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Antifukuyama : la fin d’une ère merveilleuse, par Andrei Babitsky

27 Jan

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25 janvier 2017

http://www.vzglyad.ru/columns/2017/1/25/854869.html

Tout en niant l’immuabilité des fondements de l’univers, et considérant le monde comme un hypertexte, où toutes les pièces sont interchangeables sans que cela affecte le sens général, croyant que tout a déjà été dit, même avant d’avoir été énoncé, le postmodernisme n’était pas ouvertement une prédication de l’immoralité.

Il n’était pas uni dans ses recensions doctrinales, mais si nous le considérons comme un cadre général de l’esprit du XXe siècle, sa base est l’absence radicale de Grâce, quand l’esprit qui désespère de trouver la vérité décide de plonger dans une incrédulité sans bornes.

Par conséquent, la déconstruction incessante de tout ce qui passait à portée de main du postmoderne était la seule cause dans laquelle notre héros voyait ne serait-ce qu’une parcelle de sens.

La structure sociale, la langue, les sentiments et les responsabilités qui réunissent les gens dans les collectivités solidaires que sont la famille, la société, l’Etat, étaient convertis au cours d’une dissection froide et dépourvue d’empathie en citations du néant, du vide, masqué sous les apparences du plein, dans un flux sans fin de reversement insensé du rien d’une de ses sphères à une autre.

Le regard de l’homme privé d’intérêt pour l’homme en tant que tel et qui le considérait comme un signe équivalent aux autres éléments de l’hypertexte ne pouvait trouver personne dans le monde qu’il puisse aimer, puisqu’il se retrouvait lui-même être celui que l’on avait privé de la possibilité de le faire.

Dans le beau conte gothique de Wilhelm Hauff « Le cœur froid », le personnage principal Peter Munk pour devenir riche, accepte que son cœur soit remplacé par un morceau de glace. Il parvient à devenir riche, mais il perd tout le reste – sa famille et la femme qu’il aime.

Bien sûr, l’histoire du postmodernisme est  plus compliquée, car celui-ci ne se réduit pas à un simple prisme de glace placé dans le cœur humain.

Etant une réaction à l’ère moderne, qui niait les formes traditionnelles de culture et tentait de les remplacer par l’édification du royaume de Dieu sur la terre, le postmodernisme a simplement fusionné la tradition et son rejet dans un seul espace – un texte gigantesque dénué de sens qui continue à s’écrire lui-même, empruntant en son sein des combinaisons de lettres, avec pour seul motif le refus de voir le point final, qui viendra clore un récit mu par une mauvaise éternité.

Le siècle empoisonné par le postmoderne n’a pas désappris à aimer, il n’a pas perdu complètement sa foi dans les formes de vie et de communauté, qui seules peuvent donner à une personne une grande capacité à protéger, à défendre, à entourer – à être actifs dans son désir de maintenir la paix, l’ordre et l’harmonie pour soi-mêmes et les autres, mais le postmodernisme a formé un espace parallèle de scepticisme, où s’échappait l’énergie de la foi et de la charité, la capacité des gens à se lier entre eux par la compréhension et le sentiment partagé du bien et du bon.

L’amour a reflué de l’homme progressivement, abandonnant une ligne de défense après l’autre.

Il a quitté les grandes formations, qui se sont trouvées les premières sous le feu de la critique –du national et du social les yeux des enfants postmodernes se sont tournés avec espoir vers la nature, l’Etat a été rejeté au profit d’intérêts purement personnels.

Mais le plus catastrophique a été le retrait de l’amour des formations plus petites, plus stables – la famille a été évincée par un modèle d’union aléatoire de fragments convulsifs, se décomposant de manière chaotique dans des formes bizarres d’un hypertexte sur la béance lumineuse de la vacuité.

L’anéantissement de l’éros, du sexe, qui crée l’éternelle différence des potentiels, l’énergie de la convergence des corps et des âmes, a été l’un des derniers accords de l’ode à un monde qui ferme définitivement toutes ses fenêtres.

Depuis Dostoïevski, nous savons que «s’il n’y a pas de Dieu, alors tout est permis ». J’ai déjà dit que le postmodernisme ne prêchait pas l’immoralité, car l’immoralité insiste sur la puissance et la banalité ontologique du mal, alors que notre héros refuse simplement de faire confiance en même temps au mal, et au bien.

N’étant ni «tiède, ni chaud, ni froid», il s’est retrouvé, selon sa destinée, « rejeté de la bouche » du Sauveur. Le texte, repoussé par le Verbe, n’a pas remarqué lui-même qu’il avait perdu la propriété d’être texte ou d’être quoi que ce soit d’autre.

C’est largement en liaison avec le postmodernisme qu’ont commencé à l’aube du siècle dernier les tentatives de supprimer le sens de ce que l’on pensait être la liberté, l’homme, les relations humaines.

Niant l’importance des valeurs de la tradition et de la modernité, la postmodernité a trouvé une espèce de réconfort dans la poursuite de formes exotiques de la vie, qui étaient en fait les dernières gares où l’on pouvait conduire dans une dernière impasse les convois de l’histoire.

D’où l’amour du postmodernisme pour les assemblages rares et déviants des êtres humains les uns avec les autres.

La lutte pour qu’ils ne deviennent pas seulement égaux en droits avec les relations traditionnelles, mais acquièrent un statut et des règlements prioritaires, a été le principal programme d’action de l’activisme postmoderne au XXe siècle.

Les conséquences parallèles, comme l’idée bien établie de l’instrumentalité de la morale, qui, dans certains cas, peut être considérée comme rien de plus qu’une citation d’une instruction à la lecture facultative pour la production de mauvais infini, ont sérieusement ébranlé les fondements de la vie publique et privée: l’effondrement concerne la politique, l’économie, la famille – tout a été soumis à une déconstruction rampante et totale.

Je voudrais dire que le rejet actuel du postmodernisme est un réveil difficile de la mémoire, le souvenir d’un amour perdu.

Le président Donald Trump, le «virage à droite» en Europe, la Russie qui s’est mise à la tête de la rébellion contre le pouvoir global de la postmodernité –c’est d’abord et avant tout la restauration laborieuse du chemin naturel de l’amour, la capacité retrouvée de s’apprécier les uns les autres, ses parents, sa patrie et son pays.

Nous aussi, nous avons été malades de cette sclérose diffuse, de la perte de valeur du vécu  – nous avons été atteints sous la forme la plus aiguë car nous n’avions pas d’immunité.

Et aujourd’hui, ce n’est pas une nouvelle immersion dans la tradition, comme beaucoup le croient, qui nous attend. C’est plutôt une synthèse de tous les passés et le refus d’un seul, ultime procédé pour mettre en ordre et apaiser l’existence sur des bases finies.

Nous n’apprenons pas à aimer, parce que nous n’avons jamais perdu l’amour. Nous retrouvons la plénitude de ce sentiment qu’on nous avait enlevé, et qui permet de dire très facilement à tous ceux qui nous sont chers: mère, patrie, langue, camarade, soleil et vent, ciel au-dessus de nos têtes, apôtres, guerriers, saints, dirigeants, simples gens – je vous aime tous.

Et il n’y a plus désormais d’obstacle à ce mot pour être prononcé facilement et avec joie, remplissant à nouveau notre belle voilure …

Traduction : Marianne Dunlop

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1 commentaire

Publié par le janvier 27, 2017 dans Uncategorized

 

Une réponse à “Antifukuyama : la fin d’une ère merveilleuse, par Andrei Babitsky

  1. etoile rouge

    janvier 29, 2017 at 5:57

    Je ne vois pas ce que le post modernisme a de moins capitaliste que le modernisme!

     

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