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Extrême-droite et islamisme remèdes à la mort d’utopie contestataire dans les quartiers populaires ? Par Gilles Kepel. 

07 Jan

Bien qu’étant loin de partager toutes les analyses de Gilles Kepel, celui-ci incontestablement a fait un travail sur le terrain, celui des banlieues, mais aussi les prisons. La conclusion qu’il énonce dans ce texte, je la partage d’autant plus que j’avais il y a des siècles, au Congrès de Martigues, mis en garde le PCF: « attention, si vous poursuivez dans cette ligne vous transformerez Ben Laden en Che Guevara des banlieues ». Et ceci suivant une double logique, celle de la rupture avec les couches populaires sur des bases de classe, avec des cellules et dans le même temps une idéologie de dame patronnesse qui « ethnicise » les banlieues et transfère les conflits du Moyen orient faute d’une véritable lutte pour la paix. Le véritable problème, et ce n’est pas la campagne en faveur de Mélenchon – quelle que soit ses mérites- qui me rassure est de savoir s’il n’est pas trop tard du moins pour les communistes? (note de Danielle Bleitrach pour Histoire et societé)

Malgré la force de son identité nationale, construite sur les mythes fondateurs jacobins puis napoléonien, eux-mêmes héritiers de la monarchie absolue, notre pays a connu tout au long du XXème siècle des affrontements sociaux intenses. Ils ont nourri l’un des plus puissant partis communiste d’Europe occidentale, vecteur d’une contre-culture de lutte des classes transformant les quartiers populaires en bastions rouges. Doté à son apogée d’une fonction tribunitienne qui portait l’utopie de l’avenir radieux du communisme -tout en gérant dans la vie quotidienne municipalités, syndicats, mouvements de jeunesse ou associations caritatives et en assurant en parallèle l’ascension de ses cadres-, le PCF n’a pas survécu aux bouleversements advenus lors du quart de siècle écoulé.

La fin de la société industrielle, du travail posté et fortement syndicalisé et l’émergence simultanée du chômage de masse et d’un secteur de services valorisant l’initiative individuelle au détriment des solidarités nées de l’emploi ouvrier peu qualifié ont rendu caduc le « parti des travailleurs ». Les jeunes chômeurs ou vivant de l’économie informelle et de divers trafics, nombreux dans la génération issue de l’immigration comme des classes populaires « de souche », ne pouvaient plus se reconnaître dans celui-ci.
C’est en ses lieu et place que deux types de mobilisations contestataires se sont développés en parallèle : le nationalisme contestataire d’extrême-droite et le référant islamique. Ils sont uniment porteurs, comme le PCF jadis, d’une forte charge utopique qui réenchante une réalité sociale sinistrée en la projetant dans un mythe ou les laissés-pour-compte d’aujourd’hui seront les triomphateurs de demain. Dans cet « avenir radieux » nouvelle manière, le drapeau rouge a viré au brun des partis autoritaires ou à la bannière verte du Prophète. Les conflits naguère standardisés par la lutte des classes n’opposent plus le prolétariat à la bourgeoisie, mais, selon les uns, les « français » à l’ « Empire mondialisé » (réminiscence du complot judéo-maçonnique des années 30 ) ainsi qu’aux immigrés, et, selon les autres, les « musulmans » aux Kuffars (mécréants).
Ces deux visions du monde redéfinissent les appartenances de groupe, solidarités comme inimitiés, selon des critères qui ne s’affichent plus comme sociaux, même si, dans les faits, ils s’alimentent d’un sentiment ou d’une hantise de déclassement. La communauté imaginaire dont leurs adeptes se réclament est transversale et hétérogène. Elle s’agrège d’abord à des certitudes morales perçues comme menacées et à la construction d’une éthique de substitution, dont serait dépourvue une vie politique institutionnelle faite de compromission et de corruption.

Gilles Kepel, politologue français spécialiste du monde arabe et de l’islam contemporain.

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Publié par le janvier 7, 2017 dans Uncategorized

 

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