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Non, la Chine n’est pas devenue le leader de la mondialisation libérale

23 Jan

Voici un article bienvenu du Nouvel Observateur – oui tout arrive à qui sait attendre – qui remet quelques pendules à l’heure sur l’apparente inversion des rôles entre Trump et la Chine en matière de capitalisme. Pierre Haski qui n’est pas traditionnellement un thuriféraire de la Chine nous explique que c’est bien un pays communiste obligé en quelque sorte de produire sa NEP pour sortir du sous-développement, mais où le contrôle du capitalisme demeure la règle. « Laisser voler le capitalisme dans une cage plutôt que l’étrangler » tel est l’adage (note de Danielle Bleitrach pour Histoire et société).

Non, la Chine n’est pas devenue le leader de la mondialisation libérale
Xi Jinping au forum de Davos, le 17 janvier 2017. (FABRICE COFFRINI/AFP)

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20170122.OBS4148/non-la-chine-n-est-pas-devenue-le-leader-de-la-mondialisation-liberale.html

Au forum de Davos, le président chinois Xi Jinping a critiqué la tentation du protectionnisme de son homologue Donald Trump. Mais cela ne fait pas de lui le chantre du libre-échange, loin s’en faut.

Deux images symbolisent ce début d’année 2017 qui restera dans l’histoire : d’un côté, Donald Trump le poing levé le jour de son « intronisation » à Washington, de l’autre, Xi Jinping, le numéro un chinois, tout sourire face au gratin du business mondial réuni à Davos, la station de ski suisse.

Petit rappel aux étourdis : c’est à Pékin, et pas à Washington, que le dernier grand parti communiste de la planète est encore au pouvoir, et le Forum économique de Davos a été fondé, initialement, pour célébrer et promouvoir le capitalisme mondialisé made in USA.

Pour autant, les rôles ne sont pas inversés. Donald Trump reste fondamentalement capitaliste, tendance nationaliste et protectionniste, tandis que Xi Jinping, malgré toute la bienveillance qu’il a manifestée à Davos, où il était le premier président chinois à accepter de s’exprimer, n’est pas nécessairement devenu le leader du libre-échange, ou s’il l’est, c’est au nom des intérêts chinois, pas d’une mondialisation libérale à laquelle Pékin se serait converti.

Nécéssité et non conversion

Rappel historique : lorsque Deng Xiaoping, le grand dirigeant chinois de l’ère post-maoïste, a engagé la Chine sur la voie des « réformes et ouverture » il y a bientôt quatre décennies, c’était par pragmatisme, dans une tentative de rattraper le temps perdu pendant les années d’errance idéologique. La Chine, qui avait raté les précédentes révolutions industrielles d’Asie, celle du Japon d’abord, puis des « dragons » coréen, taiwanais, singapourien etc., s’est trouvée bien positionnée pour la vague suivante.

Dans la deuxième moitié des années 1990, et surtout à partir de son adhésion à l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) en 2001, la Chine est devenue l’ »atelier du monde », c’est-à-dire la destination privilégiée des investissements directs étrangers, terre de délocalisations, d’externalisation, de production de masse pour le reste du monde.

La Chine s’est retrouvée au cœur du tourbillon de la mondialisation, non pas par « conversion » idéologique, mais par nécessité de créer des emplois, de sortir une part de sa population de la misère, de financer le plus grand exode rural de l’histoire et donc la construction d’infrastructures urbaines à grande échelle, et de donner une légitimité nouvelle à un Parti communiste fragilisé lors de la grande secousse de 1989.

Trump, trop tôt pour la Chine

Au passage, les exportations sont devenues un élément-clé du modèle économique chinois, atteignant un record de 36% du produit intérieur brut (PIB) en 2006, contre 5% à peine à l’époque maoïste (à comparer avec 12% aux Etats-Unis). Après la crise financière de 2008, qui a plongé dans la crise les grands marchés d’exportation de la Chine – Etats-Unis, Europe, Japon…-, cette part a progressivement diminué pour tomber à 21% du PIB en 2015, alors que le gouvernement tentait de promouvoir la consommation intérieure comme relais de  croissance.

L’élection d’un président protectionniste aux Etats-Unis intervient trop tôt pour la Chine de Xi Jinping qui est au milieu d’une transition difficile vers un nouveau modèle de développement. La croissance chinoise, à deux chiffres pendant la première décennie de ce siècle, est aujourd’hui tombée à moins de 7% en 2016, et le FMI prévoit un « modeste » 6 ,5% en 2017.

La Chine a besoin de stabilité et de confiance dans cette période, surtout en cette année de Congrès du Parti communiste chinois où Xi Jinping espère consolider son emprise sur le pouvoir, et placer ses hommes aux postes-clés en vue de son deuxième mandat à la tête de l’empire du milieu.

Pas vraiment le chante du libre-échange

Xi Jinping n’a d’autre choix que de prendre le contrepied de Donald Trump, et de se faire le chantre de l’ouverture des marchés, du commerce sans barrières, et de l’attractivité vis-à-vis des multinationales que le nouveau Président américain veut contraindre à embrasser son slogan « America First ». Xi a ravi son auditoire à Davos en comparant le protectionnisme au fait de « s’isoler volontairement dans une pièce sans lumière »…

S’il a rassuré les patrons réunis à Davos en refusant la rhétorique de guerre de Donald Trump, le président chinois n’est pas pour autant devenu, comme certains commentaires hâtifs l’ont proclamé, le champion du libéralisme économique.

La Chine reste un pays strictement contrôlé et régulé, dans lequel l’Etat est et demeurera le principal acteur économique. Les investisseurs étrangers ont réalisé à leurs dépens que l’ouverture sur laquelle ils comptaient au début des années 2000, après l’entrée de la Chine dans l’OMC, ne s’est pas entièrement produite, et qu’elle est même aujourd’hui en régression.

Plus autosuffisant, plus autocentré

Il suffit de lire les rapports annuels des Chambres de commerce américaine et européenne en Chine pour réaliser que la compétition sur le marché chinois n’est pas possible dans tous les domaines, que la « préférence nationale » est la règle, et que la Chine défend bien plus vigoureusement ses intérêts nationaux que ne le font ses partenaires et néanmoins concurrents.

Pour cette raison, notamment, Pékin tarde à obtenir le statut d’ »économie de marché » qu’elle espérait de la part des Etats-Unis et de l’Union européenne, et, dans le climat actuel, n’est pas près de l’obtenir.

La tournure des événements contraint la Chine à s’adapter à un nouveau monde menacé par des guerres commerciales, le retour de barrières douanières, et un retour à des blocs commerciaux régionaux plus ou moins ouverts.

Cette pression du contexte international pourrait toutefois faire son affaire : elle risque surtout d’accélérer la mutation du modèle économique chinois et de le rendre plus autosuffisant, plus autocentré, ce que permet sa taille continentale, et ses ramifications dans des pays tiers, en Asie, Afrique et Amérique latine, s’éloignant des marchés occidentaux moins accueillants.

Xi Jinping a affiché à Davos une sérénité qui cache sans doute certaines inquiétudes face à l’agressivité de l’homme au poing levé de Washington. La partie qui s’engage n’était pas prévue par les stratèges de Pékin, mais ils ne manquent pas d’atouts pour en sortir renforcés.

Pierre Haski

Pierre Haski

Pierre Haski

Cofondateur

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2 Commentaires

Publié par le janvier 23, 2017 dans Asie, Economie

 

2 réponses à “Non, la Chine n’est pas devenue le leader de la mondialisation libérale

  1. idreks

    janvier 23, 2017 at 11:20

    Ce monsieur semble oublier l’écart entre l’aspect idéologique et la réalité sociale de la société chinoise. Si par l’aspect théorique se pays continue à se proclamer une société communiste, dans les faits le régime actuel est plus proche à la fois d’une oligarchie économique, et par ce biais, comme consequense inévitable, politique. La société des êtres égaux n’est pas uniquement une idée abstraite, elle est surtout la condition d’une société à venir au-delà du seul développement technologique. Tous les grands événements de l’histoire, dixit Castoriadis, sont produits par des grandes décisions politiques, l’économie étant toujours l’apanage d’une minorité imposant ses propres choix, donc intérêts , à l’ensemble de la société qui pour perdurer et s’épanouir a besoin d’un projet commun, donc politique. Deux visions de société s’impose actuellement à l’humanité : soumission ou décision.

     
  2. josephhokayem

    janvier 23, 2017 at 6:10

    A reblogué ceci sur josephhokayem.

     

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