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L’Humanité : Les vingt jours de la Commune de Shanghai

05 Mar
LINA SANKARI
VENDREDI, 3 FÉVRIER, 2017
L’HUMANITÉ
Shanghai, 1967. Livres, images, disques. Toutes Suvres jugées capitalistes sont brûlées. akg-images/RIA Nowosti

Shanghai, 1967. Livres, images, disques. Toutes Suvres jugées capitalistes sont brûlées. akg-images/RIA Nowosti

En février 1967, la Révolution culturelle accouche d’une commune populaire dans la plus grande ville industrielle chinoise. Inspirée de l’expérience parisienne, et instrumentalisée par Mao dans un premier temps, la rébellion échappe rapidement au pouvoir central.

En janvier 1967, Shanghai est en ébullition. La Révolution culturelle a été lancée quelques mois plus tôt, lorsque le président Mao a dressé les caractéristiques d’une nouvelle structure politique émancipée des bureaucrates, cette nouvelle classe privilégiée pointée du doigt pour son conservatisme. L’idée est de reprendre le pouvoir central au courant liu-denguiste (celui de Liu Shaoqi et Deng Xiaoping). Pour ce faire, il théorise l’abolition des disparités entre travaux manuel et intellectuel, agricole et industriel et la construction d’un État sur le modèle de la Commune de Paris de 1871. À Shanghai, travailleurs et étudiants se saisissent de ces directives jusqu’à déclencher la « tempête de janvier » qui, à la suite de grèves massives, aboutira au renversement de l’administration locale.

Dans les usines textiles, des mouvements rebelles surnommés « Toujours loyaux à la pensée de Mao Zedong » ou « comités de défense de la pensée de Mao Zedong », appuyés par les gardes rouges étudiants, avaient préparé le terrain à la prise de pouvoir à l’échelle municipale. « Toute la lie de la société de Shanghai », selon les termes du maire de Shanghai, Cao Diqiu. Côté rebelle, on réclame la tête des « vieux routiers capitalistes dans le parti » et des « révisionnistes khrouchtchéviens ». Le mépris du premier magistrat de la ville exacerbe les tensions et aboutit à la paralysie des usines, des transports ferroviaires et du port. Le Wenhui Daily et Libération sont aux mains des rebelles en janvier. À ce stade, Mao Zedong applaudit. « C’est une classe qui en abat une autre. C’est une grande révolution. À mon sens, beaucoup de journaux devraient être fermés. Mais il faut bien des journaux. La question est de savoir par qui ils sont dirigés. » Le président s’inquiète néanmoins des grèves – « Nous ne devons pas faire la révolution en nous isolant de la production » – et de la destitution de l’ensemble des cadres. Après la prise de pouvoir, dans leur manifeste, qui reprend les principes de la Commune de Paris, les rebelles, emmenés par Zhang Chunqiao, précisent qu’ils peuvent être destitués à tout instant. « Ce que Mao condamne aussitôt en disant qu’il faut “un noyau permanent” à tout mouvement », précise le sinologue Alain Roux. En outre, une milice ouvrière remplace en partie l’armée et des milliers de comités de médiation populaires exercent à la place des tribunaux.

Pour ses instigateurs, la Commune populaire de Shanghai constitue « la continuation et le développement de la révolution d’octobre dans de nouvelles conditions historiques », explique l’un des rédacteurs du manifeste, Xu Jingxian. Pour le nouveau pouvoir local, la Commune est un épisode transitoire avant l’organisation d’élections. Est-ce pour autant une remise en cause du fonctionnement de la République populaire de Chine (RPC) sous la houlette du Parti communiste chinois (PCC) ? « Personne parmi les rebelles n’a proposé d’abolir le parti dans son ensemble, même si beaucoup manifestaient de l’hostilité ou de l’indifférence à l’idée d’incorporer les anciens cadres locaux du parti. Même dans l’ordre du 8 février, ceux qui prônaient l’abolition du système hiérarchique montraient qu’ils continuaient à suivre la règle du parti maoïste », juge le chercheur néomaoïste Hongsheng Jiang. Le mouvement de Shanghai doit néanmoins faire face à l’hostilité des ouvriers et des cadres dits « conservateurs ».

Bouleverser la vision du monde des masses et des cadres

Pour Mao, l’horizon de la Révolution culturelle n’était pas de renverser l’ensemble des cadres anciens afin de les remplacer par la rébellion, mais bien d’initier un mouvement d’éducation destiné à bouleverser la vision du monde des masses et des cadres et de forger une conscience de classe. Aux yeux de Mao encore, les divisions qui se sont fait jour au sein même de la Commune sur le rôle du parti illustraient le « manque de maturité de la conscience de classe des ouvriers chinois. Dans ces conditions, Mao pensait que le moment n’était pas venu d’instituer à Shanghai un organe de pouvoir fondé sur des élections générales », explique Hongsheng Jiang. À la mi-février, la Commune de Shanghai fait l’unanimité contre elle parmi les cadres de l’armée à Pékin et ceux du parti. Par crainte que l’armée ne le lâche, Mao se désolidarise totalement de la Commune et les étudiants lancés contre la vieille bureaucratie sont désavoués. Si la peur d’une décentralisation excessive et d’une menace à l’unité de la nation ne saurait faire reposer sur les épaules de Mao le changement de nom de la Commune en « comité révolutionnaire », il est certain que cette illustration de la Révolution culturelle que constitue la Commune de Shanghai échappe déjà à Mao. D’autant que la Commune de Shanghai, qui dura une vingtaine de jours, eût le temps d’essaimer dans le reste du pays. La répression est sans appel et tous ses leaders finiront en prison.

Quand un jeune traducteur observait la Commune

Un jeune traducteur, Zhang Deyi, fut le témoin de la Commune de Paris et s’efforça de décrire jour après jour l’avancée du peuple parisien. Il assiste ainsi à l’insurrection et rend compte du rôle des femmes. Il observe également l’entrée des troupes versaillaises dans Paris. Son aversion pour l’impérialisme occidental fait ressortir une sympathie pour les combattants de la Commune. Pourtant, « c’est lorsque les révolutionnaires chinois apprirent que la Russie des soviets s’inspirait de la Commune de Paris qu’ils commencèrent à étudier ses principes et sa signification », note le chercheur Hongsheng Jiang. Les notes du jeune traducteur n’ont été publiées qu’en 1982 et n’ont par conséquent exercé aucune influence majeure en Chine. Ce sont surtout les intellectuels communistes exilés en France qui permettront, dès les années 1920, de faire connaître les fondements de la Commune de Paris en Chine.

repères
16 mai 1966 Circulaire  du 16 mai, considérée comme le lancement de la Révolution culturelle 12 juin Des ouvriers de l’usine textile n° 17 accusent les dirigeants de prendre
la voie capitaliste 5 février 1967 Un million de personnes acclament les rebelles qui ont pris le pouvoir sur la place du Peuple de Shanghai 24 février La Commune
est remplacée par le comité révolutionnaire
rubrique internationale
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1 commentaire

Publié par le mars 5, 2017 dans Uncategorized

 

Une réponse à “L’Humanité : Les vingt jours de la Commune de Shanghai

  1. etoilerouge

    mars 6, 2017 at 4:15

    C’est aujourd’hui que les dirigeants prennent la voie capitaliste. L »ouvriers et les cadres communistes sont contre la commune de shangaï dîtes-vous. Cette Révolution culturelle a divisé en CHINE comme dans le mouvement communistes. Elle aboutit à la victoire de la doite du parti , elle diffuse la haine contre les partis ouvriers communistes, des Bernard HENRI LEVY, des glucksmann, et autres dany le rouge ( n’ayant de rouge que ses cheveux, véritable apparatchik politicard) voilà le fruit de ces gardes rouges sans parler de POLPOT soutenu par le gouvernement de salopards des USA.

     

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