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« J’ai rien fait, moi !»

11 Jan

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L’hebdomadaire ukrainien «2000» commente le rapport des services de renseignement états-uniens sur l’intervention du Kremlin dans les élections américaines

Le rapport de la communauté américaine du renseignement (Photo: AP / TASS)

http://svpressa.ru/politic/article/163914/

L’apothéose de l’hystérie à propos de l ‘«ingérence» de la Russie dans l’élection présidentielle américaine, nous dit l’hebdomadaire ukrainien « 2000 », est le rapport spécial conjoint de la communauté du renseignement américain (United States Intelligence Community, IC ) – un terme collectif pour désigner les 17 agences gouvernementales américaines distinctes, dont la tâche est de collecter l’information et de mener des activités de renseignement dans l’intérêt des États-Unis.

« Nous avons établi que le président russe Vladimir Poutine a donné l’instruction d’influer sur la campagne présidentielle aux États-Unis en 2016. La Russie visait à miner la confiance du public dans le processus démocratique aux États-Unis, dénigrer la secrétaire d’État Clinton et saper ses résultats en tant que président potentiel. En outre, nous avons déterminé que Poutine et le gouvernement russe avaient une nette préférence pour l’élection de Trump « .

Le rapport dit que Moscou a utilisé différentes tactiques pour essayer d’influencer le résultat. «L’influence de Moscou consistait en une stratégie comprenant l’action secrète d’espionnage – comme des cyber-attaques – avec l’implication évidente des agences gouvernementales russes, les médias appartenant à l’Etat, des intermédiaires tiers, et les utilisateurs de réseaux sociaux payés ou  » trolls « , – dit le rapport.

Bref, le cauchemar et l’horreur – saper les fondements démocratiques, sympathiser avec l’un des candidats dans un pays étranger (le rapport souligne que les politiciens russes Jirinovski et Pouchkov sur leurs pages Twitter ont célébré la victoire de Trump), et même essayer de contribuer à sa victoire. En effet, qui, dans une communauté (internationale) civilisée se comporte ainsi?

Nous avons fait une petite recherche dans nos archives et trouvé l’exemple suivant : le 10 mars 2011, le vice-président américain Joe Biden était en visite à Moscou. Il a rencontré Dmitri Medvedev, Vladimir Poutine. Je me souviens qu’à l’époque, l’intrigue principale de la politique non seulement russe, mais sans doute mondiale était qui du « tandem » russe allait se présenter aux élections présidentielles de mars 2012.

En outre, le visiteur américain a rencontré des «militants des droits de l’homme».

Cet événement s’est déroulé à Spaso House (résidence des ambassadeurs américains), et voici ce qu’en a dit Garry Kasparov: « Biden… nous a dit franchement qu’à sa rencontre avec M. Poutine, il lui a déclaré que sa nomination pour un nouveau mandat était inopportune. La Russie, selon le vice-président américain, est fatiguée de Poutine, et cette fatigue va se renforcer et conduire inévitablement à des événements semblables à ceux qui se produisent dans le monde arabe.  »

D’ailleurs, ce ne sont pas que les « satanés libéraux » qui ont écouté l’invité de marque : « M. Biden m’a confié : « Je n’aurais jamais cru, quand je venais dans les années 70 en URSS, qu’un jour je soutiendrais les communistes et souhaiterais leur victoire … « – raconte le député du KPRF à la Douma Nina Ostanina. Et donc, ce n’est pas l’opposant notoire Jirinovski, mais le vice-président américain qui a démontré ouvertement ses préférences politiques aux élections dans un autre pays (en Russie) et a même rencontré opposition, pour, de toute évidence, la « réconforter », et l’assurer du  soutien de la direction de l’unique superpuissance.

Ce qui est particulièrement intéressant à noter est l’incroyable « clairvoyance » de Joe Biden, puisqu’effectivement, six mois plus tard, après les élections législatives et avant les présidentielles, il y a eu d’importants mouvements de protestation contre les autorités.

En général, les gens sérieux ont l’habitude de passer de la parole aux actes. Il est significatif que l’administration américaine n’ait pas essayé de « cacher ses oreilles. » Et immédiatement après les élections législatives en 2012, le porte-parole adjoint du Département d’Etat américain Mark Toner a déclaré: «Nous avons alloué plus de 9 millions de dollars pour soutenir des élections libres et transparentes en Russie. Je le déclare encore une fois, parce que notre intérêt est de soutenir les organisations non gouvernementales traitant de ces questions, et jamais de soutenir un parti politique « . Comme dit le proverbe, « non par intérêt personnel, mais juste »… pour l’amour de la démocratie. Toner a également déclaré : «Nous devons dépenser plus de 9 millions de $ pour soutenir le processus libre et transparent lors des prochaines élections en Russie » (Ies présidentielles).

Quant aux trolls Internet, notre journal « 2000 » a remarqué également qu’un an et demi avant les élections présidentielles sur l’Internet en langue russe a augmenté de façon spectaculaire l’activité oppositionnelle. Les messages des pires adversaires du «régime» ont commencé à prévaloir dans presque tous les forums, sachant que déterminer l’origine géographique et l’identité des auteurs est impossible. Des russophones, comme vous le savez, il y en a des quantités en dehors de la Russie. Un des résultats de ce «phénomène» a été l’extrême et soudaine popularité du blogueur jusque là peu connu Alexei Navalny et de son site « RosPil », consacré à des enquêtes sur les abus dans les sociétés d’État russes.

Concernant l’ascension fulgurante de Navalny, il est intéressant de noter plusieurs choses: premièrement, avant le succès de « RosPil » son auteur était un illustre inconnu [ou comme on dit en russe : « largement connu dans des cercles étroits », NDT]. Pendant plus de dix ans il a travaillé avec un succès mitigé dans ces cercles très «étroits», mais d’opposition, il a été conseiller du gouverneur de Kirov Nikita Belykh (cette région avait été concédée par le président Medvedev à l’opposition libérale pour la mise en œuvre « expérimentale » de  leurs idées).

En 2010, sur la recommandation de Garry Kasparov, Navalny a suivi une formation de six mois à l’Université de Yale (Etats-Unis) dans le cadre du programme Yale World Fellows (Yale World Fellows est un programme de l’Université de Yale aux États-Unis, visant à créer un réseau mondial de nouveaux leaders internationaux. Cela peut laisser supposer un « casting » pour le rôle de leader d’une révolution de couleur et une formation intensive afin d’acquérir les qualités appropriées)

Navalny a terminé cette formation en décembre 2010. C’est à l’époque qu’il a commencé le projet  » RosPil  » qui en quelques semaines (voire jours) est devenu le principal sujet de discussion sur Runet. Sans compter que des dizaines, voire des centaines de sites d’opposition tant sur le sol russe qu’à l’étranger existant déjà auparavant se sont également impliqués directement dans la promotion de  » RosPil « . « Navalny, Navalny », on ne voyait que ça sur toutes les pages …

En fait, si nous prenons pour acquis tout ce qui est écrit dans le rapport du renseignement américain, il n’y a rien de nouveau qu’aient inventé leurs collègues russes, mais ils ont seulement utilisé les techniques qu’ils avaient dû contrer à un moment donné. De plus, il faut dire, avec beaucoup plus de succès – puisque Trump est devenu président.

La même chose peut être dite sur le sujet qui occupe les deux tiers du rapport de 25 pages – la terrible puissance des médias russes travaillant en Occident (principalement pour le public anglophone) et, horreur des horreurs – diffusant le point de vue du gouvernement russe, il s’agit en premier lieu du canal RussiaToday.

Comme si aux États-Unis il n’existait pas de puissantes structures médiatiques comme « Voice of America », remplissant des fonctions similaires et comme si le Congrès américain ne finançait pas « Radio Liberty », un média officiellement semi-officiel (désolé pour le jeu de mots), et qui a donc un plus grand degré de liberté (il peut se livrer à toutes les outrances) chargé de la propagande anti-gouvernementale, dont les activités sont destinées exclusivement aux pays post-soviétiques.

On connaît aussi le soutien qui vient à travers différents canaux aux médias russes d’opposition… En outre, Russia Today, contrairement à « Dojd’ » et Co., dans son nom même indique clairement le pays d’origine et la position de qui elle soutient.

Néanmoins, s’alarment les agences de renseignement américaines, elle a déjà dépassé en popularité les principaux médias de langue anglaise. Mais qu’est-ce qui va se passer après que le rapport ait fait une telle publicité? Combien d’Américains maintenant, comme faisaient à une époque les Soviétiques qui branchaient leurs récepteurs sur la «Voix de l’Amérique» en disant « Nous devons tout de même savoir ce que ces bâtards racontent » vont regarder Russia Today?

D’une manière générale, l’indignation sincère « Mais moi, j’ai rien fait?!» suinte à travers tout le texte du rapport. Pour ma part, à vrai dire, je ne peux que me réjouir de ce qu’au moins un pays ait infligé aux Américains une « riposte » cinglante (si on en croit le rapport). C’est pourquoi je me suis concentré sur les preuves les plus évidentes de l’ingérence américaine dans les affaires intérieures de Russie.

En effet, rappeler ne serait-ce que les épisodes les plus marquants de leur intrusion éhontée dans les affaires de notre pays – le financement non dissimulé de dizaines, voire de centaines de médias, le soutien direct, non seulement de certains candidats aux élections, mais aussi la destitution d’un gouvernement légitime et démocratiquement élu, l’intervention ouverte dans la nomination et la destitution des fonctionnaires, enfin, les ministres avec des passeports américains – prendrait trop de place.

Alexander Fidel

Note de l’éditeur : Cet article est présenté dans le cadre du projet commun de « Svobonaia Pressa » et de l’hebdomadaire ukrainien « 2000 ». Parmi les auteurs de «2000» dans différentes années ont été les journalistes et les personnalités publiques, comme  Oles Bouzina*, Vladimir Kornilov, Sergei Lozunko, Peter Totchko et beaucoup d’autres. Aujourd’hui c’est l’un des rares médias ukrainiens objectifs.

* assassiné le 16 avril 2015 à Kiev (NDT)

Traduit par Marianne Dunlop pour Histoire et Société

 
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Publié par le janvier 11, 2017 dans Uncategorized

 

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