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Rencontre et pourparlers entre la Russie, l’Iran et la Turquie, les États-Unis hors jeu

22 Déc

Il y a eu de la part d’Obama, la déclaration d’objectifs, que ce soit en Syrie ou même en Ukraine et en Asie, et l’incapacité de mettre en oeuvre des moyens correspondant aux fanfaronnades. Par rapport à cela, Poutine est apparu comme un dirigeant et un allié crédible, comme la Chine, faisant ce qu’ils disaient. Tous les alliés traditionnels de l’Amérique que ce soit en Asie, avec le cas remarquable de l’Indonésie et au Moyen orient avec celui de la Turquie, mais aussi dans une certaine mesure avec l’Egypte, l’Arabie saoudite et Israël, témoignent des mêmes doutes quant à la fiabilité des États-Unis. A tel point que l’arrivée de Trump est presque saluée avec espoir, alors même que la personnalité du nouveau président, son inexpérience et ses premières déclarations ne peuvent rassurer.

Donc il est incontestable que dans cette réunion déjà remarquable par les présents, le plus caractéristique est les absents ce qui détermine un ordre du jour, basé sur les intérêts de chacun et pas le diktat « moral » de l’empire. Ce qui revient à avoir pour objectif non d’entretenir guerre et chaos, mais de sortir de la guerre avec chacun ce qu’il peut espérer d’une négociation où la souveraineté de chacun est reconnue. C’est déjà l’affirmation d’un monde multipolaire avec une doctrine internationale basée sur la reconnaissance des souverainetés et la non imposition d’une conception du monde univoque, présidant à toutes les déstabilisations et pillages.

La Russie qui a payé le prix fort devant ce diktat avec la fin de l’URSS a été et reste le maître d’oeuvre de cette nouvelle doctrine et pratique diplomatique. Pendant qu’Obama lors de sa dernière conférence de presse se lançait dans un discours méprisant sur la Russie, le fait qu’il ne s’agissait plus que d’une puissance régionale, la Russie mettait effectivement en oeuvre une rencontre régionale qui faisait fi des objectifs affichés par le président des Etats-Unis. « Plus d’un an après le lancement de la campagne aérienne qui a transformé le champ de bataille en faveur de M. Assad, la Russie semble être à la recherche d’un moyen de sortir de la guerre. Les analystes disent que Moscou voit dans la transition l’occasion de mettre fin au conflit à des conditions favorables à la fois pour M. Assad et pour les intérêts plus larges de la Russie dans la région. » dit encore l’article du New York Times et il souligne que « Les responsables russes ont fait peu d’efforts pour cacher leur mépris pour les efforts diplomatiques américains. La semaine dernière, le ministre des Affaires étrangères Sergey V. Lavrov a déclaré que  travailler directement avec la Turquie sur l’accord d’évacuation était plus efficace que les « infructueuses rencontres avec les Etats-Unis ». Mardi, M. Lavrov a déclaré que le Groupe international de soutien à la Syrie , qui lui et M. Kerry avaient mené depuis 2015, avait abouti à des «documents importants», mais «a été incapable de jouer son rôle essentiel de veiller à ce que les décisions adoptées soient mises en œuvre. »

Par rapport à cela il ne reste plus à Obama et à Kerry que se montrer mauvais joueur et à tenter de faire capoter l’initiative. « Le porte-parole du département d’Etat, John Kirby, a déclaré mardi que M. Kerry avait parlé avec M. Lavrov et le ministre des Affaires étrangères de la Turquie par téléphone, et il a exprimé son scepticisme sur le fait que le nouvel effort serait couronné de succès.Si les pourparlers « conduisent à une accalmie en Syrie telle que les pourparlers politiques peuvent reprendre, alors ce serait un grand pas  et c’est ce que nous aimerions voir », a déclaré M. Kirby, mais il a ajouté que «nous avons vu des promesses répétées sur la manière approprié d’influencer  le régime d’Assad dans le droit chemin vers les cessations des hostilités et nous les avons vu échouer , « et il a dit qu’il avait peu d’espoir que ce serait différent. Alors que les forces syriennes et leurs alliés ont repris les régions d’Alep  aux rebelles ce mois-ci, la Russie a proposé de nouvelles négociations de paix au Kazakhstan pour remplacer celles qui sont parrainées par les Nations Unies à Genève. La Russie a également travaillé directement avec la Turquie – qui a changé son approche en Syrie après des années de soutien aux insurgés qui cherchent à renverser M. Assad – sur l’accord d’évacuation. »

Toute la politique américaine tient en quelques faits: le spectacle du chaos qu’elle engendre, l’absence de crédibilité dans ses alliances, c’est pourquoi le cas Saddam Hussein prend une telle importance et constitue un avertissement qu’a très bien entendu Erdogan. Mais Obama y a rajouté une touche supplémentaire en affirmant des objectifs qu’il ne tient pas parce qu’il ne veut pas engager les forces nécessaires. Résultat il y a ceux qui craignent de faire les frais de la prochaine déstabilisation et ceux comme les saoudiens et Israël qui sont mécontents. Si l’on ajoute à cela le changement de priorités, par exemple avec le développement d’Isis, la priorité qui devait faire plaisir aux saoudiens et aux Turcs d’en finir avec Assad est devenue la lutte contre l’Etat islamique. Washington a dirigé une coalition qui a décidé de bombarder le groupe, également appelé ISIS ou ISIL, et a travaillé en étroite collaboration avec les forces kurdes luttant contre les djihadistes sur le terrain. Mais cette politique a mis en colère la Turquie, qui a vu les Etats-Unis armer les combattants liés au Parti des travailleurs du Kurdistan », ou PKK, qu’à la fois la Turquie et les Etats-Unis considèrent comme une organisation terroriste. Ce qui fait qu’au fil du temps, pour les Turcs la lutte de la Turquie contre les militants kurdes a pris préséance sur sa volonté de voir M. Assad remplacé.

Quant à l’avenir avec Trump, les incertitudes sont grandes, mais si « M. Trump n’a pas élaboré une politique globale en Syrie, mais a laissé entendre qu’il allait travailler aux côtés de la Russie pour lutter contre les extrémistes, y compris l’État islamique »cela accroît la crédibilité de la Russie, comme d’ailleurs l’invraisemblable campagne pour empêcher l’élection de Trump en inventant qu’il serait une marionnette de Poutine. Rarement on aura vu une panique des élites être aussi contre-productive.

Par parenthèse, ce qui est dit des errances des Etats-Unis a des effets encore plus négatifs si l’on considère le mépris qui est reporté sur ses alliés et singulièrement la France, mais on peut dire que toute l’Europe est désormais entraînée dans cette débâcle stratégique et en paye le prix fort, tant en matière économique avec les sanctions contre la Russie, les efforts de guerre exigés, le terrorisme sur son propre sol et l’afflux des réfugiés.

 Les signes d’un rapprochement russo-turc étaient clairs mardi, en dépit de l’assassinat de l’ambassadeur russe à Ankara par un homme identifié comme un agent de la police turque. Ce qui en d’autres temps aurait pu déboucher sur une crise diplomatique a été pris comme une nécessité de coopération supplémentaire.

A Moscou, M. Lavrov et son homologue turc, Mevlüt Cavusoglu, ont déposé des fleurs à côté d’un portrait de l’ambassadeur, Andrey G. Karlov. »Le Peuple turc pleure cette perte autant que la Russie et le peuple russe », a déclaré M. Cavusoglu. M. Lavrov a déclaré que la Russie était « reconnaissante à nos collègues turcs » pour leurs condoléances et leur réponse rapide à l’assassinat, ajoutant: «Cette tragédie nous impose à tous de devoir  lutter contre le terrorisme d’une manière plus résolue et rend notre réunion d’aujourd’hui de plus en plus pertinente ».

La réunion est restée ce qu’elle avait prévu d’être. Lors de la réunion, la Russie, l’Iran et la Turquie ont convenu de « la Déclaration de Moscou », un cadre pour mettre fin au conflit syrien. Ils ne consultent pas les États-Unis, ni n’ont invité Staffan de Mistura, l’envoyé des Nations Unies pour la Syrie, qui a parlé de nouveaux pourparlers de paix à Genève le 8 février. « Ceci est une inflexion de la Turquie vers la Russie », a déclaré M. Stein. « Cela signifie que la politique de la Turquie  » Assad doit s’aller » n’est plus  la politique. »La présence de l’Iran est significative, aussi. Le deal d’évacuation au départ était passé entre la Russie et la Turquie et impliquait seulement Alep. Mais les milices chiites fidèles à l’Iran et les forces de M. Assad ont empêché les premiers bus de partir, en exigeant que l’accord soit renégocié pour inclure les personnes de deux villages chiites dans la province de Idlib.

Comme le signale le journal américain, pour reprendre la main, les Etats-Unis n’ont plus que quelques cartes, d’abord, la manière dont il entretient des relations avec les factions rebelles et si l’on veut organiser une négociation entre elles et Bachar El-Assad, l’Amérique a encore quelques clés, mais on voit bien la transformation dans la nature des objectifs, surtout si cette négociation est toujours entamée par ailleurs. Enfin, il reste la lutte contre Isis en Irak. Les Iraniens peuvent y compris dans ce cas reconnaître un certains poids aux Etats-Unis. « Comme la Russie est alliée avec l’Iran dans la région, c’est la coalition de l’Iran, la Russie et le Hezbollah qui a provoqué la libération d’Alep, et très bientôt Mossoul sera également libéré, » a déclaré la semaine dernière Yahya Rahim Safavi, un aide militaire à l’ayatollah Ali Khamenei, chef suprême de l’Iran. « Cela montre que cette coalition a une main supérieure et le président élu des Etats-Unis doit faire face à son poids. »Mais cette ouverture de l’Iran est rendue improbable quant à ses effets par la position affirmée de Trump qui ne veut pas de l’accord négocié entre ce pays et l’Iran.

Nous sommes donc avec la chute d’Alep devant une nouvelle donne internationale qui a son pendant en Asie avec l’apparition d’un monde multipolaire, dans lequel ni la Chine, ni la Russie ne veulent remplacer les Etats-Unis mais bien endiguer sa capacité de nuisance et de déstabilisation, en utilisant des rapports de force régionaux pour créer les conditions d’une négociation où chacun met sur le table ses intérêts.

Danielle Bleitrach

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1 commentaire

Publié par le décembre 22, 2016 dans Uncategorized

 

Une réponse à “Rencontre et pourparlers entre la Russie, l’Iran et la Turquie, les États-Unis hors jeu

  1. Serge Palestine

    décembre 22, 2016 at 3:27

    Merci Danielle,pour cet excellent résumé de la situation récente!

     

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