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Moscou dévoile son Centre d’art contemporain de demain

28 Fév

Geometry of Now a su étonner

, publié le mardi 28 février 2017
 

Du 20 au 27 février, la fondation artistique russe V-A-C a ouvert pour la première fois (et la dernière avant l’inauguration officielle) les portes de son futur Centre d’art contemporain moscovite, à l’occasion d’un grand festival international d’arts sonores – Geometry of Now. Le Courrier de Russie y était et vous explique pourquoi il s’agissait d’un événement majeur de la vie culturelle moscovite.

Geometry of now moscou
Salle principale des machines de GeS-2 sonorisée par Jana Winderen. Crédits : Ivan Erofeev

L’imposant édifice de la Station électrique étatique n°2 était le dernier bâtiment encore à l’abandon de l’île très courue de Krasny Oktiabr, en plein cœur de la capitale. Un vestige d’une époque que ses voisins n’ont, pour la plupart, pas connue. Construite en 1904 afin d’alimenter en électricité la première ligne de tramway moscovite, la GeS-2, de son nom d’artiste, a desservi le quartier en courant puis, à partir de 1956, en eau chaude, jusqu’à sa fermeture totale en 2006.

Onze ans plus tard, le temps d’une semaine, la chaleur a ré-investi l’espace vide de la centrale. Ses murs ont vibré à nouveau – bien que différemment. La fréquence mécanique d’antan a laissé la place à sa cousine électronique. Pure. Sensible. Car le festival Geometry of Now se voulait une « étude fondamentale du son dans l’espace ».

Des termes savants, une idée compliquée : déjà sur le papier, Geometry of Now n’était pas des plus accessibles. Puis, l’énorme friche. Vide, froide. Des salles aux hauteurs gigantesques. Des haut-parleurs. Et du son. Micro, macro, nano. Et aussi du bruit. Mais pas n’importe lequel.

Pour cette initiation à l’art sonore, les organisateurs avaient convié la crème de la discipline. L’artiste norvégienne Jana Winderen faisait découvrir ses enregistrements de fonds sous-marins dans la vaste ex-salle des machines, tandis que le Canadien Crys Cole passait en boucle le son du montage d’une pyramide en briques. Les étages inférieurs et supérieurs poussaient davantage encore l’ouïe dans ses retranchements. Le Français Christophe Charles et le Japonais Kozo Inada prenaient en tenaille le visiteur dans un vieux monte-charge à travers une confrontation de sons désorganisés. Plus profond dans la recherche, le Russe Gleb Glonti poussait le vice jusqu’à transformer le « spectateur » en créateur sonore, dans un milieu privé de toute sonorité numérique ou analogique.

Bref, il fallait oser, dans une Moscou très novice en la matière. Et Geometry of Now a su étonner. Non seulement en accrochant un vrai Kandinsky dans un placard à balais, mais aussi en confiant les commandes du projet au très ovniesque artiste anglais Mark Fell, qui a réussi à mélanger un aspect puriste du son dans les expositions de jour et un programme de soirées digne des meilleurs festivals musicaux (Lee Scratch Perry, Terre Thaemlitz, Mumdance, etc.). « Je ne voulais surtout pas reproduire la culture russe à travers les stéréotypes occidentaux que sont l’histoire de son cinéma et de sa musique expérimentaux. J’ai choisi de me consacrer à l’étude du nouvel art russe, jusque dans ses aspects les plus underground », a commenté Mark Fell pour la revue culturelle Afisha. Sur les quelque 70 artistes invités, la moitié étaient ainsi originaires de Russie.

Un mécène en or

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Russell Haswell au festival Geometry of Now à Moscou. Crédits : V-A-C/FB

Derrière cette folie : beaucoup d’arg… – oups, lapsus ! – la fondation d’art contemporain russe V-A-C, pour Victoria – The Art of Being Contemporary. Créée en 2009, l’organisation s’est fixé pour mission de présenter l’art russe d’aujourd’hui à l’ouest des frontières du pays et de soutenir les jeunes artistes émergents. Surtout, le fonds est dirigé par M. Leonid Mikhelson, alias CEO du géant gazier Novatek, alias l’une des trois plus grandes fortunes de Russie (14 milliards de dollars).

V-A-C possède également une salle d’exposition au palais delle Zattere, à Venise, et détient une très large collection d’œuvres russes et étrangères, dont des travaux de Vassily Kandinsky, Nathalie Gontcharoff , Andy Warhol et Gerhard Richter. Pour compléter son palmarès et affermir sa position en Russie, la fondation a décidé d’acheter la station GeS-2 en 2014, à son propriétaire Gazprom, pour 1,7 milliard de roubles.

Ges2 Moscou
Bâtiment du GeS-2 à Moscou. Crédits : V-A-C/FB

V-A-C compte y créer un Centre d’art contemporain digne de ce nom avec salles d’exposition et de cours, cafés, bibliothèque, librairies, auditoire de 350 places et… forêt de bouleaux. Un projet faramineux, confié à un architecte qui l’est tout autant : Renzo Piano – il signore Centre Pompidou de Paris. Et le maestro a déjà plein d’idées en tête pour la GeS-2. « Je veux faire pousser une nouvelle forêt dans le centre de Moscou. À première vue, une forêt n’apporte rien, mais elle offre de la beauté – et celle-ci est parfois capable de changer le monde… Je vois ce projet comme la création d’un territoire pour les Moscovites, où ils se rencontreront et comprendront que des valeurs mutuelles les unissent. Lesquelles ? Aucune importance. Ce peut être l’amour pour la nourriture, la musique allemande ou, dans notre cas, l’art contemporain », a baratiné Renzo Piano à nos collègues d’Afisha.

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Projet de restauration de GeS-2 pour la fondation V-A-C. Crédits : Renzo Piano Building Workshop

La fin du chantier, estimé à 150 millions d’euros selon The Art Newspaper, qui cite Antonio Belvedere, partenaire chez Renzo Piano Building Workshop, est prévue pour 2019. Geometry of Now était donc la dernière occasion de découvrir le nouveau visage de GeS-2, avant son grand lifting.

Vie, mort et renaissance de GeS-2

Ges 2 Moscou

1900 – Début de la construction de la Station électrique centrale des chemins de fer moscovites, afin d’alimenter la première ligne de tramway, Barrière Boutyrskaïa – Park Petrov.
1907 – En février, la station est mise en exploitation.
1925 – La station électrique est baptisée GeS-2. Le G signifie « étatique ».
1945 – Les chaudières sont remplacées par des systèmes à gaz.
1956 – GeS-2 commence à fournir du chauffage aux habitants du quartier.
2006 – La mairie décide la fermeture de GeS-2, jugée « trop coûteuse ».
2014 – Leonid Mikhelson rachète GeS-2 à Gazprom pour 1,7 milliard de roubles (environ 28 millions d’euros). Début des travaux.
2017 – Organisation du festival Geometry of Now.
2019 – Fin prévue des travaux.

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Publié par le février 28, 2017 dans Uncategorized

 

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