RSS

L’inventeur du « Stalinisme » et la vie de César…

07 Fév

Résultat de recherche d'images pour

Celui qui invente le stalinisme, si l’on en croit les archives de Simon Sebag Montefiore (1), c’est Lazare Kaganovitch, né dans une pauvre famille de juifs orthodoxes de Biélorussie, dans la clandestinité il porte le pseudonyme étonnant de Kosherovitch. Il refuse absolument de tutoyer Staline, celui-ci parait un peu étonné par tant de vénération quand Lazare déclare Lénine est mort, arrêtons de nous y référer, nous avons Staline. Ce dernier qui parait parfaitement sincère proteste parce qu’il a lui même une vénération sans limite pour Lénine et il dit « Lénine est une tour, je ne suis qu’un petit doigt », par ailleurs Kaganovitch ne se contente pas d’admirer Staline, il est partout un orateur enflammé et un organisateur fanatique qui ne craint pas d’exécuter tout ce qui résiste. Il est remarquablement intelligent mais c’est un bulldozer capable de toutes les violences, saisissant au collet ses collaborateurs et les hissant à bout de bras… « Impétueux et viril », grand et robuste avec de beaux yeux frangés de longs cils, un bourreau de travail se calmant les nerfs avec un chapelet d’ambre… Mais constamment également armé d’un marteau qu’il expédiait sur la tête de ses co,tradicteurs… le meilleur orateur, « la locomotive » Krouchtchev qui l’a beaucoup subi en particulier en Ukraine dit de lui que si le comité central lui avait mis une hache dans les mains, il aurait fait place nette. « Une brute? oui mais lisant constamment, se gorgeant d’histoire mais aussi de romans et pas seulement russes, Balzac, Dickens… Un intellectuel ouvrier « responsable de la militarisation du parti ». Comme beaucoup de ces dirigeants, il a épousé une militante rencontrée dans l’action clandestine et ils s’aiment passionnément au point de se tenir la main dans les réunions du politburo, il a beaucoup d’humour et peu de souci de la vie humaine, mais comme le pesant Molotov, un grand organisateur, ils croient à ce qu’ils font, à leur mission révolutionnaire, en l’occurrence l’industrialisation à marche forcée.

Ce ne sont pas des bureaucrates protégés qui admirent un chef, ce sont des gens qui croient passionnément à leur mission, qui veulent se perfectionner sans cesse. Staline ne se contente pas d’envoyer des ordres, il corrige les fautes d’orthographe et la ponctuation déficiente de Lazare Kaganovitch. Tout ce que Staline dit devient oracle pour Kaganovitch qui promet d’apprendre les règles de la ponctuation, malgré sa charge de travail. Il est vrai que Staline le protège de l’antisémitisme et a une totale confiance en celui qu’il a baptisé l’homme de fer.

Ce qui apparaît c’est un collectif, le stalinisme ce n’est pas un chef, c’est un corps.. Quand son fils lui dit qu’il s’appelle aussi Staline, il lui dit « Non! Tu n’es pas Staline et je ne suis pas Staline. Staline est le pouvoir soviétique. Staline est ce qu’il est dans les journaux et ses portraits. Pas toi et pas même moi! »

Il y a parfois des mises en scène théâtrales: Staline griffonne sur un coin de table ceux qu’il fait déporter dans chaque république pour briser la résistance des Koulaks et même de la paysannerie pauvre, et cela donne 418.000 déportés en Sibérie, mais dans le même temps presque sur le même bout de papier il additionnait les pouds de blé et de pain nécessaires pour la survie, et l’auteur de le comparer à un épicier de village qui aurait gouverné un empire. Je laisse à Simon Sebag son interprétation. Que faire pour se débarrasser de toute cette racaille qui aujourd’hui veut nous priver de la sécurité sociale? Me suis-je interrogée tant je suis en ce moment obsédée par cette question… Oui mais là la question est celle de l’industrialisation forcée et comment l’arracher à une paysannerie elle-même parfois au bord de la famine… et la question se pose avec la violence de toutes les armées blanches déchaînées contre le pouvoir soviétique et peu de temps après les armées hitlériennes, alors l’épicier de village me parait inapproprié pour la folie qui a dû s’emparer de ces hommes.

Je lis avec grand intérêt, mais à petites doses, le livre de Simon Sebag Montefiore : la Cour du tsar rouge (1929-1941), c’est du Suétone(2), les scandales en moins, parce que ces bolcheviques à commencer par Staline lui-même n’ont pas de déviances particulières comme les César décrits par le romain. Ils épousent des militantes, parfois totalement déséquilibrées comme la femme de Staline, mais ils manquent de temps pour les turpitudes. La Révolution est leur passion et le matérialisme historique leur vice. Staline pas plus que les autres n’est un coureur de jupon, toute leur affectivité paraît absorbée par leur rôle historique. Rien ne doit résister à leur mission, mais ça discute ferme, c’est comme cela qu’apparaissent le politburo, le comité central juste après la mort de Lénine. Staline n’a pas toujours le dernier mot. Ce travail à partir des archives est aussi informé mais mauvaise langue que celui de Suétone, mais il donne néanmoins à voir une autre réalité du pouvoir, plus loin que ce à quoi sa propre interprétation un tantinet limitée prétend. Cette lecture est ma détente, une sorte de littérature de gare, d’où les petites doses et comme ici les notes de lecture anecdotiques.

Danielle Bleitrach
(1) Publié en français en 2005 aux éditions des Syrtes sous le titre « Staline – La Cour Du Tsar Rouge ».

(2) Suetone établit la biographie des douze premiers César. Chaque biographie ne suit pas un schéma chronologique, mais est organisée en une succession de rubriques : origine familiale, naissance et carrière avant l’avènement, son avènement et les présages annonciateurs de son avènement, magistratures exercées, campagnes militaires, œuvre législative et judiciaire, générosités envers le peuple, description physique et caractère, mort et présages annonciateurs de sa mort, etc. On souligne généralement la richesse et parfois la qualité des informations de Suétone, qui a eu accès à des archives impériales en raison de ses fonctions, Suétone étant le secrétaire personnel de l’empereur Hadrien. La succession des biographies donne une histoire continue de l’Empire romain, de la fin de la République à la fin de la dynastie flavienne, mais Suétone se montre peu critique sur les sources et colporte des rumeurs. C’est exactement la description que je ferais du travail de Simon Sebag Montefiore.

Publicités
 
Poster un commentaire

Publié par le février 7, 2017 dans Uncategorized

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :