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LES ÉMEUTES ANTIPARLEMENTAIRES DU 6 FÉVRIER 1934

06 Mar

.. #GROUPE DE PRESSION #PARLEMENT #POLITIQUE INTÉRIEURE

LES ÉMEUTES ANTIPARLEMENTAIRES DU 6 FÉVRIER 1934

#Quand la droite devient « antisystème ».LA IIIE RÉPUBLIQUE (1870-1940)

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6 FÉVRIER 1934
#ÉMEUTES #ANTIPARLEMENTARISME #CRISE POLITIQUE
L’ÉMEUTE ANTIPARLEMENTAIRE DU 6 FÉVRIER 1934 FUT LA PLUS VIOLENTE CRISE POLITIQUE PARISIENNE DEPUIS LA COMMUNE. ELLE SE SOLDE PAR 15 MORTS, PLUS DE 1400 BLESSÉS. ELLE TRADUIT UNE FRACTURE DURABLE AU SEIN DE L’OPINION PUBLIQUE ET UNE DÉSAFFECTION DE PLUS EN PLUS GRANDE ENVERS LE RÉGIME D’ASSEMBLÉE DE LA IIIE RÉPUBLIQUE.
Auteur:
Julien EBERSOLD
Date de l’évènement
6 février 1934
Nombre de dossiers liés
1
Nombre d’articles
3 114
ÉDOUARD DALADIER
(1884-1970)
Agrégé d’histoire, il devient député radical dans le Vaucluse en 1919 et est réélu jusqu’en 1940. Rival d’Édouard Herriot au sein du parti radical, il est plusieurs fois ministre et président du Conseil. Il jouit d’une réputation de fermeté. Il est président du Conseil lors de l’émeute antiparlementaire du 6 février 1934. Il est l’un des acteurs clés du rassemblement de la gauche pour les élections de juin 1936 et de la signature des accords de Munich en septembre 1938. Arrêté par le régime de Vichy et déporté par les Allemands en 1943, il reprend sa carrière politique après-guerre et reste une figure importante du parti radical. Il refuse de voter l’investiture de De Gaulle en 1958.
Reims : congrès radical socialiste : Daladier ; Agence Meurisse (Paris) ; 1929 – Source BnF.
CHARLES MAURRAS
(1868-1952)
Journaliste, auteur prolifique et politicien contre-révolutionnaire, monarchiste antirépublicain et antisémite, il théorise le nationalisme intégral. Il dirige L’Action française, qui devient le principal quotidien de l’extrême-droite sous la IIIe République, et fonde la ligue du même nom en 1905. Il a une influence considérable auprès des conservateurs et des élites. La violence de ses diatribes contre le traité de Versailles ou le système parlementaire se diffuse dans l’opinion. La condamnation pontificale en 1926 marque la fin de l’apogée de L’Action française. Il est condamné à la réclusion à perpétuité et à la dégradation nationale en 1945 pour avoir soutenu le régime de Vichy.
Action Française : L. Daudet et C. Maurras ; Agence Meurisse (Paris) ; 1930 – Source BnF.
ALEXANDRE STAVISKY
(1898-1933)
Juif d’origine russe, naturalisé français en 1920, il s’est construit une carrière d’escroc. Proche de parlementaires, il profite de la naïveté ou des négligences du personnel politique pour bénéficier d’appuis et de recommandations. Il monte avec le député-maire de Bayonne, le radical Garat, l’affaire du Crédit municipal, qui lui a permis de détourner 200 millions de francs en émettant de faux bonds de caisse. La police est à sa recherche et le traque jusque dans son chalet de Chamonix. Elle découvre son corps agonisant le 8 janvier 1934. La thèse du suicide est immédiatement mise en doute par la presse et l’opinion publique.
Le Petit Parisien : journal quotidien du soir (Paris) ; 9 janvier 1934 – Source BnF.
LA MONTÉE DE L’ANTIPARLEMENTARISME ET L’AFFAIRE STAVISKY

La France est atteinte par la crise économique et sociale en 1931 : le chômage augmente sans que les différents gouvernements ne parviennent à trouver de solution. Depuis les élections de 1932, les radicaux dominent la vie politique. Ils sont alliés aux socialistes et constituent une majorité de gauche à la Chambre des députés (du fait du scrutin proportionnel) mais ils s’opposent sur la politique à mener. Cela se traduit par une forte instabilité ministérielle (Le Temps, 26 octobre 1933) (7 ministères entre 1932 et 1934) qui suscite un profond mécontentement social et politique, aggravé par la multiplication des scandales politico-financiers (scandale de l’aéropostale, affaire Oustric). Ils nourrissent une méfiance croissante de l’opinion publique à l’encontre de la classe politique, exploitée par les ligues d’extrême-droite (qui sont des groupes de pression politiques) qui exacerbent l’antiparlementarisme.

C’est dans ce contexte qu’éclate l’affaire Stavisky en décembre 1933. Le 7 janvier le député radical Garat, associé à Stavisky dans l’escroquerie, est arrêté (Le Petit Journal, 6 janvier 1934). On apprend la mort de l’escroc le 8 janvier, retrouvé suicidé dans sa ville de Chamonix (L’Ouest-Éclair, 9 janvier 1934). Le scandale devient dès lors politique et la presse joue un rôle important dans sa médiatisation et son instrumentalisation politique. Des journaux dénoncent la thèse de suicide. Le Canard enchaîné titre « Stavisky se suicide d’un coup de révolver tiré à bout portant », l’organe monarchiste, L’Action française, de Charles Maurras, « Camille Chautemps, chef d’une bande de voleurs et d’assassins » (10 janvier 1934). La presse communiste (L’Humanité, 9 janvier 1934) et d’extrême-droite instille ainsi le doute sur le rôle du gouvernement Chautemps dans la mort de Stavisky pour lui éviter de faire des révélations gênantes et la presse de droite utilise l’affaire pour décrédibiliser les radicaux.

L’ÉMEUTE ANTIPARLEMENTAIRE DU 6 FÉVRIER 1934 : LE PAROXYSME DE LA CRISE

Les ligues d’extrême-droite multiplient les manifestations dans Paris, mobilisées par la presse d’extrême-droite qui multiple les titres violents et les appels à l’insurrection, appelant « à mettre à la lanterne (…) la racaille parlementaire », « Paris soulevé a chassé le ministère Chautemps », « A bas les voleurs », « A bas le régime abject » (L’Action française 29 janvier, 4 et 5 février 1934). La démission de Chautemps incite les ligues à accentuer leur assaut contre le système parlementaire.

Le 3 février, Daladier est choisi comme président du Conseil. Il renvoie le préfet de Paris Chiappe, jugé trop proche des ligues et aux liens troubles avec Stavisky. Le 6 février, des journaux de droite comme L’Écho de Paris (cf. analyse) ou d’extrême-droite comme L’Action française (6 février 1934), appellent à manifester sur la place de la Concorde devant le Palais-Bourbon pour contester le vote d’investiture d’Edouard Daladier. A 19h50, la manifestation tourne à l’émeute (icono 7 et 8) quand des ligues tentent de marcher sur la Chambre des députés (Le Petit Parisien, 7 février 1934). La répression policière est sévère et le bilan est lourd : 15 morts et 1435 blessés.  La presse d’information multiplie les grands reportages, associant photographies et textes, pour montrer la violence des affrontements (Regards, 9 et 16 février 1934, cf. icono 1 à 4 & icono 6).

Les titres de la presse du lendemain rendent visibles une fracture de l’opinion publique : Le Populaire déclare « Le coup de force fasciste a échoué » (cf. analyse Le Populaire, 7 février 1936). Les journaux de la droite (Le Figaro & L’Écho de Paris, 7 février 1934 & icono 8) et d’extrême droite dénoncent la violence de la répression et condamnent le gouvernement (« Après les voleurs, les assassins », « Paris est couvert de sang ») (L’Action française, 7 février 1934) Quand Le Petit Journal voit dans l’événement « une soirée d’émeute à Paris » (7 février 1934), Le Matin s’inquiète d’une « journée de guerre civile » (7 février 1934). Les communistes de L’Humanité condamnent pour leur part « les fascistes (…) et la démocratie qui se fascise » (7 février 1934) et dénoncent le soutien des socialistes à Daladier, à la tête d’un « gouvernement bourgeois ».

 

LA FACTURE DE L’OPINION PUBLIQUE FACE À LA CRISE POLITIQUE DU 6 FÉVRIER 1934

Pour les mouvements de gauche, la menace fasciste est évidente. Il faut rappeler que nombreuses ligues d’extrême-droite ont adopté les modèles et les rites paramilitaires fascistes et nazis et que cette émeute se déroule dans le contexte de prise du pouvoir par Hitler en Allemagne (icono 9). Les mouvements de gauche appellent à faire grève le 12 février (Le Populaire, 10 février & L’Humanité, 11 février 1934) : Blum y déclare « Nous sommes là tous unis pour défendre la République ». Ce sursaut permet à la gauche (PCF, SFIO, radicaux) de se réunir autour de l’antifascisme (L’Humanité, 13 février 1934), facilitant la formation du Rassemblement populaire en 1935. Dans la mythologie de la gauche, la journée du 6 février préfigure le Front Populaire en 1936. Les ligues sont interdites en 1936 par le Front populaire.

Pourtant, le 6 février, l’émeute a échoué. C’est la démission de Daladier le lendemain (Paris-Soir & L’Ouest-Éclair, 8 février 1934) qui donne la victoire aux manifestants. Bien qu’investi avec une confortable majorité, les leaders du parti radical, refusant leur soutien à Daladier pour mettre en place l’état de siège, l’encouragent à démissionner. Pour la deuxième fois en onze jours, la pression de la rue, suscitée par la droite et l’extrême-droite, a eu raison d’un gouvernement disposant d’une forte majorité à l’assemblée. Gaston Doumergue (icono 5), ancien président de la République, est sorti de sa retraite politique, pour constituer son ministère d’union nationale (Paris-Soir, 9 février 1934) qui s’avérera un échec.

Cette crise « met à nu la crise du parti radical et l’usure de la synthèse républicaine » (Winock) et reflète la désaffection des classes moyennes envers le radicalisme et leur ralliement aux solutions d’autorité contre le système parlementaire (exécutif fort notamment pour sortir de l’immobilisme). Le Petit Journal ose même réaliser une consultation populaire pour faire choisir par ses lecteurs le dictateur qui conviendrait le mieux à la France (11 janvier 1935).

 

LES ÉMEUTES DU 6 FÉVRIER 1934


Le 6 février 1934 (1/2). 2000 ans d’Histoire sur France Inter de Patrice Gélinet avec Pascal Ory (historien). 06.02.2004 « Paris à feu et à sang ! La révolution à Paris ! Des centaines de morts, des milliers de blessés ! » (crieurs publics, le 7 février 1934) Il y a 70 ans, jour pour jour, le 6 février 1934, à l’appel des ligues d’Extrême Droite, des milliers de manifestants s’étaient rassemblés place de la Concorde et boulevard Saint-Germain à Paris. Militants royalistes de l’Action Française, membres des Croix-de-Feu, des Jeunesses Patriotes, de la Solidarité Française et même quelques Anciens Combattants communistes, ils étaient venus devant l’Assemblée Nationale pour conspuer le nouveau Gourvernement Dalladier. Mais soudain, à 19h00, un coup de feu venu d’on ne sait où transformait la manifestation en émeute. Se sentant menacée la police ripostait et après plusieurs heures d’affrontement d’une extrême violence, on comptait 15 morts et plus de 1,400 blessés dans les rues de Paris. A l’origine de cette émeute, la plus violente qu’ait connu la capitale depuis la Commune de 1871, la mort d’un escroc, Alexandre Staviski, dans un chalet de Chamonix, le 8 janvier 1934.


DATE 06.02.2004
DURÉE 15min 04s
AUTEUR Patrice Gélinet avec Pascal Ory (historien)

Mercredi 15 février 2017 – 11:40

Analyse

L’ÉCHO DE PARIS
06/02/1934

Le journal appelle à manifester le jour de l’investiture du gouvernement Daladier, le 7 février, après sa décision de révoquer le préfet de Paris Chiappe. « Ce sera une manifestation de masse dont il sera impossible de ne pas tenir compte car elle aura la force d’imposer ses décisions ».  Des ligues comme l’Action française, Solidarité française, Jeunesses patriotes, les Croix-de-Feu, des associations d’anciens combattants comme l’UNC (droite) et l’ARAC (communistes) ont prévu de se réunir autour de la place de la Concorde avec leur propre parcours.

L’article ironise sur les mesures prises par le gouvernement « par crainte panique d’un coup d’Etat ». Cela reflète l’inquiétude réelle de Daladier devant la menace que constitue les ligues.

Revue de presse

Bibliographie

  • Mathias BERNARD, « L’antiparlementarisme de droite dans la France des années 1930 »,
    in Parlement[s], Revue d’histoire politique, n° HS 9, mars 2013, p. 99-111.
  • Serge BERSTEIN, Le 6 février 1934,
    Julliard, Paris, 1975.
  • Serge BERSTEIN, La France des années 1930,
    Armand Colin, Paris, 2011.
  • Danielle TARTAKOWSKY, Le pouvoir est dans la rue : crises politiques et manifestations en France,
    Aubier, Paris, 1997.
  • Danielle TARTAKOWSKY, Les droites et la rue. Histoire d’une ambivalence, de 1880 à nos jours,
    La découverte, Paris, 2014.
  • Michel WINOCK, La fièvre hexagonale. Les grandes crises politiques 1871-1968,
    Point Seuil, Paris, 2001.
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1 commentaire

Publié par le mars 6, 2017 dans Uncategorized

 

Une réponse à “LES ÉMEUTES ANTIPARLEMENTAIRES DU 6 FÉVRIER 1934

  1. josephhokayem

    mars 6, 2017 at 7:05

    A reblogué ceci sur josephhokayem.

     

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