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A propos des événements de Grasse: les désarrois de l’élève Torless

17 Mar

Le jeune homme, posant ici sur un char d'assaut, est fasciné par les armes./ Capture Facebook

le jeune homme pris en photo sur un char était dit-on fasciné par les armes…

Dans le quartier marseillais où je vis, deux mondes se côtoient. Celui des retraités et celui de gens « issus de l’immigration » dont un certain nombre de femmes en voile intégral. C’est une guerre de position, une boucherie hallal vient de s’installer alors qu’il existe déjà deux boucheries traditionnelles. Je n’ai pas une sympathie particulière pour ces déguisements et bien plus nombreuses sont les femmes jeunes habillées normalement et qui gentiment me cèdent leur place dans le métro, des étudiantes. Mais je ne puis ignorer la guerre latente que des groupes minoritaires ont choisi de se livrer. Il y a Lidl qui est un terrain neutre et des commerces bastions, comme le marchand de journaux où toute la journée des vieillards atrabilaires suppôts du FN viennent faire la campagne de Marine, avec un unique thème: on n’est plus chez nous, l’insécurité et les voyous. Leur référence: la résistance, du temps où les Français avaient des « couilles ». En fait ils n’ont jamais pu participer à la résistance tout au plus aux 27 mois de la guerre d’Algérie, pas de quoi s’affirmer « couillus »avec une guerre qui a pratiqué la torture et une glorieuse armée virée du terrain… Alors on s’attribue les mérites du père peut-être un communiste.

Hier le principal « militant » de ce groupe des retraités avait entrepris un couple un tantinet cacochyme.  Il n’osait pas en faire autant avec moi parce qu’il sait que j’ai la langue acérée et que je déstabilise férocement ses arguments alors même que je suis une « dame » au teint plutôt laiteux, je lui balance: « on n’avait qu’à pas aller les embêter, les bombarder, ils seraient pas obligés de venir chez nous! » Il se gratte la tête et déclare « il y a beaucoup à dire là-dessus » et il se tait. Mais aujourd’hui, il a un regain de vivacité, le thème est ce qui s’était passé à Grasse et nos petits enfants en danger. Je sors sans un mot en attendant d’en savoir plus.

Oui mais voilà, le soir même j’ai repensé à lui à sa déception devant le profil du « terroriste »: on attendait un jeune basané gorgé de la propagande de Daech, un client pour grappiller quelques votes au profit de Marine, le profil était bien différent. Mon problème est la manière dont la piste « terroriste » a été si rapidement écartée, qu’est-ce que le terrorisme et les enfants dévoyés qui s’y livrent?

L’auteur de la fusillade est un lycéen de 17 ans, scolarisé en classe de première littéraire. Killian, c’est son prénom, était lourdement armé lorsqu’il a pénétré dans le lycée. Il portait notamment un fusil, avec lequel il a tiré sur trois personnes, deux armes de poing et deux grenades, même si on ne sait pas encore précisément si toutes ces armes étaient chargées. Le jeune homme, interpellé quelques minutes après les faits, a été placé en garde à vue pour « tentatives d’assassinats ».

Il aurait agi par vengeance. Plusieurs témoins affirment qu’il a visé des personnes en particulier, notamment le proviseur, et n’a pas tiré au hasard. « Ses motivations semblent liées aux mauvaises relations qu’il entretiendrait avec d’autres élèves de l’établissement, a déclaré la procureure de Grasse, Fabienne Atzori. Mauvaises relations avec les condisciples, cruauté de ces derniers, le groupe adolescent qui se constitue contre un bouc émissaire, dans le fond l’exact reflet de ce qui se passe chez le marchand de journaux du quartier. Avec cet aspect particulier de la relation avec sa propre famille à laquelle on a toujours  du mal à s’identifier à l’adolescence, mais plus encore s’il s’agit d’un groupe stigmatisé ou auquel on ne peut accéder. C’est incontestablement par ce biais parental autant que les cruautés des condisciples que la fragilité devient béance. Est-il besoin d’en rajouter?
« On est plutôt sur quelqu’un qui semble avoir des problèmes psychologiques », a expliqué Christian Estrosi, le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui s’est rendu sur place après la fusillade. Une thèse confirmée en fin de journée par Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l’Education nationale, qui parle, elle, de « l’acte fou d’un jeune homme fragile et fasciné par les armes ».

Tous les reportages faisaient état des ascendants du jeune homme, il s’agissait d’un fils de conseiller municipal ancien militaire. Rien de plus, jusqu’au moment où dans les réseaux sociaux on découvrait qu’il s’agissait d’un Fils d’un conseiller municipal de Grasse, ex-membre du FN, élu aux municipales de 2014 sous l’étiquette Front national mais qui a depuis rejoint l’équipe en place du maire Jérôme Viaud (Les Républicains). Le père du suspect est également coordinateur pour la région Provence-Alpes-Côte d’Azur du Rassemblement pour la France (RPF), un micro-parti souverainiste et il vient d’apporter son soutien à la candidature de François Fillon. Mais je n’ai pas envie de me gausser de ces parents-là, pas plus que de ceux de l’assassin de Saint Etienne du Rouvray, leur douleur est semblable.

Tout le monde, à commencer par le maire Républicain et Estrosi, le président du Conseil Régiona,  très embarrassé et écartant tout de suite la piste du « terrorisme ». Mais n’y a-t-il pas plusieurs « terrorismes » dont celui parfaitement autochtone? Et le malaise de ce jeune homme est-il d’une autre essence que celui des enfants maudits du fascisme dit islamiste?

A cette question personnellement je réponds NON. Notre société est malade, la violence, les haines qui s’imposent comme le modèle identitaire avec des personnages auxquels s’identifier qui vous introduisent de la vraie vie au virtuel des jeux vidéos.

Selon plusieurs sources proches de l’enquête, l’adolescent faisait l’objet de brimades ou de harcèlement de la part d’autres élèves. Un de ces cas douloureux dont on ne cesse de nous expliquer à juste raison combien l’enfance cruelle peut avoir un rôle destructeur et ce quelles que soient ses origines et son milieu social. Je repense aux désarrois de l’élève Törless, décrits par Musil. Le livre raconte l’histoire sombre et perturbante d’un jeune homme désorienté s’interrogeant sur les valeurs morales de la société et leur signification. Le roman fit d’abord scandale auprès du public et des autorités, à cause d’un contenu sexuel abordé franchement (prostitution, homosexualité, viol), quoique sans rien d’explicite. Plus tard, on a vu dans ce texte plusieurs prémonitions du fascisme, notamment dans les personnages de Beineberg et Reiting, qui paraissent être de sages élèves le jour, mais abusent sans vergogne d’un camarade de classe, psychologiquement et physiquement, la nuit.

Ces enfants qui entrent dans la nuit du virtuel sont les nôtres, ceux de ce quartier pourri jusqu’à la moelle par l’hostilité médiocre d’adultes, qui peut-être témoignent à quel point la cruauté infantile à l’ère des réseaux sociaux et la montée des haines sociales peuvent effectivement annoncer la fascisation des esprits.

Au risque de paraître excessivement optimiste, je pense que nos sociétés ne veulent pas du fascisme, mais tout est fait pour le leur imposer et faute d’une perspective qui impose des valeurs de paix et de justice, cette minorité sera l’ultime recours de ceux qui veulent à tout prix conserver des privilèges mortifères. Le fascisme n’a jamais été majoritaire, mais quand toutes les autres solutions pour contenir la colère des peuples sont épuisées, les possédants y voient l’ultime recours et embrigadent nos enfants dans cette aurodestruction.

Danielle Bleitrach

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2 Commentaires

Publié par le mars 17, 2017 dans Uncategorized

 

2 réponses à “A propos des événements de Grasse: les désarrois de l’élève Torless

  1. Frank

    mars 17, 2017 at 7:08

    Bonjour danielle,Trés bon article.Je partage à 120 % comme dirait…le Djeun que nous restons tous au fond..bises Frank

     
  2. Nicole Amphoux

    mars 17, 2017 at 11:54

    Merci, chère Danielle, pour cet article extraordinaire de pertinence

     

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