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Tourisme humanitaire : l’humiliant business de certaines ONG installées en Haïti

30 Jan

Je connais Haïti, j’ai eu la chance d’être initiée à ce fier pays par un couple de sociologues communistes Suzy Castor et Gérard Pierre Charles, j’ai fait un compte-rendu de ce voyage dans les Temps Modernes. Mais qui a vécu à Cuba a appris le respect et l’amitié pour ce pays… Je pourrais longuement vous parler des écrivains, des artistes et même du vaudou haïtien qui fait partie de cette créativité autant que de l’aliénation. C’est vrai que quand on connaît l’histoire d’Haïti, le pillage, lire cette description de certaines ONG faisant du tourisme charitable vous écœure… oui les ONG ont été partout dans le monde des plaies de la bonne conscience occidentale. Quand je pense à cette charité là, j’ai envie de chanter la complainte de Brecht: « Grand saint Martin comme chacun sait plaignait très fort les miséreux, voyant un pauvre grelottant, il fendit en deux son grand manteau sur le champ. Ils moururent tous deux… Gelés » Le monde n’a pas besoin de charité et de bons sentiments, il a besoin de justice et de paix (note de Danielle Bleitrach)

http://www.telerama.fr/sortir/tourisme-humanitaire-l-humiliant-business-de-certaines-ong-installees-en-haiti%2C153257.php?utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Facebook#link_time=1485536155

Le bus conduit les membres de l'association chrétienne Food for the Poor dans des bidonvilles dits dangeureux pour distribuer de la nourriture. 
Parmi les 10.000 ONG recensées en Haïti, certaines ont des pratiques peu reluisantes. Le photojournaliste Corentin Fohlen signe un reportage qui en dit long sur l’ahurissante naïveté et le mépris de ces évangélistes des temps modernes.

Corentin Fohlen ne connaissait rien, ou presque, de la Repiblik Dayiti avant ce 12 janvier 2010. Quand il apprend, par la radio, qu’un tremblement de terre a ravagé l’un des pays des Grandes Antilles, il décide de partir là-bas. Réflexe de photojournaliste ! Alors âgé de 29 ans, il est déjà rompu aux situations de conflits : à son actif, des reportages sur la guerre du Kivu en République Démocratique du Congo, l’Afghanistan, les émeutes en région parisienne, la crise grecque…

Devant l’ampleur du drame haïtien il réalise divers sujets pour la presse. Le feu de déchets se consumant en plein milieu de l’avenue Dessalines, dans le quartier commerçant le plus touché par le séisme, est l’une de ses premières images emblématiques de la catastrophe. Prise le 21 mars 2010, elle ouvre le livre de photos qui paraît aujourd’hui : Haïti, Conrentin Fohlen, Éditions Light Motiv.

Dans ce quartier, l'un des plus dévasté après le séisme du 12 janvier 2010, les déchets sont brûlés chaque soir (ici le 21 mars 2010). 

Dix neuf voyages plus tard, le photographe voit les choses autrement : « Désormais, je travaille plus en profondeur, en m’éloignant de la course effrénée aux news. Et surtout, je cherche à montrer une autre image que celle d’un pays misérable et maudit. Loin des clichés, je voudrais avec mon témoignage redonner sa fierté à ce pays. ».
Corentin est aujourd’hui l’un des rares photoreporters à ne pas avoir cédé à l’esthétique du cadavre et de la ruine. Il est parvenu à décrire La terre des hautes montagnes et ses habitants, avec un œil à la fois critique et respectueux.

“La République des ONG”

L’un des chapitres du livre est consacré à une forme d’ingérence étrangère. Pire, à un humiliant commerce orchestré par des ONG : le tourisme humanitaire.

Le bus conduit les membres de l'association chrétienne Food for the Poor dans des bidonvilles dits dangeureux pour distribuer de la nourriture. 

« En 2012, je voyais passer des groupes d’Américains installés à l’arrière de pickup ou dans des bus, en complet décalage avec la situation. C’était des membres appartenant à l’une des 10.000 ONG (1) qui pullulent à Haïti et dont la plupart américaines sont liées à une église missionnaire évangélistes aux USA. Je les ai contacté pour en suivre quelques unes »...
For the Poor est l’une des importantes organisations implantées en Haïti dès 1996. Sur l’image ci-dessus, on voit l’arrivée des « volontaires » pour distribuer de la nourriture aux plus démunis dans le bidonville de Cité Soleil, un quartier considéré comme le plus dangereux du pays, mais où les ONG ont des contacts.

Dans une orphelinat de Titanyen, le 17 janvier 2013, des membres de Healing Haïti s'essaient au lavage des vêtements à l'haïtienne... 

Une autre ONG, Healing Haiti, installée depuis 2006, a été créée par un couple du Minnesota qui affirme : « Nous n’avons pas choisi Haïti, Dieu a choisi Haïti, pour nous. » Comme toutes ces organisations prosélytes, elles organisent chaque semaine le débarquement de 200.000 américains (chiffres de l’ambassade américaine), qui viennent pour un séjour (coûteux) d’une semaine. Au programme distribution d’eau, de chewing-gum dans les écoles, journée plage avec des orphelins… et câlins. « Comme sur l’image ci-dessous, le 17 janvier 2013, dans le village de Titanyen, Dickinson tient une petite fille dans ses bras, raconte Corentin, alors que le reste du groupe aide un vieillard à manger. »

Dickingson, membre de l'ONG Healing Haïti s'occupe d'une petite fille, le 17 janvier 2013 à Titanyen. 

Réalisme cru

Dans la cour de l’orphelinat « La vigne d’or », ils sont venus distribuer coloriages, sucreries et jouets. L’appareil photo enregistre la scène, avec un réalisme cru. Rien n’a été ôté, ni ajouté à cette drôle de pièce de théâtre, ce jeu de rôles grandeur nature qui se reproduit inlassablement, chaque semaine. Et, la petite fille, incrédule, d’observer les bulles de savon que l’on fait éclater sous son nez. « Ces ONG sont convaincues du bien-fondé de leur action et ne voient évidemment pas les conséquences néfastes que leurs vacances humanitaires induisent : ingérence, mépris, pays sous perfusion et perversion des mentalités haïtiennes. »

Distribution de jouets et de friandises dans un orphelinat de Titanyen le 17 janvier 2013. 

« Lors d’une visite dans une maison de retraite, raconte le photographe, j’ai assisté à une scène épouvantable. Le programme prévoyait une distribution de bonbons aux personnes âgées. Chaque volontaire s’est affairé à donner ses friandises aux vieillards, plutôt en mauvaise santé. Là, j’ai assisté au face à face effrayant d’une jeune Américaine qui durant près de 3 minutes a tenté d’introduire de force un bonbon dans la bouche résolument fermée d’une vielle dame assoupie, qui grommelait, sans comprendre ce qui lui arrivait. »

Selfies souvenirs

Love Haïti, Mission Haïti, Haïti for Christ, Christianville Haïti, Save Haïti, … sont, sur le Net, parmi les noms d’associations qui veulent sauver Haïti, leurs programmes simplistes jouent sur la crédulité de certains haïtiens (alors que d’autres, en colère, envoient parfois des pierres sur les autobus, qui sont aujourd’hui grillagés). Venus se faire plaisir, ils repartiront ravis de leur vacances, avec plein de selfies-souvenirs .

Port-au-Prince, le 15 janvier 2013 à l'occasion d'une distribution d'eau dans un bidonville. 

(1) Haïtien resource developement Foundation et la banque Mondiale avancent le même chiffre.

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2 Commentaires

Publié par le janvier 30, 2017 dans Uncategorized

 

2 réponses à “Tourisme humanitaire : l’humiliant business de certaines ONG installées en Haïti

  1. etoile rouge

    janvier 30, 2017 at 2:18

    HAÎti capitaliste, CUBA socialiste là est la différence entre 2 systèmes politiques…Le capitalisme ne vaut rien, une myriade d’ONG grassement payées par des églises ignobles qui profitent de la misère du monde , monde qu’elle ne change jamais car ce serait la fin de leur commerce honteux

     
  2. josephhokayem

    janvier 30, 2017 at 4:23

    A reblogué ceci sur josephhokayem.

     

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