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Projet de travail de Marianne et moi sur le cinéma soviétique et les traces de la Révolution

23 Jan

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Si notre illustration fait référence à Dziga Vertov, comme elle aurait pu se rapporter au grand Eisenstein, pour caractériser le cinéma soviétique, nous avons choisi un travail sur deux films de Konchalovsky, le Premier maître (1964) et les Nuits blanches du facteur (2014), une grande longévité entre « déstalinisation » et retour en Russie après la chute du communisme. Voici le texte que nous adressons à Konchalovsky pour lui demander une interview. Marianne la traduit en russe, bien que le cinéaste parle très bien français. Nous étions aussi tentées par un travail sur Alexander Sokourov et son film francophonia, mais selon nous il ne présente pas la même réflexion complexe sur l’Union soviétique quelles que soient par ailleurs ses qualités de cinéaste et de peintre, sa relation à l’Histoire. Nous avons, nous le savons, pas de mal de lecteurs cinéphiles et nous serions heureuses qu’ils puissent contribuer à cette nouvelle étape de notre travail.

I demande d’interview à A. K de la part de danielle Bleitrach et Marianne Dunlop

Danielle Bleitrach est universitaire, sociologue, ancien membre du comité central du PCF et ancienne rédactrice en chef de la revue des intellectuels communistes : Révolution.Voyageuse, routarde, à la recherche des civilisations, elle a publié une dizaine de livres.Marianne Dunlop enseigne le russe, le chinois et l’espéranto, polyglotte, elle parle une dizaine de langues, c’est une militante communiste et au mouvement de la paix qui a vécu et travaillé dans divers pays, Russie, Chine entre autres.

II Ce que nous souhaitons étudier: Le cinéma soviétique, les traces de l’épopée dans l’intimité des petites gens, les chants de l’ordinaire

le cinéma soviétique a été une des grandes expériences cinématographiques du siècle dernier. Un voyageur anglais, Huntley Palme, parcourant la Russie dans l’été 1921, porta sur son cinéma ce jugement « Tout au long de l’histoire de la civilisation, une commodité mécanique n’a jamais été utilisée avec un tel succès – et dans des conditions si difficiles- pour aider à la construction d’une nation nouvelle ».

Nous sommes en 2017, et se pose la question de ce qui reste de cette révolution, les traces de cette épopée et de sa relation avec le cinema, cette « commodité mécanique » en relation étroite avec la naissance d’une nation.  nous avons choisi de  poser cette question et d’autres en lien avec elle  à  Kontchalovsky, avec si possible une interview et en tous les cas son œuvre, essentiellement à partir de deux films, le Premier maître (1964: la destalination ? )  et les Nuits blanches du facteur (2014, la disparition de l’UNion soviétique avec un village qui meurt).  Parce que, pour nous, c’est un cinéaste qui a toujours marqué désenchantement  et engagement par rapport à son pays et à l’Union soviétique, en  utilisant fiction et documentaire. IL est pour nous le Tchekhov de la Révolution Bolchevique. Le cinéaste qui cherche les traces de l’épopée dans l’intimité des petites gens.

Les traces de l’Histoire, ses traimatismes, son épopée dans l’ordinaire des petites gens, un angle d’approche de l’Histoire et de sa représentation, qui  fournit la  trame à divers de nos  livres  et à un blog Histoire et societe qui connait   une certaine audience (de 3000 à 50.000 lecteurs journaliers)..

En  2015, nous avons publié un livre sur le film de Brecht et Lang, « les bourreaux meurent aussi » (1943). Il s’agissait à travers d’une « étude de cas » de poser les bases d’une méthode de  sociologie du cinéma, sur  la relation entre le cinéma et l’histoire. Dans ce cas le nazisme: Un événement traumatique de l’Histoire le traumatisme dit  l’enjeu du film et de la période considérée comme étant de  l’ordre du témoignage.  Il n’est pas question de se limiter au témoignage, mais bien de réfléchir à l’articulation entre documentaire et fiction dans la représentation de cette période et de l’événement dont traite le film, l’assassinat d’Heidrich, un haut dignitaire nazi, le bourreau de Prague, l’initiateur de la solution finale.  Pourquoi le choix de la fiction pour raconter l’histoire de l’assassinat de Heidrich et la description d’un complot dans lequel toute la population désigne un faux coupable. Qu’est-ce que cette « vérité » du nazisme que les deux auteurs s’entendent pour raconter sous la forme d’une fable politique? Nous pouvons vous transmettre ce livre pour que vous soyez au fait du travail.

Mais retournons  à l’Union soviétique et ce que nous attendons d’une rencontre avec Andrei Konchalovsky. Le cinéma, comme le dit Léon Moussinac, entretient un rapport particulier avec le vingtième siècle, il est « le seul mode d’expression à l’échelle de l’angoisse et de l’incertitude présentes, grâce à son caractère universel et international, à son originalité et à ses possibilités de synthèse, le cinématographe impose des lois, des règles, des méthodes sans analogie avec celle des autres arts. Il sera « pur » au sens théorique, réaliste, fantaisiste, éducateur, propagandiste, selon les degrés et les besoins de l’esprit, de la sensibilité des hommes ou ceux de l’organisme social (p.26-27)(1).

Toujours dans le livre de Léon Moussinac, on trouve cette anecdote concernent un échange avec le cinéaste français René Clair qui dans une conférence parlait d’un « conflit entre le capital et l’intelligence », Moussinac veut le pousser à dire que seul le communisme assurera une solution satisfaisante dans ce domaine. Ce à quoi René Clair répondait « je ne crois pas qu’une solution politique quelle qu’elle soit puisse nous satisfaire. Ce serait trop simple. » Et il disait que le conflit existait entre les moyens matériels et l’esprit créateur » que ces moyens matériels soient fournis par le capitalisme privé ou, disait rené Clair, par le capitalisme d’Etat ou quelque nom qu’on lui donne, cela n’atténuera pas la violence du conflit. »(p. 13 et 14). Moussinac lui répond que grâce à la révolution le cinéma se hausse à la hauteur d’arts comme la musique, la poésie, la peinture, la danse, tout un potentiel esthétique qui leur était réservé par les « vieilles civilisations » et il ajoutait que le système capitaliste dans le monde américano-européen entretenait l’ignorance et le manque d’éducation des masses et se contentait donc de raconter des histoires en s’intéressant au profit et sans songer à consacrer de ce fait tous les bénéfices du cinéma pour le développement de l’art cinématographique.

est-ce que après une expérience d’un demi-siècle, Konchalovsky peut apporter sinon une réponse défintive à ce dialogue entre Moussinac et rené Clair à tout le moins une expérience précieuse et nécessairement contradictoire sur le conflit entre moyens matériels et esprit créateur? Mais aussi à ce que l’UNion soviétique avait esquissé et qui continue peut-être aujourd’hui à exister en matière d’exigence culturelle, de projet de développement du cinéma par ses moyens propres et non par la soumission au profit.

Sur ce dernier point, nous avons une expérience en france. si un cinéma français a pu subsister face à la machine hollywoodienne et qu’il a pu faire y compris s’épanouir d’autres cinémas y compris du tiers-monde c’est dû à la lutte des cinéastes français à la Libération qui confrontés au déferlement du cinéma hollywoodien- prévu dans les accord Blum Byrns- ont obtenu qu’une part des recettes y compris du cinéma le plus commercial soit consacré au développement de l’art cinématographique en France et dans le monde.

Par ailleurs, nous avons entamé un travail avec Marianne Dunlop qui est un professeur de russe, toujours au titre des « traces », nous interwievons des gens ordinaires qui nous parlent de ce qu’a été pour eux l’Union soviétique. Ce travail a donné lieu à un livre (3)

 

(1) Danielle Bleitrach fritz lang et bertolt brech, le nazisme n’a jamais été éradiqué. Editions Lettmotiv, 2015

 

(2) Léon Moussinac, cinéma Soviéttique? les introuvables. Editions d’aujourd’hui. 1976.

(3) Danielle Bleitrach et Marianne Dunlop. URSS, vingt ans après, retour de l’Ukraine en guerre, Delga editeur. 2015

 

 

 

 

 

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Publié par le janvier 23, 2017 dans cinema, histoire

 

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