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A propos de la question des femmes russes que la douma autoriserait à battre en famille

20 Jan

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Les dispositions législatives incriminées 

Voici quelques jours un certain nombre d’articles, relayés d’une manière étonnante par l’Humanité jetait des cris d’indignation sur le fait désormais que l’on pouvait battre sa femme sans danger en Russie et que la douma dans sa totalité avait voté une telle disposition, ce qui prouvait l’état abominable de la Russie de Poutine en matière de mœurs.

Marianne a tenté d’élucider – à la demande générale ou plutôt celle de nombreuses militantes communistes – la question de la loi promue par la Douma qui autoriserait à battre les femmes et voici le résultat de ses investigations qui ont duré un certain temps, vu qu’en Russie personne ne paraissait se passionner pour le sujet.

D’abord parce que le sujet n’était pas dans l’actualité. En fait, les lois récentes,  datant décembre 2016, dont il avait  été fait question et qui ont provoqué l’émoi bien compréhensible des militantes communistes françaises , concernaient le châtiment des enfants et le fait d’être puni ou non de crime si l’on flanquait une fessée à son enfant.

En ce qui concerne les femmes, les dispositions incriminées dataient de l’année dernière et n’avaient pas suscité de grands débats.  En Russie la loi jusqu’à ce jour pénalisait les violences aux femmes et cette pénalisation se traduisait par une peine de 2 ans de prison ou l’équivalent de travail obligatoire, c’est-à-dire pour trouver l’équivalent français l’individu passait automatiquement aux assises. Aujourd’hui ce qui a été voté à la Douma est de faire relever la première violence domestique non plus du code pénal donc des 2 ans de prison mais du code administratif ou de la Correctionnelle, soit 15 jours de prison. Mais s’il y a récidive on retourne à la pénalisation criminelle (donc 2 ans de prison). En fait la violence aux femmes est dorénavant alignée sur les mêmes bases juridiques que la violence sur personne…

Effectivement cette disposition n’a pas eu de contradicteurs, si les communistes sauf un se sont abstenus, le reste de la douma a voté la disposition et ce dans l’indifférence générale.

Donc on est tout de même bien loin de cet article qui décrivait une Russie barbare où les femmes devenaient les victimes désignées du méchant Poutine. Que la presse se soit lancée dans cette opération n’a rien d’étonnant mais que sans vérification l’Humanité ait suivi témoigne de l’influence dans notre presse de gens qui ont reporté leur anti-soviétisme sur la Russie et ont conservé leur sympathie atlantiste. Est-ce à dire pour autant que la situation soit totalement sans problème? Certainement pas, elle ne l’est nulle part y compris en France, mais en Russie la situation a évolué.

Le contexte de la « transition démocratique » sur la protection des femmes

Ce qu’il faut mesurer c’est que lors de la chute de l’Union soviétique, la situation s’est dégradée en particulier pour les femmes et pour les enfants d’une manière considérable, c’est l’époque où l’on va en Russie pour y prendre femme avec des agences plus ou moins marchandes de chair humaine. Encore aujourd’hui, on parle aux USA du cas de ces enfants russes adoptés et mis en vente sur l’équivalent du bon coin. La prostitution se développe, l’alcoolisme, la drogue, la natalité de la population n’assure pas son renouvellement. C’est un drame et un des mérites reconnu à Poutine c’est d’avoir lutté contre cette situation qui a évolué mais qui avec les difficultés économiques perdure.

Mais la caractéritique la plus originale en ce qui concerne la Russie et beaucoup de pays issus de l’ancien bloc soviétique est d’une part une terrible dégradation de la situation dans la transition démocratique, l’apparition dans la société civile d’un certain nombre d’ONG qui calquaient leur action sur les normes occidentales.pour mieux dénoncer la malheureuse Russie de ne pas aller vers plus de libéralisation, tandis que l’Eglise et les forces conservatrices en profitaient pour stigmatiser la libération des moeurs et les excès. La renaissance de l’Rtat s’opérant surtout à partir de la baisse dramatique de la natalité et les différents problèmes d’alcoolisme, de drogue, de violence ayant surgi dans la décomposition de l’Etat soviétique. le tout contribuant fortement à cette nostalgie soviétique qu’il est difficile de nier.

Dans la même période de violence et de misère, d’enrichissement sans loi, ni morale, se développent des ONG qui se préoccupent de la situation des femmes. Ces ONG se préoccupent à la fois d’une situation qui se dégrade face à un Etat qui se désengage dans ce domaine comme dans d’autres et ces ONG sont également très rapidement prises en main par l’occident. La plus connue est celle qui a diffusé cette information est ANNA. L’une des fondatrices du mouvement ANNA, qui ne parlait pas encore parfaitement anglais, affirme avoir traduit littéralement le terme « domestic violence» par « domashnee nasilie» : le terme n’existait pas alors en Russie où l’on parlait plutôt de « scandales familiaux ». Même si certains militants se sont engagés par expérience personnelle, l’activisme contre la violence domestique en Russie a surtout été le fait de professionnels des questions sociales (travailleurs sociaux, psychologues, chercheurs…), qu’ils soient homme ou femme. Les plus actifs d’entre eux étaient liés à des instituts de recherche et à des universités et connaissaient bien la littérature occidentale sur le féminisme. Cette compétence les a conduits à baser leur action sur des dispositifs rationnels et légaux, notamment sur l’utilisation des normes féministes internationales, plutôt que sur des considérations morales et personnelles. Cette dimension est explicite pour le Centre ANNA, fondé par le Centre moscovite pour les études de genre, une organisation qui affirme appartenir au mouvement féministe international. Ses responsables recourent aux textes internationaux en vigueur pour défendre leur cause. Sur son site Internet, l’association ANNA fait référence tant à la Déclaration universelle des droits de l’homme qu’à la Constitution de la Fédération de Russie : le lexique des droits est dominant dans ses discours comme dans ceux des autres associations russes.
Mais l’inconvénient de ce militantisme d’ONG qui se réfèrent avant tout à l’occident c’est que l’on ne sait plus très bien la confiance que l’on doit leur faire tant ces organismes sont occupés à justifier les fonds qu’ils reçoivent de l’occident en méconnaissant parfois plus ou moins intentionnellement la réalité du terrain.

Un exemple depuis 20 ans elles diffusent le chiffre de 14.000 femmes mortes sous les coups de leurs conjoints par an. Mais personne ne sait de qui émane ce chiffre. Comme le note une enquête pourtant peu complaisante:

« On a ainsi l’impression d’un aller-retour permanent entre ONG, État et chercheurs, chacun se référant à l’autre pour justifier de ce chiffre, sans que l’on ne sache pour autant comment ces données ont été obtenues. Le fait même que le chiffre ne varie pas en 20 ans montre surtout qu’il n’y a pas de véritable prise en compte de la question, à la différence de la France où le chiffre officiel des femmes victimes de violence est en augmentation année après année (le nombre de décès étant relativement stable), une augmentation qu’il faut lier à une plus forte dénonciation des violences non-mortelles et à une meilleure prise en compte du phénomène et non à une augmentation des cas de violence en général.

Ce chiffre de 14 000 femmes mortes sous les coups de leurs conjoints par an est donc largement sujet à caution. Il est également difficile de s’appuyer sur des comparaisons comme celles selon lesquelles « une femme russe a cinq fois plus de risques d’être tuée par son mari ou son partenaire qu’une habitante d’Europe de l’Ouest » ou qu’une « femme est 2,5 fois plus susceptible d’être tuée par son partenaire en Russie qu’aux États-Unis, où cette probabilité est à son tour deux fois plus importante que dans les autres pays de l’Europe ».

En dépit du flou et des incertitudes entourant la statistique relative aux violences contre les femmes, les années qui ont suivi la chute de l’URSS ont été marquées par la mobilisation d’acteurs sociaux défendant la cause féminine. Faute de consensus sur les déterminants sociaux et économiques des violences domestiques, c’est surtout la sphère législative qui a fait l’objet d’un investissement des associations de défense des droits des femmes. Leurs positions ont été influencées par les pratiques internationales en la matière. Elles ont notamment milité en faveur de l’adoption d’une loi spécifique pour protéger les femmes victimes de violences et ont réclamé le respect des standards internationaux. Face à ces demandes, les réponses des autorités publiques ont été parcellaires et limitées. Cette faiblesse de la réponse publique pose la question de la spécificité des modalités d’élaboration de la décision politique en Russie, dans un contexte marqué, d’abord, dans les années 1990, par un fort désengagement de l’État consécutif à la disparition de l’URSS, puis, au cours des années 2000, par un retour de l’État sur les questions sociales, et notamment celles liées à la démographie et à la natalité.

Le rôle des forces conservatrices et la nostalgie de l’URSS  

Face à une situation qui faisait que la population ne se renouvelait pas dans un climat de violence généralisé liée à la chute de l’Etat soviétique, l’ère Poutine qui est celle d’une reprise en main et d’un ré-investissement de l’Etat dans ce far-west est surtout orientée vers une remontée de la natalité et c’est surtout la femme en tant que mère qui devient l’objet de préoccupation spécifique. Comme l’adoption des enfants est contrôlée.

Un autre paradoxe de la situation des féministes russes est qu’alors que pendant la « transition démocratique » des années 90 tout était fait sur le modèle occidental dans le sens de l’appel au respect de la sphère privée contre l’intrusion de l’État soviétique dans les affaires familiales, aujourd’hui les forces les plus conservatrices ont récupéré cette revendication pour empêcher l’intervention de l’Etat en faveur des femmes, le libéralisme libertaire s’est converti en un libéralisme sans protection. Il est d’ailleurs frappant que les défenseurs des droits des femmes parlent avec une certaine nostalgie du système soviétique et des protections qu’il offrait aux femmes victimes de violence (recours aux comités du parti, aux tribunaux de camarades, aux comités d’immeubles), et en particulier de la possibilité d’envoyer les hommes en LTP59, des centres fermés de rééducation destinés à soigner les alcooliques par le travail.

Cette situation fait partie de la fameuse nostalgie éprouvée par rapport à l’URSS. Ce qu’il faut bien mesurer c’est que d’une part les forces conservatrices ont tendance à récupérer la revendication anti-étatique et d’intervention de l’Etat dans la sphère privée pour remettre en cause les protections des femmes du temps de l’Union soviétique et d’autre part de confier à l’Eglise le soin de définir les limites morales dans le domaine de la sexualité. Il faut bien mesurer qu’une grande partie de la population russe, en proie aux difficultés de tout ordre que les sanctions et la baisse du cours du pétrole ont encore aggravées sont persuadés que la démocratie et la libéralisation des mœurs passe par l’acceptation de toutes les licences et interdit toute protection aux faibles. Là dessus, l’église orthodoxe intervient pour dénoncer la licence d’une manière le plus souvent caricaturale, tandis que les ONG dont nous venons de voir le rôle sont préoccupées de la norme occidentale et de justifier leur propre action auprès desdits occidentaux, ce qui ne correspond pas au sentiment général de nostalgie de l’Union soviétique.

A la suite de cette recherche, nous avons discuté Marianne et moi sur les mœurs en Russie, elle m’a dit à quel point les Russes souffraient dans ce domaine d’un complexe d’infériorité et se trouvaient toujours trop coincés par rapport à l’occident. Et elle m’a passé ce petit sujet où l’on voit dans une ville de province une supérette dans laquelle on vend des pâtes qui ont la forme d’un phallus. Un prêtre indigné par cette exhibition inutile du consumérisme tente de le dénoncer, il va dans la supérette, interroge les clients qui ont d’autres chats à fouetter et avant de lui demander son avis sur la question s’adresse à une jeune fille : est-elle majeure? Puis le pope excédé finit en signe de protestation par écraser le paquet de pâtes. Marianne m’explique qu’elle est triste pour ces pauvres russes qui n’osent plus dire leur avis à savoir qu’un tel objet devait être réservé aux amateurs de sex shop et qui pensent que la démocratie et la modernité c’est ça. Et de temps en temps ils protestent. Ou manifestent un mépris qui peut passer pour de la provocation mais qui en gros signifie qu’ils ne veulent plus suivre les mœurs de l’occident, alors que nous-mêmes Français nous ne serions sans doute pas d’accord avec un tel paquet de pâtes dans les supermarchés.

Voilà le sujet en question.


C

Bref dans ce domaine comme dans bien d’autres la méconnaissance de ce qui se passe en Russie et plus généralement dans les ex-pays socialistes en matière de mœurs est totalement méconnu et d’une manière totalement abusive on laisse planer le doute sur des pays qui souffriraient éternellement de leurs choix socialistes devenus pour notre presse occidentale l’équivalent d’une régime d’extrême-droite qui aurait définitivement marqué des peuples barbares épris de violences  et de bigoterie…

Qu’une telle opération soit menée par la presse pro-atlantiste qui aujourd’hui appuie la guerre faite à la Russie passe encore mais qu’elle soit relayée par l’Humanité est une honte.

Et puis parce qu’il faut toujours terminer sur une note joyeuse, voici à propos de la nostalgie de l’URSS, encore un de ces chants collectifs improvisés par des groupes de jeunes gens dans les lieux les plus inattendus, ici dans un supermarché à Kaliningrad :

.

Danielle Bleitrach et Marianne Dunlop
:

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4 Commentaires

Publié par le janvier 20, 2017 dans Europe, femmes

 

4 réponses à “A propos de la question des femmes russes que la douma autoriserait à battre en famille

  1. josephhokayem

    janvier 20, 2017 at 6:49

    A reblogué ceci sur josephhokayem.

     
  2. Krystyna Hawrot

    janvier 21, 2017 at 11:56

    Merci beaucoup pour ces précisions! Quand j’ai entendu les médias parler de la soi disant loi russe autorisant la violence contre les femmes, je n’y ai pas cru un instant, en me disant qu’il doit y avoir manipulation! Effectivement, la je comprends mieux. Et ce que vous dites des normes occidentales dans la question de la lutte contre les violences, on l’a constaté aussi dans le mouvement féministe européen, notamment quand nous en avons débattu dans les assemblées des femmes des Forum Sociaux Européens. Dans nos débats il y a toujours eu une vraie coupure est-ouest à ce sujet. Les femmes de l’Est ont toujours souligné que la violence domestique sous le régime socialiste réel était combattue par des structures de l’Etat et par aussi les comités du parti, si si, ce n’est pas une blague! Et puis, l’équilibre entre les sexes dans la familles en réalité donnaient un fort pouvoir aux femmes. Ce n’est pas pour rien que l’extréme droite polonaise avait toujours critiqué le régime communiste pour avoir « dévirilisé les hommes polonais »!
    C’était lié au fait que les femmes avaient toutes un travail et un revenu. La violence était effectivement liée à l’alcoolisme ou était l’apanage de famille très conservatrices le plus souvent dans des régions reculées. Et il ne faut pas oublier que l’idéologie officielle était de combattre l’obscurantisme!
    Le féminisme occidentale a toujours présenté la question de la violence comme un problème individuel de l’homme et de la femme, à résoudre le plus souvent en virant l’homme violent de la maison et le mettant en prison. Les femmes de l’Est ont souvent souligné les raisons sociales de la violence – désocialisation de l’homme, encouragement à la violence par la pornographie et la culture violente des médias capitalistes, solitude de chacun dans l’égoisme glacé du capitalisme… Pour les femmes de l’Est, en fait, on en peut combattre la violence faite aux femmes sans combattre le capitalisme et ses valeurs, dont la vente des femmes dans la pornographie et la prostitution… Alors que pour nombre de féministes occidentales, la pornographie est la liberté d’expression! Dans le mouvement féministe européen, on a acté les différences d »approches, mais on n’a pas réussi à trouver une position commune.

     

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