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Syrie : Pourquoi les pourparlers de paix se tiennent-ils à Astana ?

23 Jan
A la question posée par l’article, l’envie me prend de répondre : pour être le plus loin possible des occidentaux. Sous l’égide de la Russie, de l’Iran et de la Turquie, des représentants des rebelles et du régime de Bachar al-Assad se rencontrent face à face dans la capitale kazakhe. Les négociations d’Astana doivent poser les bases d’un règlement à même d’être approfondi lors de prochaines discussions de paix sous égide de l’ONU à Genève le 8 février. Deux délégations se rencontrent dans la capitale du Kazakhstan, celle des rebelles modérés et celle du gouvernement de Bachar El Assad qui se trouve en position de force depuis la prise d’Alep. Le premier objectif est la consolidation du cessez le feu qui tient plus ou moins bien, même si les rebelles qui accusent le gouvernement de le violer ont décidé de ce fait de ne pas accepter un face à face direct.
Bachar Jaafari, qui mène la délégation du gouvernement syrien composée de dix émissaires, a indiqué que les pourparlers devaient également servir à distancier les rebelles considérés comme « modérés » des djihadistes de l’organisation Etat islamique et du front Fateh al-Cham (ex-Front al-Nosra, Al-Qaïda en Syrie), selon l’agence officielle syrienne SANA. Un autre objectif est d’aller vers une solution globale, la remise des armes contre l’amnistie. Ce qui s’est déjà passé à Alep où les rebelles qui ont rendu les armes ont pu évacuer la ville sous la protection des Turcs et des Russes, le siège et les bombardements étant également terminés. L’ONU est présente à travers son émissaire pour la Syrie, Staffan de Mistura. Ce dernier a salué dimanche les pourparlers comme une « bonne initiative », selon des propos rapportés par les agences russes. Les Occidentaux auront, eux, une présence a minima : les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne seront représentés par leurs ambassadeurs. Mais l’article nous explique le rôle d’Astana et la manière dont son président (un frère soviétique) a réconcilié Erdogan et Poutine (note de Danielle Bleitrach).

Vue sur le palais présidentiel à Astana

Vue sur le palais présidentiel à AstanaArthur Fouchère

Syrie : pourquoi les pourparlers de paix se tiennent-ils à Astana ?

https://www.novastan.org/fr/kazakhstan/syrie-pourquoi-les-pourparlers-de-paix-se-tiennent-ils-a-astana/À l’initiative de la Russie, des pourparlers de paix syriens débutent le 23 janvier 2017 à Astana, capitale du Kazakhstan, pays peu médiatisé. Pourquoi ce choix ? Quel rôle, quelle influence joue son président, Noursoultan Nazarbaïev ?

Dans un article initialement paru sur France 24, Arthur Fouchère décrit le contexte de la rencontre et ce que l’on est en droit d’attendre de ces pourparlers de paix.

Alors qu’une réunion très attendue sur la résolution du conflit en Syrie se tiendra à Astana le 23 janvier à l’initiative de la Russie, avant celle de Genève le 8 février, le choix du Kazakhstan peut interpeller. Pays méconnu et peu médiatisé, le Kazakhstan ne semble pas être a priori une puissance diplomatique de premier plan. Pourtant, son rôle de médiateur, orchestré par son président Noursoultan Nazarbaïev, ne date pas d’hier et s’explique par des calculs géopolitiques, économiques et sécuritaires.

Statue de Noursoultan Nazarbaïev à Astana

Première puissance économique d’Asie centrale, 14ème producteur de pétrole et 1er producteur d’uranium au monde en 2016, le Kazakhstan est entouré du grand frère russe au nord, d’une Chine de plus en plus présente par ses investissements à l’est, du Moyen-Orient au sud et de l’Europe ainsi que du Caucase à l’ouest.

Fort de cette position géostratégique, Astana a consolidé son indépendance, obtenue en décembre 1991, par une politique relativement neutre, qualifiée de « multi-vectorielle ». En résumé : ne pas dépendre uniquement de la Russie et n’avoir aucun ennemi, notamment en partageant habilement ses importantes ressources énergétiques entre les différentes grandes puissances dont les États-Unis (Chevron et ExxonMobil gérant l’immense gisement de Tengiz) et en attirant une grande variété d’investissements directs étrangers, y compris de la France.

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Malgré des failles démocratiques importantes et une corruption omniprésente, le régime kazakh a su se forger une réputation de Monsieur bons offices. Partie prenante dans les principales organisations internationales et régionales occidentales, Astana est membre non permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU depuis juin 2016, adhérent à l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) depuis 2015, mais aussi membre fondateur de l’Union économique Eurasiatique (UEE), de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) et de l’Organisation de Coopération Islamique (OCI)… Ainsi, le Kazakhstan dispose-t-il de tous les titres nécessaires pour converser avec les principaux acteurs de l’échiquier géopolitique.

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Nazarbaïev, l’homme qui a réconcilié Poutine et Erdogan

À la manœuvre derrière cette hyperactivité diplomatique, l’indéboulonnable Noursoultan Nazarbaïev, 76 ans, président du Kazakhstan depuis 1990. Ce dernier s’est saisi du dossier syrien dès le début du conflit, en 2011. En mai 2015, Astana avait déjà reçu trente membres de l’opposition syrienne, qui avaient signé une recommandation faite aux combattants étrangers de quitter le territoire syrien.

Le Parlement kazakh à Astana

Le Parlement kazakh à Astana

Fin 2016, Astana devient le choix pour les pourparlers prévus le 23 janvier, initiés par la Russie avec le soutien de la Turquie et de l’Iran. Si Moscou et Ankara peuvent aujourd’hui se retrouver autour de la table des négociations, c’est en grande partie grâce aux efforts menés par le président kazakh qui a beaucoup œuvré pour réconcilier les deux chefs d’État turc et russe, Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine, qui se défiaient mutuellement depuis la destruction d’un bombardier russe par l’aviation turque à la frontière turco-syrienne en novembre 2015.

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Après plusieurs mois de lobbying de la part du dirigeant kazakh, sur fond de sanctions russes contre la Turquie, le président Recep Tayyip Erdogan a fini, fin juin 2016, par présenter ses « regrets » vis-à-vis de la Russie. « Durant la période de crise de nos relations avec la Russie, Noursoultan Nazarbaïev a rencontré plusieurs fois Vladimir Poutine et nous a montré un grand soutien dans ses discussions avec lui afin de rétablir nos relations. Durant le dernier sommet de l’OCS en Ouzbékistan, il m’a demandé d’envoyer un ambassadeur spécial, ce que j’ai fait. », confiait Recep Tayyip Erdogan. Outre d’importantes synergies économiques, des liens étroits existent entre la Turquie et le Kazakhstan, le peuple kazakh étant d’ascendance et de langue turques.

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Le 5 août 2016, Noursoultan Nazarbaïev fut le premier chef d’État à rendre visite à son « frère Erdogan » suite à la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016, et ce, malgré l’injonction faite à l’autocrate kazakh de fermer ses 33 lycées kazakho-turcs du mouvement éducatif Hizmet de Fethullah Gülen, mis en cause dans le putsch.

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Une médiation utile pour la Russie et le Kazakhstan

La Syrie constitue un partenaire économique potentiel pour le Kazakhstan, qui avait envisagé la création d’un pipeline en Syrie lors d’une visite à Damas le 5 novembre 2007. Car, si le Kazakhstan accueille ce ballet diplomatique, c’est également pour freiner les conséquences néfastes des conflits régionaux sur son économie.

Le Kazakhstan traverse depuis plus de 2 ans sa plus grave crise économique depuis son indépendance. En plus de la chute des cours des matières premières, clé de voûte de son économie (75 % des exportations), les répercussions de la récession russe sur le pays, consécutives aux sanctions liées à l’annexion de la Crimée, ont été très importantes (double dévaluation de sa monnaie, le Tenge, forte inflation).

La capitale kazakhe, Astana, de nuit

Déjà, lors la crise ukrainienne, Noursoultan Nazarbaïev s’était associé à la médiation du président biélorusse. Tout en prenant la défense de l’Ukraine, le président kazakh a beaucoup milité pour apaiser les tensions entre Moscou et Kiev, à tel point que le président ukrainien Petro Porochenko a demandé à Noursoultan Nazarbaïev, en juillet 2016, de poursuivre cette médiation.

Pour le président kazakh, l’activisme diplomatique est aussi une occasion unique de redorer son blason de défenseur des principes d’intégrité territoriale et de souveraineté. En effet, Noursoultan Nazarbaïev n’a eu de cesse de s’opposer à toute ingérence étrangère, qu’il craint par ailleurs pour lui-même.

Lutte contre l’islamisme radical : le combat commun de la Russie, de la Turquie et du Kazakhstan

Le renforcement du rapprochement russo-turco-kazakh s’articule également autour de la question de la lutte contre l’islamisme radical. Dans ce pays à majorité musulmane (70 % de la population pratique un islam de tradition soufi, considéré comme modéré), Noursoultan Nazarbaïev a déployé depuis 5 ans un arsenal juridique encadrant strictement les pratiques religieuses. Bien que musulmans et chrétiens orthodoxes cohabitent en paix et en bonne intelligence – une fierté nationale – plusieurs attentats en 2011, et plus récemment durant l’été 2016, sont venus ébranler la quiétude du pays.

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La plus meurtrière des attaques, dans la ville de Taraz en 2011, a été revendiquée par le groupe Jund al-Khilafah, une organisation terroriste basée à la frontière afghano-pakistanaise. Les circonstances entourant les attaques de l’été 2016 sont beaucoup plus floues. L’attaque d’une caserne à Aktobé (au nord-ouest du pays) le 5 juin 2016 (7 morts dont 4 civils) a été attribuée à des mouvances islamistes, mais elle n’a pas été officiellement revendiquée. Quant à celle d’Almaty, le 18 juillet (10 morts, dont 8 policiers), elle ne serait vraisemblablement que l’œuvre d’un homme anti-système épris, selon ses dires, de vengeance contre le corps judiciaire.

Coucher de soleil sur le palais présidentiel à Astana

Coucher de soleil sur le palais présidentiel à Astana

Il n’empêche que, selon le Comité de Sécurité nationale kazakh (KNB en russe), plus de 300 Kazakhs (plus de 3 000 centre-asiatiques au total) auraient rejoint les rangs de l’organisation de l’État islamique (EI) et que la question de leur retour effraie les autorités.

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Au-delà des enjeux diplomatiques, la tenue de ces négociations de paix syriennes à Astana permet à Noursoultan Nazarbaïev d’asseoir son autorité politique et de disposer d’une véritable aura internationale.

Arthur Fouchère, journaliste pour Novastan

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3 Commentaires

Publié par le janvier 23, 2017 dans Uncategorized

 

3 réponses à “Syrie : Pourquoi les pourparlers de paix se tiennent-ils à Astana ?

  1. Krystyna Hawrot

    janvier 23, 2017 at 1:58

    Le président kazakh a donc compris que les USA n’avaient que des vassaux et pas d’alliés, et qu’il était le prochain sur la liste des dirigeants à éradiquer par les daéchistes manipulés. Il s’est donc rapproché de la Russie et de la Chine, d’autant plus que son pays tirera des bénéfices de « une ceinture une route ». J’ai hâte de voir ces bénéfices arriver en Europe de l’est, via les investissements que les Chinois préparent sur le Danube et avec le chemin de fer Athènes-Budapest, dont la ligne a été coupée par l’Occident pour isoler la Serbie dans les années 90 et remise en service uniquement en tronçons vétustes. Je ne met à rêver d’un TGV ultramoderne dynamisant la régions! Bien sur, si les citoyens ne s’organisent pas pour défendre leurs intérêts, ils ne seront qu’une masse de main d’oeuvre exploitée… mais il faut garder espoir, surtout que la fin approchant de la guerre en Syrie et les turpitudes internes des USA ridiculisent l’Occident à fond dans plein de pays qui jusqu’alors l’admiraient. Les Occidentaux ne se rendent pas compte de l’image désastreuses du délire anti-Trump et des manifs sorosisées sur les opinions publiques des pays vassalisés. Il y a comme une forme de dégout. En particulier les Polonais ne savent plus sur quel pied danser, s’ils doivent saluer ou conspuer Trump! C’est ubuesque!
    Mon inquiétudes c’est que les citoyens US qui manifestent ne voient pas qu’avec leurs manifs, avant même que Trump ait entrepris quelques actions que ce soient contre le droit à l’IVG, ils et elles décrédibilisent le féminisme et la gauche en l’assimilant aux guerres d’Obama et Clinton. On va le payer très très cher cela. Moi je ne manifeste pas avec les agents de Soros ensemble. Pas question. D’ailleurs, le mot « Marche des femmes » est volé à la « Marche Mondiale des Femmes » qui est une organisation mondiale, confédération d’organisations féministes de gauche qui existe depuis 2000 et qui n’a rien à voir avec Soros. Prendre le nom de « Marche des Femmes » pour coller ce nom aux manifs de Soros est une manipulation impardonable que les femmes vont payer très cher.
    D’ailleurs, il n’y a que la Marche Mondiale des Femmes qui’ s’intéresse en Europe à l’Europe de l’Est. Des jeunes militantes de la Marche ont organisé en 2015 une superbe Caravane Féministe européenne qui est partie du Kurdistan, est allée en Grèce, en Bulgarie, en Roumanie, au Kosovo;, en Serbie, en Bosnie, en Croatie, en Suisse, France, Allemagne, Pologne… Un projet énorme portée par deux Françaises, Clara Carbunar et Marion Lafon – j’ai participé sur la partie Balkans et Pologne. Le but des rencontres était de témoigner de la vie des femmes et de soutenir leurs luttes, notamment syndicales et pour le droit à disposer de leur corps. Rien à voir avec Soros, et entièrement financée par le crowdfunding à une hauteur de 10 000 Euros maximum!
    http://caravanafeminista.net/fr/
    Ici le site internet des copines.
    Les seules qui s’intéressent aux femmes de l’Est sont les amies de la Caravane Féministe! Depuis plusieurs années le féminisme français ne fait rien pour soutenir les luttes des femmes à l’est, et rien pour les Polonaises, j’en sait quelque chose, j’ai passé des années dans les organisations féministes françaises à plaider la cause des Polonaises, et j’ai lutté pour l’organisation d’un 8 mars européen à Varsovie, peine perdue! Alors excusez moi,les féministes américaines n’ont rien fait pour nous, elles ne vont pas nous dicter ce que nous avons à faire aujourd’hui! Et personnellement aujourd’hui je préfère que Trump calme le jeu de guerre US en négociant avec la Russie. Après on aura tout le temps de le critiquer, éloignons d’abord le spectre de la guerre en Europe.

     
  2. Jeanne Labaigt

    janvier 23, 2017 at 2:19

    Cet article et le commentaire de Krystyna sont tout à fait éclairants et remettent les pendules à l’heure.
    « Le décentrement » que les événements politiques font subir à nos regards, tant du point de vue géopolitique que du point de vue de la lutte féministe est prodigieux.
    On a du mal à se « maintenir » sur ses propres positions et « l’équilibre » chancelle, nous sommes obligées de voir les choses autrement, cette « caravane féministe », ce basculement des pourparlers de Genève à Astana nous indiquent qu’il nous faut bouger dans nos têtes (si nos membres, je parle pour moi, ne nous portent plus très loin).
    A propos avez -vous lu l’une et l’autre l’analyse de Karine Béchet-Golovko , la juriste, sur son site, sous le titre « Russie: un allié ou un concurrent pour les Etats Unis de Trump? », qu’en pensez vous ?

     
  3. histoireetsociete

    janvier 23, 2017 at 2:53

    il vient de m’arriver une étrange aventure. Sur face book quelqu’un cite mon nom et je me retrouve sur le fil de la discussion. Un des intervenants cite notre blog et dit qu’on y trouve des choses intéressantes. Une certaine valerie lui répond que je suis une fasciste, amie des dictateurs comme Poutine. Celui qui a dit que c’était intéressant dit que les analyses sont lucides a contrario de ce qu’on lit ailleurs et un autre lui dit que je suis « ambigüe ». Comme disait Kusturica en parlant des Russes et des Serbes et de la manière dont l’Europe occidentale, les français en particulier les voient : ils ne savent rien de l’histoire, de nos combat. 80% des français sont persuadés que ce sont les Américains qui ont libéré l’Europe du nazisme et ignorent totalement le rôle des russes et des serbes. Ils font de nous des fascistes, un comble!  » Inutile de vous dire ce que je leur ai dit de leur vision stéréotypée, manipulée par les médias et qu’ils prenaient pour le test de la démocratie. Il suffit de leur dire quelques vérités comme le fait que la marche des femmes est une opération de Soros et que désormais celui-ci est prêt à faire un maidan à Washington ce qui prouve autant et plus que l’élection de Trump l’état réel de leur démocratie… pour qu’aussitôt vous soyez taxé de tous les noms, la simple connaissance des pays et des faits devient un crime. Je publie en majorité des traductions, les productions de sites plutôt favorables aux Occidentaux comme celui-ci ou la presse américaine et c’est pourtant cela qui les destabilise, tant l’information est devenu une stricte répétition de ce qui est politiquement admis…

     

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