jouissance donc, et conduit vers la libération de ce qui est dessous : la valeur du meurtre qui peut prendre fonction dans le social via la haine. La personne privée de jouissance attribue à une autre un abus de jouissance et en cas d’angoisse sociale demande à ce que cette personne qui abuse paye enfin le prix et soit punie de son abus pour faute d’hypocrisie ou d’humiliation provoquée. La personne devient facilement groupe social et celui-ci va être distingué par une différence, un trait distinctif et les mécanismes de ségrégation peuvent prendre alors toutes les formes à son encontre, dans une fonction de libération de puissance et d’offrande.

La proposition d’un poly-communisme différentiel

Nuit Debout ! continue à faire signe, modérément, à faire signe d’un refus, notamment par le signifiant Debout ! « Guyane Debout ! » par exemple, ou encore « tel hôpital Debout ! », lit-on dans l’actualité au moment où le 396 mars les bougies du premier anniversaire du mouvement ont été soufflées à Paris.

Debout ! est le début d’un chant révolutionnaire. Un refus affirmé, signe d’un désir, est l’étape nécessaire vers une révolution.

Comment faire révolution ? Nuit Debout ! est un balbutiement dont l’effet durable reste incertain. Du point de vue du transfert social et politique, il peut être avancé qu’il y a eu un mouvement, mouvements de places, tentative de modifier un ordre hiérarchique, essai d’établir un autre mode d’énonciation en groupe parfois, et puis des contradictions, des clivages qui sont venues freiner. La perspective de se décaler par rapport à un axe vertical, vivre dans l’horizontal des échanges, inventer des échanges…

Échange peut faire écho à de multiples choses. J’évoquerai d’abord la valeur, la valeur d’échange, et j’ai donné toute l’importance de ce concept dans ce travail de réflexion sur une perspective révolutionnaire dans les articles antérieurs. La valeur capitaliste fonctionne avec des effets meurtriers que j’ai analysés, mais il est un fait évident qu’elle fonctionne dans le cadre de ce consentement étrange au nouveau fascisme décrit par Pasolini il y a plus de 40 ans maintenant. La valeur Business s’est infiltrée dans le trou du système de l’État hégélien, capitaliste libéral, mais aussi dans le capitalisme d’État. Elle fonctionne cette valeur capitaliste via la Propaganda dans le cadre d’un État que j’ai qualifié de post-nazi. Il suffit de lire Pasolini ou Viktor Klemperer, de voir les films d’Oliver Stone pour saisir l’étoffe de cette époque post-nazi capitaliste, partant de l’assertion de Lacan qualifiant le nazisme de premier réactif d’un monde bâti sur toutes les formes de ségrégation. Je citerai un extrait de la conférence d’Eric Hobsbawn prononcée à Oxford en 1994, « Barbarie, mode d’emploi ». « Nous ne devrions pourtant pas sous-estimer l’empressement à apprendre, même de de l’expérience des camps de concentration. comme nous le savons désormais, grâce à la divulgation d’information opérée par l’administration Clinton, les États-Unis ont entrepris, depuis l’immédiat après-guerre jusqu’au milieu des années 1970, des expériences systématiques sur l’effet des radiations sur l’effet des radiations sur les êtres humains, choisis parmi ceux dont l’on considérait la valeur sociale comme inférieure. Comme les expériences nazies, celles-ci étaient conduites ou au moins contrôlées par des médecins, une profession dont le membres, je dois le dire avec regret, se sont trop souvent permis de participer à la pratique de la torture dans tous les pays. Au moins l’un des médecins qui ces expériences déplaisantes protesta auprès de de ses supérieurs : il sentait là “une odeur de Buchenwald”. On peut sans trop s’avancer supposer qu’il n’était pas le seul à être conscient de cette similitude » [43].

Parler d’État post-nazi signifie que l’État fonctionne sans avoir changé la base qui a produit le nazisme ni analysé ses effets dans le registre de toutes les formes de ségrégation et j’en ai indiqué les fondements antérieurement. Le néo-fascisme étasunien part de ces bases hautement ségrégatives et meurtrières en masse en conjugaison avec le fonctionnement de la valeur Business.

Il en résulte une situation d’impuissance et de passivité. Pasolini a anticipé au moins pour le monde occidental la chute des valeurs liées au communisme, et la disparition de l’URSS qui a eu un effet catastrophique réel dans le transfert mondial pour les peuples qui avaient une perspective d’émancipation, a renforcé cette chute de valeurs, et j’insiste sur le fait qu’une valeur fait fonctionner, qu’une valeur fait vivre. Les directions des partis communistes européens se sont engluées dans une position d’impuissance extrême.

Nuit debout ! dans ce cadre a été une tentative d’exprimer une puissance possible par son acte subversif. Le signifiant vague de « gauche » avait rivalisé avec le signifiant « communiste » pour nommer la perspective d’un autre monde possible, d’une autre vie sociale, puis y a suppléé. Cela fut le temps de l’Eurocommunisme, de l’Union de la gauche et cela se concrétisa par l’accession au pouvoir en Europe occidentale de partis socialistes qui mirent en application une politique social-démocrate, donc capitaliste. Cela aboutit à une annulation des valeurs initialement portées par l’idéal communiste. Exprimant une puissance possible Nuit Debout ! a permis une réflexion sur la démocratie, tentant de renverser dans cette pratique réflexive l’impuissance de la démarche électoraliste social-démocrate.

La puissance est transférentielle et je distinguerais dans le phénomène Nuit Debout ! deux aspects du transfert dans l’orientation psychanalytique du terme : le déplacement et le débordement. Le déplacement est la manifestation la plus connue du transfert : déplacement de mots dans les lapsus, le mots d’esprits, déplacement de places affectives, déplacements d’intentions, déplacements d’images. Avec Nuit Debout !, l’exercice du pouvoir de la parole a pu faire surgir certains déplacements significatifs quant aux contraintes que nous subissons, aux aberrations qui nous sont imposées, aux abrutissements dont nous nous faisons victimes. Il y a eu peut-être quelque chose du côté de ce que Guattari appelait « des agencements collectifs d’énonciation » [44], un désir d’inventer par déplacement. Le débordement, lui est pulsionnel, du corps : le corps dans la foule, le débordement qui accompagne la révolte, l’indignation refoulée, le débordement insurrectionnel des places. Le débordement peut faire mouvement, plus proche de l’Umwalzung dont parlait Marx pour qualifier la Révolution dans un premier temps.

Pour autant du côté du déplacement, certains ont eu lieu du côté de la mythique démocratie athénienne, ou encore du déplacement vers l’ailleurs : reconstruire utopiquement, ailleurs… Il y a également les commissions dont certaines travaillent toujours, sur l’éducation notamment, et puis la convergence des luttes, la connexions inédites entre des champs qui d’habitude ne se croisent pas. Quelque chose s’est produit du côté d’un vivre autrement, vivre autrement les rapports sociaux, créer d’autres rapports sociaux.

J’ai analysé plus précisément ce qui est en jeu dans ces événements au niveau social en prenant en compte la dimension internationale. La psychanalyse sociale, le transfert social me paraissent être des concepts pertinents pour s’orienter, prenant comme base le social et de ce fait se servant de Marx comme outil. Qualifier Marx d’outil indispensable mais non exclusif me paraît faire potentiel détonnant dans le besoin de révolution qui s’annonce. L’analyse faite par François Châtelet de la Critique du programme de Gotha est une mine pour nous orienter dans la construction « d’un système a-capitaliste ? » et éviter la duperie social-démocrate. Il s’agit de pouvoir repérer les impasses actuelles de la Révolution citoyenne ou bien de mouvements tels que Podemos en Espagne. La Révolution doit être d’abord sociale et politique puis de l’ordre du Droit. Podemos qui a pu séduire se révèle être un mouvement électoraliste derrière un leader : il n’y a pas de sauveur suprême.

L’enjeu est clair : il convient de partir d’une base autre que le capitalisme, radicalement et concrètement pour aller vers une transformation révolutionnaire. Cela concerne à la fois l’État et les rapports sociaux de production. La Critique de Marx du Programme de Gotha attire l’attention sur le national et le socialiste de l’État social-démocrate de gauche. La duperie concrète du dispositif mis en place fait mouvement réactionnaire vers les partis d’extrême-droite notamment d’inspiration national-socialiste. Badiou insiste sur la valeur révolutionnaire du drapeau rouge au contraire du nationaliste drapeau tricolore. Le souverainisme plus ou moins masqué est un autre trait du national. Il est impératif de pouvoir traiter de cette question de l’État et de sa forme, du moralisme qui s’y raccorde.

Le caractère internationaliste est indispensable et il est nécessaire de tenir compte des expériences qui ont eu lieu ou qui ont lieu dans les pays socialistes, tels que Cuba, la Chine. Tenir compte de ces expériences est important pour saisir le transfert de valeurs qui a pu se produire ou se produit encore, de penser aussi les échecs et la question des transcendances meurtrières. Il paraît indispensable de faire retour sur l’expérience soviétique forte courte à l’échelle de l’histoire comme expérience partant d’une autre base sociale. La suppression de la propriété privée et une relative égalité ont eu des effets sur le rapports sociaux qui sont à prendre en considération pour construire une base autre car la tache est complexe et difficile.

Freud écrit en 1932 à propos de l’Union Soviétique : « à l’époque même où de grandes nations déclarent n’attendre leur salut que de leur fidélité à la foi chrétienne, le bouleversement qui s’est produit en Russie apparaît – malgré ses épisodes pénibles — comme le présage d’un avenir meilleur […] l’avenir montrera peut-être que l’essai fut prématuré, qu’une transformation radicale de l’ordre établi a peu de chance d’aboutir, tant que de nouvelles découvertes ne seront pas venues accroître notre pouvoir sur les forces naturelles… Peut-être deviendra t-il possible de remanier l’organisation sociale, de supprimer la misère matérielle des masses tout en respectant les exigences culturelles de l’individu ? » [45].

Il convient de partir aussi d’expériences diverses, non socialistes, qui se mettent en place du fait des changements de valeurs induits par le capitalisme meurtrier. Félix Guattari écrivait très peu de temps avant sa mort : « Une condition primordiale pour aboutir à la promotion d’une nouvelle conscience planétaire résidera donc dans notre capacité collective à faire réémerger des systèmes de valeurs échappant au laminage moral, psychologique et social auquel procède la valorisation capitaliste uniquement axée sur le profit économique. La joie de vivre, la solidarité, la compassion à l’égard d’autrui doivent être considérées comme des sentiments en voie de disparition et qu’il convient de protéger, de vivifier, de réimpulser dans de nouvelles voies. Les valeurs éthiques et esthétiques ne relèvent pas d’impératifs et de codes transcendants, elles appellent une participation existentielle à partir d’une immanence sans cesse à reconquérir » [46]. Il convient de travailler avec tous ceux qui innovent vers des pratiques sociales nouvelles et tentent de se passer du capitalisme. « Notre modèle économique est en guerre contre la vie sur terre », indique par exemple Naomi Klein. La révolution numérique est bien sûr à prendre en compte.

Je donnerai pour conclure quelques repères sur ce que j’entends par poly-communisme différentiel. Le poly indique le plusieurs afin de partir d’une autre base transférentielle que le Un, le Mono. Il est poly car les communismes sont différents suivant les pays, les langues, les types de production, les désirs des peuples. Le communisme auquel je fais référence est « L’association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous » [47]. Le différentiel implique la signification différentielle, l’importance de l’analyse des significations différentielles entre les humains. C’est un point capital et j’avais insisté pour dire comment le capitalisme étasunien divise, provoque le chaos en jouant sur les différences entre les humains de façon meurtrière et comment la politique de Lénine était basée sur la mise en place d’anneaux de solidarité entre les humains. Différentiel, cela indique aussi que la pensée est foncièrement non binaire et que Marx ou Lénine doivent être pris par exemple en signification différentielle avec d’autres penseurs politiques par exemple.

Poly-communisme différentiel carbure autan que possible à l’immanence, récuse le binaire droite-gauche, concept post-féodal dont les valeurs capitalistes ne fonctionnent plus dans le socius et qui n’ont aucun intérêt dans le communisme. Il s’appuie sur une pensée ternaire.

Poly-communisme implique un poly-communisme tout de suite. Il s’agit de partir de situations concrètes et de mettre en place du communisme. Il convient de reprendre l’histoire des Soviets à ce sujet. Ils ont été en Russie en 1917 les organes du pouvoir. L’action de Lénine a été fondée sur ces Soviets pour lesquels, avec d’autres, il revendique tout le pouvoir, politique, économique, etc.

Quelle est la fonction des Soviets à ce moment de l’histoire russe qui ébranle le monde ? Ils ont une fonction de lutte avec le désir de mettre en place une dualité de pouvoir au travail, sur le lieu de travail, articulant un programme politique, une pratique sociale nouvelle et dans l’action immédiate. Il est possible aujourd’hui de bâtir des pratiques sociales nouvelles, dans l’action immédiate.

Différentes possibilités existent dans le domaine de l’Éducation, de la santé par exemple, mais plein d’inventions sont possibles dans la vie sociale si un désir de Révolution naît. L’Éducation Nationale n’est pas réformable, c’est une évidence. Créons des écoles poly-communistes. Créons des centres de santé poly-communistes, considérons qu’il n’y a pas de maladie mentale mais une problématique sociale dans le mental, et tirons-en les conséquences en créant des centres de psychanalyse sociale et construisons à partir du primat de la base sociale de nouveaux dispositifs non ségrégatifs dans ce qui est appelé santé mentale.

Les tâches sont considérables mais si Nuit debout ! a un avenir dans sa signification politique et sociale il ne peut être que dans cette immanence des actions concrètes de transformation en convergence des luttes sociales.

Ce bref commentaire sur le poly-communisme est bien sûr très insuffisant, nécessitant des développements théoriques qui ne peuvent être exposés ici, mais à l’heure où la démocratie parlementaire formelle et représentative est en pleine déchéance, il est urgent de faire fonctionner d’autres valeurs sociales concrètes, d’autres modes d’organisation de pouvoir. « L’association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous » — le communisme — permet de sortir des aberrations de nos vies capitalistes, des abrutissements médiatiques et trouver une puissance de faire création. Je conclurai par cette citation de François Châtelet : « Puissance, cela s’est dit aussi liberté » [48].

Hervé Hubert

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Référence pour citer l’article : Hervé Hubert, « Nuit Debout ! Un acte de portée politique dans le transfert social ». L’Airétiq [en ligne] (9 avril 2017), http://www.lairetiq.fr/Nuit-Debout-Un-acte-de-portee-politique-45 (page consultée le 9 avril 2017)

Notes

[1Cf. François Châtelet, L’apathie libérale avancée et autres textes critiques, textes choisis et présentés par Ivan Chaumeille, Paris, Éditions du Seuil, novembre 2015.

[2Gilles Deleuze, Périclès et Verdi, la philosophie de François Châtelet, Les Éditions de minuit, 2006, p. 7.

[3Les Années de démolition, p. 263 ; cité par Gilles Deleuze, in Périclès et Verdi, la philosophie de François Châtelet, op. cit., p. 8.

[4Il s’agit donc dans le texte de Châtelet de la fin de l’histoire proposée par Hegel.

[5François châtelet, Ibid., p. 251-252.

[6Ibid., p. 252.

[7Ibidem.

[8Ibidem.

[9Ibid., p. 253.

[10Ibid., p. 255.

[11Il n’y a jamais eu de communisme nulle part, l’Union Soviétique était un état socialiste et les États actuels dirigés par un parti communiste se disent socialistes.

[12Alain Badiou et Slavoj Žižek ont été les initiateurs de la mise en circulation du mot communisme dans le milieu philosophique en étant à l’initiative d’une conférence tenue à Londres du 13 au 15 mars 2009.

[13Alain Badiou, L’hypothèse communiste, Paris, Nouvelles Éditions Ligne, 2009.

[14Hervé Hubert, « Nuit Debout ! Un acte de portée politique dans le transfert social, Réflexions de psychanalyse sociale (2e partie) », L’Airétiq, [en ligne] (29 septembre 2016).

[15L’Hypothèse communiste, op. cit., p. 187.

[16Ibidem.

[17Ibidem.

[18Ibid., p. 188.

[19François Châtelet, Le Capital. Marx, Paris, Hatier, 1975, coll. « Profil d’une œuvre », p. 11.

[20Ibid., p. 7.

[21Ibid., p. 11.

[22Voir Marximum, rubrique « Le Capital et ses secrets de jouissance » [en ligne].

[23François Châtelet (dir.), Histoire de la philosophie : Idées, doctrine, tome 5 : « La philosophie et l’histoire 1780 1880 », Paris, Hachette, 1974, coll. « Hachette Littérature », p. 334.

[24François Châtelet, Le Capital. Marx, op. cit., p. 13.

[25Hervé Hubert, « Nuit Debout ! Un acte de portée politique dans le transfert social, Réflexions de psychanalyse sociale (2e partie) », L’Airétiq, [en ligne] (29 septembre 2016).

[26François Châtelet, La Philosophie des professeurs, Paris, Éditions Bernard Grasset, coll. « 10/18 », 1970, p. 109.

[27Ibid., p. 158.

[28Karl Marx, Friedrich Engels, Manifeste du Parti Communiste, introduction par François Châtelet, op. cit., p. 41-46.

[29François Châtelet, op. cit., p. 43.

[30Ibidem.

[31Ibidem.

[32Ibidem.

[33Ibid., p. 43-44.

[34Ibid., p. 44.

[35Ibidem.

[36Ibid., p. 45.

[37Ibidem.

[38Ibid., p. 46.

[39Ibidem.

[40Ibidem.

[41Ibid., p. 31.

[42Ibid., p. 46.

[43Éric J. Hobsbawn, « Barbarie, mode d’emploi », in Marx et l’histoire, Paris, Éditions Démopolis, Hachette littératures, 2008, coll. « Pluriel », p. 3-22.

[44Félix Guattari, « Pour une refondation des pratiques sociales », Le Monde diplomatique, octobre 1992, p. 26-27.

[45Sigmund Freud, Nouvelles Conférences sur la psychanalyse, Paris, NRF, 1971, p. 240.

[46Félix Guattari, « Pour une refondation des pratiques sociales », op. cit.

[47Karl Marx, Friedrich Engels, op. cit.

[48François Châtelet, Chronique des idées perdues, Paris, Stock, 1977, p. 218.

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Publié par le avril 9, 2017 dans Uncategorized

 

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