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Bill Gates et les 4 milliards de pauvres. par Miche Robert

08 Avr

C’est un peu déconnecté de l’inquiétante actualité, mais pas complètement, si l’on considère qu’il faut comprendre l’évolution de la géopolitique à la lumière des changements dnas les rapports sociaux. note et traductio (traduction de  Franck Marsal pour Histoire et societe Franck Marsal a choisi et nous nous en félicitons de contribuer à notre blog en proposant un certain nombre de traductions, il rejoint ainsi notre travail à Marianne et moi et d’autres contributeurds comme Béatrice Cournaud.Le problème posé par l’article est effectivement fondamental et au coeur des enjeux de la présidentielle, est-ce selon le vieux théorme de Schmidt, les profits d’aujourd’hui qui font les emplois de demain, qui ne fait que poursuivre la vieille idéologie de droite qui veut que ce soient les riches qui fassent tourner l’économie et assurent la survie des pauvres, une sorte de réhabilitation de la charité tout autant que du luxe… Ou alors c’est au contraire comme on l’a vu durant les trente glorieuses le bien être du plus grand nombre qui assure le fonctionnement de ;’économie et le progrés de la condition humaine. (note de danielle Bleitrach)

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L’économiste marxiste Michaël Robert, tient un blog précieux pour décrypter et comprendre les effets de myopie historiques ou géographiques qu’utilisent les défenseurs du capitalisme pour discréditer la théorie économique de Marx, masquer la crise profonde et l’instabilité du système capitaliste. Il récapitule et réfute  ici les idées dominantes sur l’évolution de la pauvreté mondiale et montre qu’en dehors de la Chine, à économie dirigée, il y a bien depuis 25 une paupérisation de la classe ouvrière, conformément à la prédiction de Marx. On perçoit l’intérêt d’étudier l’économie sur un plan mondial et d’éclairer les rapports mondiaux sous cet angle cru des rapports de classes. Michael Robert s’appuie ici sur les travaux de Bruno Milanovic. Je crois qu’on peut en déduire  4 classes principales : une classe capitaliste mondiale de 60 millions de personnes, dont la moitié est américaine et qui a un ancrage plus significatif au Japon, en France, au Royaume Uni et en Allemagne, une classe moyenne probablement plus distribuée, une classe ouvrière de plusieurs milliards de personnes dont la partie la plus dynamique économiquement se trouve majoritairement en Chine, et une classe paysanne rurale ultrapauvre dans les pays peu développés, notamment en Afrique sub-saharienne.

 

Est-ce que la pauvreté mondiale augmente ou diminue ? Les estimations réalistes évaluent à 4 milliards le nombre de personnes dans la pauvreté sur la planète, soit les 2/3 de la population. Et pourtant, dans leur dernière « lettre ouverte » à nous tous, Bill et Melinda Gates, la famille la plus riche du monde, publiée le mois dernier, avait l’amabilité de nous déclarer que la bataille contre la pauvreté était en train d’être gagnée, puisque le nombre de gens vivant avec moins de 1,25 dollars par jour a diminué de moité depuis 1990. Comment réconcilier ces deux estimations ?

 

En 2013, la Banque Mondiale a publié un rapport selon lequel 1,2 milliard de personnes vivaient avec moins de 1,25 dollars par jour, un tiers d’entre eux étant des enfants. Cela est à comparer avec le seuil de pauvreté aux USA qui est de 60 $ par jour pour une famille de 4 personnes. Mais, selon la Banque Mondiale, les choses s’améliorent avec 720 millions de personnes en moins sous ce très bas seuil de pauvreté par rapport à 1981. Et le Prix Nobel Angus Deaton a souligné que l’espérance de vie a augmenté globalement de 50 % depuis 1900 et augmente encore. La part de personnes vivant avec moins de 1$ par jour (correction faite de l’inflation) a chuté de 42 % encore en 1981 à 14 %. Un habitant standard de l’Inde est seulement aussi riche qu’un britannique en 1860, par exemple, mais a l’espérance de vie d’un européen du milieu du 20ème siècle. La diffusion des savoirs, en santé publique, médecine et nutrition explique la différence.

 

Cependant, lorsque nous nous attardons davantage sur les statistiques, l’histoire est moins optimiste. Martin Kirk and Jason Hickel  furent prompt à mettre les Gates sous le microscope sur l’argumentation de leur lettre. Les Gates “utilisent des chiffres basés sur un seuil de pauvreté à 1,25$ par jour, mais il y a un solide consensus académique pour considérer ce seuil comme trop bas… En utilisant un seuil de pauvreté à 5$ par jour, ce que, même l’agence des Nations Unies pour le commerce et le développement estime comme le strict minimum pour permettre aux gens d’avoir une nourriture adéquate et une chance d’atteindre une espérance de vie normale, la pauvreté globale n’a alors pas diminué. En réalité, elle a augmenté – de manière dramatique – sur les 25 dernières années, jusqu’à plus de 4 milliards de personnes, soit les ⅔ de l’humanité.”

 

La Banque Mondiale a désormais augmenté son  seuil officiel de pauvreté à 1.90$ par jour. Mais cela ne fait essentiellement qu’ajuster l’ancien seuil de 1,25$ aux changements de pouvoir d’achat du dollar américain. Cela ne fait donc que réduire la pauvreté globle de 100 millions de personnes en une nuit.

Comme Jason Hickel le souligne, ce seuil de 1.90$ est ridiculement bas. Un seuil minimum serait de 5$ que le Département américain de l’Agriculture a établi comme le strict minimum nécessaire pour acheter une nourriture suffisante. Et cela ne prend pas en compte les autres nécessités vitales, comme le logement ou l’habillement. Hickel montre que, en Inde, les enfants vivant avec 1,90 $ par jour ont encore 60% de chance d’être mal nourri. Au Niger, les enfants vivant avec moins de 1,90 $ par jour ont un taux de mortalité trois fois supérieur à la moyenne.

Dans un article de 2006, Peter Edward, de l’Université de Newcastle utilise un “seuil de pauvreté éthique” qui établit que, pour obtenir une espérance de vie normale de 70 ans, les gens ont besoin d’environ 2,7 à 3,9 fois le niveau de pauvreté actuel. Par le passé, c’est environ 5$ par jour. Aujourd’hui, selon les nouveaux calculs de la Banque Mondiale, c’est environ 7,4 $ par jour. Cela aboutit à un nombre d’environ 4,2 milliards de personnes dans la pauvreté. Soit presque un million de plus qu’il y a 35 ans.

Maintenant, d’autres experts soutiennent que la raison pour laquelle il y a plus de pauvres est parce qu’il y a plus de gens ! La population mondiale a augmenté ces 25 dernières années. Il faut regarder la proportion et avec le seuil de 1,90 $, la proportion de pauvres a chûté de 35 % à 11 % de 1990 à 2013. Selon cet argument, les Gates ont donc raison. Mais ce raisonnement est fourbe, pour ne pas dire davantage. Le nombre de personnes dans la pauvreté, même au niveau ridiculement bas de 1,25 $ par jour a augmenté, même si ce n’était pas aussi rapide que l’ensemble de la population au cours des 25 dernières années. Et même là, tout ce beau raisonnement est en réalité basé sur l’augmentation extraordinaire des revenus en Chine (et dans une moindre mesure en Inde).

Dans son papier, Peter Edward trouve qu’il y avait 1,139 millions de personnes gagnant moins de 1$ par jour et ce nombre diminue à 1,093 milliards en 2013, une diminution de 85 millions. Mais la diminution de la pauvreté en Chine durant cette période était de 108 millions (avec un nombre stable pour l’Inde), donc toute la diminution de la pauvreté est due à la Chine. Ecartez la Chine et la pauvreté totale est inchangée dans la plupart des pays, tout en augmentant de manière significative en Afrique Sub-saharienne. Selon la Banque Mondiale, la “personne pauvre moyenne”, vivant dans les pays à bas revenu avait 78 cents par jour en 2010, contre 74 cents en 1981, presque inchangé. Et cette amélioration a eu lieu entièrement en Chine. En Inde, le revenu moyen des pauvres est passé de 84 cents en 1981 à 96 cents en 2010, pendant qu’en Chine, le revenu moyen des pauvres passait de 67 cents à 95 cents. L’économie dirigée chinoise a vu ses habitants les plus pauvres faire les meilleurs progrès.

Le niveau de pauvreté ne doit pas être confondu avec l’inégalité de revenus ou de richesse. Pour celle-ci, la preuve d’inégalités croissantes de richesse globale est bien documentée et c’est la même histoire : si vous excluez la Chine, les inégalités globales progressent, quelle que soit la manière dont vous les mesurez. L’‘elephant’ global des inégalités présenté par Bruno Milanovic montre que 60 millions de personnes, qui constituent les 1% plus hauts revenus ont vu leur richesse augmenter de 60 % depuis 1988. Environ la moitié d’entre eux sont les 12% les plus riches des Américains. Le reste des 1% les plus riches est constitué par les 3 – 6 % les plus riches des britanniques, japonais, français et allemand, et par les 1% les plus riches des autres pays, dont le Brésil, la Russie et l’Afrique du Sud. Ces personnes forment la classe capitaliste – les possesseurs et contrôleurs du système capitaliste, les stratèges et décideurs politiques de l’impérialisme.

Mais Milanovic a aussi découvert que ceux qui ont gagné du revenu dans les 20 dernières années sont ceux de la « classe moyenne globale ». Ces personnes ne sont pas capitalistes. Ce sont principalement des personnes, en Inde et en Chine, anciens paysants ou travailleurs ruraux qui ont émigré dans les villes pour travailler dans l’industrie textile et les usines de la mondialisation : leur revenu réel a grimpé d’un niveau de départ très bas, même si leurs conditions et leurs droits ne se sont pas améliorés. Les plus gros perdants sont les très pauvres, (principalement parmi les paysants africains ruraux) qui n’ont rien gagné en 20 ans.

Ces preuves empiriques soutiennent le point de vue de Marx, selon lequel, sous le capitalisme une ‘paupérisation de la classe ouvrière’ (appauvrissement) aurait lieu et réfute la lettre ‘Gates’ selon laquelle « les choses s’améliorent ». Toute amélioration du niveau de pauvreté, quelle que soit la manière de la mesurer, est due à la croissance des revenus dans l’économie dirigée chinoise et toute amélioration de la qualité et de la longueur de la vie vient de l’application de la science, du savoir découlant des dépenses d’état dans l’éducation, l’assainissement, l’eau potable, la prévention des maladies, les hôpitaux et un meilleur développement des enfants. Ce ne sont pas des choses qui viennent du capitalisme, mais du bonheur commun.

 

 

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18 Commentaires

Publié par le avril 8, 2017 dans Uncategorized

 

18 réponses à “Bill Gates et les 4 milliards de pauvres. par Miche Robert

  1. josephhokayem

    avril 8, 2017 at 4:50

    A reblogué ceci sur josephhokayem.

     
  2. k.e guillon

    avril 11, 2017 at 9:04

    Quand l’argent fera autre chose que de l’argent, le monde survivra et pourra amorcer sa remontée du progrès … humain.
    A défaut, c’est la descente misérable des esclaves….

    http://wp.me/p4Im0Q-1Dd

     

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