Un événement

C’était réellement “un événement”, relate Die Welt, de venir écouter le potentiel futur président français et “fervent Européen”, le lendemain même de la défaite du populiste Geert Wilders. “Mais le caractère particulier de cette soirée résidait dans l’illusion d’unité qu’incarnait cette troïka [Habermas-Macron-Gabriel], souligne le quotidien conservateur. Macron n’est plus socialiste et fait en sorte que le Parti socialiste français, potentiel allié de Sigmar Gabriel, connaisse le même sort que le parti frère néerlandais [qui a chuté à moins de 6 % des suffrages le 15 mars]. Macron plaide en France pour des réformes structurelles d’orientation libérale du type de celles de l’Agenda 2010 de [l’ex-chancelier social-démocrate] Gerhard Schröder, sur lesquelles le candidat Martin Schulz veut faire marche arrière.” Et de conclure sans transition :

Avant cette soirée, Macron avait rencontré Angela Merkel dans un climat évident de bonne entente.”

Merkel sur la réserve

En recevant Emmanuel Macron à Berlin, pointe la Frankfurter Allgemeine Zeitung, la chancelière ne lui a pas réservé de traitement de faveur : “Seule Marine Le Pen a un traitement particulier – elle ne sera pas reçue à la chancellerie avant l’élection.” Il n’empêche, souligne Handelsblatt, le favori des sondages en France – qui plaide pour une coopération franco-allemande plus étroite – a eu la satisfaction de constater “une grande convergence avec Merkel”.

Seul bémol, note le quotidien économique : contrairement au ministre et vice-chancelier Sigmar Gabriel, Angela Merkel n’a pas souhaité s’afficher publiquement avec lui et “Macron n’a pas révélé si elle lui avait souhaité bonne chance pour les élections”.

Un candidat insaisissable

“Le candidat Macron est insaisissable”, estime la radio allemande Deutsche Welle. Que signifierait son élection pour la politique économique de la France ? “Depuis des mois, il fait le grand écart entre droite et gauche. Proche du peuple et proche des marchés financiers, pour la croissance et pour une cure radicale d’austérité, jeune et décontracté et homme de raison et de sérieux.” Pour l’instant, son jeu marche bien, convient Deutsche Welle, mais peut-il faire barrage à Le Pen ? “Le scénario possible d’un duel Macron-Le Pen au deuxième tour ressemble trop aux élections américaines.” Le doute sera levé dans les urnes le 7 mai.

Danièle Renon