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Bilan de l’année 2016 : vers quelle société allons-nous ?

12 Jan

Le Docteur en sciences historiques Sergei Vasiltsov nous parle des principales orientations du changement social global et exprime ses pronostics sur ce qu’il faut attendre du développement des contradictions impérialistes mondiales.

09/01/2017

https://kprf.ru/roscrisis/161404.html

– Aujourd’hui, l’impérialisme se bat pour son existence. Et c’est un combat à mort. Sous les coups des accès les plus violents de la crise générale du capitalisme à la fin des années 70 et au début des années 80, il était littéralement au bord de l’effondrement. Mais l’Occident a réussi à redresser ses affaires. Comment?

En menant à bien une aventure géopolitique sans précédent : la destruction et le pillage, grâce à l’utilisation des forces de la réaction interne, de l’URSS et des pays socialistes.

La rapidité de la chute du capitalisme mondial a été clairement surévaluée. Et le danger de l’impérialisme grandement sous-estimé. Ce qui a permis à l’Occident de sucer, comme on dit, le sang, principalement, de la Russie, et d’échapper aux coups de la crise générale.

Il a prolongé son existence de façon relativement paisible pendant près de 30 ans supplémentaires.

Mais au cours des dernières années, la situation a commencé à changer. Ce qui fait que les États-Unis ont fini par se retrouver à peu près au même endroit où ils étaient il y a trois décennies – dans l’attente des convulsions périodiques de la crise systémique du capitalisme. A l’échelle de l’histoire, c’est arrivé soudainement. Et c’est en partie cela qui plonge les Etats-Unis dans une sorte de sidération.

– N’est-ce pas pour cela que les manifestations de cette crise apparaissent aujourd’hui à bien des égards sous une nouvelle forme? Il convient de rappeler ici comment les classiques du marxisme, observant le début de l’époque impérialiste (je parle de Lénine et de Staline), ont averti que les processus sociaux vont maintenant se développer très rapidement. Aujourd’hui, les caractéristiques de la société industrielle se transforment de plus en plus vite en modèle régulier, de la société de l’information mais pas seulement. Celle-ci n’est plus vraiment une nouveauté. De toute évidence, elle est un prélude à une société dont on parlait déjà beaucoup à l’époque dans les résolutions du PCUS – une société dans laquelle, selon la prévision de Marx, la principale force productive devient la science.

La centralisation de l’industrie est remplacée par sa décentralisation. Les « grands chantiers » gigantesques sont remplacés par des entreprises, petites mais très efficaces opérant sur la base de la microélectronique. Au lieu du processus de concentration de la force de travail dans des entreprises géantes on voit apparaître des processus de déconcentration.

Cependant… Il se pourrait bien, poursuit l’intervenant, que la centralisation de la production et, par conséquent, la concentration de la population active ne se soit pas vraiment arrêtée, mais seulement radicalement modifiée et se soit déplacée à un autre niveau, beaucoup plus élevé. En particulier, si dans la société industrielle habituelle a lieu, pour ainsi dire, la concentration physique de la population active, on observe maintenant la concentration de la pensée productive, créative, comme on dit aujourd’hui.

Géographiquement ses porteurs peuvent être aussi dispersés que l’on veut, cependant leur intelligence – grâce à Internet – au contraire, est rassemblé littéralement comme un « poing ».

Ici, selon Vasiltsov, il y a lieu de se référer à nouveau à Marx: «Le développement du capital fixe est un indice de la mesure dans laquelle le savoir commun… est devenu une force productive directe, et donc – un indice de la mesure dans laquelle les conditions du processus de la vie sociale sont soumises au contrôle de l’intellect global et transformées en fonction de lui. »

Bien sûr, la formation de cette nouvelle réalité socio-économique ne fait que commencer. Mais il est déjà clair que les phénomènes inhabituels dans notre société en évolution rapide ne disparaîtront pas. Le nouveau génère le nouveau, l’inédit génère l’inédit…

Lénine, par exemple, a parlé d’un type particulier de crises – des crises « pas seulement économiques », de dimensions énormes et accompagnant tout le développement de l’impérialisme. C’est de ce type particulier de crises que le monde fait l’expérience depuis ces dernières décennies.

D’importants groupes sociaux se retrouvent soudainement « assis entre deux chaises ». Leur force de travail est de moins en moins demandée, car elle ne peut servir qu’au travail le plus primitif. Mais ils ne sont pas en état de s’intégrer aux nouveaux processus.

C’est pourquoi ils se retrouvent en suspens dans une espèce d’incertitude socio-économique. C’est ce que décrivaient les classiques du marxisme-léninisme quand ils parlaient du pourrissement du capitalisme, mais maintenant l’impérialisme développe ce processus à pleine puissance. Il y a de vastes zones, déjà mondiales, d’exclusion. Et ces zones sont internationalisées, franchissant les frontières.

Ces changements dégénératifs dans l’histoire de l’impérialisme sont connus. Une fois ils ont déjà engendré le fascisme. Aujourd’hui, il s’agit d’une réalité mondiale d’un nouveau type. Ses effets sont extrêmement dangereux. Il n’est pas étonnant que le Président Trump soit prêt à secouer toute l’économie américaine, si seulement cela pouvait donner à des millions d’Américains des emplois. Et ainsi, réduire au maximum la zone de décomposition sociale, qui grandit également aux États-Unis.

Déjà Lénine disait que «le soutien social principal (non militaire) de la bourgeoisie » – c’est « la couche embourgeoisés des travailleurs, ou l’aristocratie ouvrière, tout à fait petits-bourgeois dans leur mode de vie, le montant de leurs gains et dans l’ensemble de leur vision du monde ». Aujourd’hui, s’y sont adjoints (les dépassant de plus en plus numériquement) les marginaux, et les couches déclassées de la population, y compris parmi les migrants. Ces nouvelles formations sociales ne créent pratiquement rien, mais consomment activement ce qui a été produit par d’autres. La « marginalité » au stade actuel de l’impérialisme est presque la principale couche sociale.

L’injection dans la plupart des grandes puissances mondiales de masses d’origine et de culture étrangères marginalisées provoque une crise presque universelle – non pas tant économique mais culturelle, psychologique, même civilisationnelle.

D’où, peut-être, le phénomène Trump. Il semble vouloir sauver son pays, mettant le cap du «navire» américain dans une direction très inhabituelle pour les cercles impérialistes du XX siècle. On pourrait comparer cela avec les efforts déployés par les passagers d’une montgolfière, qui, pour faire remonter leur nacelle, cherchent n’importe quoi à jeter pardessus bord.

Ses projets, à Trump, ressemblent à des préparatifs sérieux pour une guerre majeure. En effet, la délocalisation de la production hors du cadre national crée en cas de conflit un risque pour l’Amérique d’être coupée de ses propres bases de production à l’étranger. En cas d’attaque, les positions militaires stratégiques elles-mêmes seraient vulnérables. Dans la mesure où, par exemple, les États-Unis devraient nécessairement faire venir, principalement par la mer, des armes depuis les pays producteurs – de telles communications seraient des cibles faciles pour l’adversaire. L’expérience des batailles navales de la Première et de la Seconde Guerre mondiale le démontre également.

Tout cela dans un contexte où leur « background  » industriel situé sur le territoire des États-Unis est en pleine déconfiture. Il suffit de mentionner la tragédie de centres industriels jusque là prospères (comme Detroit), devenus des villes fantômes. Grâce aux efforts des forces impérialistes, l’Amérique a commencé à ressembler à sa propre arrière-cour.

Par les mesures qu’il a planifiées, Trump entend non seulement mettre fin au chaos provoqué par une politique américaine imprudente, mais aussi rassembler la nation. Bien sûr, mettre en œuvre un tel projet demanderait au moins une décennie, sinon deux. C’est le délai plus ou moins probable qui reste à la Russie pour se relever et mettre les choses en ordre chez elle. Et se relever entièrement dans tous les domaines, de l’économie, de la science et de la vie. Nous devons être prêts à n’importe quoi.

Aujourd’hui, notre pays souffre de l’héritage empoisonné de l’ère « de la pérestroïka et des réformes. »

Les temps difficiles du siècle dernier, les années 20 et 30, étaient eux aussi liés à l’effondrement complet des libéraux, malgré leur omnipotence apparente. Qui a tellement secoué les États-nations, les poussant à leur perte, que ceux-là, tentant d’y échapper, ont dégénéré en puissants régimes autoritaires. Bien que de très différentes connotations politiques…

Les crises d’aujourd’hui sont provoquées par ces mêmes forces, qui en ce moment essaient de déstabiliser à l’extrême toute la civilisation européenne, et même la détruire… Quel sera le résultat? Si on dit que l’impérialisme est capable d’entraîner dans sa chute toute l’humanité, au vu des processus actuels, ce ne sera pas une simple métaphore.

Nous parlons parfois de la structure sociale de la réalité russe qui nous entoure. D’un point de vue marxiste classique, selon l’intervenant, elle conserve encore une forme de fusion sociale avec quelques îlots déjà établis de structure de classe. Dans le même temps, selon le chercheur, on voit déjà surgir l’un des principaux défis de la société post-industrielle naissante.

Il s’agit de l’énorme masse, plusieurs millions (on dit parfois des dizaines de millions) de citoyens occupés à des travaux intermittents, en constante évolution. Plus précisément un « travail précaire » permanent.

Parfois, ces travailleurs «au noir» sont  appelés à la mode européenne des « freelancers». La plupart du temps ce sont des jeunes âgés de 20 à 45 ans. Leur instrument de travail est l’ordinateur. L’essentiel dans leur psychologie et leur vision du monde est l’exigence d’une totale indépendance concernant leur vie et leur travail.

Comme en son temps Lénine, qui avait identifié de nouveaux groupes de travailleurs en tant que prolétariat rural, administratif et commercial, maintenant, peut-être, nous devons distinguer parmi la masse très hétéroclite des « freelancers», de nouveaux groupes de travailleurs. Ceci est l’une des tâches de recherche de la science sociale russe dans un avenir proche, dit Vasiltsov.

Oui, vu de l’extérieur, ces travailleurs très individualisés sont apolitiques. Cependant, à l’intérieur d’eux-mêmes, ce qui est bien prouvé par les sondages compétents, ils sont souvent même hyper politisés.

C’est dans leur milieu qu’est souvent recrutée – toujours par Internet – la force de frappe des « révolutions de couleur ». De ces couches sociales il est relativement facile de «modeler» une base sociale pour presque n’importe quel mouvement socio-politique.

Les forces impérialistes ont déjà commencé à travailler ce milieu très activement.

La mondialisation à l’américaine, telle que l’a décrite Ziouganov, s’est déjà largement transformée. Maintenant, elle est passée à un autre niveau, ayant réussi à disperser à travers le monde les graines de nouveaux chocs, des semences d’une nature nouvelle et inattendue. Ayant livré à la destruction les structures étatiques séculaires de nombreux pays, en particulier au Moyen-Orient et Afrique du Nord, et ayant transformé en un mélange explosif une grande partie de leur population, l’Amérique a jeté ces forces destructrices en Europe, propageant ainsi sa politique de «chaos contrôlé».

La civilisation européenne elle-même se retrouve menacée par les bonnes œuvres de cet impérialisme «renouvelé». Tout concourt vers une plus haute forme de contradictions inter-impérialistes – vers la fascisation de l’Europe…

* Compte-rendu de la « table ronde » organisée à la « Pravda » par les chercheurs en sciences sociales sur « la théorie de Lénine de l’impérialisme et le monde moderne. »

Traduit par Marianne Dunlop

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Publié par le janvier 12, 2017 dans Uncategorized

 

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