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A propos de l’antisoviétisme du Grand Rabbin de Russie

08 Jan

journal juif en yiddish qui illustre l’article du parti communiste de la fédération de Russie.

Le 4 janvier 2017 le grand rabbin de Russie Berel Lazar a donné une interview détaillée à l’agence « Interfax », au cours de laquelle il a émis un certain nombre d’affirmations que l’on ne peut qualifier autrement que de provocatrices (à noter que cette interview est spécialement programmée pour coïncider avec le centenaire de la Grande Révolution d’Octobre, et comment elle donne le ton de la discussion de cet événement).

Ce débat entre le parti communiste de la fédération de Russie et le grand rabbin de Russie est une de ces pépites que trouve Marianne pour nous faire sentir la complexité du monde russe et la manière dont tout le monde en 2017 s’interroge sur leur grande Révolution. Les pays occidentaux se moquaient de ces attardés qui au lendemain de la chute de l’Union soviétique s’obstinaient avec leurs drapeaux rouges, leurs portraits de Lénine et de Staline dans un coin de la place rouge. Il se disaient cela va passer, ce sont des vestiges. Mais ça ne leur passe pas, cela déborde les rangs des communistes. Il faut noter également à quel point le ton est éloigné de tout antisémitisme alors que les forces les plus conservatrices ne s’en privent pas, y compris le favori de l’occident Soljenitsyne qui a écrit un livre pourtant traduit en français sur la relation entre la Russie et les juifs dans lequel il accuse ces derniers d’avoir haï les Russes au point de leur avoir infligé le bolchevisme. En revanche, les communistes comme ici font fréquemment référence à ce passé commun et il faut encore noter le rôle joué par Poutine qui a toujours dénoncé l’antisémitisme et que l’extrême-droite représente avec une kippa. Les juifs pour les Russes sont un peuple parmi toutes les nationalités qui composent l’URSS et aujourd’hui la Russie (note de Danielle Bleitrach et traduction de Marianne Dunlop)

https://kprf.ru/history/soviet/161353.html

AM Bogatchev, rédacteur en chef adjoint de la radio  » Slovo  »

01/05/2017

En particulier, Lazar dit que l’ère soviétique était une « époque sombre » pour lui, quand les bolcheviks « poursuivaient leurs buts par la violence, qui a atteint son apogée sous Staline. »

Parmi les accusations principales de Lazar contre le pouvoir soviétique, à part la violence, il y a les « restrictions pour les croyants », et l’idée d’ « homme-dieu ».

Dans le même temps, selon Lazar « toutes les bonnes choses dont les gens parlent quand ils évoquent le souvenir de l’Union soviétique, n’existaient pas grâce à mais en dépit du régime. »

Parmi les réalisations de l’ère soviétique Lazar a souligné la victoire sur le nazisme et la «création d’une nation civile unie», dont le processus, selon le grand rabbin, n’est pas achevé et devrait continuer, ainsi que la création de systèmes de haute qualité de l’éducation et de la santé.

Sur la base de son opposition au système soviétique, Lazare lance à nouveau des idées provocatrices à la face de la société.

« Le corps de Lénine doit être enterré, et les tombes du cimetière, près du mur du Kremlin – déplacées vers d’autres cimetières. L’idée que c’est une chose nécessaire est partagée par les représentants de toutes les religions »- dit le chef religieux juif.

Que répondre à cela? Examinons tout d’abord les faits dont parle Berel Lazar.

Tout d’abord, il a tort de se référer à la position des « représentants de toutes les religions ». Le fait est que, à l’époque où il était encore Métropolite, le Patriarche de Moscou Kirill s’était clairement exprimé sur le sujet, en déclarant dans une interview au journal « Troud », « La question de la réinhumation du corps de Lénine, réactivée périodiquement par différentes forces politiques, n’est pas, à mon avis, fondamentale pour un chrétien. Laissons le temps régler l’affaire et ne semons pas de nouveaux troubles dans l’esprit du peuple »

( http://www.apn.ru/index.php?newsid=8118 ).

Les partisans de la position de Lazar pourraient se référer au fait qu’il s’agit d’une opinion privée de l’un des hiérarques de l’Eglise orthodoxe russe, et citer les points de vue d’autres évêques. Cependant, en 2011, l’Eglise orthodoxe russe a formulé sa position officielle sur cette question, qui en résumé est: « Sur ce thème de l’inhumantion, il est nécessaire de prendre en compte les points de vue des différents secteurs de la société et ne rien faire qui provoque des divisions et des querelles»( http: // http://www.spb.kp.ru/daily/25691/894758/ ).

Ainsi, prenant ses désirs pour la réalité, Berel Lazar génère activement dans notre société division et conflits et apporte la confusion dans l’esprit du peuple, précisément à un moment où même le président Poutine a appelé à « la réconciliation et à l’unité de la société. »

Quel but poursuit Lazar? La question est épineuse, surtout si on réfléchit au fait que dans cette proposer d’enterrer Lénine, il va plus loin et parle de la destruction des tombes des héros soviétiques de toutes les nations à la muraille du Kremlin, y compris celle du «Russe de nationalité géorgienne » Joseph Staline.

Oui, nous nous souvenons qu’à l’époque soviétique pendant un certain temps, sous l’influence des trotskystes, la persécution des croyants a vraiment existé. Cette question a été mentionnée à plusieurs reprises par le chef du Parti communiste, Ziouganov.

«Je dois dire que l’une des plus grandes erreurs de mes prédécesseurs était de s’être brouillés avec l’Eglise » –a maintes et maintes fois répété le président du Comité central du Parti communiste, s’appuyant sur la position du parti de Lénine et de Staline.

De plus, comme nous le savons, c’est précisément Staline, dénoncé par le grand rabbin de Russie, qui a pour une grande part mis fin à la persécution des croyants dans l’Union soviétique.

Rappelons les faits historiques connus, figurant dans l’article de Vasiltsov et Oboukhov «Le XX Congrès du PCUS et la question russe en Russie» ( https://kprf.ru/pravda/issues/2006/17/article-10822/ ).

Dans cet article, ils soulignent que l’une des réalisations de Staline est «la fin de la persécution de l’Eglise orthodoxe et le début d’une coopération plus étroite entre l’Etat et l’église. Ainsi nous pouvons mentionner la décision du Politburo du 11 novembre 1939, abolissant l’instruction du 1 mai 1919 « Sur la lutte contre les prêtres et la religion» et «toutes les instructions pertinentes du NKVD, concernant la persécution des prêtres et des orthodoxes ».

Il y a aussi cette fameuse rencontre de Staline au Kremlin avec le Métropolite Serge au 4 septembre 1939, après laquelle a été convoqué le Conseil des évêques de l’Eglise orthodoxe russe, élisant le Patriarche.

Dans cette série, il y a aussi l’organisation en 1945 à Moscou d’un « Conseil presque œcuménique », comme l’a défini le Métropolite Veniamin (Fedchenkov), qui pendant la guerre civile était l’évêque de l’ »Armée et la Marine » de Dénikine.

Le Metropolite a écrit à propos de cet événement: « Une pensée surgit involontairement: le Chef de l’Église, Jésus-Christ, n’a-t-il pas déplacé son centre à Moscou ? Une telle réunion de toute l’Église ne pouvait avoir lieu que dans Moscou aux pierres blanches ». L’attribution à l’Eglise orthodoxe russe d’un statut œcuménique a été l’un des éléments clés du « projet russe » stalinien. À l’été 1946, s’est tenue à Moscou une réunion des chefs d’églises orthodoxes autocéphales dans le monde, avec des délégations de 11 des 13 églises. Naturellement, cette évolution ne pouvait que déplaire aux USA.

Tout cela est inséparable du nom et des actes de Staline, c’est une partie constitutive de son projet national, qui, entre autres choses, avait pour but de débarrasser la société des séquelles idéologiques du trotskysme. Y compris l’une des plus graves d’entre elles – l’exigence, contraire à la lettre et à l’esprit du marxisme, d’une repentance éternelle russe pour les péchés de la classe internationale des exploiteurs du temps des tsars et de la privation du peuple russe (qui constituait la plus grande partie de la classe ouvrière soviétique) de ses droits en faveur des autres nationalités du pays, toutes encore essentiellement petite-bourgeoises « .

On ne peut pas non plus accuser Staline de chauvinisme, et pas plus d’antisémitisme. Comme on le sait, en 1931, en réponse à la demande de la Jewish Telegraphic Agency, Staline a écrit: « le chauvinisme national et racial est un vestige de la misanthropie caractéristique de la période du cannibalisme. L’antisémitisme, en tant que forme extrême du chauvinisme racial, est le vestige le plus dangereux du cannibalisme. L’antisémitisme est avantageux pour les exploiteurs comme un paratonnerre, protégeant le capitalisme de la colère des travailleurs. L’antisémitisme est dangereux pour les travailleurs, comme un faux sentier qui les écarte du droit chemin et les conduit dans la jungle. Ainsi les communistes, en tant qu’internationalistes cohérents, se doivent d’être les ennemis jurés et inconciliables de l’antisémitisme. En URSS l’antisémitisme est strictement puni par la loi comme un phénomène profondément hostile au système soviétique. Les antisémites actifs sont passibles en URSS de la peine capitale» (http://via-midgard.info/news/in_russia/11069-stalin-i-antisemitizm.html).

En relisant les fragments ci-dessus des textes et en se rappelant le rôle que Staline comme dirigeant de l’Union soviétique a joué dans la création de l’Etat d’Israël, on ne peut que s’interroger : qu’est-ce qui gêne tellement Berel Lazar chez Staline et l’époque soviétique?

La violence? Mais la violence de masse au XX siècle a été utilisée par tous les gouvernements des pays du monde – grands et petits!

Quant aux «ténèbres de l’ère soviétique», contre lesquelles soi-disant ont été obtenues de grandes réalisations, en 2015 le patriarche Kirill, que le grand rabbin Berel Lazar voudrait enrôler comme allié a noté: «Que serait aujourd’hui la Russie moderne, s’il n’y avait pas eu l’exploit des générations qui dans les années 20 et 30 ont non seulement labouré la terre, même si c’était important, mais aussi créé l’industrie, la science, la puissance de défense du pays » ( http://www.ng.ru/faith/2016-05-26/2_patriarh .html ). En outre, dans le même temps, le pariarche a dit: «Et à l’époque soviétique? Y avait-il une chose que cette époque a engendrée et qu’aujourd’hui on peut en toute sérénité inclure dans notre propre philosophie de la vie? Oui – la solidarité. Et il ne faut jamais oublier l’exploit de notre peuple, et pas seulement dans le domaine militaire. Et ces mêmes membres du Komsomol, qui sont allés mettre en valeur les terres vierges, construire le BAM, sans recevoir de récompenses et de privilèges? Cet esprit d’équipe, la volonté de faire des efforts conjoints pour le bien de leur pays. Donc la solidarité » (http://ebrk.livejournal.com/20041.html ).

Une personnalité bien connue dans le monde orthodoxe, l’évêque Tikhon Egoryevsky caractérise ainsi l’époque « sombre »soviétique:  « Ce fut un moment d’inspiration extraordinaire, de romantisme, d’élan spirituel sans précédent » (https://newsland.com/community/politic/content/arkhimandrit-tikhon-shevkunov- sovetskii-période-vremia-nebyvalogo- dukhovnogo-Napora / 1860070).

Il se trouve que les hiérarques de l’Eglise orthodoxe russe, tout en reconnaissant le problème de la persécution des croyants, pensent que l’ère soviétique était avant tout, lumineuse, alors que pour Berel Lazar, elle est, avant tout, sombre.

Et sombre à tel point qu’il va à l’encontre non seulement de la majorité du peuple russe et des autres peuples de Russie qui veulent la réconciliation, mais contre la position du président Poutine.

Dans son récent discours à l’Assemblée fédérale, Poutine, en particulier, a dit: « L’année qui vient, 2017, est l’année du centenaire des révolutions de février et d’octobre. Ceci est une raison importante de se pencher une nouvelle fois sur les raisons et la nature des révolutions en Russie. Ceci est notre histoire commune, et il est nécessaire de la traiter avec respect. Je l’ai écrit au sujet de ce remarquable philosophe russe et soviétique Aleksei Losev. « Nous connaissons l’ensemble du chemin épineux de notre pays, – il a écrit – nous connaissons les pénibles années de lutte, de manque, de souffrance, mais pour un enfant de la patrie tout cela est nôtre, inaliénable, et cher. »

Je suis sûr que l’écrasante majorité de nos concitoyens connaît le même sentiment de la patrie, et les leçons de l’histoire doivent nous servir tout d’abord à la réconciliation, au renforcement du consensus social, politique et civil, que nous avons réussi à obtenir aujourd’hui.

Il est inadmissible de faire passer les divisions, la colère, le ressentiment et l’amertume du passé dans notre vie présente, spéculer dans son propre intérêt politique ou autre sur les tragédies qui ont touché presque toutes les familles en Russie, peu importe de quel côté de la barrière se trouvaient leurs ancêtres. Rappelons-nous que nous sommes un peuple uni, nous sommes un seul peuple, et nous avons une seule Russie » (http://www.kremlin.ru/events/president/news/53379).

Sans entrer ici et maintenant dans la discussion sur la nature de classe des déclarations et des actions de Poutine, nous notons que la position du chef rabbin de Russie Berel Lazar contredit directement les déclarations du président.

Au contraire, cette position peut provoquer une irritation extrême dans le peuple de Russie et tend objectivement à favoriser l’émergence d’une division sociale dangereuse.

Encore une fois, posons la question: pourquoi Lazar déclare-t-il si manifestement une position contraire à la majorité du peuple russe et de ses plus hautes autorités, agissant essentiellement sur le côté des forces qui n’ont pas réussi à obtenir la victoire d’Hillary Clinton à l’élection présidentielle des États-Unis, et qui, haïssant la révolution socialiste soviétique, espèrent encore un « maidan » libéral en Russie?

Et les déclarations du rabbin ne versent-elles pas de l’eau au moulin des oligarques russes, qui, en plus de leur lien étroit avec les institutions financières du monde « unipolaire », se cramponnent fermement à leur capital et détestent par-dessus tout le mot «justice», ainsi que les mots « Grande Révolution d’Octobre » et « Lénine?  »

Même le patriarche Kirill, qui ne sympathise pas trop avec la Grande Révolution, a dit à son sujet: « Mais une question se pose: y avait-il quelque chose de bien? Nous avons répondu : il y avait le désir des gens pour la justice. Si ce désir n’avait pas existé, alors aucune propagande n’aurait eu d’effet» (http://ebrk.livejournal.com/20041.html).

Des questions très sérieuses se posent à l’honorable Berel Lazar, étant donné l’importance et le poids du judaïsme et des organisations juives en Russie.

Il serait très triste si le mouvement juif en Russie au lieu de se consacrer à l’œuvre religieuse empruntait la voie politique de l’antisoviétisme et du dénigrement du »Projet rouge » – un impératif de justice sociale, sans l’adoption duquel comme un cadre politique public nous nous exposons à des bouleversements graves.

Il est terrible d’imaginer ce qui se passerait si quelqu’un essayait de profaner les tombes de Lénine et de Staline, et de peindre en noir la Grande Révolution d’Octobre, ainsi que l’esprit et les réalisations de Staline, de l’ère soviétique (et tout cela en 2017!).

Encore une fois, un tel développement serait extrêmement bénéfique pour les forces qui souhaitent détruire la Russie de l’extérieur, et leurs partisans les « vampires » oligarques.

Et à l’opposé, cela serait très dommageable et dangereux pour les peuples de Russie, y compris le peuple juif, qui a d’ailleurs apporté une contribution significative à la Révolution Rouge et à la construction de l’Etat soviétique (il est étrange aussi que Lazar ait « oublié » la lutte du pouvoir soviétique contre la discrimination des Juifs – ainsi que des représentants de toutes les autres religions et nations – et la mise en œuvre active dans l’esprit des gens de l’idée d’amitié entre les peuples).

Le grand rabbin de Russie Berel Lazar comprend-il cela?

Quoi qu’il en soit, je suis sûr que sa position n’est pas partagée par la majorité écrasante des Juifs russes, et du monde entier.

Traduit par Marianne Dunlop

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2 Commentaires

Publié par le janvier 8, 2017 dans Uncategorized

 

2 réponses à “A propos de l’antisoviétisme du Grand Rabbin de Russie

  1. etoilerouge

    janvier 9, 2017 at 5:06

    les religieux juifs ne sont pas les propriétaires du peuple juif. Ce sont des hommes de droite extrême conformes à la politique d’extrême droite menée par les religieux juif en israel mais aussi au glissement succesifs de la politique intérieure américaine de plus en plus à droite. Cependant sans URSS pas de victoire sur le nazisme c’est à dire sur l’Etat terroriste ( régnant par la terreur) et antisémite allemand. Le rabbin s’il n’est pas gagné par le révisionnisme sévissant dans le monde occidental ferait bien d’y réfléchir. Le nazisme combattait le judéo bolchevisme comme il disait. Judéo car les juifs étaient parmi les minorités de l’état féodal russe et capitaliste allemand les plus mises au ban de leur société respectives. Leur engagement dans la Révolution de 1917 est indissociable de la lutte pour l’égalité et le socialisme. Le speaker de radio moscou c’est LEVITAN, gloire à LEVITAN bien plus juif, dans son désir d’égalité que ce rabbin reprenant la vulgate des anticommunistes et des néos nazis.

     
  2. etoilerouge

    janvier 9, 2017 at 5:10

    quant à ISRAEL jusqu’à aujourd’hui il n’a pu mener à bien son projet socialiste. Il n’y a pas d’égalité entre les juifs en ISRAEL même. Les juifs qui s’opposent à la guerre permanente, seule favorable aux intérêts des capitalistes israeliens et surtout américain, ces juifs là sont mis au ban de leur propre société. Monsieur le RABBIN souhaite un état religieux, non laîque c’est à dire profondément réactionnaire favorable à la guerre et à la division du peuple favorable aux riches contre les pauvres.

     

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