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Unir : Pas de compromis boiteux, mais une alternative à construire

23 Fév

Je suis pleinement d’accord avec cette réflexion de Jack Dion: « Il est des personnes qui se posent une seule question qui revient en boucle: comment battre la droite et l’extrême-droite ? En vertu de quoi ils attendent des compromis boiteux pour qu’il y ait un candidat de gauche qui permettrait de sauver l’honneur, lequel finirait forcément par être celui du PS. Ils oublient juste de se demander comment et pourquoi le FN a explosé en influence électorale alors même que la gauche était au pouvoir (je rappelle qu’elle y est depuis 2012).

La bonne question est de savoir comment faire grandir une alternative digne de ce nom, susceptible de regagner le vote populaire, sur lequel le FN a réalisé une OPA qui devrait faire réfléchir afin d’éviter les mêmes erreurs. Si l’on se contente d’appeler au vote dit utile au nom du moindre mal ( qui demeure un mal) on n’évitera pas le pire, cette fois-ci ou la suivante. »

Il m’a semblé que l’appel du PCF que j’ai relayé ici même avait justement une autre tonalité, il ne disait pas aux candidats à la présidentielles: unissez-vous derrière J.L.Mélenchon ou derrière B.Hamon, c’est-à-dire de fait comme le souligne Jack Dion un PS, après des querelles entre anciens camarades pour savoir qui sera le meilleur représentant de la gauche, lui et ses supporters aux dents longues lorgnant les sièges y compris ceux des élus communistes ou parachutant des copains qui ont erré longtemps dans les couloirs de Solférino. Cet appel renouait avec l’esprit du Front populaire et il insistait sur un rassemblement avec un contenu entièrement novateur. On peut considérer comme le disent certains que le PCF n’est plus qu’un syndicat d’élus, mais celui-ci s’est bien conduit dans la loi El-Khomery et propose que justement il y ait au parlement une majorité d’élus d’accord pour en finir avec cette loi et bien d’autres initiatives du récent quinquennat. Sans cette majorité, toutes les propositions des deux rivaux issus du PS, l’un par la branche mitterrandienne, l’autre roccardienne seront lettre morte.

Il y faut plus encore: des militants dévoués, au-delà des compétitions électorales, pour être l’armature de ce Front populaire. Et il faut dès maintenant tracer cette perspective en dépassant les querelles individuelles et les appétits de petits chefs pour s’entendre sur le fond. Ne pas attendre demain mais unir dès aujourd’hui.

Même si tout cela reste à construire ou à reconstruire.  L’appel du PCF, dont on peut regretter la tonalité tardive après un Congrès et des votes qui ont écœuré bien des militants, est le seul qui paraisse offrir sinon une perspective au moins un sens à des efforts qui s’avèrent très difficiles pour empêcher l’accès de l’extrême-droite et de la droite au pouvoir et même dans ce cas pour construire une alternative de résistance. Certes il ne faut pas de compromis boiteux mais il faut à chaque moment faire face à ce qui menace. Comment ne pas mesurer le danger que représente le trio que l’on nous dit de tête, Le Pen, Fillon, Macron ? On ne peut pas reporter à plus tard de le combattre aux présidentielles mais aussi aux législatives même si nous devons avoir présents en mémoire la mise en garde de Jack Dion: toute hégémonie des mêmes accélère la dérive vers l’extrême-droite, détruit un peu plus nos capacités de résistance.

Dans le Congrès même je m’étais ralliée au texte « unir les communistes » qui allait dans le même sens que cet appel. Ce texte avait reçu un accueil favorable d’un grand nombre de militants. Il est heureux que la direction nationale ait retrouvé son esprit et sa perspective pour tenter de sortir notre pays de la catastrophe annoncée. Le péril l’exige, mais l’avenir impose une démarche plus fondamentale, un choix politique. La question du renforcement du PCF est plus que jamais d’actualité si l’on veut un rassemblement du peuple de France qui conserve plus que jamais l’idée centrale des communistes: unir notre peuple, ses travailleurs, sa jeunesse autour non de personnalités, de courants opérant des synthèses hâtives pour mieux servir des ambitions, parachutant des arrivistes, des camerillas, inventant des enjeux, mais bien des gens de la base au sommet désintéressés et ayant comme seul objectif servir et non se servir.

Toute solution alternative à ce qui se joue depuis tant d’années dans cette alternance politicienne et au profit du capital ne pourra être impulsée par les faillis, il faut pourtant un parti organisé et pas une simple machine électorale, un « mouvement » soumis de fait aux appétits d’un leader et de son groupuscule, je ne vois guère que le PCF quel que soit son état actuel pour remplir ce rôle. Tout dépend de sa capacité à s’autorégénérer pour être toujours plus près du monde du travail, de la classe ouvrière aux intellectuels en passant par tous ceux qui aujourd’hui n’ont pas voix au chapitre. Une organisation capable d’être présente partout à leurs côtés. Parce que le mouvement, le rassemblement lui aussi doit être recréé au delà des élections, de l’adhésion à un homme pour faire respecter un pacte y compris dans l’action, comme pour la loi El-Khomery. Il faudra probablement un Congrès fondateur.

Pour le moment, il faut se battre pour tenter d’arracher ce que nous pouvons et le faire en ayant à l’esprit cette alternative à tout ce que la droite et le PS nous ont imposé depuis des années dans le cadre d’une Europe acquise au capital, mais après les élections il faudra bien que les communistes aient la force et le courage de reconstruire le parti dont ils ont besoin, celui qui de 1917 à 1945 en passant par 1936 a toujours lutté contre les fauteurs de guerre, le fascisme et l’exploitation capitaliste pour constituer la colonne vertébrale de ce pacte de toutes les forces de gauche qui rassemblera tout notre peuple dans un espoir retrouvé et puisque nous en sommes à un retour heureux à l’esprit du Front populaire, je propose un mot d’ordre pour ce Congrès: « Que les bouches s’ouvrent, pas de mannequins dans le parti! »

Danielle Bleitrach

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3 Commentaires

Publié par le février 23, 2017 dans Uncategorized

 

3 réponses à “Unir : Pas de compromis boiteux, mais une alternative à construire

  1. pam

    février 23, 2017 at 7:53

    Oui, cette adresse au peuple de France est utile en tentant de sortir du débat sur le meilleur présidentiable, et en insistant sur le programme et sur les législatives.

    Elle peut aider les communistes à se mobiliser pour leur bataille « autonome », mais il faut qu’elle pousse la direction à aller au bout de sa démarche, qu’elle affirme que la bataille pour des députés populaires est essentielle, quel que soit le résultat des présidentielles, et qu’il faut renforcer le parti communiste… car ce sont les capacités d’unité populaire et d’action qui seront décisives…

    C’est ce que nous avons essayé de dire, ici: http://lepcf.fr/un-pacte-pour-une-nouvelle-majorite-de-gauche

    amitiés,
    pam

     
  2. f

    février 23, 2017 at 9:56

    bonjour Danielle,Content de te lire car quel incroyable contexte!
    En effet même si au final le système s’en sortira,il présente des vbrèches qu’il est possible d’exploter pour le pcf,même si la difficulté est immense.Bien à toi Frank

     
  3. Rodriguez

    février 23, 2017 at 10:27

    Franchement je ne vois pas en quoi la dernière déclaration de la direction du PCF constitue une avancée qu’il suffirait de pousser au bout, parce-qu’elle reste totalement prisonnière de la logique et de la stratégie d’union qui s’est révélé un piège mortel pour les forces de transformation révolutionnaire

    Extrait de la déclaration
    « Voilà pourquoi nous appelons les candidats et les forces de gauche à intensifier leurs discussions jusqu’à conclure ensemble un pacte de majorité pour gouverner la France. »

    C’est PAM lui même dans ce que j’ai trouvé de loin la meilleure analyse de ce piège stratégique qui montrait que n’importe quel engagement programmatique (à l’époque le programme commun ») ne pouvait constituer aucune espèce de garantie confrontée à l’aspiration unitaire fatalement soumise à la domination social-démocrate dans la confrontation politique et idéologique sous l’arbitrage de la bourgeoisie et de l’appareil médiatique à son service.
    C’est que la voie pour un véritable rassemblement de transformation ne passe pas par des accords programmatiques de sommet et de surcroît de caractère électoral.
    Rappelons nous comment nous avons été battu au moment de la bataille pour la réactualisation du programme commun au moment où la possibilité d’un accès crédible au pouvoir émergeait, annonçant le triomphe et les « trahisons » de la social-démocratie mitterrandienne.
    Et l’on retrouve d’ailleurs le même refus de tourner radicalement le dos à cette voie stratégique mortelle dans la revendication de J.L. Mélenchon d’une filiation avec un 1981 qui pourrait enfin déboucher sur de véritables changements!

    Gilbert Rodriguez

     

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