Après une enquête menée pendant un an à la demande de la chancelière Angela Merkel, les services de renseignement allemands (intérieur et extérieur, respectivement BfV et BND) n’ont pas réussi à trouver des “preuves tangibles de l’ingérence politique de la Russie en Allemagne”, relate en exclusivité laSüddeutsche Zeitung (SZ).

Faute de preuves, une publication du rapport de 50 pages ne paraît pas opportune, confie un expert de la sécurité au quotidien de Munich. Cela n’aurait pour effet que de renforcer les tensions – déjà existantes – avec la Russie.”

L’enquête des services de renseignement allemands avait démarré il y a un an après “l’affaire Lisa”, du nom de l’adolescente prétendument violée par un migrant (accusation mensongère) qui avait fortement mobilisé la communauté allemande d’origine russe à Berlin, mais aussi les médias russes et jusqu’au ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. L’implication du gouvernement russe ou de ses services secrets n’a “en rien pu être démontrée”, affirme le rapport.

Vigilance maintenue

La SZ passe en revue tous les cas évoqués dans le rapport : après l’affaire Lisa, l’annonce d’un “djihad du sexe” le 14 février 2016 (jour de la Saint-Valentin), la prise d’influence sur l’Alternative pour l’Allemagne (AfD, droite populiste) ou sur l’extrême gauche ou sur certains milieux sportifs, le travail des médias et surtout celui des hackers dans l’éventualité d’une cyberguerre contre le Bundestag – aucune preuve ni de soutien ni de financement par les services russes n’a pu être avancée, résume le journal.

Au final, deux conclusions s’imposent aux enquêteurs : soit Poutine ne fait rien de ce qu’on prétend, soit les services russes sont assez malins pour ne pas se faire prendre. Les acteurs russes sont “imprévisibles”, aucun “pronostic concret n’est donc possible concernant l’Allemagne”. Dans ces conditions, il convient, recommande expressément le rapport, que le gouvernement allemand maintienne sa “vigilance” dans ce domaine.

Coopération europénne

Et de fait, la chancellerie a demandé que l’enquête se poursuive, souligne la SZ, le gouvernement allemand estimant que Moscou n’est pas blanchi. Un rapport spécial sur le site d’information Sputnik et la chaine RT met en effet en évidence la “tendance à la confrontation” de la Russie et “l’hostilité” des médias russes envers l’Allemagne. Mais, constatent les auteurs du rapport, il est difficile de faire la distinction entre une information partisane et faussée d’une part et d’autre part la désinformation. “Un nouveau défi” à relever, qu’il convient d’analyser plus profondément.

 

Plus généralement, ce qui inquiète, c’est le fait que la Russie puisse s’immiscer dans les élections allemandes – comme cela a été prétendu aux États-Unis – par la divulgation de documents confidentiels obtenus par des hackers ou par le soutien aux partis populistes de droite”, résume le quotidien allemand. À la veille des élections qui vont se tenir en France (avril-mai) et aux Pays-Bas (mars), ajoute la SZ, “les services de renseignement allemands ont conclu un accord d’étroite coopération[avec ces deux pays]”.

Danièle Renon