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National Interest: Le plan directeur régional de la Russie s’étend de la Turquie à l’Indonésie

27 Fév

 En s’inscrivant en faux face à la fameuse déclaration du président Obama : « La Russie est une puissance régionale », l’auteur de l’article montre les succès de Moscou dans ladite région, le travail sur le long terme et souligne que quand la région est l’Eurasie, les implications régionales deviennent mondiales (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoire et societe)

Président de l'Arménie Serzh Sargsyan, Président du Bélarus Alexander Lukashenko, Président du Kazakhstan Nursultan Nazarbayev, Président de la Russie Vladimir Poutine et Président du Kirghizistan Almazbek Atambayev. Kremlin.ru

Le Président de l’Arménie Serzh Sargsyan, le Président du Bélarus Alexander Lukashenko, le Président du Kazakhstan Nursultan Nazarbayev, le Président de la Russie Vladimir Poutine et le Président du Kirghizistan Almazbek

Voir l’Eurasie dans son ensemble a été à l’avantage de Moscou.

Le tremblement de terre politique du référendum Brexit a déjà changé les relations internationales à bien des égards. Alors que la majorité des experts des États-Unis se sont arrêtés sur les parallèles entre la colère des électeurs britanniques et américains et les conséquences négatives possibles pour l’économie mondiale, quelques-uns ont considéré les implications du référendum sur la politique étrangère américaine, La  fin possible du «pivot» américain vers l’Asie. Dans le même temps, plusieurs événements ont montré que la Russie, proclamée par les mêmes experts comme l’un des plus grands gagnants du vote Brexit, n’a pas à se précipiter vers des pivots: le vecteur eurasien de la politique étrangère de la Russie est déjà présent, et de plus en plus chaque année.

Pourtant, une chose doit être claire dès le début: cette politique eurasienne a peu à voir avec l’idéologie très amorphe de l’eurasisme, dont l’influence est constamment surestimée par les experts occidentaux. Ayant eu une expérience peu positive de la politique étrangère influencée par l’idéologie (initialement par le communisme pendant la guerre froide et plus tard par le libéralisme au cours de la dernière décennie du XXe siècle), la politique étrangère de la Russie est plutôt pragmatique. Elle considère l’Eurasie comme la macrorégion où se trouve la Russie et, ce depuis  des siècles, un domaine prioritaire naturel pour les relations internationales de la Russie.

Après le référendum di Brexit, plusieurs événements sont intervenus et qui ont fourni des  raisons d’analyser les efforts diplomatiques de la Russie dans cet espace. Certains d’entre eux, comme la visite de M. Poutine en Ouzbékistan pour la réunion d’anniversaire du Conseil des chefs d’État de l’Organisation de coopération de Shanghai et la visite en Chine, étaient planifiés, tandis que d’autres – prenaient comme  excuses  la manière dont la Turquie avait abattu l’avion russe en novembre 2015 – . Cependant, tous ces événements ont montré que la diplomatie russe a abouti à des  résultats en faisant de  Moscou  un joueur puissant avec une portée vraiment eurasienne.

Analysons les événements susmentionnés au rythme où ils sont intervenus. Le 23 juin, Vladimir Poutine est arrivé à Tachkent pour le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai. Certains observateurs ont écrit sur la domination chinoise et sur les différents russe-chinois pendant des années au sein de l’OCS, mais une analyse approfondie des derniers développements remet en cause ces conclusions. Plus particulièrement, à Tachkent, avec le soutien russe, l’Inde est devenue un grand membre de l’organisation, ce qui est à soi seul est une raison de revenir sur les déclarations au sujet de la domination chinoise dans l’organisation. En outre, il ne faut pas oublier que, malgré l’accent mis actuellement sur la sécurité, l’extrémisme islamique étant la principale menace, la coopération économique prend de plus en plus d’importance dans l’agenda de l’OSC et la Russie appuie fermement cette tendance.

Ni Moscou ni Pékin ne considèrent, à tout le moins publiquement, la région de l’Asie centrale comme une zone de concurrence. Les raisons en sont, premièrement, que les efforts des deux puissances pour exiger l’exclusivité de la part des pays de la région ne seraient pas satisfaits par les dirigeants d’Asie centrale qui préfèrent l’équilibre entre deux grandes puissances. Deuxièmement, tous les projets prometteurs sont coûteux pour les acteurs extérieurs, que ce soit la Russie ou la Chine. La raison en est la capacité limitée des républiques d’Asie centrale à relever divers défis, sociaux, économiques, politiques ou de sécurité. Même le Kazakhstan, qui connaît  beaucoup plus de succès par rapport à ses voisins en difficulté, doit faire face à des menaces sécuritaires. Tout cela signifie que les cinq anciennes républiques soviétiques recherchent le soutien des grandes puissances et, bien que la Russie ait été profondément impliquée dans la région depuis plusieurs siècles, il n’est pas évident que Pékin soit prêt, ou désireux, de la prendre en charge.

En tout état de cause, avec un soutien actif de la Russie, l’Organisation de coopération de Shanghai se transforme en un forum pour relever les défis régionaux – qu’il s’agisse de la sécurité ou de l’économie. Dernièrement, la coopération économique est devenue un élément légitime de l’agenda de l’OSC, en concurrence avec les discussions sur les défis sécuritaires. Le sommet de Tachkent n’a pas été une exception: en plus d’autres mesures visant à mettre en œuvre des plans de coopération économique, l’intégration à l’initiative de la Route de la soie chinoise a été discutée. Pendant des années, cette idée a été considérée comme, sinon dirigée contre la Russie, destinée au moins affaiblir l’influence de la Russie en Eurasie. Par exemple, l’Ukraine était désireuse de participer à ce projet afin de contourner la Russie. Il est évident que Moscou pourrait réellement gagner en adoptant cette idée de Pékin: si la Chine cherche simplement de meilleures façons de se connecter avec l’Europe, rien n’empêchera la Russie de participer à ce projet.

Après Tachkent, le président Poutine a voyagé à Pékin, où, parmi de nombreux projets de coopération économique, il a discuté de la concordance de la Ceinture-Route de la soie et de  l’Union économique eurasienne, la forme de la coopération privilégiée par le Kremlin dans l’espace post-soviétique. En considérant les  plans russes pour développer la coopération entre l’EEU et non seulement l’OCS, mais aussi l’ASEAN, il est difficile de ne pas voir que les plans russes ont une échelle impressionnante, vraiment eurasienne. Bien entendu, on peut affirmer que ces plans sont loin d’être mis en œuvre. Cependant, ils font partie intégrante du programme de politique étrangère de la Russie. À tout le moins, on peut voir que la Russie a cette politique stratégique à long terme et qu’elle n’a pas à «pivoter» vers la région, sous l’effet des bombardements de crises qui sont incessantes dans la politique mondiale d’aujourd’hui. Compte tenu des dernières visites du président russe, nous pouvons voir que Poutine lui-même est très actif dans la mise en œuvre de ces plans.
Lorsque Poutine est retourné en Russie, le 27 juin, la politique de la Russie avait produit des résultats de l’autre côté de l’Eurasie: le Président Erdogan a envoyé une lettre d’excuses pour l’avion abattu en novembre dernier. Une fois de plus, les critiques étrangers et nationaux des mouvements du Kremlin pendant la crise trouveront assez d’arguments légitimes pour étayer leur opinion, mais il est difficile de contester que la Turquie a finalement fait ce qui serait normal pour tout État responsable et attendu, sinon exigé, par Moscou depuis le début de l’impasse provoquée par la destruction d’un Su-24M le 24 novembre 2015.

Il est évident aujourd’hui que l’attaque du F-16 turc sur l’avion russe était soit un incident très regrettable, essentiellement un échec de la décision militaire turque, soit une tentative insouciante d’Ankara, avec peu de chance de succès, de s’affirmer dans la région et sur la scène mondiale. Les historiens savent la vérité, mais à ce stade, il est important que, quoi qu’il arrive, la Turquie a dû faire machine arrière et s’excuser.

Ce qui est plus important, la politique russe essentiellement n’a pas  laissé à Ankara d’autre option. Les consommateurs russes sont très importants pour l’économie turque, en particulier pour les secteurs du tourisme, de l’agriculture et de l’alimentation. Actuellement, la Turquie n’a pas d’alternative au gaz naturel russe. La position de la Russie dans la région, renforcée par sa participation en Syrie, fournit suffisamment de stimulants pour que toute puissance régionale puisse rechercher une coopération avec Moscou. La réaction de la Russie après l’incident a été équilibrée et, comme le montrent les excuses d’Erdogan, efficace. D’une part, les entreprises turques, bénéficiant le plus de la coopération avec la Russie, ont été ciblées. D’autre part, Moscou s’est abstenu des mesures drastiques exigées par certains «faucons» en Russie. Le Kremlin a même fait savoir à tout le monde que les projets bilatéraux promus depuis longtemps, qu’il s’agisse de la construction d’une centrale nucléaire en Turquie ou d’un gazoduc russe à travers la Turquie vers l’Europe, ne font pas l’objet de sanctions.

La raison de cette contrainte était simple: les deux projets sont plus importants que la simple coopération russo-turque. La centrale d’Akkuyu est un exemple fondamental de ce que la Russie peut vendre à d’autres pays, qui ont de l’argent et sont dans le besoin de centrales nucléaires. Et le pipeline « Turc Stream  » était destiné à apporter plus de gaz russe à l’Europe du Sud et centrale. Pas étonnant que suite à la lettre de M. Erdogan, un processus de normalisation entre les deux pays ait commencé: après la conversation téléphonique entre les dirigeants russes et turcs, la Russie a lancé la procédure pour que soient levées ses sanctions contre la Turquie. Les ministres des Affaires étrangères des deux pays se sont réunis et les rumeurs ont commencé à circuler que la Turquie pourrait laisser la Russie utiliser la base Incirlik pour les opérations en Syrie.

Par conséquent, une semaine après le voyage de Poutine à l’est et le mouvement turc pour normaliser les relations avec la Russie, les observateurs pouvaient voir la force des positions russes en Eurasie – du Bosphore aux Molluques, où les intentions russes de lancer une zone de libre échange Eurasian Economic Union et l’ASEAN pourraient bientôt porter leurs fruits. Quelles conclusions peuvent tirer d’autres puissances mondiales pour évaluer cette ligne de la politique étrangère russe?

Tout d’abord, la rive eurasienne, en dépit de tous ses problèmes, est un environnement tout à fait naturel et familier pour la Russie. Quelle que soit la pression exercée par l’Occident, en particulier les États-Unis (situés en fait dans un autre hémisphère), Moscou dispose d’un espace suffisant pour contrebalancer cette pression avec des liens avec de nombreux pays le long de ses frontières eurasiennes, de pays à pays.
Deuxièmement, la stratégie de la Russie en Eurasie repose sur le fait que ses relations au sein de la région sont multidimensionnelles. Pour presque tous les acteurs importants de la région, la Russie peut, si nécessaire, offrir un format prometteur de relations. Il peut s’agir de la coopération en matière de sécurité sur diverses questions, du contrôle nucléaire à la menace du fondamentalisme islamique, des efforts antidrogue à la cybersécurité, ou des partenariats économiques – encore sous des formes multiples, qu’il s’agisse de ressources énergétiques ou d’investissements, de recherche sur la technologie.

Tous ces facteurs doivent être reconnus lors de l’analyse de la politique étrangère russe. Le Kremlin a sa part importante de difficultés dans la macrorégion eurasienne. Souvent les buts que la Russie établit dépassent ses moyens actuels. Cependant, ce serait une erreur de ne pas considérer les mouvements russes en Eurasie très soigneusement. Il y a eu la fameuse déclaration du président Obama disant que la Russie est « une puissance régionale ». Même si cette évaluation est correcte, quand la région est l’Eurasie, les actions de Moscou dans une telle zone ont incontestablement des répercussions mondiales.

Nikolay Pakhomov est analyste politique et consultant à New York. Il est expert du Conseil des affaires internationales de la Russie. Vous pouvez le suivre sur Twitter @nik_pakhomov .

http://nationalinterest.org/feature/russias-regional-master-plan-stretches-turkey-indonesia-16960

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2 Commentaires

Publié par le février 27, 2017 dans Uncategorized

 

2 réponses à “National Interest: Le plan directeur régional de la Russie s’étend de la Turquie à l’Indonésie

  1. josephhokayem

    février 27, 2017 at 2:20

    A reblogué ceci sur josephhokayem.

     

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