RSS

The Guardian : pas de bombe à retardement, le rapport du renseignement est inefficace

10 Jan

par David Klion *
Le rapport est arrivé trop tard – et trop peu étayé – pour convaincre pleinement le peuple américain du danger que représente maintenant Poutine

«Étant donné que de nombreux responsables actuels de la CIA craignent raisonnablement pour leurs emplois (1), l’insuffisance du rapport n’est pas tout à fait surprenante. En effet, le système américain « le spoil system » fait que chaque président peut changer ses fonctionnaires. Ce qui est sûr c’est que Trump tant par la nomination du chef de la CIA, que par sa reconnaissance tardive de la validité du rapport et donc de l’intrusion de Moscou dans la campagne a choisi comme le lui demandait Obama, de ne pas « trahir l’équipe Amérique » et donc de ne pas donner plus de crédibilité à Poutine qu’aux démocrates. Il n’empêche, le vent de panique qui souffle sur le « renseignement » semble avoir contaminé la presse des Etats-Unis et celle de Grande Bretagne, voire celle de France qui après s’être engagée dans cette farce désormais ne sait comme pratiquer un rétropédalage. Le ton embarrassé du Guardian, après l’article publié hier par Libération, témoigne bien de l’embarras général sur les délires d’une campagne qui a voulu faire croire que la Maison Blanche était désormais occupée par un fou, marionnette de Poutine. Comment retourner à leur atlantisme habituel après une pareille dérive? Comment conserver la fiction de « l’admirable » Obama?  (Note et traduction de Danielle Bleitrach)
Lundi 9 janvier 2017

https://www.theguardian.com/commentisfree/2017/jan/09/no-bombshell-intelligence-report-russia-us-election-was-ineffective?CMP=fb_gu

Ce vendredi, le directeur du renseignement national a publié un rapport accusant le président russe, Vladimir Poutine, d’être intervenu directement dans l’élection présidentielle américaine dans le but de porter atteinte à Hillary Clinton et d’aider Donald Trump. Alors que plupart de ses principales conclusions avaient déjà été anonymement livrées aux journalistes avant ou après l’élection, le rapport représente une déclaration de la CIA, le FBI et la NSA affirmant qu’une puissance étrangère a joué un rôle dans l’obtention de la victoire du président élu.

Le rapport DNI a suscité certaines critiques, et pas seulement des défenseurs de Trump. Kevin Rothrock, un éditeur pour le Moscow Times, a fait un bon résumé de ses lacunes, qui comprennent des déclarations inexactes au sujet de la politique russe et une trop grande importance incongrue accordée au rôle de RT, le réseau des médias contrôlé par le Kremlin. « Le procès de l’Amérique contre le Kremlin souffre de quelques défauts majeurs qui devraient être reconnus, » écrit-il, «même par des personnes qui soutiennent raisonnablement que le gouvernement russe a probablement utilisé des pirates pour attaquer et saper les institutions démocratiques aux États-Unis. »
Ces défauts peuvent être mieux compris en considérant le vent de panique qui souffle de plus en plus au sein de la communauté du renseignement américain. Trump est à moins de deux semaines de sa prise de fonction, et il en est déjà à rogner sur le budget de la CIA et à attaquer l’agence fréquemment sur Twitter. Le même jour où le rapport a été publié, l’ancien directeur de l’agence James Woolsey a quitté l’équipe de transition de Trump, l’ancien directeur Michael J Morell a dénoncé Trump dans le New York Times et NBC a diffusé une interview avec l’ancien directeur Leon Panetta qui a également sévèrement critiqué Trump. Il n’y a pas de précédent pour ce genre d’affrontement ouvert entre un président entrant et la communauté du renseignement.

Étant donné que de nombreux responsables actuels de la CIA craignent raisonnablement pour leurs emplois, il est normal que l’inefficacité du rapport ne soit pas tout à fait surprenante. Pas plus que ne l’est l’absence de nouvelles informations importantes, étant donné que la plupart des détails clés avaient déjà été divulgués, et l’importance de ce rapport se trouve principalement dans le fait que les agences ont mis leur signature sur le dossier.

Ce qui est surprenant est la manière dont ce rapport  s’avère inefficace en tant que bombe.

Selon un point de vue, cela pourrait être considéré comme étant soit rassurant ou problématique. D’une part, il est probablement sain pour la démocratie que la CIA n’ait pas fait une tentative plus concertée pour publier ces informations avant l’élection et n’ait pris aucune sorte de mesures radicales pour bloquer l’investiture de Trump depuis. D’autre part, en supposant que la principale conclusion du rapport soit fondamentalement correcte, cela signifie que le gouvernement des États-Unis, y compris la CIA, est sur le point de tomber sous le contrôle d’un bouffon dangereux dont l’élection a été facilitée par une puissance étrangère hostile – et que la communauté du renseignement a vu venir et a complètement échoué à l’empêcher.
Comme les sources de la CIA l’ont dit au Washington Post le mois dernier, Barack Obama a rencontré les dirigeants du Congrès et les hauts responsables du renseignement en septembre pour discuter avec eux du fait que la Russie était responsable de piratage du Comité national démocrate. Le chef de la majorité républicaine du Sénat, Mitch McConnell, a refusé de donner sa bénédiction à cette information, qu’il considère comme une utilisation politisée du renseignement avant l’élection. A l’époque, Obama, comme la plupart des observateurs, avait de bonnes raisons de croire que Clinton l’emporterait en novembre, et donc il s’est abstenu d’alerter personnellement le public américain sur le rôle de la Russie et de prendre des mesures sérieuses pour le contrer.

Ce fut une décision compréhensible, et à bien des égards admirable. Cela a également été, avec le recul, une erreur fatale. Ne fallait-il pas empêcher Trump de prendre ses fonctions, et alors qu’il est impossible de savoir si la diffusion plus tôt de meilleures informations sur le rôle de la Russie aurait pu faire une différence, nous savons que le peuple américain n’a pas été pleinement informé sur les dangers de l’élection d’un candidat compromis.
Sur cette question, il y a lieu de croire que la campagne de Clinton a été délibérément compromise par des insinuations sans fondement du directeur du FBI au sujet de ses e – mails, une semaine avant le jour du scrutin. Informations politisées, tant de la part du FBI et de la Russie, qui ont été utilisées contre Clinton, alors que la Maison Blanche a braqué ses feux sur des informations potentiellement plus dommageables sur Trump, avec une combinaison de respect des normes et l’excès de confiance quant aux chances de Clinton.

Maintenant Trump prendra le contrôle de la CIA, et il voudra se venger de tous ceux qui ont essayé de faire de lui une marionnette de la Russie. L’organisme qui s’est abstenu d’abuser de son pouvoir national sous Obama pourrait facilement être transformé en un instrument d’abus sous la nouvelle administration.

Et tandis que les accusations concernant la connexion de Trump à la Russie sont maintenant publiques, elles sont venues trop tard et trop peu étayées pour convaincre pleinement le peuple américain du danger dans lequel nous nous trouvons maintenant. Les Américains qui veulent arrêter Trump vont devoir trouver une meilleure façon d’agir.

*David Klion est un journaliste free lance, résidant à Brooklyn et ancien rédacteur en chef d’Al Jazeera Amérique et World Politics Review. Il est titulaire d’une maîtrise en histoire soviétique de l’Université de Chicago et il a vécu et travaillé en Russie

(1) pour que l’on mesure ce vent de panique, il faut lire dans le Washington post d’aujourd’hui, l’article que Petula Dvorak consacre à cette panique qui ne touche pas que les têtes idéologisées des ministères/

:https://www.washingtonpost.com/local/fear-among-federal-workers-flourishes-as-they-face-a-hostile-trump-presidency/2017/01/09/7bf558fc-d67a-11e6-9f9f-5cdb4b7f8dd7

Publicités
 
1 commentaire

Publié par le janvier 10, 2017 dans Uncategorized

 

Une réponse à “The Guardian : pas de bombe à retardement, le rapport du renseignement est inefficace

  1. etoile rouge

    janvier 10, 2017 at 4:00

    ces salopards américains espionnent le monde entier, y compris leurs alliés comme il a été révélé mais le président et ses spécialistesdes coups tordus, des assassinats politiques, des déstabilisations d’état se permettent de jouer les malheureux dans cette affaire improbable! Et ils prétendent défendre la liberté des peuples européens? Mamma mia ils vont nous atomiser ces incapables!
    Peste et choléra l’impérialisme veut la guere!

     

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :