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La pression des États-Unis sur la Corée du Nord ne peut que provoquer un conflit avec la Chine

09 Mar

 

8 mars 2017

Photo: Lee Jin-man / AP / Global Rechercher Presse

Texte: Piotr Akopov

http://www.vzglyad.ru/politics/2017/3/8/860944.html

КНДР провела новые испытания баллистических ракет

Chaque printemps l’aggravation de la situation sur la péninsule coréenne est devenue un rituel. Cependant, cette fois la crise représente un test important pour l’administration de Trump : va-t-elle continuer à jouer la politique traditionnelle des États-Unis, « la carte coréenne » pour faire pression sur la Chine? Pour la Russie, ce qui se passe sur ses frontières orientales revêt une importance croissante.

 

Les manœuvres militaires annuelles des Etats-Unis et de la Corée du Sud, les tests de missiles nord-coréens – tous ces événement de février – mars se sont déroulés exactement comme au cours des dernières années. Mais cette fois, ce n’est plus la « crise nord-coréenne » habituelle – les Etats-Unis ont transféré d’urgence en Corée du Sud le tout nouveau système de défense antimissile.

 

Bien qu’il en fût question dès l’année dernière, le transfert accéléré est clairement destiné à démontrer le sérieux des intentions. Et non seulement face à Pyongyang, mais aussi à Pékin – regardez, nous faisons ce que nous avons promis à nos alliés. Washington envoie en quelque sorte un message à Pékin – « mettez-vous dans la tête que la même chose pourrait se reproduire à nouveau, et dans la mer de Chine méridionale, qui nous avons promis de ne pas vous laisser. » Pékin est extrêmement mécontent de la mise en place du système de défense antimissile américain en Corée du Sud, le considérant comme un défi à sa propre sécurité.

 

Mais la crise coréenne et la pression des États-Unis sur la Chine ont une incidence directe sur la sécurité nationale de la Russie: la Corée du Nord est notre voisin, et la Chine – notre partenaire stratégique le plus important. Notre ministère des Affaires étrangères a déclaré que les actions américaines conduisent à une aggravation de la situation, et la Russie « prendra en compte » le déploiement de la défense antimissile des États-Unis dans sa planification militaire.

 

Étant donné que la guerre la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale s’est déroulée en Corée, on est en droit de se poser cette question « simple »: Y a-t-il vraiment une menace de guerre en Extrême-Orient?

 

Les USA provoquent fortement la Corée du Nord – un pays qui vit dans un isolement quasi complet du reste du monde. Ils la provoquent non seulement par les exercices militaires impliquant l’armée américaine stationnée en Corée du Sud,  mais aussi par des sanctions. Le pays est puni pour ses missiles et son programme nucléaire – oui, les Coréens ont créé une bombe atomique et des missiles balistiques qui peuvent frapper au moins les bases américaines à Okinawa.

 

En réponse au programme nucléaire de la Corée du Nord des sanctions ont été imposées, notamment par l’Organisation des Nations Unies, et l’année dernière, elles ont été considérablement renforcées, des interdictions ont frappé une grande partie des exportations nord-coréennes. Les nouvelles sanctions ont été adoptées avec le consentement de la Chine et de la Russie – qui, bien sûr, ne voient pas d’un bon œil l’apparition d’une puissance nucléaire à leurs frontières.

 

Mais faire pression sur les Nord-Coréens est inutile. Ils sont convaincus que l’existence d’armes nucléaires est le principal moyen de défense contre l’invasion américaine. Et personne au monde ne peut les convaincre du contraire. Au début des années 50, quand l’armée nord-coréenne avait presque vaincu la Corée du Sud, les Etats-Unis sont intervenus. Les Américains ont bombardé au nord tout ce qu’ils pouvaient, et seuls l’intervention de l’armée chinoise et les spécialistes militaires soviétiques ont sauvé la RPDC.

 

Pour la Corée du Nord les États-Unis sont un ennemi naturel, qui occupe le sud de la péninsule. Et les Américains n’ont jamais rien fait pour persuader Pyongyang de l’absence de plans agressifs de leur part. En outre, la Corée est depuis longtemps pour les États-Unis une base idéale à proximité des frontières de la Chine et de la Russie – et la nouvelle administration a des plans à ce sujet.

 

Donald Trump, comme la plupart des géopoliticiens américains, est en quelque sorte convaincu que la Chine peut forcer la Corée du Nord d’abandonner son programme nucléaire. Bien que dans la réalité, ni Pékin ni Moscou ne puissent avoir une influence sérieuse sur Pyongyang. La Corée du Nord est l’un des rares pays qui possèdent une souveraineté réelle – comme, par exemple, l’Iran. Et l’une des armées les plus puissantes du monde – sans parler des armes nucléaires.

 

Obliger les Coréens du Nord à faire ce qu’ils ne veulent pas est impossible – même au prix d’un blocus complet de la Corée du Nord. Mais ni Moscou ni Pékin ne s’y résoudront – au nom de quoi infliger à la population déjà si pauvre de la Corée du Nord des privations et des souffrances? La RPDC, en réalité, n’est une menace pour personne – toutes les déclarations belliqueuses contre les États-Unis ne sont qu’une réponse, une réaction défensive de personnes vivant dans une forteresse assiégée. Pyongyang n’attaquera jamais la Corée du Sud, où se trouvent les forces américaines. Même si nous supposons que les dirigeants de la Corée du Nord soient des maniaques agressifs, ils ne sont pas suicidaires. Néanmoins, les États-Unis se comportent comme s’ils croyaient vraiment aux plans agressifs de la RPDC. Où est le vrai problème?

 

Il y a, mais en partie seulement, à une vision déformée de la réalité de la part des Américains. Bien que cela joue un rôle important, souvenons-nous, dans les années 50-60, beaucoup croyaient sincèrement parmi les dirigeants américains que l’URSS voulait envahir l’Europe de l’Ouest, et même aujourd’hui au Congrès, il y a beaucoup de gens qui croient aux « plans de Poutine pour une attaque sur les Etats baltes ». Mais beaucoup plus important est que pour les États-Unis il est avantageux d’utiliser la question coréenne afin de faire pression sur la Chine.

 

En gros, pour la Chine la Corée est la même chose que le Caucase pour la Russie – ce qui se passe en Géorgie ou en Azerbaïdjan est directement lié à la sécurité nationale de notre pays. Et les troupes américaines en Corée du Sud sont un défi constant et un rappel de la guerre entre les États-Unis et la Chine, qui a eu lieu dans les années 1950-1953. On peut tolérer leur présence, mais assister à  l’installation du dernier système de défense antimissile américain est, bien sûr, désagréable.

 

Surtout que Beijing comprend que les Etats-Unis sous le prétexte de «menace coréenne» peuvent progressivement construire en Corée du Sud un système de défense antimissile super puissant – qui, bien sûr, sera destiné à la lutte contre les missiles chinois. Autrement dit, les États-Unis effectuent par rapport à la Chine la même manipulation que par rapport à la Russie en Europe – où, sous prétexte de contrer les missiles iraniens (même inexistants) ont commencé à installer un nouveau système de défense antimissile. Autrement dit, les Américains vont proposer à Pékin de stopper le programme nucléaire coréen, sachant à l’avance que la RPC n’a ni la capacité ni le désir de le faire- et augmenter la puissance de leur bouclier anti-missile sur la péninsule coréenne.

 

Qu’est-ce que la Chine peut opposer à ces plans? Tout au plus, dans le cas d’une grave détérioration des relations avec les Etats-Unis – reconnaître le statut nucléaire de la RPDC et abandonner les sanctions anti-coréennes. Cependant, si on en arrive là, il s’agirait d’une démarche commune de la Russie et de la Chine – parce que nos intérêts coïncident sur la question coréenne.

 

Ni Moscou ni Pékin n’ont besoin de sanctions permanentes contre la Corée du Nord. Leur utilisation n’est possible que comme un élément pour contraindre Pyongyang de reprendre les pourparlers à six sur la question nucléaire et les missiles. Mais pour résoudre la question, il est nécessaire de bonne volonté des deux côtés – et la RPDC et les Etats-Unis. Seulement par un engagement mutuel de non-agression, on pourrait parvenir à une relative stabilisation de la situation sur la péninsule.

 

Il est connu que l’administration de Trump envisage maintenant diverses options stratégiques en ce qui concerne la Corée du Nord – depuis la reconnaissance de son statut nucléaire jusqu’à l’action militaire. Il est entendu qu’une guerre en Corée est maintenant fondamentalement inacceptable – non seulement parce qu’elle serait nucléaire, mais tout simplement en raison des énormes potentiels militaires adverses – et donc impossible. Reconnaître le statut nucléaire de la RPDC et l’accepter officiellement dans le club des puissances nucléaires, même si les États-Unis soudainement décidaient de prendre une telle mesure – quoique une bonne décision stratégique, est très long et compliqué, mettant inévitablement au centre de la question d’ordre du jour la légalisation mondiale d’une autre puissance nucléaire non officielle, Israël.

 

Ainsi, les États-Unis ont deux options – continuer à taquiner Pyongyang et jouer la « carte coréenne » contre la Chine, ou essayer de négocier avec la RPDC.

 

Dans le format des pourparlers à six (Chine, États-Unis, Russie, Japon et les deux Corées) il serait possible d’obtenir la garantie de non-agression mutuelle des États-Unis et de la Corée du Nord, accepter de réduire l’intensité des manœuvres militaires et d’autres mesures visant à réduire les tensions. Cela ne nécessite qu’une seule chose – le renoncement à faire pression sur la Chine à tout prix. Si Trump veut vraiment construire des relations économiques avec la Chine plus rentables pour le commerce des États-Unis, il devra réduire la pression sur le Céleste Empire à ses frontières.

 

Si, cependant, on le persuade de la nécessité de poursuivre le même cours – les tensions dans la mer de Chine du Sud et autour de la Corée – cela ne fera qu’accélérer le mouvement vers un conflit américano-chinois ouvert. Naturellement, améliorer les relations avec Poutine dans ces circonstances ne sera pas seulement beaucoup plus difficile, mais impossible. La Russie se tourne résolument vers l’Est et devient une puissance du Pacifique, pour laquelle tout ce qui se passe sur la péninsule coréenne sera de plus en plus important.

 

Traduit par Marianne Dunlop pour Histoire et Société

 

 

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Publié par le mars 9, 2017 dans Uncategorized

 

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